‹ Histoire générale de l'église de Toulouse depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours recueillie des monuments les plus authentiquesChapitre 2 sur 37 · Pierre d'Alcsl. En 4286', Arnaud célébra la · texte numérisé non relu

Pierre d'Alcsl. En 4286', Arnaud célébra la

4239 Rayiiioiid Calalaiii. (Il mou- première messe dans la nou-

rut en orleiir de sainteté et velle église, le jour des iiuis.

opéra }>la^ieurs miracles). 4296 Bernard de la Tour (deTur-

4264 Arnaud d Orguol. nis), homme de la plus émi-

4204 Pierre Régis de Fanjaux. nente sainteté, plein de zèle

4267 Arnaud Segnerri. pour le salut des âmes, ex-

(Sous ce dernier prieur» Gui cellent prédicateur. Sa mort

fOM urmiiÉMiiRis. 9

même règle les religieuses de Prouille, et voulut qu au lieu de la sainte prédicadoQ qui ne convenaii pas à leur sexe elles s appliquasseut à l'instruction des jeunes filles et des nouvelles cooTerties ; il leur donna aussi Thabit blanc, et établit II leur tête Guîllemîne de Fanjaux qui gouTema cette maison jusquen 1225. La supérieure ne devait point porter le titre un peu trop fastueux d'abbesse; elle devait simplement se nommer prieure.

De retour à Toulouse, Dominique s'occupa de chercher un autre lieu pour y placer sa communauté naissante, car la maison de Pierre Ceiiaiu où il avait conçu le plan de son ordre et réuni ses premiers disciples, se trouvait trop étroite. Au mois de Juillet, il reçut des libéralités du chapitre de Saint-Etienne l église de Saint-Romain. L'acte est ainsi conçu : « Nous Mascaron, prévôt de FEglise de Tour » louse, cédant aux prières du vénérable père Foulques, » évéque de cette ville, donnons à perpétuité à F. Domini- » que prieur et maître des prêcheurs, et k ses disciples pré- » sents et futurs, la chapelle de S*-iiumain avec toutes ses » offrandes ; ainsi que le droit d'y établir un cimetière pour » ses frères les chanoines et les convers profès, à Texclu- • sion de tout autre. Si quelqu'un, à 1 article de la mort, » Toulait prendre Fhabit ou Mre profession dans cet ordre,

causa un deuil général. Voi- priorat, Clément V passa à

ci son épitaphc : Prouille, en 1305, avecquel-

Fraler Bernardus de Turnis ques évûques.)

Myslica nardus 1319 Raymond Maureily.

Arsit aniore Dei, vivens clarusque 1336 Hélie de Ferreis.

Nilore canduit et docuit, 1348 li.iyiaond de Durfort.

Sic vivere sicque nitere ! 4368 Pierre de Beziers. 4^99 Arnaud Joannis. (Sous son

Uigmzeu by CjOO^Ic

40 TftHVS IMTiniftDUim.

» libre à lui : à celte condition que, s il vient à mouriiv

• le tiers de ce qu*il pourra laisser a^arliendra à Tégliae » de Saint-Eiienne. S'il relève de la maladie, la chapelle » de SaintrEomain retiendra la totalité des dons. Nous iai- » sons la présente donation à condition qu*on n^exercera » aucun office paroissial dans cette chapelle sans Tautori-

• sation du prévôt ou du cellerier de Saînt-Stienne, et qu*on » payera à Pâques une rente annuelle de 5 sols. — Fait en » chapitre et en présence de Foulques, de tous les chanoi- » nés, de rarehidiacre de Yîelmur. — Telles sont les con- » ventions stipulées et acceptées par les deux parties; et » afin de consolider les conventions, nous Foulques, hum- » ble ministre du siège de Toulouse, et nous Mascaron, » prévôt de Saint-Etienne, avons muni cet acte de notre » sceau. » L^église de Saint-Romain qui fut cédée à saint Dominique était un ancien piicuré dépendant du cbapilie de Saint-Etienne. 11 nous a été impossible de découvrir répoque précise de la fondation de ce prieuré. Au mois d'août, Raymond Vital et demoiselle de Burniquel sa femme donnèrent à saint Dominique, dans la personne de frère Bertrand, prieur du nouveau couvent, une maison près de ladite église, et au mois de novembre ils y ajoutèrent une autre maison et un jardin. De ces maisons diverses on bâtit un couvent avec des cellules assez étroites, un dortoir commun et un cloître. Au milieu de ce cloître, Dominique planta de sa propre main un arbrisseau appelé agnus castm qui devint un grand arbre, et que l'on voyait encore bien des années après la mort du saint. Toulouse vit avec une joie extrême rétablissement du nouvel institut. On appela les dominicains les trères de Sainte-Marie, , parce qu'ils por-

TBMn IHTBUliDUtlBS. 4t

taient un long rosaire suspeudu à leur ceinture. Leur habit était à peu près semblable à celui des ehaueines de Saiol- Etienne et de Saint-Saturnin, et ils marchaient au milieu des bénédictions du peuple.

Dominique envoyait ses^^ciples à Fécole publique de . théologie, située, d'après les prescriptions des conciles, non loin de T^ise cathédrale. Un eél^e docteur nommé Alexandre, qui fiit plus tard promu à Tépiscopat, donnait alors des leçons de la science sacrée. Un jour qu'il préparait ses matières, il céda à un léger sommeil et crut voir en songe sept astres brillants entrer dans sa classe. Ayant commencé son cours, il vit bientôt après entrer Dominique et six de ses compagnons qui venaient assister à ses leçons. Le songe fut alors compris : ces hommes étaient les sept étoiles qui devaient éclairer la terre.

