‹ Histoire générale de l'église de Toulouse depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours recueillie des monuments les plus authentiquesChapitre 28 sur 37 · IV I · texte numérisé non relu

IV I

'S TKMVS flODBUfl».

iâOâ, après avoir gouveraé pendant hnil ans le diocèse de Toulouse. Il fat inhumé dans le chœur de son église cathédrale.

Jean d*Orléang ftit élo poar loi succéder. Il était né à

Parthcna} uu Poitou, et était fils de François de Dunois comte de Longueville et de Tancarrille, ?ice-roi de Nor^ mandie, et d Agnôs de Savoie, scrar de Oiarhitte teniie de Louis XI. Né le 26 avril 1484, il n*avait que dix-huit ans lorsqu'il fut élu archevêque. Il 'était doué du naturel le plus heureux ; le duc d'Orléans (depuis Louis XII) surveilla son éducation. Toutefois, à cause de son âge, on lui donna pour aioînistntteur Aat^Ae de La Bite-FassavanI, son cousin.

L'année même de r^ection de Jean d Orléans, mourut

à Toulouse le fameux Olivier Maillard, religieux de saint François. Ce célèbre prédicateur était né en Bretagne. S'étant voué de bonne heure à Tétat religieux, il entra chez les franciscains de la province d'Aquitaine. Après avoir été reçu docteur en théologie à Paris, il se hvra au ministère de la prédication, et prêcha dans les principales villes de France et des Etats voisins avec beaucoup de succès* Sa parole, ardente, Incisive, el quelquefois mordante, s*attaqua à tous les étals et à toutes les conditions, depuis lartisaii Jusqu'au grand asigneur, depuis le simple tàm jusqu'au prélat. Les portraits qu*ft traçait étaient tellement ressemblants qu'il était souvent facile de reconnaître les personnages. On raconte que, prêchant an jour à Tookwse et Ikisant le portrait d'un mauvais magistrat, deux conseillers au parlement qui avaient cru se recoonaitre dans ses paroles, résolurent de le faire arrêter. L'archevêque inter-

Tint, et frappa d*tnterâit le prédicateur. MalUarâ alla se

jeter aux pieds de ces magistrats et, tout en faisant ses excases, parla avec tant de force contre l endurcissement dans le péché, qu'il eoavertît ces hommes, qui depuis vécurent loin du monde et dans les exeraces de la pénitence, n fut élu cinq fois provincial de son ordre, et fut Doiaraé par Iriiiocent VIII commissaire auprès de Charles YIU pour (d>tenir rabolition de la pragmatique de Charles Vit ; mais il ne fut pas heureux dans sa négociation.

Lorsque ï.onis XII fit prononcer la dissolution de son mariage avec Jeanne de France, Olivier Maillard n'épargna pas le monarque : c'est ce qui le força de quitter Paris. Il y reparut en 1501, accompagné de cinquante cordeiiers de rOfoservance, dans le but d'introduire la réforme dans le couvent de snn ordre. Son projet ne put réussir. De Paris il se rendit à Todoose, au monastère de Sainte-Marie des Anges (les Récollets), où il mourut. Il fut enseveli dans régUse de ce monastère. Laustérité de sa vie et la parMe régularité de ses mœurs donnèrent une grande autorité à son éloquence. 11 composa 1** une Confession générale très curieuse, que Ton peut regarder comme le tableau assez fidèle des mœurs du temps ; 2* un très-grand nombre de sermons latins et français, parmi desquels on distingue celui quil prêcha en ISOO à Bruges, et où Ton remarque les mots hem ! hem ! hem ! qui indiquaient les passages où Vorateur devait tousser pour exciter Vattention de son auditoire ; — ces sermons ont été plusieurs fois imprimés ; 3° une Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ où se trouve fondu le récit des quatre Evangélistes ; k"" quelques poèmes et chansons parmi lesquels on distingue le Sentier du Pa-

4 TRIVS MODEIUIES.

radis et une cfutuson pileuse (\) : car il lïit juH'te aussi^ Quoique assurément très mauTais. D'après le témoignage d'un auteur contemporain (Mcolas Bcrtiandi), plusieurs miracles s'opérèrent à son tombeau. Ce tombeau se trouve encore dans Véglise des Récollets (aujonrâ*hni du Calvaire); mais il est impossible de le reconnaître, les dalles et les pierres tumulaires ayant été malheureusement recouvertes.

11 est très-probable qu'Olivier Maillard fut frappé de la peste qui exerçait à cette époque de giaods ravages à Tou" louse. Le 26 juillet f50S, le parlement fut obligé de se transférer h Muret, puis à Lavaur et à Gaillac, et eniio à Grenade sur Garonne. Il ne rentra à Toulouse qu*au mois de novembre.

Nous avons déjà vu que vers la lin du siècle précédent le grand couvent des ermites de Saint-Augustin était devenu la proie des flammes. . La grande église fut terminée, dans Tannée ijM)4, et le 30 juin un évéque de Tordre des frères prêcheurs en fit la consécration solennelle en pré'^ sence de Guillaume de Joncon, de Jean de Verrières et de Jean Dumont, professeurs en la sacrée théologie. Les re-* ligieux do celte maison faiiiiient devenir les victimes d'une

(0 Celte chanson est sui lair tle Beryerometto savoisienne. Voici ua couplet qui fera juger du reste :

Par les frères prédicateurs > SoouEies ciiés et convoqués.

Bntre vous» endurcis pécheurs, Ne Caites que vous en moquer.

Hais ]a mort vous viendra croquer Devant qu'il soit un an en ça»

Lors You^ aurez M écouter Four rendre compte, titrêHqua,

TEMl'S MODEUNK:^. 5

affreuse calomnie : une flUe déhontée prétendil être entrée

dans le couvent dos Aiigusiins et avoir été iudigiicmciil traitée par un moine nommé de Santo-Petro. L'ofûciaL fut saisi de l'albire ; mais le prieur, bomme adroit et intelligent, demanda à cette fille si elle reconnaîtrait Fauteur de eet attentat. Sur sa réponse affirmative, il fit comparaître un autre religieux nommé Géro. Celte fiUo déclara aussitôt ^ue c'était véritablement ce religieux qui l'avait ainsi mal* traitée. La calomnie fut alors découverte; mais par une générosité au-dessus de tout éloge les augustins ne voulurent pas poursuivra cette misérable.

Le sénéchal de Toulouse eut à terminer un différend qui e&istait depuis longtemps entre le cbapitre de Saint-£tienne et les commandeurs de Sain^Antoine de Vienne. Ceux-ci avaient bâti un oratoire, sous l'invocation de saint AntoÏDc, an pré Montardi ; mais le chapitre fit opposition, et on ne consentit à laisser faire les offices publics dans cet oratoire qu'à la charge de lui donner la troisième partie des offrandes &ites pour les pompes funèbres et une rente de cinq florins d'or. Les commandeurs n'ayant point été exacts à ténlr leurs engagements, il fut loisible au chapitre de reprendre eet oratoire, par sentence du sénéchal et de Tofhcial. Plus tard, cette chapelle fut cédée aux pénitents bleus.

Vers la fin du siècle précédent, riûipnmerie avait déjà produit à Toulouse plusieurs ouvrages incontestablement édités en cette ville. Parmi les volumes dus aux presses toulousaines, nous distinguons le plus ancien missel de ce diocèse, imprimé, sous Tépiscopat de Pierre Dulion et par les soins de Pierre Durozicr prévôt de Suint-Eticmie et

6 iSMM mmms.

de rarobidiacre Bazelius, chez KUeime ii^ablat, en 1490. An eommeiic6meot da slôcle qoe nous parcouroDs» parut

à Toulouse un livre poilanL pour tilro : Le Doctrinal de Sapimça, traduit du latia eu laDgage roman dd Guy de Roy archevêque de Sens. C'était un livre rempli de pieuses légendes, d'anecdotes curieuses et de dévotes maximes propres à intéresser la piélé do simple peuple.

