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temps vacant après la mort de Durand de Dôme. Izarn, prévôt de Saint-Sernin, fut élu pour lui succéder. Ce prélat appartenait à la famille des anciens seigneurs d'Afranium ou de Lavaur, et nous l'avons déjà vu signer la donation, en faveur de l'abbaye de Conques, de l'église de ^-Christophe, qui appartenait au château de ses ancêtres. L'illustre maison de Lavaur était représentée à cette époque par deux seigneurs, Guillaume et Pierre d'Afranium. Guillaume eut pour enfants Izarn, Bernard et Pierre ; Izarn était l'aîné et le représentant de cette maison.
Une charte de donation fixe incontestablement l'élection d'Izarn à l'an 1071. Par cet acte, un seigneur nommé Raymond Darnaud et Arnaud son fils cédèrent au monastère de Saint-Pierre de la Cour (le Mas) la terre de Gaïa située dans le Toulousain; Raymond de Lectoure et Guillaume prince de Savès signèrent cette donation, et on y déclare qu'elle a été faite l'année même où Izarn a été élu évêque de Toulouse. Cette principauté de Savès dont il est ici question et dont Guillaume était prince ou vicomte, s'étendait dans la partie occidentale du diocèse de Toulouse, sur les bords d'une rivière appelée Save qui donna son nom à ce pays.
Un cri général de réforme s'échappait de tous les cœurs chrétiens. La désolation était alors dans la plupart des monastères; la discipline régulière se trouvait sans vigueur ; l'abbaye de Lézat, en particulier, paraissait dans un état déplorable. Le peu de religieux qui y étaient restés, s'étant concertés avec plusieurs seigneurs du pays, Roger II de Foix, Raymond-Guillaume, Bérenger d'Auterive et Bernard de Marquefave, écrivirent à Hugues abbé de Cluny pour le
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prier d'établir la réforme dans ce monastère. Hugues n'acquiesça à leur demande qu'à la condition expresse que lui et ses successeurs auraient la nomination de l'abbé. Cette condition ayant été acceptée, l'abbaye de Lézat fut soumise à celle de Cluny. L'acte d'union porte la date de 1073. Il faut observer que les seigneurs nommés dans la charte avaient le droit d'élire l'abbé : ce qui rend leur consentement à l'union beaucoup plus méritoire. Les seigneurs d'Auterive Raymond et Bérenger donnèrent en ce môme temps à l'abbaye de la Grasse l'église de Sainte-Marie et de Saint-Paul de ce même lieu, dans lequel on établit plus tard un prieuré conventuel. Hugues de Cluny laissa à Lézat Pons Ier pour gouverner l'abbaye réformée.
L'Eglise de Comminges, à cette époque, vit monter sur le siège de ses évêques l'illustre saint Bertrand . Ce prélat ' était né au château de Settes dans le Toulousain ; il eut pour père Raymond Aton, seigneur de l'Hille, et pour mère Hervire , fille du comte Guillaume de Toulouse dit Taille fer. Celui-ci étant mort en 1037, trente-six ans s'étaient donc écoulés jusqu'à l'élection de son petit-fils. On suppose que Bertrand fut fait évêque de Comminges à l'âge de 2G ou 27 ans, ce qui placerait sa naissance vers l'an 1047. Il eut deux frères, Raymond et Aton. Le premier fut le père de Jourdain, qui accompagna Raymond de Saint-Gilles à la Terre-Sainte, et c'est de cette expédition que lui vient le nom de Jourdain. Il construisit autour du château paternel une ville qui fut appelée La Hille (Fille) de Jourdain : d'où est venu l'Ile-Jourdain. Aton, second frère de Bertrand, prit le nom d'Andoufielle, terre de son apanage; il épousa la fille du baron de Montaut, dont il eut Guillaume, arche-
vêquc d'Àuch. On croit que Bertrand fut confié, dan? son
enfance, à des religieux bénédictins de l'abbaye de Capatur, vers les sources de l'Adour* Cette abbaye fut plus tard transportée en un autre lieu qui prit le nom de Scaladieu.
