‹ Histoire générale de l'église de Toulouse depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours recueillie des monuments les plus authentiquesChapitre 1 sur 37 · LIVRE XXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XXIV

bEPUIS LA SPOLIATION DU COMTL i)L TOULOUSE AÛ tONCILE I)t LATRAN, EN 1215, JUSQUA LA GUERRE DE LOUlS VUl COMTBE BAYMOM) YII, EN 1226^

A la suite du décret qui priva Raymond VI de ses domaines, le pape adressa une balle à tous les fidèles. Cette bulle, datée du 15 décembre, avait pour objet TafiEsure du comte de Foix. « Quant à cette affaire, dit le pape, on en » informera plus amplement et on décidera ce qui sera » juste, en sorte que le château de Foix qui nous a été » délivré sera gardé suivant Tordre de TEglise jusqu'à ce » que Tafiaire soit terminée. Comme il pourra s*élever des » doutes et des difficultés sur cette matière, le tout sera

TEMPS INTBRMÉDIÀIKBS.

» rapporté au jugement du siège aposluliciue, de crainte

> que ce qDî a été déjà exécuté à grands frais ne vienne » à être anéanti par l'insolence ou la malice de quelqu'un. » Le pape prit les mêmes précautions au sujet du comte de Gomminges, et adressa dans le même sens des lettres apos* toliques aux évèques de Nimes et à Guillaume Jourdain, arctiidiacre de Gonflans dans Téglise d'Ëlne.

« Ayant envoyé Pierre, cardînal-diacre du titre de Sainte- » Marie eu Acquu e, eu qualité de légat du siège apostolique » dans les pays de Provence, pour régler les afifedres du » pays, le comte de Foix, afin d'obtenir rah^uluLion, lui a » £ût serment d*obéir à nos ordres, et lui a remis le cbâ- » teau de Poix que ce cardinal a fait garder pendant quel- » que temi)s par Tabbé de Saint-Thibéry, lequel , devant » quitter le pays, en a commis la garde à Simon comte de » Montfort jusqu'après le concile général. Durant ce con- » cile, le comte de Foix et les autres nobles du pays s étant

> rendus auprès du siège apostolique, ce comte s*est plaint » à nous de ce qu'après s'èLrc soumis à nos ordres et avoir

> £ait serment d'observer la trève, le comte de Montfort et • les siens Tout dépouillé injustem^t de plusieurs châteaux » et villages : joutant que les croisés avaient envahi aupa- » ravant encore plus injustement la plus grande partie de » ses domaines, dans lesquels il demande d'être rétabli soit » • par justice soit par grâce. Cependant comme on a avancé 9 en notre présence, tant en faveur de ce comte que contre ■ lui, diverses choses qui ont besoin d'éclaircissement, nous » VOUS ordonnons d'en informer, dans l'espace de trois » mois depuis la réception des présentes, et de terminer » cette aûaire ou par accord ou par sentence^ ou enbn de

tmS IHTUUIÉOIAIBES. 3

» noDS la renvoyer tonte instruite, en assignant aux par-

• lies un terme suffisant pour pouvoir comp.n aître devant > nous. Vous tâcherez de découvrir néanmoins pour quelle » cause ce comte a perdu ses domaines avant qu'il se fût » soumis à TËglise, et vous aurez soin de nous le faire

• savoir. Nous voulons, en attendant, qu*on remette le ^

• château de Foix à Tabbé de Saint-Thibéry qui le gardera » sous notre autorité pour le comte, auquel on le restituera

• quand nous Tordonnerons. Car c*6st notre intention, que

» nous voulons être connue de tous, qu après que 1 affaire

• sera terminée, on rende le château de Foix au comte ; » que cependant le comte de Montfort et les siens ne lui B fassent point la guerre ni à Roger de Comuiinges, sou » neveu ; mais qulls vivent en paix et en sûreté, pourvu » qu'ils se tiennent eux-mêmes en repos, suivant les statuts

• de la paix qui ont été dressés dans le pays. » Dépouillé de ses domaines, Raymond VI, avant de quitter

Rome, pria le pape de lui iluniicr audience. Le saint-père reçut le prince avec une bienveillance marquée, lui déclara que pour le présent on ne pouvait foire autre chose que ce qui avait été statué, et lui donna sa bénédiction. Raymond partit avec une partie de sa suite, laissa Tautre à son fils, et s'avança jusqu'à Viterbe ; là il fut joint par le comte de Foix, qui l'accompagna jusqu'à Gènes. Le jeune Raymond ayant demandé aussi son audience de congé, le pape le fit asseoir à ses côtés et lui dit ; « Mon fils, écoulcz-uioi ; si » vous suivez mes conseils, vous ne faillirez jamais. Aûnez