Cétait donc à la prière de Foulques que le chapitre de Saint-Etienne avait doté Dominique de Fcglise de Saint- Romain. Ce pr^at, au mois d'oct(^re, céda à ce même chapitre par un motif de gratitude les églises de Saint-Marcel, de ^nt-Pierre de Préville, de Rosiniac, de Salas, de Noër et de Montaudran. R étendit même sa sollidtude sur les maisons rehgieuses de Paris, car, de concert avec l'archevêque d'Embrun et révéque de Gap, il rendit participants de tous les biens spirituds de son diocèse ceux qui viendraient au secouiis des religieuses de Saint-Antoine dans cette dernière viUe.

Jourdain, abbé de Saint-Saturnin, exécuta à cette époque les dernières volontés d'un chevalier nommé Guillaume Pontrast, qui avait légué une lampe qui devait toujours brûler devant l'autel de Notre-Dame et un repas à cent

42 TEMPS UNTEUMÉDUIBKS.

pauvres au jour de FAscension. Cet abbé céda aussi en iief quelques terres à Guillaume de Scopoud, abbé de Belleperche.

Nous avons laissé Raymond VI et son fils à Marseille. Ils fore&t accueillis par les habitants avec uoe extrême sympa* thie. Ceux d*Ayignon vinrent les inviter à prendre possession (ie leur ville. Les princes y firent leur entrée sulenneiie an milieu des acclamations du peuple qui criait de toute part : vive Toulouse et les Raymond f Un conseil fut assemblé et il fut résolu qu'on reprendrait toutes les places qui avaient été perdues, et qu'on déclarerait la guerre k Simon de Montfort. Le jeune Raymond parcouinit alors le comté Venaissin et fut partout reçu avec transport. Raimbaud de Calm, Raymond Pelet, Lambert deMonteil, Bertrand Pourcelet, Raymond de Montauban, Pons de Mondragon se joignirent avec leurs troupes à Raymond VI et formèrent une assez forte armée.

Après avoir confié le commandement de cette armée à son fils, le comte de Toulouse partit pour VAragon afin d*y ctifircher des renforts. Son dessein était de venir assiéger Toulouse, où il avait laissé de nombreux partisans. On était indigné dans cette ville de la manière dont Raymond et son Jeune fils avaient été traités, et l'étoile de Simon de Montfort commençait à pâlir. Sa valeur venait d'échouer devant l'intrépidité du jeune Ua) iiiund au siège du château de Beaucaire, qu'il se vit obligé de céder à ce prince à peine âgé de dix-neuf ans. Il ne tarda pas à apprendre que Raymond, à la tête des Catalans et des Aragonais, s'approchait à marches forcées de son ancienne capitale. Cette nouvelle précipita sa marche vers Toulouse. Arrivé à Mon-

TEMPS irsTiiRMÉi>lAiEË&. 43

giscard, il détacha quelque cavalerie qu'il envoya à Toulouse pour s'assurer de la fidélité des habitants. Ceux-ci retiarent prisonniers les soldats de Simon. Aussitôt ce général marcha vers Toulouse en ordre de halaille, bien résolu de tirer une vengeance éclatante de l'affront qu'il venait de recevoir. ^

Les Toulousains jugèrent convenable de députer vers lui leurs principaux citoyens pour rassurer de leur ûdéUté. Simon, usant de représailles, retint ces députés captifs et les ût conduire au château Narbonnais. La plupart de ses barons et Gui son frère blâmèrent cette conduite. Sur l'avis de Foulques, Simon résolut de dépouiller les citoyens de tous leurs biens et de jeter les principaux habitants dans les fers. Par une lâche trahison vraiment inexplicable dans un homme revêtu du caractère épiscopal, Foulques offrit à Simon d'aller dans la ville engager tout le peuple à sortir au devant de lui ; dès-lors il lui serait facile (Farrèter ceux qnll voudrait. Cette offre odieuse fut acceptée et le projet exécuté. Au milieu de l'affreux tumulte qu'excita cette noire trahison, Foulques, suivi d'un corps de troupes, ût mettre la ville au pillage et les soldats y commirent d'horribles excès. Le peuple en furie s'attroupe, se barricade dans les rues, et oblige les gens de Montfort à sortir de la ville ou à se réfugier dans le château.

Bientôt après Simon pénètre au sein de la cité et fait mettre tout à feu et à sang. L'incendie allumé par les troupes de ce général se manifeste sur trois points, k Saint-Remi, à Joux.-Aïgues, et à la place Saint-Etienne. Sur cette place étaient rassemblés les Toulousains .qui, excités par le désespoir, se précipitèrent sur les agresseurs

44 TSMM iimuiftDi&nBs.

éL les ibrcèrent à se retirer dans la cathédrale» la tour de

Mascaron et le palais épiscopal ; ils poursuivirent ensuite ceux qui n'avaient pu trouver un asile jusqu'à Thotel de Gomminges, situé près de TancienDe église de Saint-Jacques. Simon de Montfort, averti de ce mouvement, se rendit sur la place Saintes-Scarbes, où il rallia tout ce qu*il put de ses troupes ; mats les Toulousains, qui déjà étaient maîtres du terrain, secourus par le quartier de la GroiK-Baragnon, le repoussèrent avec une admirable intré* pidité, lui tuèrent un grand nombre de gens, et le lefoulërent enfin jusque dans Tenceinte de la cathédrale. Là, ce général rallia de nouveau ses troupes au pied des autels et sortit pour attaquer la porte Sardane ; mais il lut encore repoussé ayec vigueur et forcé de se retirer au chàtean Narbonnais. H fit alors paraître devant lui les prisonniers et leur déclara que s'ils n'engageaient pas leurs concitoyens à rendre la ville, il leur ferait couper la tête à tous. Foulques, qui savait qm Simon de Montfort était capable d'en venir à l'exécution, imagina un statagème qui réussit. Accompagné de Jourdain abbé de Saint-Saturnin, il parcourut la ville entière, annonçant partout sur son passage que le général était disposé à mettre en liberté tous les prisonniers, pourvu que les Toulousains remissent leurs armes et les tours de leurs maisons ; qu'il rendrait aussi tout ce qui avait été enlevé dans le [Hllage. On délibéra sur ces propositions, que le généreux désir de sauver les prisonniers ûi accepter. Simon les approuva, et fit annoncer qu'il se ftndrait le lendemain à l'hôtel-de-ville avec ses barons, recommandant aux habitants de s'y trouver de leur côté avec leurs armes.

mm mmMimàOEs. 45

A rheut^ indiquée, Simon entra dans l'hôtel de ville à

la tète (le ses troupes ; les Toulousains y vinrent aussi. Jourdain, abbé de Saiot-Saturnin, prit alors la parole : « Le comte qui est ici présent, dit-il, vous a fait assembler " » pour faire la paix avec vous et vivre dans la suite en » une parfaite union, ainsi que votre évêque tous Ta dé- » claré. Ce prélat a pris beaucoup de peine pour conclure

• raccord, et il Caut que vous disiez si vous Tapprouvez.

