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noit XIII. Elle écrivit au roi une longue lellre qui fut présentée au monarque et au parlement par le docteur Gui Flandrin, le 17 mars 1402. Dans cette lettre, les membres de ce corps savant exposaient les raisons qui devaient porter le prince à rendre Tobcdieuce k Benoît. Le parlement de Paris réfuta cet écrit, et le roi envoya en Languedoc le duc de Berri pour maintenir la soustraction dans celte province.
Mais les choses changèrent bientôt de face : le 12 mars 1405, Benoît parvint à s'évader du palais d'^4vignon où il était détenu depuis cinq ans, et le roi lui rendit l'obédience. Sur ces entrefaites, les Anglais, nonobstant la trêve, faisaient des courses couUuuelles dans le pays et le mettaient à contribution : c*est ce qui détermina Charles VI à envoyer pour gouverneur en Languedoc Jean de Bourbon comte de Clermont, qui assembla son armée à Toulouse à la ûn de janvier 1405. Elle était composée de la pins grande partie de la noblesse du pays : parmi les chevaliers présents, on distingait ceux de la iamtlle dlzalguier, Le Galois, et le comte d Armagnac. Jean de Bourbon se mit en campagne à la tète de seize cents hommes d'armes et quatre mille hommes de pied. Dans six semaines, il conquit dîx-huit places. Il était de retour à Toulouse de son expédition lorsque le roi fit saisir tout le temporel de rarchevéché, ainsi que les maisons et châteaux qui en dépendaient, par les lettres suivantes :
« Charles , par la grâce de Dieu roy de France, aux sé- » neschal, viguier, juges mages et des crimes de notre » séneschaussée de Tolose, au juge de Verdun en ladite » séneschaussée ou à leurs lieutenants, et à nos amés et
TRMPS imiiȣi>iiiiiEs. 453
» eischaDSons Pierre Astorg» Arnaud de la Piaignole et Rai-
» raond de Puybusque, salut. — Pour ceilaiuc^ causes qui
• à ce nous ont meu et meuvent, voulons, vous mandons » et commettons par ces présentes, et a chacun de vous
» qui premier sera sur ce requis, que incontinent ces lettres , » veues, vous prenez et mettez réaiment et de fait en nôs- » Ire main toutes les villes, chasteaux, forteresses et biens » temporels de nostre amé et féal conseiller Maitre Vital de » Gastelmauron archevesque de Tolose, et à luy apparte- » Dans k cause de ladite archevesché, et sous icelle les garn dés et gouvernés, ou faites garder et gouverner par personnes suffisans et seurs qui en puissent et sachent ren- » dre compte toutes et quantes lois <iue meslier sera et où » il appartiendra, sans faire ne souffrir estre fait des choses » dessusdites ne aucune d'icelles, recréance ou délivrance » jusques à ce que par nous sera sur ce autrement ordon-
• né. Mandons et commandons à tous nos autres justiciers,
• officiers et sujects que h vous et à chacun de vous et à
• vos commis et députez ès choses dessusdites et leurs dé* » pendances obéyssent et entendent diligemment, et vous » prestent et donnent conseil, conioi t et ayde si meslier » est et requis en seront. «Donné à Paris le onziesme jour
» d'octobre Tan de gract,^ luillo quatre cents et cinq, et le , » vingtsi&iëme de nostre règne. Par le roi. Présens Mes-. » sieurs Golard de Naleville et plusieurs chambellans. »
La lettre écrite au roi par runiversilé de Toiiluuse contre la soustraction fut jugée le 5 juin 1406 ; Jean Flaoul, professeur en théologie, attaqua vivement cette lettre, etTavocatgénéral Jean Jouvenel des Ursius conclut à ce qu elle fût iacérée et que les auteurs fassent punis comme coupables
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du crime do lèse-majeslé. Le 10 juillet, le président reudil . un arrêt qui portait • que la lettre présentée par messire
» Guignon Flandrin, comme injurieuse et diilamatoire du • roi et de la majesté royale, de ceux de sou sang, de son » conseil , du clergé de France et de Tuniversité de Paris, » seroit despécée en pièces en la cour de céans, et les » semblables à Toulouse et sur le pont d*ÂTignon ; et sera » fait commandemenl à son de trompe par tous les baillia- » ges, sénéchaussées et jugeries royaux de ce royaume, » quelconque ayant la copie ou double dicelle qu'il Tap- » porte ou envoie en la coui\ dedans trois mu]s après la ^ > dite publication, sur peine de cent marcs d'argent, et de » oncques il se pourra mesfaire envers le roi et sa dite » cour. > Le parlement réserva au procureur du roi la poursuite des auteurs de la lettre, contre lesquels on décréta prise de corps, ainsi que contre ceux qui l'avaient apportée. Geux-Kïi se retirèrent aussitôt dans leurs foyers.
Cet arrêt ne fit que ranimer le zèle de runi?ersité de Toulouse pour la cause de Benoît XIII et pour celle de Pierre Ravot, sa créature. Vital de Castelmoron avait cru prudent de céder à Toragi; : il se relira à Bourges, où il assista à 1 installation des chanoines dans la Sainte-Chapelle de cette ville ; de là il se rendit à Paris pour assister au concile général des Gaules, célébra la messe du Saint-Esprit à la Sainte-Chapelle pour Touverture de cette assemblée, et accorda quarante jours d*îndulgences à ceux qui visiteraient Téglise de Monlrouge dans laquelle on avait élevé un autel dédié au saint-sépulcre. Le départ de Vital de Castelmoron et robédience rendue à Benoît XIII par le roi ranimèrent les espérances de Pierre Ravot. Après avoir
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disposé toutes choses pour rexécution de ses desseins, il
fixa le 13 novembre U06 pour son instaliation sur le siège métropolitain. Pierre de Cardonne, protonotaire du pape , et Jean Corneille, docteur régent et lieutenant d'Aymeri Nadal, abbé de Saini-Sernin et recteur de Tuniversité, assemblèrent dans Téglise des Cordeliers une centaine de professeurs, docteurs et écolicis, parmi lesquels on voyait des chanoines, des religieux, et d'autres ecclésiastiques.
