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PREMIÈRE PARTIE DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE

Les histoires locales, nécessairement circonscrites par les limites du territoire qui a été le théâtre des événements, sont bien loin de présenter un intérêt égal à celui que nous offrent les histoires générales des royaumes et des empires. Cet intérêt diminue encore quand l'historien n'a en vue qu'un certain ordre de faits ; le plan qu'il s'est tracé le place dans des bornes beaucoup plus étroites, et rend bien plus difficile le travail de l'exécution.

11 a beau vouloir considérer les faits particuliers qu'il explore sous tous leurs points de vue, saisir les rapports qui peuvent les rattacher à des faits d'un autre ordre, chercher à établir cet ordre logique qui lie entr'eux les événements comme les principes a leurs conséquences : il voit nécessairement se reproduire sous sa plume les mômes faits et des situations identiques ; il n'y a de changé que le nom des personnages. Ainsi, par exemple, en écrivant l'histoire d'une Eglise particulière, vous ne pouvez la composer que de la succession de ses évêques, de ses conciles, de la fondation des abbayes, de la vie de quelques grands personnages : tout est là.

On conçoit dès- lors que, pour éviter la monotonie des récits, il faut parfois avoir recours à des faits d'un ordre différent qui, presque toujours, touchent aux autres par quelque endroit; c'est ce qui m'a déterminé à mêler l'histoire civile de Toulouse à son histoire ecclésiastique. Ce plan paraît offrir un double avantage : le premier, d'animer quelquefois les récits et de leur donner un peu de vie; le second, de présenter dans un seul ouvrage une histoire à peu près complète du pays et de la cité, en traçant ,1e tableau des faits civils et des faits religieux.

Mon premier soin a été de rechercher les origines de notre patrie.

Nous descendons évidemment des enfants de Japhet, qui peuplèrent la plus grande partie de l'Europe. A la suite des tribus primitives, on trouve les tribus celtiques. Parmi ces dernières, on distingue les Galls ou Gaulois, qui sont devenus nos ancêtres, car les Volces-Tectosages formaient une des nombreuses familles ou tribus galliques.

Le pays qu'ont habité nos aïeux est déterminé par la position de Tolose, qui a toujours été regardée comme la capitale des Tectosages. Ces peuples se divisèrent en deux parts distinguées entre elles par leur destinée : les uns demeurèrent paisibles et calmes au sein de leur cité ; les autres, plus entreprenants, se jetèrent au milieu des hasards des expéditions lointaines, et s'établirent dans l'Asie. Quelques-uns cependant de ces hardis guerriers, fatigués des longs combats, rentrèrent au sein de leur antique patrie.

La fondation de Tolose doit avoir précédé les migrations de ses hahitants. Il a été impossible de fixer l'époque précise de cette fondation, que nous supposons avec quelque vraisemblance avoir été antérieure à celle de Rome elle-même.

D'incontestables monuments nous apprennent que Tolose, d'abord construite au sommet des collines, fut plus tard

rebâtie sur les bords du fleuve; qu'elle eut, dans la première période de son existence, dont il est impossible de déterminer la durée et que nous nommons la période gallique, des chefs ou tétrarques, des lois, et quelques lieux consacrés aux divinités qu'elle honorait. Parmi ces divinités, les lacs sacrés tenaient le premier rang.

La seconde période, que nous désignons sous le nom de période romaine, s'ouvre à nos yeux par la prise de Tolose dont s'empara Cépiou, général romain. On y voit les lacs sacrés dévastés, les richesses enlevées. Tolose passa ensuite sous la domination des Ombres, qui ne purent la garder longtemps, puisqu'ils furent domptés par Marius. — Elle perdit à cette époque l'un de ses rois ou chefs nommé Copillus, que Sylla fit prisonnier.

De la domination des Cimbres, Tolose passa de nouveau sous l'autorité des consuls romains. Le seul trait que nous rapporte l'histoire de cette période, est le fidèle récit des exactions dont cette cité fut la victime de la part de Fonteius.