» Le peuple répondit par acclamation : — Nous Vapprou- » vonsî « Le coaite, reprit Tabbé, offre de duiiucr sauf- » conduit à ceux qui, n'étaot pas contents du traité, vou- » dront se retirer ailleurs, et il ne sera fait aucun mal à » ceux qui demeureront : Tévêque et moi en sommes les

• garants. » Simcm se fit alors remettre les aimes qu'on avait apportées ; il plaça des soldats dans les tours dont il se saisit, et par une perfidie indigne d'une âme noble, xi fit arrêter prisonniers les principaux habitants.. Son dessein était de mettre la ville au pillage et de la détruire de fond en comble. Aussitôt un des barons nommé Valats dit à Sknon : Seigneur, la plupart des halntants de Toulouse sont gentilshommes ; par un sentiment d'honneur, vous ne devez pas exécuter cette proposition. Un autre baron nommé Lucas ouvrit un' autre avis : il proposa de disperser les prisonniers et de faire racheter aux Toulousains par une grosse somme le sac de leur ville. Foulques se rangea de cet avis. Simon fit assembler le peuple a Saint-Pierre-des- Guisines et exigea trente mile marcs d'argent ^ déclarant que si cette somme n'était point payée à la Toussaint prochaine, il ferait périr tous les habitants. CeuxK^i se, soumirent, et après ravoir reçue, Simon quitta Toulouse le 2

46 TEMPS INTBftHÉDIAIftlS.

novembre, se rendit à Saint-Gaudens et de là à Tarbes, oit il maria Gui, son second fils, avec Pétronîlle de Gomminges, héritière du comté de Bigorre.

Après le mariage, Simon vint mettre le siège devant le château de Lonrdes qu'il fut obligé d'abandonner; il se rendit ensuite à Saint-Lizier, capitale du Couserans, et de là à Âspet dans le Ck>mmînges. Rentré bientôt après à Toulouse, il acheva de la saccager en détruisant les tours et les maisons qui pouvaient faire quelque défense, et résolut ensuite de porter la guerre dans le pays de Foix.

Le 6 février 1217, il mit le siège devant le château de Montgrenier, près de Foix. Cette place fut vaillamment défendue par Roger-Bernard, fils du comte. Ce dernier apprit avec étounemenl Tinvasion de Simon dans ses états^ Se trouvant alors à Perpignan, il demanda aux commissaires l'exécution des ordres du pape. Ilonorius III avait depuis peu de mois succédé à Innocent. Ce pontife avait ordonné à Tabbé de Saint-Thibéry de restituer à Raymond-* Roger son château de Poix. Les commissaires vinrent prier Simon de Montfort d'exécuter ces ordres et de lever le siège de Montgrenier ; mais ce général se montra inflexible. — Roger-Bernard se vit obligé de capituler la veille de Pâ-^ ques.

Un nouveau légat arriva alors dans la province ; il se nommait Bertrand, cardinal-^prêtre du titre de Saint-Jean et Saint-Paul. Le premier soin de ce légat fut d*envoyer

les maitres ou écoliers demeurant a Paris dans le Toulousain pour y instruire ie^ peuples. Ces hommes appartenaient aux écoles publi(iuos la capilab et étaient en grande réputation de science et de vertu. Foulques, évéque

TEMPS IMËfiMÉDlAiaEà. M

de Toulouse, écrivit au pape Honorius pour le prier de . rautoriser a se démettre de sa charge et à rentrer dans le clôître, ou de partager son diocèse, beaùôonp trop étendu

pour pouvoir être gouverné par un seul pasteur. Le pape répondit qu'il ne jugeait point convenable d*accéder à sa demande.

Après la prise de Montgrcnier, Simon se rendit à Carcassonne et de là à Agen. Il ne tarda pas à apprendre que le fils du comte de Toulouse étendait tous les jours ses conquêtes du côté du Rhône. Ce jeune prince avait établi sa résidence à Avignon. Au conunencemenl de Tannée 1217 il donna en fief à Uayraond de Roquefeuille les châteaux de Breissac et de Ganges ainsi qu'une charte en laveur du monastère de Val-Salve. Il se qualifie dans ces actes de comte de Toulouse. Raymond VI son père exerçait encore la souveràineté, puisqùe le ^ mai il accorjk divers privilèges aux habitants de Beaucaire et institua, oit-on, la célèbre foire qui porte ce nom.