Pendant que la théologie mystique produisait ainsi ses œuvres, on élevait à Toulouse de nouveaux oratoires : ainsi Féglise et le couvent des religieux de Saint-Antoine du Salin furent construits, et nous apprenons que le cardinal George d*Amboise accorda des indulgences à c^x qui contribueraient par leurs largesses à cette œuvre. Ce légat pourvut un chanoine de Saint-*Ëtienne nommé Biaise Roger du prieuré de Saint-Barthélemy, par résignation de Julien Astorg. Voilà le plus ancien titre que i on possède sur cette diapeUe de fondation royale» et dont il ne restd plus au-

jourd'hui aucune trace.

L'attention publique fut vivement excitée alors à Toulouse par la condamnation du maréchal de Gié, qui s*élait rendu coupable d'avoir lait arrêter les bagages et les voitures d*Anne de Bretagne, reine de France. Son afidattre fol

portée au padcmcul de cette ville, et le 9 février ILiOG il fut suspendu de la charge de maréchal de France pendant cinq ans et privé de la garde et du gouvernement de François de Valois comte d Angoulême. Le maréchal se retira dans sa maison du Verger en Anjou, où il mourut quelques années après. On accusa Tarchevêque de Fiouen d'avoir suscité cette affaire au maréchal pour Téloigner de la cour, ce qui fit dire à la basoche : Gié a voulu femr Rouen,

mais UouûA lui a doimé m si graod coup de pied qu d l a éaoïB saa Verger.

Arnaud Dufaur iigura ilaiis la condamnation du maréchal BD qaalitô de procureur général du parlemeaU il fut accusé lQΫ€iidiiie d'avohr donné asile à «n eedésiastique de* ses auiis .dans sa maisoD, et condamné, sous des iieines assM gimes, à restituer le coujpable à te justice qui lepoursuivait. Ai iiaud lui accusé plus lard d'avoir falsifié des ieUres pour lever cinquante-quatre livres sur la paroisse de Seiot-Jory, et ecmâamné à être prîTé de sa charge et à &ire amende honorable en plein parlement, k genoux, tôte nue et la tordie au pmng. Nous ignorons si cette' sentencefut exécutée. Arnaud Dufaur était fils de Gratien Dufaur, chancelier en 14^ du comté d'Armagnac et président au parlement de Tonlouse. If eut un firère nommé Pierre qoi fut élu évèque de Lectoure, mais qui ne garda que deux, ou trois ans cet évéché.

La peste continuait d*exercer ses ravages en Languedoc, et particulièrement à Toulouse en 1506 ; au mois d'août ii avait déjà péri troiis mille personnes en cette vilte. Le parlement se retira à Gaillac el de là à Muntaubau. Pour attirer les hénédictions du ciel sur ces penses décimés par le terrible fléau, on résolut de procéder à Télévation solennelle de plusieurs corps saints» ainsi que nous le verrons bientôt en suivant nos annales. On commença d'dionl par faire m inventaire général et circonstancié de toutes les reliques que renfermait la basilique de Saint-Saturnin, tes eapîtouls s'en étant déclarés les gardiens et les protecteurs, dès ce moment ces reliques furent placées au rang des propriélés inaliénables de la ville de Toulouse.

8 TBHM VODBBMIS*

La révolte des Génois obligea Louis XII à franchir les Alpes pour la réprimer ; il fut égalemeot forcé d'entreto-^ nir un corps de troapes dans le milanais, où le sénéchal de Toulouse» de Rochechouart, servit à la téte de la noblesse de sa sénéchaussée. La le?ée des subsides que Yon de^ manda aux Etats de Narbonne éprouva quelques difficultés à cause de la pénurie où se trouvaient les peuples de la province.

Au mois d'octobre 1510, mourut a Toulouse Gonsalve Molina, professeur en médecine. Ce docteur avait été cité au tribunal de rinqui^ition par les vicaires généraux de l'archevêque et Tinquisiteur, k cause de plusieurs erreurs qu'il avait émises dans ses leçons ; mais Molina mourut avant que sou procès fût termine. On s en prit alors à soo cadavre. Après beaucoup de contestations entre le juge mage et les inquisiteurs, l'affaire fut portée au parlement, qui rendit Tarrét suivant :

« La Cour, — Teu la requeste &ite par Maitres Antoine » de Sril»onières et Vital Thèbes, vie. gén. de rArchevêque » de Tolose, et Frère Gaillard de Petra, mquisiteur de la » foy, et veuë leur sentence : la Cour a ordonné et ordonne « que le corps de feu Gonsalve Molina, en son vivant dén » claré par icelle sentence hérétique et apostat, sera baillé et 1 délivré à l'exécuteur de la haute justice pour être brûlé ^ en la place qui est devant Teglise métropolitaine de Saint- » Estienne, à laquelle exécution assisteront le juge-mage » des crimes, viguier, et capitouls de Tolose, ausquels et » chacun d'eux la Cour a fait et fait commandement^ sur » peine de suspension de leurs offices, de donner aide, se- » cours et faveur auxdits vicaires-généraux et inquisiieur

Tl»8 M0DB1RB6. 9

• en procédant contre les hérétiques et fauteurs dliérésic ;

* • et en outre a ordonné et ordonne que lesdits ficaires el » inquisiteur, juge-mage, Hugues' Bouysson et Jean de » Saint-Jean, capitouls de Tolose, viendront demain en

• icelle à sept henres dù matin flaire prendre, en présence j» des advocats et procureur du Roy, telles demandes, re- » qnestes et conclusions que bon leur semblera. »

La sentence îùi exécutée; Ainsi le demandaîeiït les mœurs du temps*

Le chapitre de Saint-Etienne, depuis sa primitive institution, était demeuré régulier sous la règle de saint Augus-» tin. Ayant voulu a cette époque se faire séculariser, il fallut surmonter beaucoup d'obstacles, car ce projet trouvait

* une forte opposition dans l'archevêque Jean d'Orléans et dans Pierre Darosier, prévôt du chapitre. Cette opposition lut vaincue, et Pierre de Porta, chanoine do Rieux et conseiller derc au parlement, f^t désigné par le pape Jules II à Feffet de promulguer la butte de sécularisation, qui porte la date du mois de novembre 1510. Pierre Gaufridi fut chargé de cette promulgation. Par cette bulle, deux archidiaconés, huit prieurés, les offices d aumùnier, d'iiilinnicr, de trésorier et de prieur claustral, furent éteints ; leurs rentes, fruits, biens et émoluments furent unis à la mense çapitulaire ; on créa une dignité nouvelle, celle de gi^nd chantre. Les chanoines prirent l'aumusse de fourrure grise et dûrent se conformer au cérémonial et aux coutumes des églises cathédrales. Cette bulle n'assoupit pas entièrement la querelle, car ce ne fut que quatre ans après, en 1514., qu'elle fut regue par l'archevêque, et qu'il fut stipulé qu'à Tavenir les nominations aux diverses prébendes ou places

40 TUirS MOPElttli».

vacantes seraienl laites alternalivement par rarchevéqua ci le chapitre.

Noos aTans vu plus bant qu'on prώda, au commeoee-

ment du seizième siècle, à l elévatian de plusieurs reliques.

En effet, en 1511, les eorps des Apôtres saiiit Sîmon el

saml Jude, et celui de sainte Suzanne de Babylone, ftircnt soleûQelldment élevés» c'estrà^Ure ôtés de leur tootbeMii de pierre el déposés dans des châsses de bois, d'or ou dVgent. — Dans notre histoire de saint Saturnin, nous avons donné le détail des diverses céréoionies qui eurent lieu à cette occasion dans la basili(iue do Saiiil-Saturiiiu , nu us nous tM)rnûrons donc ici k marquer le nom des principaux personnages qui figurèrrol dans cette solennité : c*élaient Laurent Lallemand, abbé de Saint-Sernin et évéque de Grenoble ; Matthlea d*Àrtlgueloupe, évéque de Famiers ;

Jean d'Auriolc, cvêiiuc de Monlaubaii ; Jean de Monlaigut,

abbé de la Case-Di^u« Le panégyrique des Saints fut prêché par Jean de Petra, qui était de Tordre de saint Dominique.