Cette troupe armée se rendit à Saint-Etienne pour installer Pierre Ravot. D'un autre côté, Philippe Bonne, jugemage, accourut à la métropole pour s*opposer à la publication des bulles. Aussitôt les docteurs et les écoliers firent usage de leurs armes ; on se précipita sur lui et les autres officiers ; Philippe fut meurtri de coups, foulé aux pieds, et mourut des suites de ses blessures ; Pierre Corneille dit le JUal François coupa le nez à un sergent royal. Au milieu de ce tumulte on publia les bulles ; ensuite Cardonne, à la tête de celle iioi de d'étudiants, alla aliicher ces bulles dans toutes les paroisses de la ville. On vit ces forcenés parcourir les rues et les places publiques, attaquer les personnes inoilensives, blesser plusieurs olliciers, et menacer de tuer les principaux habitants. Après s*ètro fortifiés dans les couvents des cordeliers et des jacobins, ils firent publier une excommunication contre Vital Castelmoron et ses partisans.
Le parlement de Paris ne tarda pas à être instruit de tous ces désordres. Il envoya à Toulouse le chevalier Pierre (les Essai ls avec un huissier chargé de citer les auteurs (Ju tumulte. Personne ne comparut. Alors le chevalier décerna contre eux une prise de corps, fit saisir tous leurs biens
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par arrêt du 28 juillet 1407, et le sénéchal de Toulouse défendit à tout citoyen de porter des armes dans la ville.
Le schisme se perpétuait toojours et ne fut pas éteint par la mort de Boniface IX, à qui les cardinaux romains donnèrent pour successeurs Innocent VII et Grégoire Xll, tandis que Benott XIII continuait à amuser les rois et les peuples par de fallacieuses promesses, opposant des cardinaux de création nouTelle à ceux que créaient ses rivaux, et des conciles à leurs conciles. La neutralité entre les deux obédiences ayant été acceptée et proclamée par Charles VI en 1408, Pierre Ravot fut chassé de Toulouse et de la province. Le concile de Pise, tenu Tannée suivante, et auquel assista Vital de Casteimoron, arrêta le schisme par l'élection de Pierre Philaret qui prit le nom d'Alexandre V. Ce pape adressa des lettres apostoliques au clergé et aux fidèles de VEglise de Toulouse, dans lesquelles, après avoir rapporté tout ce qui s'était passé au sujet de l'élection de Vital de Casteimoron et de la nomination de son nval Pierre Ravot, il annula toutes les sentences portées par ce dernier, ' confirma Télection de Vital de Casteimoron en qualité d'archevêque de Toulouse, et délégua Amédée cardinal de S**- Marie la Neuve pour lui conférer le pallium ( 1 i09).
L'ordre fut donc rétabli dans 1 Eglise de Toulouse ; mais Vital ne jouit pas longtemps de son archevêché : il mourut au mois d'août 1410, et fut inhumé dans le chœur de sa métropole, devant Tautel principal, avec une épitaphe. « Après avoir gouverné son Eglise pendant dix années, Vital a laissé parmi nos évéques un nom illustré par sa science ecclésiastique et les négociations importantes dont il fut chargé auprès de plusieurs [u inces. Au mois de septembre .
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suivant, Jfean XXIH, qui avait succédé à Alexandre V, nomma à rarchevéché de Toulouse Dominique de Florence, de Tordre des frères prêcheurs, né dans la Provence, qui fui successsivcmciit évèque d'Albi, de SinaL-Pons et d'Albi une seconde fois.
Bans ce même temps; le roi ôta le gouvernement du Languedoc au duc de Berri et nomma trois commissaires pour diriger cette province : c'étaient Guillaume de Vienne, Reynier Pot, et Pierre de Marigny. Ils s'avancèrent vers Toulouse, et s'y trouvaient au mois de février W^2. Au mois de mars, ils rendirent une ordonnance par laquelle « il était enjoint k tous les sujets du roi en Languedoc de » combattre le comte d'Armagnac et autres sujets rebelles » qui couraient la province et y causaient de grands maux, » de les prendre et do saisir leurs biens. » On se mit en campagne au mois d'avril pour mettre sous la main du roi le comté de Rodez qui appartenait au comti^ d'Armagnac. Celui-ci parcourait alors à main armée le comté de Comminges ; ayant pris la ville de TIlle-en-Dodon, il y arrêta prisonnière Marguerite de Coiuaiinges. Le roi, pour opposer à Bernard d'Armagnac un capitaine de grand renom, institua général du Languedoc Jean comte de Foix, flls ainé d*Arcbambaud de Grailli.
Jean et les commissaires allèrent assiéger le château de Toiiget, situé au diocèse de Lombcz dans la vicomté de Fezensaguet, où existait une abbaye dépendante du monastère de Saînt-Orens d*Auch. Trois cents arbalétriers et Tarlillerie des arsenaux de Toulouse lurent envoyés au siège, qui n'eut pas une heureuse issue pour les armes du roi, car d'Armagnac, étant survenu avec un corps de troupes,
Uigmzeu by CjOO^Ic
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obligea les assiégeants k le lever, et reprit toutes les places qu*on lui avait enlevées. Dominique de Florence, archevêque de Toulouse, fut alors chargé par le roi d*aller offrir la paix à ce prioce, qui accepta une trêve jusqu'au premier mars de Tannée suivante.
S'il Taut ajouter foi au boa chroniqueur Banlin, les archevêques de Narbonne et de Toulouse tinrent en 1412 un synode ou concile dans Vabbaye de Saint-Hilaire au diocèse de Carcassonne, pour réprimer les actes des commissaires du roi Jourdain Calmettes, juge de Villelongue, le damoiseau de Saint-Loup, viguier de Beziers, maître Hélie de Follevai, procureur de la sénéchaussée de Carcassonne, qui avaient été envoyés pour procéder à des informations sur la conduite des moines noirs ou bénédictins. Il fut décidé dans ce concile qu^on excommunierait. les commissaires royaux, et qu'on i)orterait des doléances au pied du trône^ sur ces usurpations sacrilèges de la puissance spirituelle-.. Ces doléances ne furent point accueillies par le prince, et le concile se sépara.
Tous ces faits ne sont appuyés que sur un seul témoignage, et conséquemment peuvent ne pas avoir une entière certitude.
Guillaume de Vienne et Reynier Pot se trouvaient à Toulouse en 1415, où ils convoquèrent, le 5 janvier, la noblesse de la province pour résister aux Anglais qui se trouvaient toujours en^ armes. Ils demandèrent alors au roi
d'être déchargés du guuvernenH'nt du Languedoc cl de la Guienne, et ce prince nomma à leur place le maréchal de Boucicaut, qui , se trouvant à Toulouse le 28 mars, y convoqua de nouveau la noblesse tant contre les Anglais que
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contre le comte d'Armagnac. Celui-ci, ayant rompu sa
irève, avait repris la guerre; mais, grâce au counétable d'Albret et à sa médiation, ce comte accepta des conditions
de paix.