• Dieu sur toutes choses, ayez soin de le servir; ne prenez » jamais le bien d autrui, mais détendez le vôtre si quol- » qu'un veut vous Vôten En tous conduisant ainsi, vous

4 TEMPS IMTBMÉMilRBS.

» ne manquerez pas de domaines; et afin que tous ne de*

» meuriez pas sans terres et sans seigneuries, je vous » donne le comté Yenaissin avec toutes ses dépendances, » la Provence et Beaucaire pour pourvoir à votre entretien * jusqu'à ce que l'Eglise se soit assemblée en conciio. Alors » vous pourrez venir, et on vous fera raison sur vos de- » mandes. » Le jeune prince répcmdit : « Saint père, si » je puis recouvrer mes domaines sur le comte de Mont- » fort, &*en soyez pas fâché. « — Quoi que vous fessiez, ré^ » pliqua le pape, Dieu vous lasse la grâce de bien com- » mencer et de mieux Unir. » 11 reçut après cela la bénédiction du pontife, se rendit à Gènes où il trouva le comte son père, et là s étant embarqués ils vinrent aborder à Marseille.

Avaut de quitter Rome, Foulques et Dominique qiii avaient formé le projet de créer un ordre spédaiement destiné à la prédication, en exposèrent lé plan à Innocent 111. Le concile de Latran ayant décidé qu il n'établirait aucune' rdigion nouvelle, le pape 5*opposa d*abord à Texécution de ce dessein. La nuit suivante, il crut voir en songe TEglise de Latran sur le penchant de sa mine, et Dominique, la soutenant de ses épaules. Fortifié par cette vision, il n'opposa plus de résistance aux idées du saint patriarche, ordonna à Dominique de revenir auprès de ses premiers disciples, lui prescrivit de choisir une règle parmi celles qui déjà se trouvaient en vigueur dans l'Eglise, lui promettant de donner Tapprohation apostohque à son ordre* L'institution des prédicateurs évangéliques était d*ailleors dans les intentions du concile, car, au dixième canon, il est déclaré que les évèques choisiront des hommes idoines.

T£MPS U(TB&MÉDUlRlt$. ^

puissants en œuvres et eu panjles i)our loflice de la samtu prédiccuion (ad samtœ pr€Bdic(Uimi8 offidum); que ces prédicateurs seront attachés aur églises cathédrales ou • couventuelles, et deviendront les coopérateurs des evèques non seulement pour annoncer la divine parole, mais eucore pour entendre les confessions et remplir les autres fonctions utiles au salut des âmes. Après avoir reçu la bé* nédiction du pontife, Foulques et Dominique quittèrent Hume et revinrent dans la province.

Sur ces entrefaites, Simon de Montfort, après avoir pris possession du duché de Narbonne malgré les oppositions de l'arohevéque Arnaud, se rendit à Toulouse, où il arriva au commencement de mars 1216. Le 7 de ce mois, tous les habitants de la ville et du faubourg lui prêtèrent serment de âdélité ainsi qu*à Amaury son ûls qui était présent. Foulques était de retour à Toulouse à Tépoque de la prestation de ce serment, et contribua puissaumient a faire reconnaître Simon et son fils en qualité de seigneurs de cette ville. Le lendemain 8 mar8,Montfort, ayant convoqué les consuls, le conseil commun et le peuple de Toulouse, fit dans cette assemblée le serment suivant, en présence de Bernard archevêque d*Embrun, des évêques de Toulouse, de Lectoure, de Gap, de Bigorre et de Comminges :

« Je Simon, par la grâce de Dieu duc de Narbonne, » comte de Toulouse et de Leycestrc, vicomte de Beziers » et de Carcassonoe, je jure de bonne foi et promets que » je serai bon seigneur et fidèle, à Thonneur de Dieu et de » la saiute Eglise, envers tous les hommes et toutes les • femmes de Toulouse et du faubourg ; que je conserverai » de bonne foi et défendrai TEglise de Toulouse et fous

6 T£MPâ UiTK&XàDlAlttSS.

» les citoyens dans leurs personnes et dans leurs biens, » sauf la justice en toutes choses; et si je manque eu » quekfnes-uns de ces articles, je me corrigerai après en » avoir été averti et avoir connu la vérité par ie conseil > des prud'hommes, pour ne pas encourir le crime de par- ■ jure : ce qu k Dieu ne plaise ! » Âmaury fit le même serment

Simon de Montfort fit abattre les murs de Toulouse et

aplanir les fossés ; il ût aussi détruire toutes les tours qui surmontaient la plupart des* édifices et enleva les chaînes qu*on avait coutume de tendre dans les rues. Le château Narbonnais fut entièrement déblayé ; le nouveau comte fit ouvrir une porte du côté du levant et creusa un large fossé entre le château et la ville qu'il fit entourer de forts retranchements. Nous avons déjà parlé du château Narbonnais, dont on voit encore les restes mutilés. Ce château servait . de palais et de citadelle ; il dominait le fleuve. Sa structure paraîtrait indiquer qull avait été construit par les Romains : une grande quantité de statues romaines furent extraites de ses ruines.