Ce fut vers ce temps qu^arriva à Toulouse la nouvdie de

la mort de la reine Anne de Bi elagnc, très excellente princesse à qui le roi Louis Xll donna de justes regrets, ce qui ne Tempécha pas d'épouser bientôt après Marie d'Angleterre, li ne demeura pas longtemps avec sa seconde femme, car il mourut le 1*^ janvier 1519, ne laissant que des filles de son premier mariag0. La couronne de Fiance échut à François comte d'Angoulème et duc de Valois, son neveu* L'intrépide Jules II venait de mourir aus», et Léon X était monté sur le siège apostolique. Ce pontife accorda un ju^ bilé de joyeux avènement qui attira à Toulouse tant de

Tins noDEUiis. 44

fidèles qu'on fat obligé de bire garder par la force armée

l'entrée de l'église cathédrale.

Cette ville vit briller alors daas son sein les hommes les plus distlngaés dans les seiénees et les lettres. Goillanma Bunel professait la médecine dans Tuniversité avec un grand snosès. 11 est anteur de plusieurs ouvrages, entr*aotres d'un Traité en vers contenant les médedim préservatrices et curatim des maladies pestUeutieuses* Nicolas Bertrand! donnait an public sos Ge$ue tcHmÂme, Il élait avocat au parlement de Toulouse. Sou ouviage, quoique renfiMrmant quelques d^ls précieux, résisterait difficilement à nne eritîqoe éclairée et impartiale. — Guillaume de Benoît était conseiller au parlement de Toulouse en 1510. D fut député par le parlement pour aller féliciter François I". Il est l'auteur d'un savant commentaire sur plusieurs traités du droit civil et sur la matière des testaments en particulier ; c*est te plus ancien auteur connu qui ait £ait menlion de Da/m Clémence, restauiairice des jeux Ho* raux. Il la désigne en ces termes : « Suivant les lois ro- » maines, il est permis de donner dc^^ fonds à une ville, a » la cbarge de célébrer annuellement des jeux, comme a » fait cette illustre fille dame démence, très riche citoyenne » de Toulouse qui, pour exciter la jeunesse à parler avec » élégance, a laissé à la ville certains revenus desquels on » fait chaque année trois llcui s d'argent, savoir : une églan- » line, une violettOt et un souci doré. » U est impossible de trouver un témoignage plus convaincant de Texist^ce de celle femme.

Le parlement de Toulouse avait alors au nombre de ses conseillers clercs le célèbre Jcaii de Pius, devenu plus lard

91 TUira MODBUIES.

évêque de Rieux. Il descendait d une illustre famille de Catalogne, dont le chef se nommait de Pinos marquis de Barbaza. 11 était le troisième lils de Gaillard de Pins, damoiseau, seigneur de Pins et de Muret, et de Clarmonde de Saman. Après la mort de son père, Barthélémy de Pins, son frère, chef du nom et des armes de sa maison, le fit élever avec le plus grand soin. Âprës avoir fait ses premières études h Toulouse, il les continua à Poitiers, à Paris, et à Ijuiugnc en Italie où il eut pour maître le célèbre Beroalde. Sa facilité pour la langue latine et la poésie fnt remarquable.

Entré dans l'état ecclésiastique en 1497, il fut ordonné prêtre à Toulouse et fait archiprêtre de Fousseret au diocèse de Uieux. Après avoir cédé à son frère tous ses droits à Théritage paternel, il repartit pour Titalie, où il demeura cinq années. Ce fiit dans cette période qu*il composa et publia ses premiers ouvrages, l** une Préface sur les poèmes de Codrus, poète assez renommé à cette époque ; ^ la vie de son maître Beroalde, (ju^il dédia k Etienne Poncher, évêque de Paris ; 3*" la vie de sainte Catherine de Sienne, qu*il dédia à Louis d*Amhoise, évêque d*Albi. Créé conseiller clerc au parlement de Toulouse par Louis Xll, en 1509, il s'y lia d*une étroite amitié avec Antoine Duprat, chancelier de France, qui avait été avocat général dans cette même cour. Ce chancelier lit connaître Jean de Pins à la Cour. En 1518, il suivit François I*' en Italie et fit partie du non-veau sénat de Milan. Sur la fin de celte année, Léon X envoya Laurent de Médicis, son neveu, au roi pour lui proposer une entrevue. Jean de Pins et Guillaume de Bonnivct furent choisis pour la ménager. Elle oui lieu à Itologne, où fut signé entre les deux princes le célèbre concordat.

TEMPS HODERNES. 43

La grande habileté qo'avait montrée Jeao de Pins dans toutes ces négociations délicates le fît encore choisir par François I*' pour le représenter auprès de la république de Venise, oia il sut ménager les intérêts de son prince et ceux de cette république. Au milieu des soins de la politique, il n'oublia pas la culture des lettres. Ce fut à Venise qu'il composa d*abord un roman, dédié anx enDmts du chancelier Duprat, et qui avait pour titre : Allobrogicœ nar- TBtMmi» LibeUus ; puis une vie de S. Roch ; enûn un traité. De Vitâ aulicâ, qui fut plus tard imprimé à Toulouse. De Venise, Jean de Pins fut envoyé à Rome par le roi en qualité de principal ministre, et nous avons plusieurs lettres qu'il écrivît de cette ville k Madame Louise de Savoie, mère du roi, ét an monarque lui-même, lettres dans lesquelles il dévoilait avec une étonnante perspicacité les divers projets qu'on formait en Europe contre la France.

Avant de quitter son ambassade, il rendit à Toulouse, sa patrie, quelques services dont nous parlerons bientôt. En 1520, 11 fat nommé par le roi évéque de Pamiers. 11 allait être mis en possession de ce siège par Bernard de Joyeuse, délègue de Gascard de Montpezat évèque de Rieux, lorsque, ce prélat étant venu à mourir, il fut désigné pour être son successeur, en 152o. ISous suivrons plus loin ce grand homme dans le cours de son épiscopat*

En 1516, pendant que Jean d*Orléans archevêque de Toulouse entrait dans les ordres sacrés et recevait le diaconat et la prêtrise, sa ville épiscopale était dotée d*un nouvel établissement. Le frère Matthieu Menou, de i uidre de saint François, entreprit de donner une mission à Château- Vert, lieu où se trouvaient réunies les filles de mauvaise vie.

14 TRHW WMURUfBS.

Ses prédications produisirent des frnits de salut : un grand nombre de ces filles se eon?ertîrent et demandèfent à être

réunies en communauté. On leur céda rhùpital du Saint- Esprit dans la cité, et bientôt après arrivèrent de Paris hait religieuses du couvent de la Madeleine, dont cette maison prit le titre. Cet établissement, situé rue des Couteliers, tis-à-vls de la me de la Madeleine, fut réformé, au siècle suivant, par les soins d'une religieuse de i ordre de la Visitation, Hr* d'Âligre, qui lui donna ses règles et y fit flearir la piété. Cette maison est aujourdlmi détruite.

Uannée 1517, dans laquelle nous entrons, devint malhearetisement trop célèbre dans les annales de FEglise par le schisme et l'hérésie de Martin Luther. Il naquit le 10 novembre 1483, à Ëisleben (ville du comté de Mansfeld) de Hans Lutter et de Marguerite Lindcrman, qui étaient de braves et honnêtes gens vivant du travail de leurs mains. Martin alla étudier à Magdebourg, à Eissenach et à ErfiËrth, ne vivant en ces villes que des aumônes que lui procurait sa belle et ravissante voix. A Eissenach, une femme qBTil avait charmée par la mélodie de ses accents devint sa bienfaitrice : c'était Cotta, qui lui acheta une ûûte et une guitare. Â Eï?furth, en 11(03, il prit le degré de malti^ èsarts.