César paraît, et nous voyons les Tolosates, sous les ordres de Crassus, devenir les puissants auxiliaires de ce général dans la conquête de l'Aquitaine. Leur valeur est récompensée par leur enrôlement au sein des légions. Tolose reçut alors, par les ordres de César, une garnison romaine.

La cité gallique disparaît presque tout entière, et Tolose devient cité romaine ; elle adopte les lois, le langage, les monuments, les jeux et la religion de ses vainqueurs ; on voit s'élever dans son sein un Capitole, un amphithéâtre, et des temples dédiés à Jupiter et a Minerve.

Des écoles publiques assez florissantes s'ouvrent à Tolose, et l'orateur Statius Ursulus y fait admirer son éloquence.

Dans le premier siècle de l'ère chrétienne, les Tolosates entrèrent dans l'armée de Julius Vindex et l'aidèrent puis-

samraent à secouer le joug de Néron. — Galba lui donna le titre de colonie romaine.

Ce fut sous l'empire des Césars, vers le commencement du troisième siècle, que Tolose reçut son premier évêque. Nous regardons comme certaine la prédication de l'Evangile dans les Gaules au premier siècle de l'ère chrétienne ; il est donc possible qu'avant l'arrivée de Saturnin à Toulouse, les habitants de cette cité aient connu la religion de Jésus- Christ, sans en avoir encore adopté les dogmes. D'après les calculs les plus exacts, le commencement de l'apostolat de Saturnin coïncide avec les premières années du m* siècle, et son martyre est indubitablement fixé, par des actes qui ont une date certaine, au consulat de Dèce et de Gratus, vers l'an 251 ; car il ne faut pas confondre le commencement de l'apostolat avec le martyre qui l'a couronné.

Cette date dont nous parlons, c'est Grégoire de Tours qui la détermine. Il affirme avoir vu les Actes de saint Saturnin, puisqu'il les cite et les copie. Ne nous y trompons point, ce n'est pas ce grave historien qui avance que le premier évêque de Toulouse est mort sous Dèce et Gratus. Cette assertion si positive appartient à l'auteur des Actes primitifs, qui, retenons-le bien, a écrit au moins au cinquième siècle, puisque son histoire est citée par Grégoire, qui écrivait au sixième. Nous ne pensons pas qu'il existe dans aucune bibliothèque du monde un seul manuscrit, portant une date antérieure au ve siècle, qui puisse contrarier l'assertion si formelle de l'auteur primitif des Actes de saint Saturnin.

Avec ce premier évêque s'ouvre l'histoire de l'Eglise de Toulouse. Dans le siècle de Saturnin , on ne trouve que l'épiscopat d'Honorat, son successeur. Un assez long intervalle sépare la mort de ce pontife de l'élection d'Hilaire, qui, le troisième, monta sur le siège de Toulouse et com-

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mença à honorer Saturnin d'un culte public. L'épiscopat de saint Hilaire paraît avoir eu une assez longue durée, de la fin du troisième siècle jusqu'aux premières années du quatrième.

Ce siècle nous montre les enfants de Constantin élevés à Toulouse par les soins du rhéteur Emilius Arborius — l'invasion de l'arianisme dans les Gaules — l'exil et la mort de Rhodanius, évêque de Toulouse, qui avait succédé à Hilaire — l'admirable fermeté des prêtres et des clercs de cette Eglise qui, sous Constance, préférèrent subir les plus cruels supplices que d'abjurer leur foi. Hilaire de Poitiers, cette grande lumière de l'univers catholique, exalte la foi des Toulousains et leur dédie son livre des Synodes. Un mouvement religieux et littéraire se développe à cette époque au sein de la cité : Silvius, successeur de Rhodanius sur le siège de Toulouse, appelle l'art chrétien , qui déjà avait déployé à Bysance sa sévère magnificence, à concourir à l'érection d'un temple destiné à renfermer le corps de Saturnin ; les édifices consacrés à l'idolâtrie tombent ; comme à Constantinople, une église est élevée à Toulouse, en l'honneur de la mère de Dieu, sur les ruines du temple de Minerve, et une autre, dédiée au premier des martyrs et à l'un des saints apôtres, remplace un temple de Jupiter.