Le récit des expéditious de Simon de Montfort dû côté du Rhône n'appartient pas à notre histoire. Au milieu de ses exploits, il reçut la nouvelle d'une révolution éclatante qui s'était opérée à Toulouse. Les habitants, exaspérés des indignes trailements dont ils avaient été Tobjet, résolurent de rappeler leur ancien maître. Raymond Vi, qui sans doute entretenait de secrètes înteRîgences dans Ya ville, avait quitté la Provence et s était transporté au-delà des Pyrénées. Ce iùt là qu*il reçut Tinvitation de rentrer dans le domaine de ses pères. Il assembla aussitôt quelques Aragonais et Catalans, et accompagné du comte de Pailhas, du comte de Comminges, de Roger de Montant et de Ro« iii. t

48 Ttm IKTIRMtDIAIftfB.

ger-Beroard, il arriva au Tolsinage de Toulouse. Le IS

septembre au matin, quatre ans après, jour par jour, sa défaite dans la plaine de Muret, il,re&tra dans sa caïutale, après avoir traversé le fleuve au gué situé an-dessous du

Badacle. Sa prcseuco dans les murs de l'antique Toulouse

excita Feutbousiasme de la plus grande partie des habitants. Quelques-uns cependant, redoutant les vengeances de Simon de Montfort, se retirèrent avec les Français dans le château Narbonuais, le cloître de Saint-Etienne, le palais épiscopal cl le monastère de Saint- Saturnin. Raymond parvint, à force de caresses ou de menaces, à les gagner à son parti. Devenu maître de la ville, il s*occupa nuit et Jour à la fortitier, ordonna de creuser de larges losses qu*il fit défendre par des palissades et des retranchements,

et construisit aussi des bastions et des redoutes.

La comtesse de Montlbrt, qui se trouvait dans le château Narbonnais, fit avertir secrètement Gui son beau-frère et Simon son mari de tout ce qui venait d'arnver. Aussitôt Gui de Montfort et Gui de Bigorre, son neveu, viennent, à la tète de plusieurs chevaliers, attaquer Toulouse du côté du plan de Montolieu. 11$ sont repoussés pai' les 1 oulousains. Une nouvelle attaque tentée du côté de Téglise de Saini-Jacques n'est pas plus heureuse. Bientôt la plus grande partie des gentilshommes de Gascogne, de Quercy, de TAlbigeois, du Garcassés, viennent au secours de Raymond Yl, et Ion voit entrer à Toulouse, au son des trompettes guerrières et enseignes déjpdoyées, Gaspard de La* barthe, Roger de Comminges, Bertrand de l'IUe, Geraud de Gourdon seigneur de Caraman, Bertrand de Montaigu, Guitard de Marmande, Etienne de Lavalette, Gérard de

tms mfBUMÉDIAlftlS. 43

Lamotbe, Bertrand de Testiilac et tieraud d Amanieu, tous snhis de soldats bien aguerris.

Simon de Moiitfort quitta promplcment les bords du Rbône, et^ suivi du légat, s'avança jusqu'à Baziége. Le siège de Tiïuloase fut résolu. Raymond VI laissa approcher Simon des fossés, et se jetta avec tant d'impétuosité sur ses escadrons qu'il l'obligea à prendre la fuite» Le comte de Comminges prit alors une arbalète et en décocha deux traits sur. Gui de Montfort qui lui percèrent les deux cuisses de part eu part et le renversèrent dans le fossé. Les comtes de Toulouse et de Comminges sortirent alors de leurs retranchements et se jetèrent avec tant d'ardeur sur les Français qu'ils les contraignirent k une prompte retraite.

Il n'était pas prudent pour Foulques de rester à Toulouse près du prince (son souverain) qu^il avait si auda<ciensement abandonné; il se fit donner la mission spéciale par le légat d'aller en France prêcher la croisade eu laveur de Montfort. Il partit en effet avec quelques autres prédicateurs, parmi lesquels on distinguait le fameux Jacques de Vitri. La comtesse de Montfort, elle aussi, quitta Tou~ louse et se rendit à la cour de France. Raymond parut s'inquiéter peu de tous ces mouvements; il se voyait puissamment secouru, car le comte de Foix lui amena un corps de Navarrais et de Clalaldins qui fht reçu aux acclamations du peuple. Le vieux comte allait prendre ses revanches.

Simon prit le parti de faire le siège de Toulouse dans toutes les formes. Ce fut vers la fin de septembre 1217 cpi'il commença le siège. 11 attaqua d'abord la ville sur deux ^ points assez rapprochés, le château Narbonnais et la porte

Montolieu. Ces deux points se trouvant extrêmement Iprti-

t# TEUPS UKTEaMÉOUIBES.

fiés, il changea de direction et se porta an faubourg Saint- Cyprien, après avoir traversé le fleuve; là, il vit repoussé avec force et perdit un grand nombre des siens. H se disposail à regagner son premier qiiai Lior lorsque le comte de Foix tomba sur lui à Timproviste et le m^ jusqu'à Muret qui avait été le théâtre de ses victoires. Simon, dans sa déroute , se vit obligé de repasser le fleuve presqu*au môme lieu où Tannée de Raymond VI avait laissé tant de soldats. En entrant dans la barque, il tomba de cheval dans un gouffre, où il aurait iafaillibiemeut péri à cause de la pesanteur de son armure, sans les prompts secours qui lui furent portés.

Après avoir rallié ses troupes, il vint par les défilés des montagnes qui bordent le fleuve reprendre son premier quartier vis-à-vis du château Narbonnciis et de la porte de Montolien, et se disposa à pousser le siège avec vigueur.

De son côté, Raymond assembla les habitants et reçut rhommage de leur inviolable fidélité. 11 fut décidé qu'on emploierait tous les moyens d'attaque, tels que trébuchets, pîerriers et mangoniieaux ; qu'on battrait avec ces machines le château Narbonnais et qu'on relèverait les murailles de la ville. Hommes^ femmes et enfsmts, tous devaient par^ ticiper à ces travaux et de jour et de nuit. Pendant tout rhiver, les machines battirent le château Narbonnais, tandis que Simon de 'Montfort continuait le siège.