La foudre ayant frappé à ses côtés Tun de ses plas jeunes amis, il résolut de quitter le monde, et à l'âge de vingtdeux ans, il se rendit chez les ermites de SainirAugustin à Erfarth et s*y consacra à Dieu. Quand H eut été ordonné prêtre, en 1507, ou le fil venir k VVittemberg où il enseigna la philosophie, et après avoir pris le bonnet de docteur en théologie dans Tuniversité de cette ville, il en devint pro-

TEMPS MOOERiNES. 15

U/mav. A cette époque, Luther était pur el ehaste ; il renouvelait dans sa cellule de Wittemberg toutes les austérités de la Thôbaïde. Gepeûda&t son cerveau s^étaot exalté par l'excès du trarail et de la prière, il était en proie aux t^fttatioDS les pius affreuses* U les surmontait toutefois avec courage, il se coofessaît très^oTeut, et ses moindres fàntes lui paraissaient des crimes. Il poursuivait des chimères et ne s'était pas aperi^ d*Qn secret orgueil qoi le dominait tout entier. Cette passion, si dangereuse pour les grands talents, s épanouissait en lui au bruit des applaudissements humains ; sa chaire de professeur de théologie était euTîroQuée d'une jeunesse attentive qui admirait sa parole claire, éloquente, ineisîTe. U fut nommé prédicateur de la ville. Son action oratoire, sa voix pleine et sonore charmaient ses auditeurs ; ses explications de la Bible d'après le tette seul de la Vulgate répandaient une nouvelle vie dans tous ses discours. Telle était la situation de Luther à Wittemberg lorsque Léasi X fit publier en Allemagne de grandes lodolgences pour tous cenit qui contribu^ent f)ar leurs dons à Tacbèvement de la basilique de St-Pierre «t aait frais de la guerre amtre ks Turcs. Jusqu*alors la prédication des indulgences avait été dévolue aux augustins ; cette fois ulle le fot aux dominicains : de là une triste rivadité entre ces deux corps« Staupitz, vicaire générai des augustins, résolut de venger la prétendue injure que Ton disait à son ordre, et comme il existait quelques abus dans la prédication de ces indulgences, Staupitz chargea Luther de s'élever contre ces abus dans ses leçons publiques.

D*un autre côté, le dominicain Tezd alla prêcher tes indulgences à iûterborck, à huit milles de Wittemberg. Tous

46 TBHPS mBRNRS.

les babitaots de cette dernière ville accourarent ver$ Tezel; la chaire de Lother et $on école ainsi que les confesslonaox des AugusUns étaieut abandonnés. Cen était assez, c'en était trop pour ne pas enflammer de colère et de dépit le jeune moine : il prêcha donc publiquement k Wittemberg contre Fabus des indulgences, et de Tabus il passa bientôt à la chose et s*éle?a contre elles. A ce premier discours succédèrent des thèses que Luther fit afiicher, le 1^^ novembre 1517, sur Tun des piliers de Féglise de Wittemberg, el dans lesquelles ses assci lions hardies et téméraires étaient développées jusqu'à Ibérésie.

Dès ce moment Luther abandonna la foi catholique, et le voilà enseignant les propositions suivantes : que ce qui nous justifie n'était rien en nous ; que nous ne sommes justifiés que par Timpu talion que Dieu nous fait des mérites ou de la justice du Rédempteur ; 3"* que nous pouvons nous appliquer par la foi cette justice ; que cette foi justifiante consistait à croire que tous nos péchés nous étaient remis ; 5" qu on était pleinement justifié par cette certitude. Tout le protestantisme est à peu près renfermé dans ces propositions. Dès que Luther eut ahiché ces thèses, il fallait, au lieu de disputer avec lui, que Staupitz son supé* rieur le rappelât dans son couvent et qu'il le mît dans rimpossibilité de propager ses erreurs^ Cétait un homme qu'il foUait oublier et &ire oublier. On prit un parti tout opposé : on répondit à ses thèses, on le cita à Rome, et Cajetan ne put le convaincre. Luther ajouta de nouvelles erreurs aux piciiiières, et linit par attaquer presque tous les dogmes catholiques. A la faveur de la faiblesse des princes, il continua à dogmatiser.

T£Mt»S MtiDKRfiES. 47 .

Nous avons cîru devoir faire connaître rapidement le chef de celle déteslablô hérésie qui mit Je trouhle dans toute ri^Hse et attira sur elle et sur la société, au seizième siècle, tant de malheurs.

Pendant ({ue Luther soutenait ses thèses à Wittemherg , Jean d*Oriéans, archevêque de Toulouse, recevait à Paris, le 26 avril 1517, la consécration épiscopale dans Tégiise de Sainte-Geneviève. Il fut sacré par Philippe cardinal de Luxembourg, assisté d'Etienne Poncher de Paris et de Jean le Veneur de Lizieux, et figura au couronnement de la reine de France. Nous ne pensons pas qu1l ait fait partie des Etats du Languedoc que le roi avait convoqués pour le 12 octobre 1M8. L*assemblée se tint à rhôtel-de-ville, et la messe fut célébrée aux Jacobins.

On était alors très occupé à Toulouse d'une afiaire qui avait pour objet la réforme du couvent des Grands^^rmes. Le roi et le pape s étaient réunis pour nommer des commissaires : c*étaient le vicaire-général de Jean d'Orléans, frère Louis de Lira, prieur des carmes de Paris, et frère Raymond de Gossins, jacobin et inquisiteur de la foi. Le parlement, conformément aux ordres de la cour, désigna de son côté le président Maynier et le coBseiller Laporte. Les commissaires se rendirent au couvent ; ils trouvèrent les portes fermées et les moines sonnèrent le tocsin. La nuit ayant porté conseil, ils reçurent le lendemain les commissaires, et la réforme fut acceptée.

Toulouse fut évaogélisée en 1518 par deux prédicateurs côlèbres. L'un était un cordëlier nommé Thomas de lUirico. Léglise des Cordeliers où il piochait ue pouvant plus contenir le nombre de ses auditeurs, on choisit la pla; e

48 TEMPS JfOPEBNES.

Sainl-Georges paur le lien de sa mission. L'autre était Ar- . naud lieveland, prêtre séculier» qui prêchait à S'-£tieiine. I^s fruits les pins abondants de salut couronnèrent le zèle de ces hommes apostohques. Ce fut à la suite de ces prédications qd'on détruisit les ysux de hasard; des pierres portant le monogramme du Sauveur furent placées à Feutrée d'un grand nombre d habitations, et les capitouls or^ donnèrent que quatre hommes parcourraient pendant la nuit les divers quârtiei s de la ville en criant : Réveillez^ vous» 6 ixm qtU dormez f priez Dieu pour le$ trépassés. Cette dernière institution se perpétua jusqa*à la Résolution française.

Nous ignorons si le grand-pénitencier de Rome envoyait

des subdélégués dans les diverses parties du monde pour absoudre de certains crimes qui relevaient de ce tribunal suprême. Ce qu*i1 y a de certain, c*est qu'un abbé de S^^ Ubery, ou peut-être de Saint-Thibery, nommé Dopuy, se rendit en 1518 à toulouse avec le titre de suhdélégoé du pénitencier de Rome, et donna des absolutions à plusieurs criminels, avec défense aux ofiiciers royaux d'inquiéter ceux qui étaient ainsi absous. Le parlement regarda ces actes comme abusifs, et condamna Dupuy à une amende de centlivreSf et de cinquante hvres tournois envers le premier président qoe cet abbé avait injurié dans une lettre écrite à son procureur. L arrêt du parlement n'arrêta pas les entreprises de Tabbé, qui lit afficher à plusieurs carre^^ fours de la ville une bulle du pape portant admonestation publique contre ceux qui Favaient condamné. Les registres du parleinent ne donnent pas la suite de cette affaire. Cette cour souveraine eut aussi à s'occuper du concordat

qui venait d'être passé entre Léon X et François I". Le parlement et Tuoiversité de Paris avaient d'abord refusé (le recevoir ce concordat, comme contraire à la pragmalique-saoctioQ de Charles VU ; cependant le parlement de Toulouse, ayant appris que celui de Paris avait enfin reçu cet acte des deux puissances, s'assembla extraordlnairement, prit lecture de toutes les missives du monarque et reçut le concordat avec celte clause : sans préjudice des primùges et libertés de l'Eglise gallicane.