A côté de ce mouvement religieux, s'opère aussi un mouvement littéraire. La réputation des écoles publiques de Toulouse s'étend au loin : Sedatus vient de Bordeaux en cette ville pour y enseigner l'éloquence; Sulpice Sévère y paraît aussi, et c'est près de cette cité qu'il compose la plus grande partie de ses ouvrages. On enseignait alors à Toulouse les belles -lettres, c'est-à-dire les langues grecque et latine et la rhétorique ; quant à l'étude de la jurisprudence et de la philosophie, ce n'était qu'à Rome quelles étaient généralement enseignées.

Quel vif éclat jeta sur l'Eglise de Toulouse la sainteté d'Exupère pendant le ve siècle ! Après Saturnin, c'est le plus illustre de ses pontifes. Sa charité mérita les éloges de saint Jérôme et, par lui, de l'univers entier. Nous le reconnaissons comme l'instituteur de l'ordre monastique à Toulouse. Après sa mort, cette cité demeura pendant bien des années veuve de premier pasteur. Elle vit les Vandales passer, sans l'attaquer, sous ses murailles pour se rendre en Espagne.

La domination des Goths commence; Toulouse est prise par Ataulphe, beau-frère d'Alaric, premier prince de cette nation. Les Goths abandonnent cette ville, après s'être emparés de toutes ses richesses, et avoir obligé ses principaux habitants à prendre la fuite; ils passent en Espagne. Ataulphe y meurt; Sigeric lui succède, et à celui-ci Wallia. Ce dernier repasse les Pyrénées et fait un traité avec le patrice Constance qui gouvernait la province pour l'empereur Honorius. Toulouse est cédée aux Goths d'occident ou Visigoths, et devient la capitale de leur empire. Wallia est le premier prince de la nation gothique qui régna a Toulouse.

Théodoric Ier succéda à Wallia dans le gouvernement de ces peuples. Les efforts des Romains pour reconquérir la nouvelle capitale furent impuissants ; ils la perdirent sans retour, et leur domination n'excita aucun regret. Les Tolosates acceptèrent sans peine pour chefs les princes goths, qui, étant ariens, se rapprochaient beaucoup plus de la religion chrétienne que les idolâtres. Malheureusement, de grands crimes vinrent déshonorer la maison régnante. Théodoric Ier ayant perdu la vie sur un champ de bataille, Thorismond, son fils et son successeur, fut lâchement assassiné par ses frères. Théodoric H, l'un d'entr'eux, lui succéda. Les historiens ont beaucoup vanté les qualités guerrières et la modération de ce prince, qui, à son tour, tomba sous le fer de son frère Euric.

Nous avons raconté les expéditions et les conquêtes hardies du roi Euric, qui finit par étendre sa domination dans les Gaules, d'un côté jusqu'à la Loire, et de l'autre jusqu'au Rhône. Il excita contre les catholiques de ses états une persécution qui se borna à jeter les prêtres et les clercs dans les fers, à faire murer les portes des temples, à priver les Eglises de leurs évêques. Aucun monument historique n'indique qu'il ait versé le sang des catholiques.

Sous son règne, le célèbre jurisconsulte Léon, saint Epiphane, évêque de Pavie, et Sidoine Apollinaire se rencontrèrent à Toulouse. Euric laissa à ses sujets un code de lois, perfectionnné par son successeur, et mourut à l'âge de trente-six ans.

Alaric H, son fils, lui succéda. Il était à peine monté sur le trône, que les Francs apparurent, commandés par Clovis.