Nous possédons plusieurs chartes que Simon de Mont* fort octroya pendant le siège de Toulouse; ainsi, le 15 décembre 1217, il recommanda les intérêts de saint Dominique et de ses couvents aux sénéchaux de Carcassonne et d'Agen. Ce saint patriarche était parti pour Rome après

TBUPS IMIBRlltOUtRBS.

ia feûdation da monastère de Saint-Romaiu, i'orgamsation complète de ses communautés de Prouille et de Toulouse, et avaiL ubLcnu l'approbation el la cuiiiii malion de son ordre du pape Houorius. Dans la bulle poutiiicale, il est Mi mention de deux autres églises, celles de Loubens et de Lescure qui avaient élé cédées k saint Dominique. Revenu à Toulouse vers le mois de mai, il reçut, à la fête de TAssomption, les vœux scdennels des religieux et des religieuses de Pruuillp. et un peu plus tard ceux des religieux de Toulouse ; il donna ensuite la mission à quelquesuns de ses disciples pour divers pays. Saint Dominique ne resta que cinq à six semaines à Toulouse ; pendant ces jours, il se livra aux travaux de la prédication et convertît un grand nombre d'albigeois. Des personnages distingués par leur naissance et leurs richesses se rangèrent alors au nombre de ses disciples, entfautres, Arnaud de Toulouse, Raymond du Falgar du château de Miramout, et Pons de Samatan. An mois de septembre, se trouvant à Castelnan près (le Toulouse avec Foulques, il y termina un dilTérend qui était survenu entre les fermiers du chapitre de Saint* Etienne el ceux qui devaient prélever la sixième partie des dîmes accordée aux missionnaires. Après avoir donné d'admirables instructions à ses disdples, il partit pour Tltalie, laissant le gouvernement de sa nouvelle maison de Toulouse à Bernard de Garrigues.

Simon de Montfort, qui voyait ses affaires décliner d'une manière sensible, écrivit au pape pour se plaindre de ce que Jacques l''', roi d'Aragon, avait donné des secours au comte de Toulouse. Honorius adressa des remontrances k ce jeune prince qui n'avait aioi s que dix ans ; il écrivit

tt TKMPâ IHttlMÉDUlUS.

aussi aux consuls et aux habitants de Toulouse pour leur ordonner de cesser la guerre ii^oûtre Sirnoo^ et adressa en même temps au jeune Raymond une lettre très pressante et très Tive qui était conçue en ces termes :

« Â Raymond, fils de noble homme Raymond autrefois » comte de Toulouse, l'esprit d*un conseil plus sage. Quoi- » que votre père se soit attiré par ses énormes forfiaits une » sentence d*exhérédatîon, non seulement pour lui-même, » mais eiicot c puur toute sa postérité, le saint-siége, plein » de bonté et par compassion pour votre jeunesse, a tou^ » tefols réservé en son pouvoir une partie des domaines » que votre père possédait en deçà du Rhône pour vous » les donner, comme il conviendrait, supposé que vous ne » marchassiez pas sur ses traces. Mais vous imitez sa ma- » lice, et vous faites tous vos efforts, ainsi que nous Tavons » appris avec douleur, pour détruire dans le pays Faffaîre » de la paix et de la foi : affaire qui a coûté tant de peines • et tant de travaux. Vous avez porté le trouble au-d^ de » ce fleuve au mépris du siège apostolique, tandis que les » exemples domestiques devraient vous faire assez com- » prendre combien il est dangereux de regimber contre » l'éperon ; car si l'Eglise romaine appuyée, non de ses » propres forces, mais de celles de Dieu^, souffre i'oppres- » sion pendant un temps, elle n'a qu'à commencer à appe- » santir sa main sur les rebelles et elle triomphe aussitôt » plus admirablement (par le secours de Dieu) dans les en- » droits où elle paraît la plus vexée. Nous vous exhortons » donc à rejeter les conseils de ceux qui vous ont séduit » jusqu'ici, et à tâcher d'éprouver la douceur du saint- » siège plutôt que sa sévérité ; à ne pas troubler, soit par

mn» niTBKiitoiAtiifes. 27

• vous-mémô, soit par les autres, les pays situés au-delà » da Rbône, maïs à tous montrer si exact à exécuter noâ » ordres, que vous ne soyez pas privé de Teffet de la grâce » apostolique. Apprenez donc à être sage par les disgrâces » de votre père, et ne tous rendez pas' Dieu contraire et » vous-même contraire à Dieu. Si vous avez quelque sujet » de dispute qui tous intéresse Tous-même ou tos associés, » déférez-en le jugement au saint-siége, qui ne manquera > pas de vous rendre justice. >

Nous avons tu que Foulques était de retour, en septembre, du voyage qu'il avait entrepris pour chercher des secours. Vers le commencement de Tannée 12i8 un corps de croisés arrîTa à Toulouse, parmi lesquels se trouTaient Michel de Harnes et Arnaud de Chisoin, chevaliers flamands. Pour témoigner à Févêque Foulques sa reconnaissance, Montfort hii donna le château de Verfeil avec vingt villages qui en dépendaient, sous la condition d'un chevalier armé. Cette donation dOTint la source des grandes richesses de Févêché de Toulouse, richesses qui passèrent aux successeurs de Foulques. On vit aussi arriver au siège de Tonkmse Pierre, éTéque de Rodez, qui conduisit à Simon quelques soldats.

Ce général commençait cependant à se décourager de la longueur du siège; ses ressources étaient presque épuisées. CkHnme le légat semblait douter de sa prudence et de sa valeur, Montfort prit la Tie en dégoût et pria Dieu de la lui ôter. Il avait construit une grande machine nommée iXUe et destinée à battre^ brèche les retranchements élevés par les Toulousains. Le jour de Saint-Jean-Baptîste, ceux-ci résoluiient de taire une sortie, en divisant leurs

lorces : les uns devaient attaquer les machines, les autio.; faire irruption sur le camp des croisés. MooUort était à Matines quand on Tint lui parler de la sortie qoi devait s*ef-* fectuer. Il ordonne qu'on lui apporte ses armes et se dispose à entendre la messe. Pendant Toblation, on vient

ravertir que la sortie des Toulousains s*est opérée Il

répond qu'il ira au secours de ses soldats après la messe. — Mais, loi objecte-t-on, plusieurs d'entr'eux sont déjà tués? — Lui répond quil ne sortira qu'après avoir vu son Rédempteur. Le prêtre ayant levé Tbostie, il récite le JVunc dimittis, part, et s;e jette dans la mêlée. Jamais il n'avait paru plus vaillant et plus intrépide. Un instant les assiégés sont repoussés ; mais bientôt reprenant courage, ils font pleuvoir sur les Français une si grande quantité de pierres et de traits, que Simon, alin de s en préserver, va se. placer dans la grande machine' qu*il avait construite. Mais une pierre lancée d'un mangonneau Tatteint à la tête et le blesse mortellement ; il n*a que le temps de se recommander à Dieu, et expire. On couvrit aussitôt son corps, et Gui son frère le lit porter dans la tente du légat.