Le maréchal de Boucicaut ne garda pas longtemps le gouvernement du Languedoc, car le roi le ftndit au duc de Bern vers le mois d'octobre. Ce prince ue put se rendre dans son gouvernement, et nomma pour ses représentants Geraud évéque de Carcassonne, les seigneurs de Barbazan et de Langheac, Jean Audrieu, Guillaume Guérm, et Boucicaut avec le titre de capitaine général.
Toulouse fut à celte époque toute occupée d'une singulière aventure. Anselme dizalguier, chevalier de celte ville, avait pris pour épouse, dans ses voyages, une négresse africaine et en avait eu trois enfants, une.lille et deux iils. Cette négresse, qui se nommait SatulasaSs, appartenait à une riche famille du pays cl était née dans une ville d'Afrique appelée Gago. Huit ans après leur mariage, Anselme résolut de Ikire voile vers sa patrie ; après la mort de son beau-père, ayant réuni toutes les richesses de son épouse, il s*embarqua sur un vaisseau avec ses enfants et sa femme, traversa la Méditerranée, et vint aborder à Marseille. Sa suite se composait de trois eunuques noirs et de trois négresses. Arrivé à Toulouse, Anselme fit baptiser sa femme et ses enlaiiis. La petite fille, âgée de six ans, reçut le nom de Marthe ; elle était d'un noir d'ébenne, avait une ligne blanche sur le front ; deux doigts blancs à la main droite traiichaieiit sur sa couleur naturelle. iMarlhe devint si belle, si gracieuse, que les jeunes filles de Toulouse s'éclipsaient près d'elle. Les qualités de son esprit l'emportaient
460 TEMPS INTBRMÉttUlUS.
4e beaucoup sur les dons extérieurs de la nature. Elle se
lit bientôt distinguer par sa piété en assistant tous les jours aux offices de FËgUse, et en distribuant le fruit de ses économies soit aux pauvres^ soit aux religieux mendiants.
Marthe, ayant atteint sa seizième année, fut donnée en mariage à £d|[ène de Faudoas, noble cbevalier du Toulousain. De leur union naquit un iil. . Kustache de Faudoas, noir comme sa mère, et qu on nomma le Maure, Anselme eut encore à Toulouse deux filles : Tune blancbe et Vautre presque noire qui , après la mort de leur père et lorsque leur mère était déjà avancée en âge, se firent religieuses. Anselme composa Thistoire de ses voyages, dans laquelle il décrivit la religion, les lois et les mœurs des peuples qu'il avait visités; de plus, un glossaire arabe, turc et africain accompagné d'une traduction française et latine.
Tun des eumïques noirs qu'Anselme avait menés avec lui $ appelait Aben-Ali et était très versé dans la connaissance des plantes médicinales ; il excellait surtout à guérir les fièvres cbaudes et opiniâtres par les vomiU£s et la phU*
botomie. Le l.iuu chroniqueur Bardiii, (jui nous a rapporté toute cette histoire, nous aûirme qu Aben-Ali le guérit luimême d'une pleurésie par ces expédients. La science d*Aben- Ail iui coûta la vie, car Bardin nous assure qu a Tàge de soixante-treize ans il fut empoisonné à Finstigation des médecins de Toulouse, jaloux de sa brillante renommée.
Le 10 février 1414, le roi publia une déclaration contre le dùc de Bourgogne et résolut de lui faire la guerre. Par suite de cette déclaration, le duc de Berri chargea le capitaine général Boucicaut de convoquer la noblesse de Toulouse. Celle-ci députa vers le monarque Bernard de
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Saguet et Jean Rigault pour faire quelques remontrances. ËUe craignait qu en marchant contre le duc de Bourgogne, on ne dégarnit la province, toujours menacée par les Anglais. Ce prince avait envoyé paitout des émissaires pour exciter les peuples à ne pas payer de subsides. Ces émissaires trouvèrent de l'écho ii (^arcassonne, donl iiul' pai lie des habitants se souleva. Les consuls de cette ville, justement effrayés, vinrent trouver Boucicault au château de Oalma pour lui demander grâce. Le maréchal se contenta de £ûre trancher la tète à quatre des plus coupables, et raffaire fut assoupie.
Le désir qu'avait TEglise de voir le schisme d'Occident entièrement éteint fit convoquer un concile général à Constance. 11 fut décidé (jii'on y cnvei rail des députés de toutes les provinces ; celle de Toulouse y envoya Tarchevéqu^ Dominiquè de Florence, les évéques ié Lavaur et de Ramiers, l'abbé de Saint-Sernin, le prieur de la Daurade, Fabbé de M oissae , Pierre du Pont et Geraud Feydit, licenciés ès-lois, et Bertrand de Cluzel, docteur en droit canonique. Le concile do Constance se donna beaucoup de mouyement pour reitlnctiou du schisme, ainâ que Femperenr Sigisraond qui s'y était rendu. Dans ce concile, Jean XXIII ' et Benoit XUi furent déposés, et Martin V fut élu seul pape de TEgUse catholique.
Parmi les députés au concile de Constance, nous trou- -. vous Sanche de MuUer, religieux de Tordre de saint l>ominique de Toulouse, qui fut envoyé à Constance par le comte de Foix. 11 était docteur régent de l'université et professeur à Técole de Sainte-Etienne, ce qui nous montre qu il existait alors une école de théologie attachée k la mé-
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tropole. MuUer fut promu à levêché cVOIeron, et mourut en 1414. Son corps fut porté à Toulouse et inhumé dans Téglise des Jacobins. On a de lui une explication du premier livre des Sentences,
Le 1^ mai 1415, ia trêve que le roi de France avait conclue avec celui d* Angleterre était près d'expii'er : c'est ce qui détermina le monarque fiançais à pieadre ses précautions contre les Anglais. En conséquence, il nomma son couMH le duc de Bourbon capitaine général du Lant^uedor et de la Guienne, nomination qui fut approuvée par le duc de Berri. Ce dernier, ayant appris que plusieurs capitaines s'étaient assemblés eu Languedoc et y commettaient avec des troupes à leur solde une Infinité de brigandages, ordonna au sénéchal de Toulouse d'assembler la noblesse pour combattre ces nouvelles compagnies. On comprend que la guerre contre VAngleterre força le roi d'imposer extraordinairement son royaume : les trois sénéchaussées du Languedoc devaient payer cent mille francs. A cette nouvelle, les capitouls de Toulouse, sans en avoir demandé la permission à la Cour, assemblèrent les ti ois états vers le mois de juin pour s'opposer à la levée des subsides. Le roi écrivit aussitôt (12 juillet) à Jean de Bonay, sénéchal de Toulouse, pour arrêter cette assemblée ; le dauphin écrivit à son tour dans le même sens, et Charles VI écrivit enfin lui-même aux capitouls pour leur détendre de s'assembler. Ën même temps il ordonna au duc de Bourbon de se rendre à Toulouse pour lever les deniers de \ayde.