Ce dernier prince mit un terme au règne des rois visigojhs à Toulouse, qui ne dura que quatre-vingt-neuf ans, depuis Wallia jusqu'à Alaric II. C'est sous le règne du dernier roi de la race gothique que l'on trouve le martyre de saint Volusien de Tours, Tépiscopat d'IIéraclien, la composition du Bréviaire d' Alaric, le premier concile de Toulouse, le nom du premier évêque de Comminges, qui ouvre la succession de ces pontifes. Nous avons décrit dans le cours de notre histoire les mœurs, les coutumes et les lois des Visigoths ; et c'est un fait digne de remarque, que, sous les six princes ariens qui régnèrent sur Toulouse, cette ville n'abandonna jamais la foi catholique qu'elle avait reçue depuis près de trois cents ans.

Les premières années du vic siècle nous offrent la prise de Toulouse par Clovis, roi des Francs, et le long épiscopat de saint Germier, successeur d'IIéraclien, que Clovis honora de son amitié et combla des dons de sa muni licence royale.

Sous Chilpéric, Toulouse devient une seconde fois capitale d'un grand royaume, celui de l'Aquitaine Neustrienne. Pour la première fois, elle possède dans son sein des ducs ou gouverneurs, qui n'étaient que les lieutenants du roi régnant : c'est d'abord Launebode, dont l'histoire a vanté la piété ; vient ensuite Didier, qui entra dans le parti de Gondebaud contre Gontran et Childebert. Toulouse possédait alors un homme courageux et intrépide qui s'opposa à l'invasion de Gondebaud ; cet homme était l'évêque Magnulfe, successeur de saint Germier. Sa noble conduite n'empêcha pas la cité de tomber au pouvoir de ce prince, qui périt misérablement a Lyon de Comminges. Didier, qui avait tout à redouter du roi Gontran pour sa trahison, obtint néanmoins de lui son pardon.

Vers la fin du vic siècle, Toulouse obéit k Gontran. Elle eut alors deux gouverneurs qui y exercèrent successivement unê autorité souveraine : Ostrovalde et Serenus.

Au commencement du vu* siècle, Toulouse fut soumise a Thierry, ensuite k Clotaire H, qui devint maître de toute la monarchie.

Caribert, fils de Clotaire II, fixa le siège de son gouvernement k Toulouse. Il eut plusieurs enfants: Chilpéric, dont la mort prématurée fut attribuée k Dagobert son oncle, Boggis et Bertrand.

On vit alors les milices toulousaines, sous les ordres des généraux de Dagobert, s'emparer de Barcelonne et transporter ensuite un riche butin dans leur patrie.

Boggis et Bertrand reçurent de Dagobert le royaume de Toulouse k titre d'apanage et de duché héréditaire. Ces seigneurs sont regardés comme la souche des ducs d'Aquitaine.

Le seul fait qui, en ce temps-lk, ait quelque rapport k l'Eglise de Toulouse, est lepiscopat de saint Erembert, qui succéda k Magnulfe.

De Boggis descendit le fameux Eudes, qui, par ses conquêtes et ses hauts faits d'armes, jeta tant d'éclat sur Toulouse, au vne siècle, et la délivra du joug des Sarrasins. Ce serait le sujet d'une grande et belle épopée que le siège de cette ville où Eudes, du haut de ses remparts haranguant son armée, parle en héros chrétien, fait distribuer à ses soldats des éponges bénites envoyées par le pape, se jette ensuite avec ses invincibles bataillons sur les ennemis, qui laissent près de trois cent mille hommes sur le champ de bataille. Le jour de cette défaite fut mis par les Sarrasins au nombre des jours néfastes dans leurs annales, et ils donnèrent le nom de Chaussée des Martyrs à ces champs sur lesquels se trouvaient étendus les corps de leurs frères.

Nous pensons que le siège de Toulouse par les Sarrasins eut une durée assez étendue ; mais cependant nous ne croyons pas cette durée assez longue pour que la destruction de la basilique exupérienne de Saint-Saturnin ait été opérée pendant ce siège : c'est ce qui explique la contradiction qui semblerait résulter de deux passages opposés de notre histoire.