Bertrand entra dès sa première jeunesse dans la milice, selon l'usage de son temps. Dégoûté du monde, il renonça à toutes les espérances de la terre et embrassa la cléricature; il devint chanoine et archidiacre de Saint-Etienne de Toulouse au temps où Pons III, son cousin, tenait le comté de cette ville. A la mort d'Otger, évéque de Comminges, le clergé et le peuple le proclamèrent évéque de cette dernière cité; il reçut la consécration épiscopale à Auch, des mains de Guillaume-Bernard de Montaut, qui n était ni son oncle ni son neveu, mais qui devait être l'oncle, le frère ou le parent de la femme de son frère Aton d'Andoufielle.
Des monuments dont les restes existent encore aujourd'hui semblent indiquer que Lyon de Comminges s'étendait dans la plaine où se trouve l'église de Val-Cabrère (Vallis caprarià); on pense même que ce dernier édifice, très remarquable par son architecture romane, existait au temps où saint Bertrand prit possession de l'évéché de Comminges. Cette église est dédiée aux saints Juste et Pasteur, dont les figures décorent le portail avec celles du fondateur et de la fondatrice de ce temple, qui devaient être quelques seigneurs du pays.
Après avoir pris possession de son église, Bertrand commença a relever les murs de la cathédrale, qui n'est point celle qu'on voit aujourd'hui, au moins dans toutes ses parties. Il construisit un cloître pour les chanoines qui embrassèrent de son temps la règle de saint Augustin. L'année
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même de son élection, il confirma à l'abbaye de Simorre la possession du monastère de Sarrancolin.
Pendant que saint Bertrand brillait sur le siège de Comminges du plus vif éclat, Izarn, évêque de Toulouse, exerçait une heureuse irifluence sur ses collègues dans lepiscopat : ainsi il détermina Guillaume archevêque d'Auch et Raymond de Lectoure à céder l'église de Saint-Geny à l'abbaye de Cluny, en 1074 ; l'année suivante, il conseilla à Roger II comte de Foix de céder au même monastère le château de Lordat et divers domaines du voisinage; en 1075 , il assista à quelques autres donations faites par le même comte, soit à Cluny, soit à Saint-Pons de Tomières.
Vers ce même temps, une heureuse révolution arriva dans le chapitre de Saint-Saturnin : les clercs séculiers, qui avaient remplacé les premiers moines, embrassèrent la vie commune ou canoniale, sous la règle de saint Augustin. La régularisation de cette abbaye nous est indiquée dans une donation que lui fit alors levêque de Périgueux de l'église de Saint-Cyprien ; Geraud, évêque de Cahors, lui donna aussi l'église du Vigan dans son diocèse.
Izarn, qui se faisait déjà remarquer par son amour pour la discipline régulière, trouva un puissant auxiliaire dans Guillaume IV. Ce prince était ami de la paix et se montrait plein de zèle pour les intérêts de la religion. 11 conseilla à levêque d'exécuter la réforme de l'église de Notre-Dame de la Daurade. Cette église et le monastère qui en dépendait présentaient un affligeant spectacle : la régularité avait disparu, et l'office divin avait été interrompu; Izarn, touché de ces maux, résolut de les céder l'une et l'autre a la congrégation de Cluny. Cet acte d'union fut dressé ainsi qu'il suit :
« Moi Izarn, évêque de l'Eglise de Toulouse, qui suis » assis sur ce siège après les amis de Dieu Saturnin, Sylve » et Exupère de sainte mémoire, considérant que l'église » de Sainte-Marie qui relève de mon Eglise, et qui par les » mérites de cette auguste Vierge a existé glorieuse et vé- » nérable dans ses anciens jours, se trouve maintenant » privée du service et du culte divin ; d'après les conseils » de mon seigneur le comte Guillaume, de plusieurs fidèles, » et surtout des chanoines de mon Eglise, je livre, accorde » et donne cette église à Hugues abbé de Cluny et à ses » successeurs pour que l'ordre monastique y soit toujours » observé. » Izarn déclare dans cette charte que le comte Guillaume a délivré l'Eglise de Toulouse de ses ennemis, c'est-à-dire des simoniaques, qui avaient usurpé tous ses biens. Elle est signée par Raymond évêque de Lectoure et prévôt de Saint-Etienne, Raymond-Pierre chanoine de la même église, Pierre-Amélius prieur, Pierre Borrel et Arnaud Girard ; elle porte la date de 1077.