L'université de Toulouse imita sans doute la conduite du parlement poui la réception du concordat, car nous n'avons trouvé aucune - trace d*opposition à cet acte dans nos annales. La ville, à cette époque, ^ montra très^énéreuse envers elle, car elle ûi construire les étttdes, salles dans lesquelles les professeurs en droit civil et canonique donnèrent leurs leçons. Elles étaient situées au lieu où se trouve aujourd'hui la faculté de droite Le collège de Saint* Raymond reçut une augmentation de personnel par les libcraiilés de Jean Bonhomme, curé de Saint-Michel-de- Lanës au diocèse de Mirepoix, qui porta à dix-huit le nombre des prêtres collégials.

Le 12 octobre 1518, le roi Ht assembler les Etats du Languedoc à Toulouse. L'assemblée se tint à Tbôtel-deviiie, et la messe lut célébrée dans l'église des Jacobins. On accorda au roi, pour l'aide et l'octroi, les mêmes sommes que Tannée précédente. Aucun évêquc ne fut présent à ces états^ Les grandsrvicaires de Narbonne et de Tou^ louse eurent une discussion assez vive au sujet de la pré^^ ' sidence, qui fut dévolue au premier.

L année 1519 vit k Toulouse la réforme des religieu.xt

TEMPS KOPEAKBS.

augiistins comme elle avait déjà vu celle des cai mes. L archevêque et les capitouls eovoyèreot à Aome Jacques de la Gorréd, banquier en celte cour, afin d^obtenir du pape la commission nécessaire à cet effet. La Gorrée trouva à Rome Jean de Fins dont nous BYons 'dé|a pariée el avec lequel il traita longuement de cette affaire, en présence du cardinal Santiquatm. Ce caidioal, iaisant allusion à la conduite qu^avait tenue le parl^ent k legard de Tabbé de Saiût-Thibery , se répandit en invectives «t en menaces contre cette cour. Jean de Pins, en cette occasion, prit ouvertement la défense du parlement et de sa patrie. Il ne laissa pas toutefois de plaider la cause de i abbé qui avait été mis en prison à Toulouse, «I engagea Léon X à écrire en ces termes au roi poui obteinr Télargissement de cet ecclésiastique : « Sire, Sa <Ute Sainteté m^ordonne à » grosse instance de irons écrire -et supplier que votre bon » plaisir daigne prendre 1 abbé de S'-Tliibery, qui est pri-^ » sonnier à la coneiergeide de voire parlement de Ton- » louse, en singulière recommandaiion. »

Quant à la réforme des augustins, le pape nomma ponr commissaires Varcbevèque de Toulouse, Tinquisiteur Bay^ mond de Gossins, le gardien des cordeliers et le prieur des carmes. On avait formé le projet d'envoyer de Rome quelques religieux augustins à Toulouse pour opérer l'œuvre de la réforme, dont les mémoires de cet ordre ne font, du reste, aucune mention. Il y est seulement marqué que François I" exempta des tailles le couvent, et que cette maison devint Tobjet d*une certaine jalousie de la part du clergé séculier a cause des privilèges cL faveurs pontiûcales et royales dont elle avait été dotée. La réforme

fat exécutée le 9 août 15^ par Jean d*Orléans, qui Tenait de prendre possession de son siège par procureur, ayant choisi pour son vicaire-général au spirituel et au temporel Jean Tesle, doyen de Saint-Florent d*Amboise. Jean d'Orléans, qui venait d'être nommé abbé commandataire du Bec et é?ôqne d*Orléans, obtint du pape la permission du garder ces nouveaux bénéfices avec larchevéché de Toulouse.

En i520, la peste désola cette ville. Le parlement s*étant

dissous, les présidents et les conseiUei-s, saisis de frayeur, se retirèrent dans leurs domaines, confiant la garde des habitants au dévouement des capitouls. On cm plu va tous les moyens possibles pour arrêter ce terrible fléau. Les médecins ordonnèrent de fôire allumer de grands km pour puriiie^rair, et le clergé fit sonner dans la nuit tourtes les cloches pour inviter à ht prière* La peste ayant eessé,. le premier président, qui s'était retiré a Muulbi uii près de Montgiscard^ rentra alors à Toulouse.

Au milieu des ravages de la peste, Laurent Lallemand, êvéquo de Grenoble et abbé de Saint-Saturnin, jeta les fondements du couvent et de T église des religieux minimes. Déjà ces religieux avaient été introduits au commencement de ce siècle, et la chapelle de Saint-Roch, qui était très-ancienne, avait été dédiée à saint François de Paule, fondateur de cet ordre. 11 ne faut pas confondre cet abbé de S'^-Sernin avec son oncle, portant le même nom^ qui le précéda dans la dignité abbatiale et dans l'évêché de Grenoble. Nous pensons que Téglise des Minimes, devenue de nos jours une église paroissiale, fot construite à cette époque. On voit au-dessus de la porte les armes de ce

prélat. Quaat au couvent, dont une partie est encore ùe^ bout, il paraît être tfone constnictîon plus récente.

Ce fut, comme on le sait, le 13 juin 1520 que les nouvelles erreurs de Luther furent foudroyées par une buUe de Léon X. Elles sout iciifermées dans quaranie-et-ua articles, extraites par ordre des écrits qu il ayait déjà publiés. S*îl faut ajouter foi à Fannaliste de Toulouse, ces erreurs auraient été répandues dans cette ville cette même année ; il affînne aussi que, la veille de la féte de saint Thomas, on fit brûler un hérétique qui les avait déjà embrassées, A peine furentrelles connues de Tuniversité de Tou* buse, que ce corps les attaqua vivement par Forgane de son recteur Jean de Fraicines, qui composa contre Thêrésiarque un Uvre sur le sacrement de Tantel. Les registres de l'inquisition de Toulouse nous offrent les noms de plusieurs hérétiques renfermés, vers la même époque> dans les prisons de ce .tribunal : c'étaient Jean de Vais, Pierre d'Agen, et Adrien de Villa, prêtre. 11 est toutefois difficile d^afBrmer si ces hommes étaient déjà infectés des eirrears luthériennes.

Le 15 mars 1521, Jean d'Orléans ht son entrée soien-. nelle à Toulouse, accompagné dâns cette imposante cérémonie i»ai tous les évêques de la province et par l'abbé de Gimont. A son arrivée, la peste exerçait ses ravages dans sa ville épiscopale ; le parlement se vît obligé de se retirer à Lavaur, où il demeura deux années entières. Ce fléau ne put arrêter les dissensions qui existaient entre les religieux observantins et les conventuels du grand-couvent. Le P. Bosset, ohservantin, présenta une requête à M. de Saint-André, premier président au pariemeni, à Tefiet de

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TEMPS MODËENES. ii

procéder à la réforme des oordelîers. Cmx-cÀ forent en effet

expulsés de leur couvent ; mais ce ne fut pas sans opposer «BO vive résistance, ear le P. Molinié» homme ardent 6t> impétueux, employa tout ee qui était en son pouvoir pour arrêter le coup qui allait frapper sa maison. Inutiles dEortst" le premier président se rendit à main armée au ' couvent, les religieux furent arrêtés et conduits dans les pdsoDS de rarchevéehé, et ensuite envioyés dix à la Daurade, dix aux Jacobins, dix aux Oirmes, dix au^Âugustins, huit aux Minimes, et huit aux Trinitaires..

Le tribunal de la Saintorlnquisition de Tonlonse fut ren-^forcé à cette époque de plusieurs membres du pai lemeut : messires d^Olmières, Jean Barthélemi, Tristan de, Lescure forent déâgnés pour assister Finquisiteur et le vîeaire^gé-^ néral de rarchevèque dans les diverses procédures. Ces conseillers entrèrent en fonctions par le procès, qui fut intenté à Pierre de Beaumont, médecin, prévenu d'avoir embrassé» à ce que l!on. croit, les idées, nouvelles.

La guerre s*étant déclarée entre François I'^ et Charles V, le roi fit assembler les Etats du L^uguedoc à Beaucaire, le 8 janvier iââS., pour^ demsmder des subsides. On trouve dans cette assemblée, en qualité de députés de Toulouse, le docteur Etienne de Paulo et Pierrq Potier seigneur de la Terrasse. Cette ville fot fortifiée par le roi afin de la mcUre à Tabri des ealreprises des Espagnols qui menaçaient les frontières voisines. On pensait, que le connétable de Bourbon, qui venait d'abandonner par une triste défection le parti du roi, pourrait passer en Espagne en se rendant à Toulouse : c'est ce qui détermina le prince u envoyer d^us cotte ville le sieur de Lottes seijineu.r de

S4 IKMFS MODERNES.