Le vme siècle est marqué dans nos annales par la terrible invasion d'Àbdérame dans les états du duc d'Aquitaine, la défaite des armées de ce seigneur, la mort du chef des Sarrasins tué par Charles-Martel, et celle de Eudes qui expira dans sa capitale avec la réputation d'un prince religieux et du plus vaillant capitaine de son temps.

Hunold, fils de Eudes, lui succéda dans le duché d'Aquitaine. Toulouse fut alors témoin de l'affreux supplice que Hunold fit éprouver à Hatton son frère, auquel il fit arracher les yeux et qu'il jeta ensuite dans une étroite prison. Hunold alla cacher sa honte et son repentir au fond d'un monastère, laissant son duché d'Aquitaine à Waifre son fils.

Pépin, fils de Charles-Martel, parait ici sur la scène. On

a trouvé dans cette histoire le fidèle récit des attaques dirigées par Pépin contre Waifre, les malheurs de ce prince que Pépin fit lâchement assassiner, la reddition de Toulouse sous la domination du premier prince de la race carlovingienne, et la réunion pour la seconde fois de cette ville à la couronne de France.

Ce fut dans la personne de Waifre que s'éteignit la famille des ducs d'Aquitaine, descendant de la première race de nos rois : princes vaillants et forts qui portèrent haut la gloire de Toulouse, ville capitale de leurs vastes états.

Sous Charlemagne, cette cité devient pour la troisième fois capitale d'un nouveau royaume, celui d'Aquitaine; Louis, fils de Charles, surnommé le Débonnaire, le gouverne. Le règne de ce prince coïncide avec l'épiscopat d'Ericius, qui devient le successeur de saint Erembert, à un siècle presque entier de distance. Nous trouvons ici les premiers comtes ou ducs de Toulouse; Chorson ouvre cette série. — Cette dignité n'était point encore héréditaire. — Guillaume Court- Nez succède à Chorson.

C'est a ce seigneur et à l'évêque Ericius que nous attribuons la fondation de la célèbre abbaye de Saint-Saturnin à Toulouse et la restauration de la basilique de ce saint. Des rapprochements frappants, des monuments respectables, nous montrent qu'à cette époque cette basilique ainsi restaurée fut enrichie, par la libéralité de Charlemagne, de plusieurs reliques apportées d'Orient.

L'ordre monastique fleurit en Aquitaine : déjà l'abbaye de Sorèze était fondée par Pépin ; son petit-fils institue celle de Moissac et quelques autres ; le duc Guillaume fonde Gellonne ou Saint-Guillaume du Désert, monastère splendide dans lequel le duc de Toulouse va s'ensevelir avec sa gloire.

Après saint Guillaume, Raymond Rafinel est choisi pour gouverner l'Aquitaine, sous l'autorité du monarque. Louis-

le-Débonnaire, élu empereur après la mort de Charlemagne, arrivée au commencement du ix* siècle, laissa le royaume d'Aquitaine à Pépin, son second fils. Sous ce prince, Bérenger succéda à Raymond Rafinel en qualité de duc de Toulouse. Pépin est dépouillé du royaume, puis rétabli dans son autorité.

Nos regards attristés parcourent avec douleur ces pages où l'histoire raconte la longue guerre que les enfants dénaturés de Louis-le-Débonnaire déclarèrent à leur père, ses humiliations, ses souffrances, son extrême indulgence poussée jusqu'à la faiblesse.

Après la mort du duc Bérenger, Bernard, duc de Septimanie, et fils de saint Guillaume de Gellonne, gouverne Toulouse sous Pépin, dont la mort fit passer plus tard le royaume d'Aquitaine sur la tête de Charles-le-Chauve. Ce prince donne le duché de Toulouse à Warin, prince bourguignon, qui devient ainsi le compétiteur de Bernard de Septimanie.