Après avoir exécuté la réforme de l'église de la Daurade, Izarn voulut entreprendre celle de l'église cathédrale de Saint-Etienne. L'acte de réformation que nous allons citer nous apprendra et la manière dont elle fut réalisée et les maux qui désolaient cette église.
« Moi Izarn, indigne évêque de la ville de Toulouse :
» Il existe en cette cité une église dédiée au premier » martyr Etienne, qui a été confiée à ma faiblesse comme » le siège de ma charge pastorale ; elle était autrefois ad- • mirée par la variété de ses richesses et la beauté de » ses bâtiments; les ornements employés au service du » Seigneur y étaient splendides; elle possédait d'immenses
domaines, des rentes nombreuses; elle s'élevait au-dessus
de toutes les églises voisines et en était appelée par les
fidèles la maîtresse et la mère. Maintenant, ô douleur!
sa gloire s'est éclipsée; elle s'est vue si grandement dépouillée et de ses richesses et de ses enfants, quelle a eu à déplorer non seulement la ruine de ses murailles, mais encore l'oubli dans lequel son clergé est tombé de l'exercice du culte divin, en sorte qu'on peut lui appliquer ces paroles du prophète : Comment l'or s'est-il obscurci, sa beauté changée! comment les pierres du sanctuaire ont-elles été dispersées sur les places publiques !.... »
» Désirant remédier à ces maux, du consentement du très glorieux comte Guillaume, par le conseil d'Hugues de Cluny, avec le secours d'Hunaud de Moissac, d'après l'avis de plusieurs clercs qui y habitent, et avec l'accord de seigneurs et primats soumis à l'autorité du comte dtî Toulouse, j'ai résolu, avec l'inspiration divine, non seulement de réparer les brèches qui ont été faites à ce siège, de relever ses ruines, de lui restituer les ornements, champs et domaines qui lui ont été enlevés, mais encore d'y rétablir l'ancienne vigueur de la discipline. « J'ai donc statué qu'à l'avenir les clercs qui voudront
► s'attacher à cette église se conformeront aux règles sui- » vantes : 1° de ne rien posséder en propre; 2° d'embrasser
► la vie commune, quant à la nourriture, le logement et le
► vestiaire; 3° de ne sortir ou voyager (hors de la maison » capitulaire) sans la permission du prieur ; 4° de s'efforcer
• de n'avoir qu'un cœur et qu'une âme comme ils n'ont
• qu'un Dieu, une foi, un baptême. Afin d'ôter à tous la
» facilité de transgresser ces règles, sous le prétexte de la
» difficulté de vivre, j'ordonne que désormais ils puissent
» élire ou changer à volonté le prévôt, le doyen, les archi-
» diacres, 1 ecolâtre et le sacriste ; qu'ils jouissent de toutes » les rentes et redevances attachées a ces titres, soit que » les biens proviennent d'une succession laïque, soit qu'ils » aient été possédés par des clercs dès leur premier âge. » Voici donc ce que j'ai résolu de leur céder et donner :
» D'après l'assentiment du comte Guillaume, de Raymond » son frère comte du Rouergue, des seigneurs du pays et » de notre conseil privé, je cède aux chanoines qui devront » vivre en commum en cette église les revenus de la pré- » voté, du décanat, du sacriste et du capiscol; de plus, les » dixmes de l'église, les offrandes et tout le blé offert par » l'évêque à Saint-Etienne ; les émoluments qui proviennent » de l'épreuve de l'eau froide, épreuve qui ne doit se faire » qu'avec le consentement de l'enfant qu'on y emploie ; de » plus, l'archidiaconé d'Agarnagués, relevant de Pierre » Emilii, prieur du chapitre; celui qui est situé depuis la » porte du Château Narbonnais jusques vers le territoire » de Carcassonne, relevant de pierre Francon; tous les » autres archidiaconés des clercs qui voudront vivre en • commun : de telle sorte, qu'après la mort des archi- » diacres, l'évêque puisse élire leur successeur du conseil » du clergé.