Après que Montfort eut autorisé les douze consuls de Toulouse qui se trouvaient à Arles dè revenir chez eux, il s'occupa de régler Tadministration de la justice dans la cité, et nomma un sénéchal pour la gouverner sous son autorité souveraine. 11 se rendit ensuite à la cour de Phihppe- Auguste pour lui demander Tinvestiture de ses nouveaux domaines, et recueillit sur son passage les marques éclatantes de la vénération pubtique. Philippe-Auguste lui donna Finvestiture en ces termes :

« Âu nom de la sainte et indivisible Trinité. Philippe,

TiHP6 IHTRRVÉDUItBS. 7

» par la gràoô de Dieu roi des Français : Sachent tous * présents et h Tenir qae nous avons reçu notre cher vas^ » sal Siiiiun de Montfort pour notre homme-lige pour les » âe£» et terres qui ont été coniiais sur les hérétiques et » ennemis de Jésus-^lbrist dans le dnché de Narhmme, le » comté de TPQlQuse et la vicomte de lieziers et de Car- » casspnne ; dans les fiefe que Raymond, autrefois eomte » de Toulouse, tenait de nous, et pour les terres qui sont » de npt^e lief ; sapi le droit d'autrui et celui de nos vas- » saBx. -rr- Donné m Pont de FArcbe, Tannée 1216, la 37" » de notre règne . »

Ces actes de Taotorité royale consacrèrent la spoliation de Raymond VI, consin germain du roi de France, beaufrère du roi d'Angleterre, oncle du roi d'Aragon, beaufrère de Fempereur Frédéric, beau-père du roi de Navarre, et oncle enfin du roi de Castille. Tons ces souverains le ^ laissèrent dépouiller de ses terres, de sqs titres, de ses dignités ; le plos grand prince de l'Europe méridionale sévit réduit k la condition d'un simple particulier. S'il eût eu de moins vastes et de moins importants domaines, il n'eût jamais eu d*aussi redoutables adversaires. L'excès de sa puissance fut en partie la cause de ses malheurs. 11 ménagea beaucoup trop les hérétiques, et pas assez le clergé de ses vastes domaines. Il eut pour ennemi le plus vaillant capitaine de son siècle, lequel sut habilement profiter de ses ÊLUtes et de ses faiblesses. Nous le reverrons cependant jjieiitut rentrer dans le }>ati imoine de ses ancêtres.

A son retour de Rome, Dominique se rendit à Prouilie, où il assembla tous ses disciples au nombre de seize et dont voici les noms : Guillaume de Clâret Bertrand de

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9 Tmrs iiRUÉUâiiiB.

Garrigues — Etieime de Mets — Gommez — Odohc de Bretagne — Laurent d'Angleterre— Mathieu de Paris —

Marnés de dusiuaa — Michel de Fabra — Pierre de Madrid

— Michel de Gezero — Noël de Prouille — Pierre GeiUan

— Thomas de Toulouse — Jean de Navarre et Dominique de S^ovier Le saint patriarche lit d abord part à ses disciples de sa mission auprès du pape. Conformément aux désirs d'Innocent III, on choisit une des règles établies dans r£gUse, celle de saint Augustin, à laquelle on ajpifta des constitutions particulières. Le nouvel institut devait être spécialement voué à Tœuvre de la sainte prédication. Dominique donna à ses disciples Thabit blanc que portaient les chanoines d*Osma. Il fut décidé dans rassemblée de Prouille qu on établirait un monastère ou maison conventuelle en ce lieu, afin que les religieux pussent donner les soins de leur ministère au couvent des femmes. Dominique fut le premier prieur de Prouille, et établit à sa place en cette qualité le F. Noël de Blau (1). 11 soumit à la

(f } Nous donnons ici le catalogue des prieurs é& Prouiile depuis aaiot Dominiqiie jusqu'au milieu du quatorzième si^e.

4 SOS Saint Dominique. de Iivis»Mirepoix posa U

4S46 P. Noël de Blau. piemière piene de l'église et

It49 GuiUanme Claret. de la diapelle de St-Hartin,

Guillaume d'Esparros. le 5 octobre.

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