Le 18 septemi}re 1415, Louis dauphin de France renouvela ses lettres aux derniers magistrats élus à Toulouse pour les presser de lever les subsides, car les Anglais s'étaient
TIMPS tNTBRMÊDUlIlBS. 463
mis à parcourir le Languedoc, s'emparant de quelques châteaux et faisant plusieurs prisonniers. Cette agression fut suivie de la funeste bataille d*Âzincourt qui fut livrée le 15 octobre. Enflés de ce succès, les ÂngUds formèrent
le projet de s'emparer de tout le royaume. Jean duc de fierri ne survécut pas longtemps à ces évè.nements : il mourut à Paris le tS de juin 1416, à l âge de soixanteseize ans, après avoir gouverné la province quatre dilïérentes foid. Les qualités qu'il pouvait avoir s'effacent devant le pouvoir illimité qu'il exerça jusqu'au despotisme en accablant les peuples d'imputs pour fournir à ses dépenses.
Nous laisserons le chroniqueur Bardin nous parler d*une pluie de sauterelles dont les environs de Toulouse furent infectés, et d'un événement assez extraordinaire arrivé dans réglise des Cordeliers à deux religieux avancés en âge qui furent successivement frappés à Ynuigl d'une attaque de catalepsie pendant la célébration des saints mystères, pour nous occuper des prédications de saint Vincent Ferrier dans la cité.
Cet homme apostolique arriva à Toulouse en 1416. Le
dimanche des Rameaux, il prêcha à Saint-Elienne sur le jugement de Dieu. Une foule immense remplissait la vaste enceinte et se répandait an dehors. Les auditeurs étaient tellement pénétrés par son élofiueoce qu'on n'entendait de
toutes parts que ces mots : Miséricorde ! miséricorde !
Quand il sortit de l'église, on se précipita sur ses pas et on l'accompagna jusqu'au couvent des dominicains. Deux Jours après, il prononça un nouveau discours au cloître des Jacobins, en présence de Dominique de Florence, archevêque de Toulouse, et de tout le clergé. Le jeudi-saint, le prélat
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le retint dans son [uUais, où il guérit un paralytique devant tout le peuple. Le vendredi-saitit, an sermon de la Pasâion, il ftil interrompu par les larmes et les applaudissemeots de son auditdre. Le lundi de Pâques, il donna un nouveau sermon à Saint-Etienne, et se rendit edsuite à Muret où il parla sur la guene des albigeois et l'institution du Ro^aii e. Vincent Ferrier opéra des prodiges à toulouse par les innombrables conversions qu'obtinrent son zèle et sa sainteté.
Guillaume du Puy, évéque de Mirepoix , possédait une maison dans la rue de Fille ; en 1417 il la donna pour y fonder un collège sous Tinvocation de saint Nicolas, à cause d'une chapelle dédiée à ce saint qui se trouvait à côté de cette maison. Huit pauvres écoliers devaient être élevés dans ce collège et ne pouvaient y rester que huit ans. Guillaume Fulci, chanoine de liirepoix, et Guillaume deTaccori, chanoine de Rîeux, »cycu du fondateur, devaient nommer aux premières places. Martin Y approuva ce collège ainsi que l'archevêque de Toulouse. Il était situé dans la rue qui porte son nom, sur la paroisse de la Daurade. 11 est aujourd'hui entièrement détruit.
Le couvent des cordeliers de Toulouse vit alors Pierre Saipmi, évèque de Basas, terminer sa carrière. On croit qu'il avait renoncé à son évêché pour embrasser dans cette maison la règle de saint François et pour s'y préparer à la mort. 11 fut enseveli dans l'église de son ordre. .
Après la mort du duc de Berri, le roi réunit à ses états le Languedoc. Il ordonna aussitôt au sénéchal de Toulouse de hm sortir de la sénéchaussée plusieurs ecclésiastiques et religieux dévoués au roi d'Angleterre et accusés de vouloir lui livrer les châteaux et les villes qu'ils occupaient ; on
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défeDdit également à ces personnages de posséder des bénéfices dans la sénéchaussée, et les religieux des quatre ordres mendiants ne purent plus à l'avenir posséder des bénéfices-cures comme ils lavaient fait par le passé.
La levée des subsides éprouvait toujours de grandes difficultés ; plusieurs villes se refusèrent à les payer, et prirent les armes. Cette révolte était particulièremeat excitée par les émissaires du duc de Bourgogne, qui s*était ligué avec le roi d'Angleterre. Jean d'Armagnac se mit alors en campagne, assiégea et prit sur les Anglais La Aéole en Gascogne, dans le mois d*avril 1417. Jean de Bonay, sénéchal de Toulouse, coopérait à ce siège. Le G de ce mois, il écrivit aux seigneurs officiers du roi à Toulouse, leur annonçant que les Anglais étaient assemblés en très grand nombre entre les deux mers, et leur ordonna de faire crier à Toulouse que tous ceux qui étaient du parti des Anglais et qui leur servaient d'espions eussent à sortir de la ville dans un certain temps, sur peine de han.
Au commencement de novembre, la reine Isabeau de Bavière s'unit au duc de Bourgogne. Ils envoyèrent partout des émissaires, promettant à ceux qui embrasseraient leur parti quMls ne payeraient aucun subside. Cétaît le moyen d'avoir des partisans. Dominique de Florence, archevêque de Toulouse, se déclara en leur faveur et entraîna un cer- .tain nombre de citoyens. 11 convoqua une assemblée des trois états du Languedoc, que les officiers du roi attachés an dauphin eurent beaucoup de peine à empêcher. Ce dermer prince fut nommé lieutenant-général du royaume, et en cette qualité fi adressa des lettres aux principales viUes pour s'opposer aux usurpations d^lsabeau de Bavière. Cette
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reine devenait de plus en plus audacieuse. Le 30 janvier 4418, elle nomma Louis deChalons comte de Genève, Regnault vicomte de Murât, Guillaume de Saulieu et Jean de Tarraut ses ambassadeurs spéciaux pour réduire sous son obéissance le pays du Languedoc. La présence de ces commissaires, et surtout leurs promesses de ne plus lever de subsides, soumirent a la reine et au duc de Bourgogne presque toute la province. Le vicomte de Carmaing (Caraman) et les capitouls de Toulouse reçurent des lettres de la reine, datées de Troyes, donnant des assurances sur les intentions formelles de cette princesse.