Nous trouvons ici Charles-le-Chauve devant les murs de Toulouse, dans le célèbre monastère de Saint-Saturnin, dictant des lois et donnant des diplômes en faveur de plusieurs églises, accueillant au château d'Aveins Samuel, évêque; de Toulouse, successeur de Mancius ou Nascius qui est connu principalement dans l'histoire par sa présence au combat de quelques oiseaux. Quelle intrépidité dans Samuel qui ne craignit pas d'attirer sur sa tête toute la colère du monarque en donnant une solennelle sépulture à Bernard de Septimanie que Charles-le-Chauve venait de faire mourir dans son camp !

Toulouse ne reconnaissait pas encore l'autorité de Charles-le-Chauve ; elle était tout entière dévouée à Pépin le Jeune, fu> de son dernier roi. Son affection pour ce prince fut un ins|ant servie par le traité passé entre Charles et

Pépin, traité qui donna à celui-ci l'Aquitaine, à l'exception de quelques provinces, mais qui ne tarda pas a être rompu.

Guillaume, fils de Bernard de Septimanie, est institué comte ou duc de Toulouse par Pépin-le-Jeune. Ses efforts pour soutenir l'autorité de ce prince sont impuissants : Toulouse est assiégée et prise par Charles-le-Chauve, malgré la vive résistance de Frédelon, qui porte aussi le titre de duc de Toulouse. Guillaume meurt à Barcelonne, prisonnier d'Aledran.

Il est à remarquer que trois princes de la même famille occupèrent le duché de Toulouse, Guillaume de Gellonne, Bernard son fils, et Guillaume fils de ce dernier. Avec Frédelon commence une autre race. Il était seigneur dans le Rouergue et y possédait quelque comté. Etant mort sans enfants, son frère nommé Raymond lui succède dans ses dignités. Celui-ci prend le titre de Raymond Ier, comte de Toulouse.

Quel désolant tableau nous offrent, au ixe siècle, les guerres continuelles de Charles-le-Chauve et de Pépin son neveu, se disputant sans cesse cette couronne d'Aquitaine, détachant ainsi peu a peu tous les peuples de l'autorité si respectable de la royauté! A Raymond Ier succéda Bernard, qui vit passer le royaume d'Aquitaine aux mains de Louis-le- Bègue, fils de Charles-le-Chauve. Eudes ou Odon succéda à Bernard en qualité de duc, comte ou marquis de Toulouse , car ces gouverneurs prenaient indistinctement ces noms.

Carloman, fils de Louis-le-Bègue, devint alors roi d'Aquitaine, et après lui Eudes, comte de Paris, fils de Robert-le- Fort ; enfin Charles-le-Simple régna sur cette contrée. Nous trouvons à cette époque, et vers le milieu du ixe siècle, la tige des comtes héréditaires de Toulouse. Ces hauts seigneurs étaient devenus très puissants, et tout en reconnais-

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sant la souveraineté des rois d'Aquitaine, ils s'étaient rendus indépendants. Ces princes exerçaient peu d'autorité à Toulouse, et toutes les affaires y étaient traitées par les ducs, comtes ou marquis dont les noms sont connus. Ils présidaient de droit des assemblées appelées plaids qui se tenaient en un lieu déterminé; là, ils rendaient la justice, infligeaient les peines aftlictives ou infamantes, et connaissaient des procès civils. Les ministres des comtes portaient le nom de vicaires et de centeniers. Les vicaires ou viguiers (vicarii) étaient les lieutenants des comtes ; le principal vicaire prenait le nom de vidante et ensuite de vicomte. Les vicaires avaient sous eux les centeniers. Ces ministres ou officiers avaient une portion marquée du territoire, sur laquelle ils exerçaient leur juridiction ; c'est ce qu'on appelait vicairies, centuries et ministériats.

Indépendamment des officiers que nous venons de désigner, il y avait encore des* magistrats municipaux qui devaient se trouver à tous les plaids au nombre de sept. En général, ces officiers étaient choisis par le peuple, et on les désignait sous le nom ftaides des comtes.