MoQtpessat, «vec des lettres p<mr le pariemeat. dette compagnie ordurma au sénéchal de ftiire garder avec soin les divers passages des Pyrénées, entrautres celui de S^^fiéat; mais le connétable prit une autre route. Alors le roi envoya en Languedoc le maréchal de Lautrec, qui ût son entrée à Toulouse m iîlS3, à la téte d'un corps de troupes amené de la Guienne.

Si, d'un côté, le parl^ent se fioéUit de politique, de l'autre il exerçait son autorité sur les afiaires de TEglise. Ainsi, quelques démêlés ayant eu lieu entre Laurent Laliemand abbé de Saint-Saturnin et ses cbanoines, le parlement rendit un airét pour enjoindre à l'archevêque ou à son vicaire-général de procéder à la réforme de Tabbaye, désipant à cet effiBt les abbés de Salnt-Ambroise de Bourges et de Gaillac, qui se trouvaient alors à Toulouse. L'arrêt ne Alt pas mis à exécution et les parties s*arrangèrenl entrelles.

La peste, en 15^, décima le couvent des Domintcains. Pour les dédommager de ces pertes, le ciel leur envoya

une insigne bienfaitrice dans la personne de madame de la Pélidère, qui laissa à ce courent des sommes considérables avec lesquelles on fit des acquisitions nouvelles, des constructions, et jdusieurs ornementations intérieures.

Le désir d*arréter le fléau dévastateur dont nous venons de parler porta les capitouls à réunir en un seul hupital tous les autres hôpitaux de la ville. On choisit pour le lieu de la réunion l'hôpital Saint-Jacques, situé sur la rive gauche de la Garonne et qui portait autrefois le nom de Sainte-Marie; il prit alors le nom de Saint-Jfacques d'une ancienne ciiapelle dédiée à ce saint. Avant la fusion dont

TEMPS MOfiSAKSâ. S5

il est ici question, cet hôpital était déjà considérable. On

porte sa fondation au commencemeot du treizième siècle, et on recoimaft ponr fondateurs deux balMtauts de Tou-louse, Roger et Bernard de Novello. Quelques années plus tard, il s'y forma une confrérie céièi)r6 qui administra les biens de cet hospice. Au quatorzième stède, il était desservi par vingt-deux religieuses appelées les S(mrs de la Daurade. Nous plaçôis en note les noms de tous les hôpitaux qui existaient à Toulouse à Tépoque de cette réunion. (*)

Lé 24 février, i52ll François I*' fiit ùâi prisonnier k la

bataille de Pavie. Aussitôt le maréchal de Lautrec écrivit an parlement de Toulouse pour lui annoncer cet événement. Cette compagnie ordonna imdiédiatement des prières publiques dans tout son ressort pour la déUvrance du monarque, et les jeux et les divertissements publics furent suspendus. Le maréchal ordonna qu on détruisit toutes les maisons situées hors des remparts, et qu*on réparât

n Llid^ de k Porte-Saînt-EUeniie (d«s Donats) — l'hôpital dd la PortfrNeave — rhdpital da Taor, pour les eofiuits trouvés — Vhôpilal de la Grave — l'hdpital Saint-Sébastien oa des Ftetiiérés — l'hôi^tal de PtoDs, à SainirCyprîen ~ rhdintal Saint>Nioolas — l'hélai SaintOrens — rhd^tal Saint-Botrope — rh^ital SaintJaoqaes, à Aroaud-Benuurd

rbôpital du Saint-Esprit, pour les repenties — l'hôpital Notre-Dame dn Puy, à Saint-George — Vhôpital SainirAntoine de Vienne — rbôpital Saint-Antoine de Lézat — l'hôpital Saint- Anian — rhôpital Sain^Raymond — l'hôpital du Corps-Dieu, près de Nazareth — 1 hôpital du Puy- MiLin — riiôpital Saml-Rcnii — l'hôpital de> SaiiUe-Trinitô — l'hôpiUl b.iiiit IJarUieleiay — i iiopiial de la Maynadière, prt^s de la Daurade — rh«>[ulal Sainlc-Catheriiie des Rogncux, à Saint-Michel — l'hôpital du Temple — rhôpital Saint-Jean de Jéf imlem.

36 7ËMM lODliMn.

les muraUles daos la craiote de 1 invasioD des Espagools. René Ragaenean, maître des requêtes, itat envoyé à Toulouse par la reine-mère pour y régler les mesures à prendre par suite de la captivité du roi. Nous croyons que ce fut à cette occasion qu'on aliéna plusieurs biens dans le Toulousain pour constituer la rançon du roi, qui venait d'être conduit à Madrid. Le prieuré de Saint-Loup, prés de Toulouse, fut engagé à cette occasion.

Pendant sa captivité à Madrid, le roi fut atteint d'une maladie qui inspira de inquiétude pour ses jours. Dans rextrémité où il se trouvait réduit, il ût un vœu aux saints dont les reliques reposent dans la basilique Saint-Saturnin do Toulouse pour obteuir le i ùLablissement de sa santé. Dès qu'il fut libre, il chargea Jacques de Minut, pre^ mier président du parlement, de remplir son vœu. Ce magistrat se rendit à la basilique et ollrit, au nom du roi, six gros cierges parsemés de fleurs de lys d'or, que Pon suspendit à la grille du tombeau de saint Scrnin, vis-àvis de la chapelle du Saint-Esprit. On plaça aussi une pla* que de marbre noir portant une inscription en lettres d'or pour perpétuer le souvenir de la piété du monarque. (1)

(4) Voici cette inscription :

AD PVftP. m HEM.

mMGI8CU8 1. GALLLB BBI, HAMRI GOII B86BT APUD H08IE8 LETBAU KOIUM) AFFBCn», DIVI8 QUOEVM SAGftiB HBUQDIA IN UkC SANCT. SASltlCA ASSBRVAHTtJlt VOITM PiimCUFiVER\T, QUOD FRANSCISa HANDATO REGIIS VICIBIS r.L.VRIS. VIII JACOB. MINCTICS SENATIS TOLOSA. PRINCElii, ADSTANTiniS OMNIUM ORUINIH CIVIBU:*, RITB PEKSULVIT ANi-SO SALl'T. 4525. POSUE&E ViUl CAriTOUNI.

TUPS HODBBNBS. S7

jComme il avait résolu de se reodre à Toulouse eu quittaDt'Mâdrid, et que la reine-mère avait écrit aux capitoals à ce sujet, on se disposait à le recevoir avec cette magni< licence digne de sa personne royale : on avait même déjà préparé des présents pour lui être offerts, enlr'autres six statuettes d'argent représentant les six apôtres dont les corps reposent dans la basilique de Saînt^Saturoin, lors-' qu'on reçut de nouvelles lettres de la régente qui annon-^ ^ent aux capitouls que le roi avait changé son itinéraire, et qa*il se rendait directement à Paris.

Un événement extraordinaire vint tout-à-coup agiter la population toulousaine : il était question d*un miracle opéré par un crucifix qui était élevé sur la place du Salin. Is vicaire-générai de Farchevéque, rinquisiteur de la foi et un conseiller du parlement procédèrent à une enquête sur la vérité du prodige. L histoire ne nous apprend rien sur la suite de cette enquête; mais elle nous dit que le curé de la Daibade, Joau de Sabouières, et le syndic du $bapitre de Saint-Etienne se disputèrent les riches offrandes que Ton déposait aux pieds du crudiix ; qu*il y eut procès sur cette grave affaire, et que le pariemenl, dans sa haute sagesse, décida en faveur du curé de la Dalbadc.