Ainsi mourut devant les murs de Toulouse le &meux Simon de Montfort.

 Tépoque de sa mort, il exerçait tous les droits de la souveraineté sur une partie des états de la maison de Toulouse, puisque Rostaing de Posquières lui rendit hommage pour ce cbâteau, et Raymond Peliet pour la seigneurie d*A1ais; Févéque d*Agen passa même avec lui un compro* mis sur la haute justice de cette ville et le droit de faire battre monnaie, transaction qui fut signée par Grimoald, évèquc de Comminges.

TEMPS INIBRHBDUlfiBS. 25

Simon de Montfort a eu des panégyristes et des détracteurs. Les premiers en ont £ait uo martyr de la foi, et Font comparé k Gédéon et à Judas Machabée ; les seconds Font eu quelque sorte livré à la haine de la postérité» comme rhomme le plus fourbe et le plus cruel qui fût jamais. Exagérations de part et d'autre! Simon avait beaucoup de piété, une foi ardente, un courage à toute épreuve, et un incontestable talent pour Fart militaire. Quand il n*était pas question des albigeois, il paraissait généreux et bienfaisant; mais sa religion un peu cbevaleresque , continuellement excitée par les flatteries des pontifes et des prêtres, des barons et des croisés, lui fit croire cfbll avait été suscité de Dieu pour la destruction complète de la race impie des modernes manicbéens. Dans cet ordre d*îdées, il s*attâcba à la poursuite de ces malheureux. avec une vigueur qui désespérait la clémence; il se montra envers eux inflexible, cruel, et môme sanguinaire. Agir ainsi, celait à ses yeux accomplir un devoir.

On Fa accusé d*avoir eu une ambition démesurée, et d'avoir cherché à élever sa famille au faîte des grandeurs. Ce reproche est beaucoup plus sérieux que tous les autres. A s'en tenir aux auteurs du temps, il est certain qu'on ne peut l excuser sur ce point, et il paraîtrait plus grand aux yeux de la postérité s'il eût été plus désintéressé dans le cours de ses conquêtes. Simon laissa, d'Alix de Montmorencî sa femme, quatre fils : Amauri, Gui, Robert et Simon; et trois filles, Àmicie, Lanre, et une troisième dont le nom n'est point connu. Amauri lui succéda dans ses dignités; Gui fut comte de Bigorre par sa femme ; Robert mourut jsans alliance ; Simon , fait comte de Leyeestre (en Angle-

26 TUiPS HiTE&MfifiUlKBS.

terre), devint la souche de cette maison. Quant aux filles, Amicie épousa Gaucher de Joigny, et Laure Geraud de Pecquigny ; la troîsîème se fit religieuse à Saint-Antoinedes-Cliamps-les-Paris. Cette dernière circonstance nous explique le haut intérêt que Foulques portait à ce monastère, comiiie oii l a \u plus haut,

A la nouvelle de la mort de Simon» les Toulousains iirent une terrible sortie contre les croisés qui avaient attaque le faubourg Saint-Cyprien. Ceux-ci prirent aussitôt la (iiite, laissant un grand nombre de soldats sur le champ de bataille et abandonnant leurs équipages aux vainqueurs. Arnaud, après avoir^reçu le serment de lidéiité de toute son armée, se prépara k venger la mort de son père. Ayant Mi remplu plusieurs chariots de matières combustibles, il les dirigea vers les portes de la ville pour y mettre le feu. Mais cette tentative n*eut aucun succès : les assiégés éteignirent le feu, tuèrent les conducteurs des chars, et se portant ensuite vers son camp, le pillèrent, et rentrèrent dans la ville chargés de dépouilles.

Amauri, le cardinal légat et les principaux seigneurs se rendirent peu de jours après à Pamiers, où Tàbbé et les chanoines de Saint-Antonin l'appelèrent en pariage de la seigneurie de cette ville. Le nouveau comte préfta sermrat de fidélité le 8 juillet dans Féglise du monastère et prit possession de la ville et du château ; il revint ensuite à Toulouse. D*après les conseils de Gui son oncle, il se dé* termina k abandonner le siège, fit mettre le feu au château Narbonnais et à toutes ses tentes, et le 25 juillet, jour de Saint-Jacques, il se mit en marche vers Carcassonne. Le légat et Foulques le suivirent, emportant avec eux le corps

TmPS IMTBBMtolàlIES. S7

de sou père auquel W fut fait de superbes funérailles dans cette dernière YiUe. Simon de Montfort fut d*abord inhumé dans la cathédrale de Saint-Nazaire, dans la chapelle de Sainte-Croix-. On plaga sur son tombeau uue euorme pierre où on le voit encore refirésenté avec Farmure de chevalier et les mains joiiUes. Plus lai d les ossements de Simon de Montfort furent apportés en France avec ceux de Gui son fils, et inhumés dans le monastère de Haute-Bruyère situé il une lieue de Montfort-FAmauri, fondé par la maison de Montfort pour les religieuses de Fontevrault. Simon fut enterré au miUen de Téglise avec Alix de Montmorenci sa femme, devant le grand autel. On voyait autrefois dans cette église la figure de ce grand capitaine près de la grille du chœur.

Le fils du comte de Montfort, désireux de conserver les domaines de son père, envoya Foulques à la cour de France pour solliciter des secours, et écrivit au pape pour le prier d*âdresser des bulles aux souverains dans le but de les ûdre croiser contré les Toulousains. Le comte de Saxe se trouvant dans larmce d'Amauri , avant de retourner dans ses états, conseilla à ce seigneur de conclure un traité avec le comte Raymond. Le légat repoussa la proposition, et déclara qu'il préférait être écorcbé vif que de laisser impunie la mort de Simon.