Les commissaires arrivèrent k Toulouse le 2i mai. Us destituèrent Jean de Buuay, sénéchal, et Bertrand de Noga-^ ret, juge mage, comme attachés au dauphin ; ils nommèrent à leur place Hugues de Carmaing et Arnaud de Pynol. Toulouse reçut bientôt après la nouvelle quà Paris, dans la nuit du 29 mai, les émissaires du duc de Bourgogne s*étalent emparés de la pei sonne du roi , que le comte d'Armagnac et les partisans du monarque avaient été massacrés, 'et que Tanneguy-Duchatel avait foit évader le dauphin. Ce prince se relira à Melun, où il assembla ses aiuis; quant au roi , il fut gardé prisonnier à Troyes par isabeau de Bavière qui avait fart son entrée à Paris le 14 juillet. Cette femme et le duc de Bourgogne gouvernèrent alors le royaume au gré de leurs ambitieux désirs.
Le sénéchal Jcaa de Buiiay soutenait cependant encore dans le Toulousain le parti du dauphin de France. S'étant jeté dans le château de Buzet siA*)e Tarn, il réunit autour de lui quelques pailisans. Sa fidélité n'empêcha pas le comte de Genève de s'emparer de Toulouse et des envi-
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rons. Les capitonls de cette ville se rendirent alors à Troyes
pour faire leur soumission à la ruina, ci lui demander TautorisatioD d'assembler les trois états pour le bien de la proYînce. Cette permission leur fut accordée à certaines
conditions.
Il était de Tintérêt du dauphin de remettre le Languedoc sous son obéissance ; c'est ce qui le détermina à nommer, au mois d*aoùt, Renaud, archevêque de Reims, son lieute^ nant dans cette province. Ce prélat composa une petite armée et fit la guerre aux Bourguignons. 11 y eut une trêve entre les deux partis, mais bientôt les hostilités recommencèrent. Alors le dauphin prit le gouvernement de Fétat sous le titre de régent du royaume. Sachant que Jean comte de Foix jouissait d*un grand crédit en Languedoc, il le nomma son lieutenant, au mois de décembre 1418.
Le parti bourguignon était assez puissant à Toulouse, et nous avons déjà vu que Dominique de Florence Favaît embrassé. Ce prélat approuva à cette époque la fondation du collège de Bfaguelonne iaite déjà depuis longtemps. Plein de zèle pour le culte de saint Thomas d*Aquin, il renoué vêla le décret de Jean de Cardalllac pour la célébration de la féte de ce docteur. La doctrine de Fange de Fécole avait alors à Toulouse un savant interprète dans Jean de Capréoles, dominicain et professeur de théologie dans Funi^ versité de cette villél II composa des commentaires sur les quatre livres des Sentences, où il prit la défense de la doctrine de saint Thomas avec tant de force, qu*on Fappelait de son temps le prince des thomistes. Ses ouvrages furent plus tard imprimés. 11 mourut à Rodez, après avoir assisté au concile de Bâle. L*ordre des carmes possédait aussi à
46S Tivps nmixtPuiBis.
Toulouse un homme reconunaudable par sa science, Jean Grossin, qui devint général de cet ordre. On a de lui plusieurs ouvrages qui ont pour sujet 1 histoire des carmes et des personnages célèbres qu'il a produits.
Jean do Foix arriva ii Toulouse en 1419, au mois d'avril. Il se lit installer en qualité de lieutenant du dauphin en présence d*une imposante assemblée composée du clergé et de la noblesse. Bernard de Roaix, damoiseau, qui était le chef du parti bourguignon, quitta la ville. Jean assembla aussitôt les communes du pays, lesquelles s'engagèrent à lui donner des subsides pour chasser les gens d'armes que le prince d*Orange et autres capitaines tenaient dans la contrée. Il se mit en effet à la tête de ses troupes, et força le prince d'Orange à se retirer. Le comte de Foix convoqua pour le 15 juillet les trois états à Toulouse ainsi qu a Beziers. La position devenait de plus en plus délicate. Le dauphin et le duc de Bourgogne cherchaient à se réconcilier : aussi une entrevue fut-elle assignée sur le pont de Montereau, au 10 septembre ; mais le duc de Bourgogne y fut tué avec Àrchambaud de Grailli, frère du comte de Foix.
Le dauphin se retira aussitôt à Gien, et envoya partout
des lettres-circulaires pour justifier sa conduite. L'occasion étant favorable à Isabeau de Bavière de détacher Jean de Foiï du parti de ce prince, elle employa à cet effet Tentremise de Gui de la Brosse, moine et sacristain du Pont-Sl- £sprit, qui, faisant espérer au comte une vengeance éclatante de la mort de son frère, parvint à le détacher presque du parti du dauphin. Ce dernier prince se rendit de Gien à Bourges, où il assembla un corps de troupes, bien déter-
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miné à résister aux coupables enlrepiises de sa mère. Mécontent de la conduite du comte de Foix, qui du reste détournait à son profit les revenus du Languedoc, il résolut de se rendre dans cette province ; il arriva en effet à Toulouse au commencement de mars 1420, suivi de Charles comte de Clermont, fils du duc de Bourbon ; de l'archevêque de Bourges, son vice-chancelier ; du comte d* Armagnac, et de plusieurs autres prélats et seigneurs.