» Je donne aux chanoines toutes les bienvenues épis- » copales, et confie à leur garde tous les trésors de l'Eglise, » frappant d'excommunication tout comte, évêque, clerc » ou personne laïque qui oserait les usurper, jusqu'à par- » faite restitution.
» Je cède aussi le territoire ou domaine de Braque (Bra- » queville) avec ses vignes, prés, cours d'eau, terres cul- » tivées ou incultes ; la moitié du sel que j'ai le droit de
• retirer du bourg de Saint-Saturnin. Qu'il soit donc per- » mis aux chanoines de posséder toutes ces choses à titre » d'aumône ou à quel autre titre que ce soit, et d'acheter » à prix d'argent les biens que les clercs et les laïques » tiennent en fiefs de moi ou de mes prédécesseurs. ,
» Je donne encore toutes les terres que je possède hors » des murs de la ville et près de ses portes, au lieu qu'on
• nomme du Férètral.
Le comte de Toulouse voulut aussi ajouter une sanction solennelle à cet acte de l'évêque Izarn ; c'est ainsi qu'il s'exprime : « Moi Guillaume, comte, pour augmenter la » dignité de cette sainte institution, accorder aux chanoines » toute la liberté possible, rétablir l'élection et la mission » de l'évêque dans ce siège que mes prédécesseurs avaient » usurpées, je les abandonne, comme il convient, aux clercs » de cette église, promettant d'approuver l'élection qui sera » faite du consentement de tous. Cest en présence et par » le conseil de l'abbé de Cluny, de celui de Moissac, et de > plusieurs nobles personnes, que j'expose ici mes volon- » tés souveraines. »
Réunissant leurs efforts pour cette grande œuvre, Izarn et Guillaume continuent : « Nous plaçons cette cession sous » la sauvegarde du vénérable Hugues abbé de Cluny et de
• tous ses successeurs ; et si quelque téméraire ose atta- » quer cet acte, que ce saint abbé en appelle au siège apos- » tolique, et se place devant le tribunal d'une si grande » Majesté le défenseur intrépide de nos droits. »
L'évêque et le comte s'adressent ensuite au pape luimême : « Nous déposons cette charte à vos pieds, ô Gré- » goire, pontife des pontifes ! afin de lui donner toute l'au- » torité possible. Si quelque évêque ou comte ose attenter » à l'expression si manifeste de notre volonté, qu'il soit » placé sous l'anathème apostolique et sous l'anathème éter- » nel, comme Hycar fils de Carim.
Izarn ajoute encore de nouvelles offrandes : « Je donne
* et cède au chapitre de Saint-Etienne le quart des oblations » de l'église de Saint-Saturnin, auxquelles j'ai droit. Je » donne le tiers du cimetière de cette église et la redevance » que ses chanoines ont coutume d'acquitter le jour de la » fête du saint martyr. Je donne le quart des églises dio- » césaines qui relèvent de cette basilique, ainsi que la » prévôté, le décanat, le sacristat, l'écolatrerie, tous les ar- » chidiaconés, les rentes et redevances que je retire de
• l'église de Saint-Saturnin, telles que la quatrième partie » des offrandes de l'autel et le tiers du cimetière » . Parmi les donations faites par Izarn a son chapitre, nous remarquons celle-ci : « L'œuvre de la construction de l'église, operam quoque ecclesiœ conslruendœ. » Ce passage nous montre que le premier édifice de Saint-Etienne était tombé en ruines, et qu'Izarn présida à la construction du second. Cette charte, qui porte la date de 1077, fut signée par Guillaume archevêque d'Auch, Raymond de Lectoure, le prieur Pierre, Raymond Guifred, Pierre Benoit et Bernard Aton.