Pendant le siège de Toulouse et le 50 mai 1218, Raymond fit son .testament en présence du comte de Com^ minges, de Dalmace de Creixel, de Roger-Bernard, et de Raymond de Récand, i un de ses principaux officiers. £n voici la teneor :

« La mémoii e des hommes est sujette à faiblir et le jour

88 TUIM IMTBBMftOUIBBS.

» dô la mort incertain : c'est pourquoi moi Raymond, par » la grâce de Diea duc de Narbonne, comte de Toulouse, » marquis de Provence, fils de la reine Constance, dans la » pensée et dans la crainte du dernier jugement, fm ainsi » qu*il suit mon testament : 1"* Je veux que tous les re- » venus que Ton retirera de mes métairies du Toulousain » dans Tannée de ma mort soient remis à la maison des » Hospitaliers de Jérusalem et à celle de la milice du » Temple. Ces revenus seront distribués pour Tamour » de Dieu et la rémission de mes péchés, selon le bon » plaisir des frères et des témoins déjà nommés. 3*» Je B laisse tous mes biens meubles et immeubles à Raymond » mon fils, pour qu*il en dispose k son gré. 4*» Je confie » mon autre fils Bertrand a la miséricorde de Dieu et aux » bontés de mon héritier. 5* Je révoque tous les autres » testaments que j'aurais pu faire. »

Le jeudi 5 de juillet, il dressa l'acte suivant : « Gonsidé- B rant les aumônes qui sont tous les Jours distribuées aux » pauvres dans la maison des Hospitaliers de Jérusalem, je

• donne mon corps à Dieu, à la bienheureuse Vierge, à » saint Jean et à l'hôpital fondé en son nom. Je ne fais ici » qu'exécuter ce que j'avais déjà résolu : je promets à Dieu

• et à vous Aymar de Gabannes, commandeur de la maison » des Hospitaliers de Toulouse, de ne prendre jamais » d'autre habit que le vôtre et dans votre commanderie ; et » si je meurs avant de Tavoîr pris, je veux être enseveli » dans votre maison. »

Après cet acte, eut lieu la réception de Raymond VI en qualité de frère ou chevalier de Saint-Jean : « Moi Aymar » de Gabannes, tenant la place de Bertrand prieur de

TEMPS IMTBBMKDLilAEi». S9

• Saint-Gilles, ao nom de tous mes frères, je vous reçois, » seigneur Raymond, eu qualité de frère de cette maison,

• et TOUS rends participant de tous les biens spirituels qui » se font en notre ordre tant en Europe qu'au-delà des » mers. Âu nom de Bertrand prieur de Saint-Gilles, il » TOUS est permis de prendre Thabit, quand tous le ju- » gérez convenable, avec toutes les cérémonies usitées en » pareille occurrence. Aân que la teneur de cet acte soit à » jamais IrréTOcable, je Fai muni de mon sceau, en pré- » sence de Dalmace Creixel, d'Aribert, chapelain du sei-

• gneur comte, de Ricaud et Doat Aleman, de frère Jérôme » Papais, hospitalier, et de Pierre Arnaud, notaire du dit » comte. »

n nous semble qn*on peut légitimement conclure de cet

acte authentique, qui fut dresse au mois de juillet 1^18, que Raymond VI ne mourut pas excommunié, comme I ont cm certains auteurs et comme on parut tout d*abord le croire après sa mort. Jamais les hospitaliers de Saint-Jean n'eussent reçu ce noble seigneur au nombre des choTaliers > ou frères s'il eût été encore sous Tana^ème, et il est un*possible d'admettre qu'ils ignorassent l'existence de l'ex* communication si, à cette même époque, le comte se fût - trouve Irappé par cette sentence.

Ce seigneur ût terminei^ pendant le siège de Toulouse la nouToUe nef de l'église cathédrale qui était depuis long* temps commencée. Elle fut construite à côté de Téglise primitiTO, qui, d'après certaines traditions, occupait la place où se trouTO aujourd'hui le clocher et les bâtiments qui en dépendent. £lle était terminée par un mur demi-circulairie qui M abattu lors de l'éléTatioil intérieure du

30 TEMPS INÎBRMBDUIBES.

ehoBQr. Cette nef n*a p(^nt été commencée sons Raymond VI, mais bien sous Uaymond V son père. Les ouvriers qui la tenninaient youlaient abandonner les travaux à cause da

siège : le comte leur ordonna de les pousser jusqu'à leur entier achèvement, et fit placer ses armes aux clefs de la voûte.

L'abbaye de Grand-Selve perdit à cette époque Pierre, son abbé. 11 eut pour successrar Raymond de RoqueviUe, qui re^^ul pour son monastère quelques domaines de la libéi^ité d'Arnaud de Faudoas. Sembrun» seigneur de Lesparre, se montra aussi, généreux envers cette maison et lui donna une rente annuelle d'un muid de sel à prendre sur la terre de Soulac. Raymond de Roqueville gouverna Grand-Selve juscfu^à Vannée 1^1, où Bernard lui succéda.

Après la déroule des croisés, le jeune comte Raymond parcourut rAgenais,.qu*il soumit à son obéissance. Condom^ Marmande et Aiguillon le reçurent avec ime joie extrême. De son côté, le comte de Comminges recouvra tous ses do-* maines et fit périr Joris, général de Montfort, ainsi que les Français qui se trouvaient dans le pays. Ces hardies représailies ébranlaient le crédit d'Amauri de Montfort, qui se plangnit au pape du danger que présentait sa situation. Aussitôt llonorius écrivit aux évéques de France (H août 1218) pour leur dire d'engager leurs diocésains à se croiser en faveur de ce prince contre les Toulousains, leur comte et son lils. Ën même temps il donna à Amauri Tinvestiture de la possession de la ville de Toulouse et des vflles voisines.