Charles le dauphin fut très bien reçu à Toulouse ; Bertrand de Nogaret et Pierre de Foucaud» viguier, lui avaient préparé les voies. Tous ceux qu avaiL destitués le parti bourguignon furent rétablis dans leurs charges. Le 4 mars il se rendit au château de Buzet et de là k Carcassonne, où il avait convoqué les états généraux de la province pour le 17 de ce mois. Ce fut dans cette assemblée que, pour reconnaître la manière dont les habitants de Toulouse Tavaient accueilU, il leur couiirma le privilège de posséder
des fiefs qui ne devaient pas hommage au roi, et accorda
à tous les capitouls présents et à venir le privilège de posséder toute sorte de terres ou seigneuries sans payer aucun droit. Cest dans ce dernier privilège que Ton a reconnu l'origine de la n K sse des capitouls. Le 20 mars, il publia à Carcassonne les lettres suivantes : « Ayant transféré le parlement de Paris à Poitiers, et con- » sidérant la grande distance qu'il y a jusqu'au dit lieu de » Poitiers de ce pays de Languedoc, et aussi du pays du » duché de ijuieime deçà la Dordogne, et qu'à cause du > peu de sûreté des chemins par la multitude des gens » d*armes qui sont en divers endroits du royaume, les su- » jets du pays ne peuvent aller poursuivre leurs procès à
470 mrs uiTuuitouius.
» Puiliers, aiûsà qu ils nous Font fait dire et exposer. Et » attendu grandement la grande et loyale obéissance qu*ils » ont tout temps eue envers mondit seigneur le roi, et ont » envers nous, comme ils nous ont par effet montré ; en » quoi ils persévéreront toujours, si à Dieu plaît, comme
» promis et juré le nous ont. Ces clioses considérées
» a?ec grande et mûre délibération de plusieurs de notre
> sang et lignage, et autres du grand conseil de mondit » sejgoeur et nôtre, tant prélats que barons, et auties en » grand nombre, avons de notre certaine science et auto- » rite royale dont nous usons, ordonné et institué par ces » présentes un parlement et cour capitale et souveraine » pour ledit pays de Languedoc et duché de Gulenne deçà » la Dordogue lequel parlement et cour capitale et sou-
> yeraine voulons de présent seoir et être tenue en la bonne » ville et cilé de Toulouse, par douze personnes, savoir : » un prélat et onze autres notables personnes des pays do
• Languedoui et de Languedoc, tant deres comme laïcs,
• conseillers de mondit seigneur et nôtres, et deux gref- » fiers, que par nos autres lettres nous nommerons et » déclarerons plus h ptein, auxquels douze, onze, dix, neuf, » buit ou sept, nous avons donné et donnons plein pou> » voir, etc. »
Ainsi fut institué le parlement de Toulouse, dont Vinstal-
lation soleiiiielle se lit le 29 mai 1420 avec la plus grande pompe. A rbeure indiquée, tout le clergé, la noblesse et
les principaux habitants se rendirent à la niétropole, où Tarcbevéque Dominique de Florence célébra la messe du Saint-Esprit. S*étant ensuite dépouillé de ses ornements
ponttiicaux, il se revêtit de la robe de pourpre de prési-
TEMPS INTEUUEUUIUËS. 47 1
dent du parlement, dignité à laquelle il venait d être élevé par le dauphin. Âccompagoé du clergé séculier et régulier et des membres fte rassemblée nouvelle, il se rendit processionnellement sous un dais porté par les capitouls à la salle du palais des comtes, où devait se tenir la première séance. $*étant placé sur une estrade ornée de fleurs de lis, il donna lecture de ledit du piince, installa les nouveaux dignitaires, et ouvrit ainsi la cour do parlement. Elle lut composée ainsi qu'il suit : premier président, rarchevéque ; — cinq conseillers clercs : Pierre de la Cadène, Aînaud de Roaix, Jacques de Martin, Guillaume de Plessîac, André de Donati ; — six conseillers laïques : Antume d'Ardouin, Fierre de Rouaix, Jean de Bardin, Antoine deMontalba, Bernard dePosan, Etienne de Voysins ; — greffiers, Bertrand d'Hautpome et Jean de Bordouenques.
La présidence qu'avait acceptée Tarchevéque faillit lui devenir laLile. Au mois de juin suivant, un certaiii IMnlippo Guerbaud, âgé 4e trente^rois ans, se laissa aller jusqu a proférer d'horribles blasphèmes contre le Sauveur et' sa sainte Mère. Ceux qui se trouvaient avec lui s'éloignèrent épouvantés ; un seul , nommé Bordon, parut partager son insolence. L'affaire fut portée à la nouvelle cour, qui par Torgane de son président condamna Guerbaud à avoir la langue et la tète coupées devant le portail de la métropole : et Bardon, à être livré à Tinquisiteur, qui lo ( ondainiia li jeûner en prison, le mercredi et le vendredi de chaque semaine, pendant trots mois. A peine Tarrêt eut-il été rendu que tout ie clergé séculier et régulier se leva contre larchevéque et les conseillers clercs, comme ayant encouru l'irrégularité par une sentence de mort. On allait vite dans
472 « TKMPS mftlMKOIll&ES.
les conséquences à déduire : il n*étaii pins permis à Far-
chevêque d'exercer ses fonctions ; tout ce qu'il pouvait iaire devenait frappé de nullité ; il fallait procéder à une nou- Telle élection : on en parlait de toutes parts et on écrivit eu ce seus. L'archevêque euLieprit sa justiiicatioQ dans ud long discours qull prononça dans sa métropole et où il ne manqua pas de citer plusieurs exemples pris dans les rcciLs de la Bible. A la ûn de son discours, il lança une senteoco d'excommunication contre tous ses accusateurs; ceux-ci ne manquèrent pas d'ap^icler de cette sentence au futur synode et au pape lui-même*
Instruit de cette affaire, Martin V députa Guillaume de Cbalençon, évêque du Puy, pour donner ad catudam l'absolution à rarcbevéque et aux conseillers clercs ; mais le président de Saint- Etienne ne voulut pas que l'envoyé du pape donnât cette absolution en pleine cour de parlement» et elle fut octroyée devant les fisuniliers du pontife. Nous devons conclure de ces faits que* Dominique de Florence s'était démis des fonctions de président, et que le sire de Saint-Etienne avait été nommé à sa place.
L arcbevéque vit avec une véritable affliction la conduite de son clergé dans cette circonstance ; il dut porter en secret des plaintes au siège apostolique sur le relâchement des mœurs qui existait parmi ses chanoines et les désordres qui régnaient dans sa métropole, puisqu'à cette ^>oque, par ordre de Martin V, et de concert avec Jean Belin évéque de Lavaur, il composa et publia des statuts pour la réforme de son chapitre. Il s'occupa aussi de plusieurs réparations à exécuter dans son église. Par son testament, qu*i1 fit en 1431, il laissa une somme d'argent considéra-
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TSMP8 IMTERHÉDlAIttES. 47S
ble, ses meubles et ses manuscrits, au couvent des dominicains de Salnt-Maximin eù Provence, où il avait pris l'habit de cet ordre. On a conjecturé de là qu'il était Marseillais d*origine, et issu de la noble toiille de Flourens, d'où lui est venu son nom. 11 e2uste près de Toulouse une paroisse ainsi nommée dans laquelle Dominique de Florence aurait peut-être possédé quelque terre ou château auquel il aurait donné le nom de ses ancêtres.