Cet acte mémorable nous découvre les immenses richesses de l'évêque Izarn et celles de l'église cathédrale; le zèle qu'il montra pour la discipline régulière ; la prudence avec laquelle il triompha des obstacles qu'il dût rencontrer à
rétablissement de la réforme, et les largesses dont il combla les chanoines opposants. On voit ici que l'évèque de Toulouse avait droit à de grandes redevances et rentes sur les biens de la basilique de Saint-Saturnin, qu'il abandonna à son chapitre.
Ainsi à cette époque les chanoines ou clercs réguliers de l'église principale embrassèrent la vie régulière ou commune, qu'ils gardèrent jusqu'au xvie siècle.
L'exemple des libéralités exercées par.Izarn, et surtout des restitutions nombreuses qu'il faisait à l'Eglise pour réparer les abus des temps écoulés, détermina un seigneur nommé Gausbert à céder à l'église Saint-Etienne un archidiaconé qu'il tenait des mains de l'évêque de Toulouse et qui portait le nom de Vieil -Morés (Veteris Moresiî). Dans cet archidiaconé, dont nous ignorons le lieu, se trouvait un archiprêtré que Gausbert avait donné en fief à un chevalier nommé Pierre Bertrand. Il paraît que ce fief fut excepté de la donation et demeura au pouvoir de ce dernier.
Le premier soin de l'abbé de Cluny, en prenant possession de l'église de la Daurade à Toulouse qui lui avait été cédée par Izarn, fut d'envoyer dans ce monastère un homme capable d'y faire fleurir la discipline monastique ; cet homme était Gidbert, qu'on regarde comme le premier prieur. Son existence en cette qualité nous est révélée par une antique charte de Saint-Saturnin, dans laquelle il est ainsi désigné. Une grande controverse s'est élevée parmi nos historiens pour savoir si, aux temps primitifs, la Daurade avait été desservie par des clercs ou par des moines. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'au ixe et xc siècle elle fut servie par des religieux, et il paraît probable qu'antérieu-
rement à ces derniers elle était possédée par des clercs qui la gouvernaient, sous le régime paroissial d'un prieur ayant sous lui un vicaire perpétuel. Dans le cours du xc siècle, la Daurade passa au pouvoir des clercs séculiers qui étaient soumis au chapitre de Saint-Etienne, et qui la gardèrent jusqu'à la cession qui en fut faite par Izarn à Cluny, comme on l'a vu plus haut.
Les moines de cette célèbre abbaye firent fleurir dans le monastère de la Daurade la plus parfaite régularité ; de saints religieux y habitèrent ; il devint une des grandes gloires de l'ordre de saint Benoit, et fut depuis enrichi de nombreux privilèges de la part des papes, des rois de France et des comtes de Toulouse. Les habitants de cette cité choisirent leur sépulture dans ses cloîtres splendides ; les religieux de Cluny l'enrichirent d'un très grand nombre de reliques, parmi lesquelles on distinguait une portion du titre de la croix. La dévotion des peuples éleva dans son église une statue miraculeuse de la Vierge connue sous le nom de Notre-Dame la Noire, qui, aux jours des calamités publiques, était descendue avec grande pompe de son piédestal et portée processionncllement dans les rues et les places de la ville. L'église de la Daurade eut enfin sous sa dépendance celle de la Dalbade, l'abbaye de Saint-Cyprien au faubourg de ce nom, le prieuré de Saint-Pierre et de Saint-Martin, cédé plus tard aux Ursulines; une chaire de théologie fut créée dans ce monastère, dont le prieur pouvait user de la crosse dans les cérémonies publiques. . Le comte Guillaume poursuivait le cours de ses libéralités envers l'Eglise : ainsi, en 1078, il céda à Hunaud, abbé de Moissac, et à son monastère, pour le repos de son âme,
un jardin situé dans la paroisse de Wandalor, les sources et le verger qui en dépendaient.