Trois fois l'année, le comte appelait a ses audiences un certain nombre de citoyens qu'on appelait les bons hommes. Les évêques, les abbés et les vassaux du roi envoyaient leurs députés à ces assemblées. De temps à autre, on tenait aussi des assemblées provinciales où le roi envoyait ses représentants appelés Missi dominici; enfin les rois d'Aquitaine tenaient des diètes générales où les personnes constituées en dignité dans tout le royaume étaient obligées de se trouver, et où l'on traitait des grandes affaires de l'état. On a vu dans cette histoire que Toulouse fut presque toujours choisie pour le lieu de réunion de ces diètes.

Depuis Frédelon, le comté de Toulouse devient héréditaire; Raymond Ier, Bernard, Odon, Raymond II, Ray-

mond III surnommé Pons, Guillaume-Taillefer appartiennent à la même famille, et ces seigneurs étendent de jour en jour leurs domaines. Toulouse est constituée capitale d'un état particulier ayant ses chefs, ses lois, ses coutumes, ses milices. Au xe siècle, ce n'est plus Toulouse gallique ou cimbrique, romaine ou aquitanique; c'est Toulouse comtale, qui n'obéit plus qu'à l'illustre maison qu'elle a choisie.

Sous les princes de la race carlovingienne, les évêques de Toulouse ne sont connus dans l'histoire que par leur présence aux diètes d'Aquitaine, leurs souscriptions aux chartes de fondation des abbayes, ou aux donations des grands seigneurs aux diverses églises. Après Samuel, on voit monter sur le siège de Toulouse Hélisacar, Bernard- Bernon, Armann, Hugues, Atton, Issolus et Attus, noms assez obscurs, à part celui de Hugues dont l'opulence enrichit l'Eglise qu'il gouvernait. Les évêques, à cette époque, appartenaient presque tous aux familles seigneuriales ; les liens de parenté qui les unissaient aux comtes ou aux vicomtes favorisèrent les usurpations de ces seigneurs sur lés biens de l'Eglise.

A très peu d'exceptions près, le sentiment religieux n'était pas le principal mobile qui portait les princes à fonder les abbayes, car ils avaient le soin de se réserver des droits particuliers sur ces maisons, ainsi que des redevances qui plus tard créaient des charges onéreuses, devenaient la source d'une infinité de querelles, et affaiblissaient la discipline régulière. Nous ne trouvons dans cette longue période qu'un seul concile à Toulouse, et encore les actes n'en sontils pas venus jusqu'à nous.

Un auteur qui a la patience des longues investigations, peut seul avoir une idée de l'étrange confusion qui règne dans les dates aux septième, huitième, neuvième et dixième siècles, soit pour la succession et la généalogie des maisons

comtales, et en particulier de celle de Toulouse, soit pour la fondation des abbayes. L'identité des noms a jeté une grande perturbation dans les faits, et ce n'est qu'avec d'incroyables efforts qu'on peut parvenir à connaître la vérité au milieu du chaos d'erreurs historiques où elle se trouve mêlée.

Il est bien étonnant qu'à l'époque du règne de Charlemagne et de ses successeurs, époque à laquelle une si forte et si heureuse impulsion fut donnée aux études dans le nord, et où fut créée l'école palatine, nos annales ne nous offrent aucune indication, aucun monument, qui puissent nous révéler l'état des écoles de Toulouse dans cette période. Cependant l'étude des lois y était très répandue, et tous les officiers, ministres et assesseurs des comtes en possédaient les codes : car la province étant composée de Romains, de Goths et de Saliens ou Français, et chacun de ces citoyens se gouvernant par ses lois, il était nécessaire de les connaître toutes afin de rendre la justice et de traiter des affaires publiques.