Pendant que Charles YI s*efforçait de se liguer avec divers princes étrangers contre le dauphin son iils, celui-ci Êusait soutenir sa cause en Languedoc par le comte de Clermont qu'il avait établi son capitaine général, et qui fit son entrée à Toulouse en cette qualité en 1421. Le régent fit lui-même plusieurs voyages dans la province ; au mois d'avril, il se rendit à Toulouse et de là à Capestan où il reçut les députés du parlement, le président sire de Saint- Etienne et les conseillers de Rouaix, de Martin et â*Elbonne. Uâ demeurèrent huit jours à la cour du régent de France, y reçurent des instructions particulières, et pour cadeaux des mules richement caparaçonnées, avec des revenus annuels que devaient leur payer les receveurs des aides.
Dans les statuts de réformation que Dominique de Florence avait publiés pour son chapitre, il avait été question de favoriser par tous les moyens possibles la science théologique du clergé. Nous avons déjà parlé d'une école allachée à la métropole ; dans cette école on forma une riche bibliothèque, qui s'augmentait tous les jours par les libéralités de plusieurs personnages. Ainsi, en 1421, Pierre de Gardés, prévôt du chapitre de Lavaur, légua à Saint-Etienne de Toulouse un beau l)réviaire à l'usage de cette église, un
474 TEMPS IKTBUltoUIin.
psautier, un livre coaleuant les psaumes pénitentiaux et
l'office des moi ts, et une bible magnifique estimée soixante écus.
Le dauphin passa en Languedoc le reste de Tété et une
grande partie de l'automne de 1421. A la mi-septembre, il tint rassemblée des états à Garcassonne, ét^t à Toulouse le 12 et le i8 octobre, et k Bourges le 6 noTcrabre. Il augmenta de deux conseillers clercs et de trois laïques le parlement de Toulouse, qui eutausâ deux présidents puisque Jean Jouveael se qualifiait déjà de premier président en cette cour.
Le 17 mars 1422, mourut à Toulouse bominique de Florence, après avoir gouverné pendant onze ans son Eglise. Cétait un prélat savant et éloquent. Âprës avoir été confe»>
seur de Clément VU, il fut député vers le roi de Castille pour Tabsoudre de la sentence d'excommunication portée par le pape contre ce prince. Il embrassa d'abord le parti bourguignon, mais il ne larda pas à l'abandonner pour se ranger du côté du daupbin, qui parut faire grande estime de sa personne. Ce prélat fut inhumé dans l'église des Jacobins, près de la tour du clocher. Après sa mort, le siège demeura vacant près d*une année.
tiiarles VI monnit le 20 octobre. Le dauphin était à ËspalU près du Puy lorsqu'il apprit sa mort , et fut proclamé roi en ce lieu sous le nom de Charles Yll. Toulouse rendit à Charles VI de spiendidcs honneurs iunebies, dont le chroniqueur Bardin nous a laissé une ample description. C'est à tort qu'il parle de la présence de l'archevêque à ce service, car il était mort plusieurs mois auparavant, et son successeur ne fut élu que Tannée suivante.
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TEMP«» U>iTSaUEDlliUE;i. 475
Le noaveao roi confirma à Mehun en Berri, le il décembre, les piiviléges de la ville de Toulouse, et sanctionna la confiscation du cMleau et de la ville de Sainl-Suipicedans ic Toulousain. CcUc ville, située non loin de rabbayc de Lezat, avait appartenu à Ëiéonore de Conuoinges; elle passa ensuite au pouvoir de Gaston-Phébus, qui la perdit dans sa guerre contre le duo de Berri. Charles VI en avait disposé en laveur de Jeanne de Boulogne, femme de ce duc. Sur la fin de sa vie, Jeanne vint habiter Saint-Sulpice et y labriqua la Hausse monnaie, entretenant des intelligences secrètes avec le roi de Portugal : c*est ce qui engagea le sénéchal de Toulouse à s*emparer au nom du roi de ce château, que celui-ci céda au maréchal de JLa£ayette.
Au mois d^avril 1425, le cha^ntre de Saint-Etienne donna un successeur à Dominique de Florence dans la personne de Denis du Moulin. Né à Meaux, il fût professeur très liabile dans l'un et l'autre droit, après avoir été successivement chantre de l'église de Vienne, chanoine de Chartres, de Reims, de Tours, d*ÀIbi et d'Evreux. A Tépoque de sa promotion, il n'était que sous-diacre et ruujplissait l'onice de conseiller ordinaire du roi. Sa nomination fut confirmée par les vicaires généraux de Tarchevéque de Bourges ; il regut tous les ordres et la consécration épiscopale des mains des évôques de laon, de Noyon et d'Albi. Charles VII le plaça k la tête de la chambre des requêtes, et lui coniia la mission déhcate de soumettre à son autorité les habitants du Daupbiné, Ce fîit dans son voyage à Toulouse, au mois d'août 1425, que le prince honora le nouvel archevêque des marques éclatantes de sa confiance*
Au mois d^octobre, on procéda à l'élection des nouveaux.
47G TEMPS INTIîBM&DlÀiaiU.
capitouls. Nous apprenons qoe cette élection était soumise
à riaquisiteur de la foi. Barthélémy Giscard eu remplissait alors les fonctions. Il récusa François d^Âlbert sous le prétexte que cet homme était dans rhabitude de prononcer des jurements contre la divinité. Les autres capitouls acceptèrent la sentence, et nommèrent à sa place Pierre de Sarlat. D'Albert en appela au parlement et y perdit sa cause.