Cette même année , on tint un concile à Gironne en Espagne, auquel assistèrent quelques évéques de la province de Narbonne, parmi lesquels nous trouvons Guillaume de Comminges. La date de ce concile et la souscription de cet évêque jettent ici une certaine perturbation dans notre histoire. D'après la chronologie des évêques de Comminges, Guillaume II était évêque de cette ville en 1063. puisqu'il assista cette même année k la dédicace solennelle de l'église de Moissac, et, en 1068, au quatrième concile de Toulouse. Nous pensons que c'est par erreur que l'on a placé son nom au second concile de Gironne dont il est ici question, et qu'il n'assista qu'au premier concile de cette ville, qui fut tenu dans la même année que celui de Toulouse par le cardinal Hugues Le Blanc et Guifred archevêque de Narbonne. Guillaume eut pour successeur Otger, dont on place lepiscopat vers la fin de l'an 1072 ou 1073, époque à laquelle, comme nous l'avons observé plus haut, saint Bertrand occupait le siège de Comminges, puisque en ce même temps il confirmait une donation faite à l'abbé de Simorre.
Guillaume IV et Raymond de Saint-Gilles étaient alors les plus puissants seigneurs de la partie méridionale de la France ; ils jouissaient paisiblement de tous les pays qui avaient appartenu à leurs ancêtres ; l'étendue de leurs domaines était indiquée dans leurs titres : le premier se qualifiait de Comte duc de Toulouse, de V Albigeois, du Quercy, du Lodevois, du Périgord, du Carcassés, de VAgenais et de VAstarac ;le second, de comte de Rouergue. de Gevaudan, de
iïi TEMPS INTERMÉDIAIRES.
Nîmes, d*Agde, de Béziers, de Narbonne et d'Uzès. On voit par ces titres que tous les biens d'Eudes, comte de Toulouse, quatrième aïeul de ces princes, furent réunis sur leur tête. Eudes eut deux fils, Raymond II et Ermengaud ; Guillaume et Raymond de Saint-Gilles descendaient de Raymond II : c'est ce qui explique la réunion de tous ces domaines sous leur autorité.
Guillaume IV ne dominait immédiatement que sur le Toulousain, l'Albigeois, le Quercy et le Lodevois; quant aux autres pays, il n'avait sur eux qu'une autorité médiate. Raymond de Saint-Gilles possédait aussi le marquisat de Provence, et quant au comté de Saint-Gilles dont il prit le nom, il était compris dans celui de Nîmes. À la tête donc de la province paraissaient ces deux puissants princes ; venaient ensuite au-dessous d'eux les comtes de Carcassonne et de Razès, de la maison de Barcelonne, qui possédaient le Lauraguais ; les comtes de Foix, qui possédaient une partie du Toulousain, sous la suzeraineté du comte de Toulouse ; les comtes de Comminges ; et après ces comtes, venaient les vicomtes d'Albi, de Lautrec. Parmi les seigneurs les plus nobles, on distinguait ceux de l'Ile-Jourdain.
La grandeur de la puissance de Guillaume IV donna quelque ombrage au comte de Poitiers Guillaume VIII. Il paraît qu'il exista entr'eux un certain désaccord , car le premier, ayant surpris près de Bordeaux cent chevaliers nobles de l'armée du comte de Poitiers, les tailla en pièces. Excité par la vengeance, celui-ci se mit à la tête de ses nombreux vassaux, parut devant Toulouse, ravagea tous les environs et s'empara même de la ville, qu'il rendit bientôt après à son légitime maître.