Dans cette période, tous les actes étaient rédigés en langue latine, langue qui avait prévalu sur tous les autres idiomes, et qu'on employait même quelquefois dans la conversation ordinaire. Cette langue se corrompit insensiblement et forma ce qu'on appela la langue romane, qui fut universellement adoptée dans le midi. Dans le nord, on se servait de la langue tudesque, qui, dégagée peu à peu des mots barbares et se perfectionnant par l'usage, d'abord , et ensuite par le génie des divers auteurs, devint la langue française.

Le trait le plus saillant de la période carlovingienne est évidemment, d'un côté, l'hérédité des fiefs, et, de l'autre, celle des dignités comtales ou ducales; car il ne faut pas confondre l'une avec l'autre.

Malgré la difficulté qui existe à exposer clairement les matières domaniales, on peut cependant arriver à des notions assez précises.

On connaît suffisamment la grande distinction qui existait a cette époque entre les personnes libres et les serfs. Les premières pouvaient seules succéder héréditairement à leurs proches ; les biens qu'elles possédaient étaient exempts de toute charge ou redevance, et on appelait cette manière de posséder, posséder en alleu.

Quant au domaine du prince, il consistait ; 1° et principalement en de vastes terres accompagnées de palais qui provenaient ou 'des ducs héréditaires d'Aquitaine ou bien des rois visigoths ; 2° en des terres vacantes ; 5° en certains droits qu'on exigeait dans les ports, les marchés, les grands chemins, les passages des ponts et rivières ; à° en des subsides ou dons gratuits qu'on offrait, chaque année, au prince.

Les rois donnaient des terres de leurs domaines, pour en jouir à vie, à des seigneurs qui s'appelaient vassaux royaux. Ces terres ainsi cédées se nommaient bénéfices. Non-seulement ces domaines furent donnés à vie, mais quelquesuns furent transmis pour être possédés héréditairement, et cette transmission héréditaire devint stable et générale sous Charles-le-Chauve.

Or, comme les bénéfices obligeaient les possesseurs à l'hommage, au service militaire, et à certains devoirs, ils étaient d'une nature différente de Xalleu. Cependant les bénéfices étant devenus héréditaires, on les comprit au nombre des biens allodiaux ; mais pour distinguer les uns des autres, on appela les bénéfices fiefs, et les anciens alleus franc alleu.

On est étonné de voir, à l'époque dont nous parlons, les grands vassaux posséder des biens ecclésiastiques ; toute-

fois, d'après ce que nous venons d'exposer, ces sortes d'occupations s'expliquent : pour soutenir les guerres, les rois s'emparaient des églises et les donnaient en fief ou bénéfice aux seigneurs qiii servaient dans les armées; en sorte que ces fiefs, étant devenus héréditaires, passèrent à leurs successeurs... Usurpations sacrilèges, contre lesquelles l'Eglise ne cessa de s'élever dans ses conciles ! Malheureusement, quelques prélats, pour soutenir le luxe dont ils s'étaient entourés, aliénèrent aussi en faveur des biques les biens ecclésiastiques dont ils n'étaient que les dépositaires ou les usufruitiers.

Les premiers princes de la race carlovingienne accordèrent souvent aux enfants les dignités de leurs pères; ainsi s'établit à côté de l'hérédité des fiefs, celle des dignités comtales et ducales. Les troubles qui agitaient la province favorisèrent les hauts seigneurs, qui peu à peu s'emparèrent des droits régaliens, tout en reconnaissant dans le roi une sorte de souveraineté purement nominale.

L'une des conséquences les plus saillantes de l'hérédité des fiefs et des titres, fut l'affaiblissement des libertés municipales, dont l'origine remontait jusqu'à la domination romaine. Ces libertés avaient déjà reçu quelque atteinte sous les Visigoths, et semblèrent disparaître sous les rois de la première race ; sous ceux de la seconde, l'élément municipal se retrouve dans ces officiers ou échevins fScabini) que les gouverneurs appelaient dans les plaids. Cet élément reçut un développement nouveau sous les comtes héréditaires, vers le onzième siècle et les siècles suivants, comme on le verra dans la suite de cette histoire.

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