Un événement d'une autre nature arriva à Toulouse en Tannée 1526 : nous voulons parler de la séculari-^

sation du chapitre régulier de Saint-Saturnin que Clément VII opéra par une bulle du mois d'octobre, à la prière de Laurciil Lallciiiaiid et du clia[)itre de la basilique. Le pape reconnaît dans sa bulle rexistence à Saint- Sernin des corps de six apôtres, et y désigne par leura

28 T1MP8 HODBftNES.

noms les treize prieurés dépendant de l*abbaye qui étaient

situés dans les diocèses de Toulouse, de Mirepoix, de Lombez et de Pampeiuue (en Ëspagae). Nous pensons que ce fut à roocasion du changement opéré dans la basilique que le pontife accorda un jubilé qui devait être célébré tous les cinq ans dans cette église. L'ouverture en tut faite cette année-là par une procession solennelle à laquelle assistèrent tous les ordres de k viûe.

An mois d'octobre iS36, mourut à Toulouse Pierre de Buxi, évêque de Lavaur. Il était docteur en l'un et l'autre droit» chancelier de r^isa de Toulouse, chanoine d'Albi et de Lavaur, archiprêlre de l'église de Montastruc et notaire apostolique. 11 fut élevé à la dignité de prévôt de régllse Saint-Eâenne par la mort de Pierre Durosier, et de là il fut appelé à l'évéchê de Lavaur. Son inhumation eut lieu dans le choeur de l'Oise métropolitaine.

Nous ne devons pas oublier dans cette histoire la pieuse légende qui se rattache à la fondation de Notre-Dame de Nazareth à Toulouse. En creusant les fossés de la ville, on avait trouvé, assez près de la porte Montgaîllafd, une image de la Vierge revêtue d'un éclatant soleil. Il fut dès-lors résolu qu'on construirait une chapelle pour la re* cevoir, et une femme pieuse offrit sa maison, qui fut changée en oratoire sous le nom de Notre-Dame de Nazareth. Dès le principe il était situé hors des murs. Au treizième siècle, Bertrand de Tlsle laissa trois cents livres pour être employées en rente annuelle do quinze livres k Tentretien d'un prêtre qui devait être attaclié au service de la chapelle ; plus tard» elle fut transportée dans Tintérieur de la ville, au lieu où elle est aujourd'hui située. On

TEMPS MODBfiHES. 29

reconnaîL messire ilc Vabrcs pour son fondateur. Au seizième siècle, Georges d'Oimières, présideot au parlement, obtint des bulles pour Véreetion de cette église eo eol* légiale. Ces bulles forent fulminées par Jean de Pius, évèque de Rieux, et Bartbélemy Castellan, arcbidiaere d'Avignon.

Toutefois le syndic du chapitre de SaiDt*£tienne ût op* position à la falminatioa de la bulle, et Jean d'Orléans, archevêque de Toulouse, se joignit à lui : en sorte que rérection ne put avoir lien, et que la ebapelle deinenra sous la dépendance du chapitre de Saint-Etienne, qui y établit quelques prêtres consorcistes pour la desservir, (Cette chapelle, décorée avec une pieuse magnificence, a été cédée aux missionnaires du diocèse. On y voit le mausolée de M. de Hauteserre ; elle garde aussi le t(Nnbeaa du P. Seranne de la compagnie de Jésus, mort à Toulouse en odeur de sainteté.)

Les fonestes erreurs de Luther, qui s'étaient déjà répandues en France dans les principales villes du royaume, commençaient à étirer à son parti les h(H&mes dont Tesprit était exalté par Torgueil ou le ccenr gâté par les passions. Dès le mois d*avnl 1521, la faculté de théologie de Pa* ris censura les opinions de Thérésiarque, et démontra qu'il ne faisait que ressusciter tous le systèmes des hérétiques et des impies des temps passés. Tous les livres que Luther avait déjà composés, entr'autres celui de la Captivité de Babyione, furent analysés par la faculté avec beaucoup de précision et de clarté.

Toulouse ne tarda pas à être infectée des eneurs de Luther puisque, à peu près à l'époque dont nous écrivons

30 TKHPS xomms.

rhistoire, le |Kiiicment déclara que le jugement des luthériens appartiendrait au tribunal de Tlnquisition. Les nou^ Telles doctrines firent d*abord quelques prosélytes parmi les écoliers de rumversité dont la tête était facile à s exalter, et qui, sous le prétexte de liberté, étaient disposés à admettre des systèmes qui la lavurisaient outre mesure. Les progrès rapides de Thérésie doivent être bien moins attribués k quelques désordres qui régnaient dans le clergé séculier et régulier qu'à l'amour de la nouveauté, surtout quand elle favorise les mauvaises passions, et qu'à Tignorance en matière de religion dans laquelle vivaient la plupart des peuples, r^ous avouons toutefois que le clergé n'apportait pas en général assez de zèle à rinstruction des Mêles, et que beaucoup d'évéques ne résidaient pas assez habituellement dans leur diocèse« Leur absence ne contribua pas peu au progrès de Ferreur. Ainsi, en 1528, Jean d'Orléans, au lieu de se trouver à Toulouse au mi-^ lieu de son troupeau^ assistait au contrat de mariage de Philippe de Savoie et de Charlotte do Longueville.

L'hérésie ne lut pas le seul fléau qui menaça cette . Tîlle en cette même année, car la peste et la famine s'y joignirent pour désoler les babitanis. La charité chrétienne se trouva, par son dévouement» au niveau des calamités : on érigea de tuutes parts des hôpitaux temporaires pour recevoir les pestiférés de plusieurs contrées voisines dont le nombre s'était grandement accru ; les orphelins de Tun et de l'autre sexe furent placés à l'hôpital du Taur, situé visrà-vis de l'église de ce nom, et ensuite répartis che2

les plus riches propriétaires. On cul recours à la prière pour apaiser la ciel; les capitouls ûrent un vœu aux

TiJIfS MODEBNfiS. â4

reliques de 1 église de Saint-Saturnin, et offrirent un plan en relief de la ville de Toulouse, que Ton Toil encore aujoard'hai suspendu à la voûte dtt déambulatoire de Fabside. Les ravages qu c&erça la peste déterminèrent la création de qoeliiaes hôpitaux : c'est ainsi que le prieuré de Saînte-Catherinc, situé au faubourg Saînt-Miehel, fut changé en un établissement sanitaire pour les hommes atteints de maladies cutanées. Le fléau qui, cette année, désola la ville de Toulouse fut la cause qu'on diminua la taxe de trentecinq mille livres qu'on lui avait imposée pour la rançon du roi) et qu*^l6 fut réduite à vingt-cinq mille*

L'université de Toulouse était alors une des plus floris^

santés de l'Europe ; la faculté de droit civil et canoiii(iuc y avait attiré un nombre prodigieux d'étudiants de diverses nations, entr*autres des Espagnols et des Allemands. Chaque nation avait formé une espèce de confrérie sous la protection d'un saint ou patron particulier; chaque confrérie avait im prieur, un trésorier, et un orateur. Le prieur présidait l'assemblée, le trésorier recevait les deniers de l'épargne, et Torateurt qui était d*ordinaire le plus capable de la troupe, devait prononcer un discours pour la fête du saint ainsi qu'une oraison funèbre aux jours d'enterrements Ces confréries devinrent suspectes au parlement, qui rendit un arrêt pour les dissoudre. A la vérité, cet arrêt ne reçut pas son exécution, mais il ne laissa pas que de jeter le trouijic parmi les écoliers et d'exciter même leur indignation.

L'orateur de la nation française à Toulouse était à cette époque Etienne Dolet, lun des plus beaux esprits de son

3t TEMPS MODERNKS.

siècle. H était né a Orléans en 1909 et avait alors une vingtaine d'années. Après avoir £ût à Paris de fortes études et soivi avec éclat les cours d'éloquence latine de Nicolas Berauld, où il avait puisé un goût prononcé pour cette langue et une véritable passion pour Gcéron, il était devenu un de ces redoutables humanistes du seizième siècle tout bardés de latin et terribles dans la dispute. Pendant trois ans il travailla à Padoue sous Simon de Ville* neuve qui lui enseigna l'art de polii son style. De Padoue il se rendit à Venise, où il assista aux leçons de Battista Egnazio qui expliquait ks Offm de Océron et le livre de Lucrèce. Le prieur, qui présidait à ces études, ne lempécha pas d'offrir à Venise quelques sacrifices à Tamour profane. (Il est bon de tout noter dans des hommes de cette trempe.)