Cette cour suprême reçut , au mois de féirier 1424, Tordre du roi d'informer des crimes et forfaits de Jean Le Maingre maréchal deBoucicaut. L*histolre ne dit pas quels étaient ces crimes. Nous savons seulement que le parlement de Toulouse mit sous la main du roi les terres d*Aramon et de Salerargues que ce prince lui ayait données. Guillaume éfêque de Laou, Mexandre le liuuisîer et Jean de Labarre avaient été chargés par Charles VU du gouyemement des finances en Languedoc. Ces commissaires assemblèrent à Montpellier les états généraux de la province ; on y appela le cardinal de Foix évèque de Gomminges, les évêques de Saint-Papoul, de Lumbcz, de Pamiers, de Lavaur et de Montauban (ce dernier était Geraud Faydit» chanoine de Etienne de Toulouse, qui venait d'être promu k cette dignité) ; les abbés de Grand-Selve et de Gaillac, Arnaud Roger de Comminges, le vicomte de darmaing, Jean de Lautar, les consuls de Grenade et de Gimont, de Castelsarrasin, de Rieux, de Saint-Bertrand, de Yiliefranche, de Revel ; Jacques roi de Hongrie, et de Lamarche, que le roi venait de nommer gouverneur du Languedoc. Il n'est pas fait mention de Denis du Moulin dans celte convocation, parce qu'il se trouvait alors a Paris où il traitait auprès de
TEMPS IXTSaJtÉDIilRSS. 477
la ehambre des Comptes du remboarsemeot de certaines
sommes qu il avait dépensées à Tépoque de son ambassade auprès du duc de Savoie. L*assemblée de Montpellier accorda au roi une aide de cent cinquante mille livres payables en quatre ans pour les frais de la guerre.
Le parlement de Toulouse recevait alors au nombre de ses conseillers Pierre Baidin, père du chroniqueur. C'était un homme très versé dans la littérature. Ses ancêtres avaient été honorés du capitoulat. Il composa plusieurs ouvrages qui ne sont pas venus jusqu'à nous, et duut son fils nous a conservé les titres : Tun, sur les privilèges et les immunités des moines ; un autre, sur l'origine de la Juridiction ecclésiastique qull rapportait aux empereurs et aux rois ; un troisième, sur les moyens de réprimer la trop grande autorité des évêques ; et un commentaire sur les décrétâtes touchant les tribunaux épiscopaux.
Pendant que Pierre Bardin enrichissait Toulouse de ses nombreux ouvrages, la compagnie du Gai-Savoir recevait ' une fondation qui devait assurer son existence des libéra- Il tés d'une dame toulousaine devenue célèbre dans nos annales sous le nom de Clémence, Ce nom apparaît pour la première fois dans une ode en vers romans qui a pour titre la Bertat, et dans laquelle est raconté le désastre de la fameuse bataille de Navarette où Henri de Transtamare, nouveau roi de Castille, fut défait, où Du GuescTin fut fiùt prisonnier, et où enfin quatre cents Toulousains qui avaient accompagné ce grand capitaine périrent presque tous. Cette ode a été évidemment composée après Tannée 1587, car il • y est parlé de la dignité de connétable, qui ne fut donnée à DuGuesclin qu*en 1580; de plus/cette pièce n*e$tque
47 ii TEMPS INTEUMtÛlAIRIS.
le sommaire de la vie de ce héros, et ne fut publiée qu*én
1587. La (lato de 1567 n'est donc pas celle de la composi- Uon de cette pièce ou du prix qu'elle obtiot aux jeux du Gai-Savoir, mais celle de la bataille de Navarette, qui fut en effet livrée à cette époque précise.
Cette ode si remarquable est donc postérieure à Tannée 1387, et les meilleurs critiques croient quelle fut composée et couronnée dans les premières années du quinzième siècle. Si on la place plus loin, c*est lui enlever tout son intérêt, car elle paraît avoir été composée pour les familles encore existantes de ces braves Toulousains qui avaient péri h Navarette. Celte pièce est adressée à une dame nommée CUmence {dona Clemensa), Il n'est pas question dlsaure. L*auteur présenta son ode au concours, et il affirme que cette dame avait dooné des fleurs pour ses prix : de flous de bostros tnas, A la fin de son poème, il Tinvoque encore. Quelques vers de cette pièce ont porté à conclure qu'elle était présente à ce récit, car le poète lui dit ; « Je n*en dirai pas davantage, car je vois qu*il ne vous plait pas d'écouter, ù dame Clémence, la mort de tant de braves gens. » Le nom d'isaure n'a été ajouté à celui de Oémence qué beaucoup plus tard, et le poète Pierre de Saint-Anian est le premier qui Tait employé, en 1549, dans une ballade. Ce nom, qui évidemment a été apporté par la tradition, paraîtrait indiquer que Clémence appartenait à quelque famille seigneuriale de Toulouse, peut-être à celle des Izalguier, qui avait son palais dans la rue qui a pris le nom d'isaure et son tombeau dans l'église de la Daurade. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'en 1424 cette Cunille était très puissante à Toulouse ; que Pierre îzalguier seigneur de
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Clennont était alors capitoul ; qull existait au monastère
des chaiioioesses de St- Saturnin une vertueuse fille nommée Aude Izalguier qui eu fat abbesse depuis 1411 jusqu'à 1447 ; que plus tard Marguerite de Poix dame de démence épousa Puii» Izalguier seigneur de Castelnau ; que Catherine de Pardeilhan, héritière de la seigneurie de Clémence, épousa Jean tVIzalguier seigneur de Fourquevaux; qu'enfin Isabeau de Rochechouart, Me de Marie d'izalguier, épousa Ogler de La Mothe seigneur dlzaut ou Izaur. En donnant ici ces généalogies, nous avons voulu montrer que les deux seigneuries de CUmence et ^Isawre se tronvaient dans la famille des Izalguier. (1)
Ainsi , d'après nos calculs et nos études, dame Clémence Isaure aurait donné pour les prix du Gai-Savoir, vers Tannée 1424, des biens ou des revenus par un teslamcnt doiU les clauses ne furent que beaucoup plus tard remplies : car, d'après le poète Voulté, Fexéculion des volontés de cette dame éprouva bien des diCticuUés et suscita beaucoup de procès.
L'année qui suivit la fondation de Clémence Isaure, Charles VU arriva à Toulouse vers la fin de Janvier 1425. Le 13 février, à la demande des capitouls, il donna deâ lettres de sauvegarde en faveur de la maison des femmes prostituées. Ces femmes étaient toutes réunies dans un lupanar commun qui payait à la ville certaines redevances. Le
(4) Voir le P. Ahsiub, t ni, pag. 360 el S64 ; tom. v, pag. 493 ; lom. IV, p. 666. Il est tite impprUnt d*observer qae le nom de Gttfmène» est le même que celai d*Bsclamonde (voir XOnomstiem de Simon de Peyronnet , p* 60.)