Au mois d'octobre, le comte de Toulouse se trouvait à Ferpignan, où il passa un accord avec Pîèrre Bermond de

Uigmzea by Li

TUirs WTEBMBOUiAXS. 31

Sauve, son petit-fils par sa lillc ; il iui doiiiia en fief le cbàteau da JUroque-Valsergue, et la suzeraineté qu'il avait sur les terres de Raymond Pelet ainsi que sur celles de Bernard d'Anduze. Beruard de Sauve promit de son côté à Raymond de le servir envers et contre tous, excepté contre le pape et le roi de France, à moins qu'ils refusassent de lui rmdre justice. Peu après cet accord, les habitants de Nimes se rendirent à la maison de Toulouse dans la personne de Sancie, femme du jeune Raymond, qui, au mois de novembre, conûrma tous leurs privilèges et leur accorda le pardon du passé.

Brillait alors de tout Téclat de la sainteté un geniiihomme du pays toutousain, Pierre Nolasque. U était né vers la fin du douzîtoe siècle, au MafrSaintesMPuelles, dans le diocèse de Toulouse, de parents riches. Pierre perdit son père appelé Nolasco à l'âge de quinze ans, et continua de vivre chrétiennement sous la conduite de sa mère. A l'époque du la croisade contre les albigeois, il s'attacha à Simon de Montfort. Ce seigneur, se trouvant chargé de la tutelle du jeune Jacques 1", roi d'Aragon, fils de Pierre qui iui lue à la bataille de Muret, le confia aux soins de Pierre Nolasco« Jacques étant rentré dans la possession de ses états, notre gentilhomme l'y suivit, et vécut à Barcelonne dans un hôtel que le jeune roi lui avait donné dans la paroisse Saint- Paul, a|»rès l'avoir incorporé dans la noblesse de Catalogne.

Son ardente charité envers les pauvres, la vue des souffrances qu'éprouvaient les chrétiens dans les fers au pays des Maures et chez les barbares, lui inspirèrent le dessein d'établir un ordre destiné à les racheter de l'esclavage. Dans ce dessein, il vendit tous les biens qu*ii possédait

3S TEMPS IMBRMÉOUIRES.

dans le pays de Laurac (le Lauragoais), fit de nombréttses quèles, fit entrer daas ses projets quelques geuliishommes, s^anoa de courage, contre tous les obstacles, et parvint à faire approuver son dessein par le roi Jacques et par les grands du royaume. 11 eut pour principal moteur dans son entreprise Raymond de Pegnafort, chanoine de Barcelonne et grand-vicaire de Tévêque.

Lorsque tout fat disposé pour Texécution, le roi, accompagné de toute sa cour et des échevins de la ville de Barcelonne, se rendit dans la calhédiaie de Sainte-Croix, le jour de Saint-Laurent 1218. L*évêque Bérenger de la Palu ofûcia ponlificalement. Après Févangile, Raymond de Pegnaf(»t monta en chaire et protesta solennellement, en présence de tout le peuple, que Dieu avait révélé miraculeusement au roi, à Pierre Nolasco, et à lui-même, sa volonté touchant linstitution de Tordre de Notre-Dame de la Mercy pour la rédemplion des captifs. — A l'issue de l'offrande, le roi Jacques et Raymond présentèrent le nouveau fondateur à Févêque, qui le revêtit de la robe blanche et du scapulâire de l'ordre. Deux gentilshommes se joignirent à Nolasco et firent avec lui leur profession solennelle. Le roi donna au nouvel institut la plus grande partie de son palais de Barcelonne ; plus tard, on fit bâtir un nouveau mo- * nastère sur le bord de la mer, auquel on joignit Téglise de Sainte-l^ulalie. Ainsi Barceloiiiio a eu la gloire do devenir le berceau de Tordre de la Mercy, comme le diocèse de Toulouse a eu celle d'avoir donné le jour à son fondateur.

Pendant que Pierre Nolasque instituait à Barcelonne Tordre de la Mercy, saint Dominique appelait à Rome» où il se trouvait, quelques religieuses de Prouille. Elles étaient

Itm tNtCBlEBDIàlOES. 3B

AU nombre de huit, et avaient à leur tète une sœur nommée Manche, née à Toulouse, laquelle, après avoir saintemeut vécu dansTétat du mariage, s'était retirée dans celte maison. Le voyage des rehgiéuses de Prouille à Rome se ralUichait a hi cuiumi.^biua qu'avait rerue du |)ape saint Dominique de travailler à la réformation de toutes les religieuses de Rome, ce qui fût exécuté par notre saint au monastère de Saint-Sixte. Quatre des religieuses qui étaient venues à Rome rentrèrent» peu de temps après, à Prouille ; Blanche demeura à Rome, et devint supérieure des dominicaines de cette ville.

Âmauri de Montfort perdait totis les jours quelques places. Ainsi, au mois de novembre iî:il8, Nîmes ouvrit ^es portes à Sancie, épouse du jeune comte de Toulouse, qui confirma alors au nom de son heau-père et de son époux tous les privilèges des habitants. Au mois de mars 1219, Raymond VI se rendit en cette ville et approuva la charte de la comtesse sa helle-fiUe.

Les albigeois eiisiaient encore, quoique depuis le concile de Latran ce parti se fût considérablement ^Mbli, Foulques craignait toujours qu'il ne vînt à renaître de ses cendres; c'est ce qui le porta à se rendre au chapitre général de Oteaux. Il y demanda qu*on choisit un des abbés de l'ordre pour i envoyei à liumu aiin d'engager le pape à redoubler d'énergie pour la destruction totale de la secte. Le pape écrivit en effet au roi de France des lettres qui portent la date du 15 mai 1^19; il disait au roi : « Ce

* serait aller directement contre les statuts que TEglise a

• dressés depuis longtemps et conti e votre honneur que » de vous laisser surprendre par les Toulousains et leurs

Page 1