Cédant au conseil de l*un de ses amis, qui lui persuadait de se livrer à Tétude du droit» Dolet vint à Toulouse en 1528 ou, plus exactement peut-être, en 1531. Un illustre prélat de l'Eglise de France, l'évêque de Rieux, Jean de Pins, devint son protecteur et lui fournit les fonds nécessaires pour son voyage et son entretien à Toulouse. Ou suppose que Dolet avait connu ce prélat eu Italie. Ayant été choisi pour prononcer le discours d*usage à la tète de la nation française, Dolet stigmatisa en ces termes le parlement et son arrêté : « Notre crime c'est de nous unir, » de vivre ensemble en bons compagnons, de nous secourir » mutuellement comme frères. Dieux immortels! dans » quel pays sommes-nous? chez quelles gens vivons^nous? » La grossièreté des Scythes, la moiisti ueuse baibarie des » Gètes ont-elles fait irruption dans cette ville pour que les

» pestes humaines qoî rhabHent baissent» pers^olent, et

• proscriveDi ainsi la sainte pensée f •

On voit pdodre dans ces derniers mots Vidée lathé^ rienne qui reposait tout eutière sur le libre examen privé, au mépris de Tautorité légitime. Dolet continue : « Les » Turcs laissent les chrétiens s'assembler entr*euK sans la » moindre opposition ; ils ne font violence à personne, ils » souffrent que les étrangers s*organisent à part, et leur

• permettent do se régir eux-mêmes d'après une organisa-

• tion spéciale. 11 n'en est pas ainsi des magistrats toulou* » sains : nous pratiquons avec eux la même religion', nous » vivons soumis au mémo gouverDement, nous parlons à » peu près la même langue, eh bieni toutes ces considé- » rations ne les empêchent pas de nous traiter en étran- » gerS) que dis-Je i en ennemis. »

Les Gascons Toulnrent avoir leur revanche : Ils chargèrent Pierre Pinache, leur orateur, de répondre à Dolet. Sa harangue fut virulente et appela 'un nouveau discours de Dolet, qui ne mit plus de bornes à sa colère. Nous verrons plus tard les suites de ces disputes universitaires.

Les progrès du luthéranisme à Toulouse déterminèrent le clergé à resserrer les liens de la discipline ecclésiastique. Le chapitre de TEglise métropolitaine publia en 1530 ses nouveaux statuts^ qui sont les plus anciens que nous possédions en manuscrit, lis sont divisés en cent et quelques articles, et ont trait à la manière dont les Offices doivent être célébrés ; il y est aussi question des diverses dignités capitulaires et de la qualité de revenus fixée à chacune d'elles. Ces statuts reçurent l'approbation de Jean d'Orléans, qui publia lui-même les siens Tannée suivante. Us

34 TSMR5 MOOKaKBS.

l^oi Lciil le liUe de Cimstiuuiom du diocèse de Toulouse, et soDt divisés eD quatre-vingt-un diapitres. Le syndic de layiUe de Toolouse poursuivit ces coostilutions devant le parlement comme abusives en plusieurs articles; le syndic signalait ies jurlicles des maris^ ckmdestiiis, ceax des immunités des biens de FEglise, des questeurs, de Finbabileté des recteurs et vicaires k retenir les testaments, du droit des recteurs sur les sépultores et sur la célébration de certaines fêtes. Le parlement, après avoir pris connaissaiiee des articles incriminés, déebura y avoir abus, et condamna le vicaire-général à Tamende. Cette compa^ gnie ne se montra pas alors très versée dans le droit canoniqae, car il est très fadle de justifier les articles prétendus abusifs. Cette affaire n'alla pas plus loin, et les statuts de Jean d*Orléans demeurèrent comme un mimumeat de son zèle pour le rétablissement de la discipline. Ils ont été imprimés au di&-septième siècle. — L'archevêque ne se trouvait pas à Toulouse ^ F^poque de ce procès ; il avait été obligé d'assister au couromicment d li^conore d'Autriche, reine de France*

L*un des plus zélés partisans de l'hérésie luthérienne dans le Toulousain et TAgenais, fut Jules de TEscalle ou Scala, de Titlustre maison de Véronne et Vlcence, qui se mit à propager les erreurs nouvelles, de cuucert avec Mare-Antoine de La Romée,évéque d'Agen. Leurs prédications furent soutenues par celles de trois religieux augustins nommés frère Tadié, frère Clément de BLanca- Terra; le nom du troisième est resté inconnu» Ces malheureux avaient apostasie le catholicisme puur devenir les disciples de Luther. C'étaient des hommes très éloquents et qui ga-

TBIIM KODIBIIBS. 35

gnèrent à la oonvelle doctrine un grand nombre de religieux^ de magistrats, de professeurs, de nobles, mis peu de peuple. Deui cordeliers se mirent aussi prédicants. L*uu, appelé de Nuptm, était fortement protégé par la reiiie de Namre qui se montrait très favorable an Inlhéranisme ; il prêchait à la Daurade, de compagnie avec Melchior Flaviu, religieux du même ordre. Avertis ïm et Tadlre que le parlement allait les faire jeter dans les fers, ils prirent la fuite et eurent le bonheur de revenir à 1 Eglise qu'ils avaient désertée*

Le mal allant toujours croissant, le parlement crut devoir prendre uue mesure de rigueur : le 31 mars 1532, jour de P&ques, il rendit un arrêt pour Mte citer et eoBt" paraître devant Tinquisitcur tous ceux qui étaient convaincus ou suspects de la nouvelle bérésie. Trente-deux forent ajournés à comparaître. Parmi ces derniers, se trouvait Jean de Boissonné, professeur en droit à Tuniversité de Toulouse, n fut condamné à faire amende honorable, à payer mille livres aux pauvres, et à voir sa maison confisquée. L'exécution de la sentence eut lieu sur un écha-< . &ud dressé sur la place de Saint-Etienne. Jean Boissonné y parut vêtu d'une robe grise, la tète nue et rasée. L'inquisiteur lui adressa de sa chaire un long discours dans lequel il retraça T histoire de tous les maux que Thérésie avait causés en France, et à Toulouse en particulier. Après ce discours, Boissonné, qui par ses talents et ses vertus privées excitait les plus vives sympathies, lut et signa son abjuration, pnis reçut dans l'église l'absolution de son hérésie. Au moment où Boissonné faisait ainsi amende honorable, on élevait la grande tour ou clocher de S'-£tienne.

36 TKXPâ Moueiiftes.

Ce professeur était très versé dans la science du droit ; li faisait aussi des vers. On a conserré ceux qull composa en l'honneur de dame Clémence- Isaure.

Jean de Cadurque ne fut pas aussi heureux que Boissonné. Cétait un clerc licencié en droit de la ville de lâmoux. H iut accusé d'avoir prêché le luthéranisme la veille de la Toussaint, et d'avoir substitué (le jour de la fête du gâteau des rois) à ces paroles : le roi Mt, celles^! : Christ, règne en nos cœurs, paroles qui étaient devenues le signe de ralliement du nouveau parti. Cadurque fut conduit sur la place de Salul-Etienne où, ne voulant pas abjurer ses erreurs, il fut dégradé de la tonsure cléricale et de son titre de licencié. Un moine jacobin fut chargé de prononcer le discours ordinaire. Comme il citait un iiassage de l'épître dernière de saint Paul à Timothée, Cadurque acheva ce passage en l'appliquant à l'Eglise romaine. On le conduisit ensuite au palais, où il reçut k sentence de mort. £q sortant îl s*écna : 0 palais diniquité I ô siège d'injustice ! Il fut brûlé vif sur la place du Salin, conservant jusqu'au dernier moment une constance digne d'une meilleure cause. Un cordelier nommé Marcii, qui avait été jeté dans les prisons pour avoir prêché le luthéranisme à Castres et dans le ;Rouergue, fut aussi brûlé vif à Toulouse. Vingt-deux personnes furent encore placées sur 1 echafaud pour y abjurer les nouvelles erreurs : ce qui montre combien cette doctrine avait fait de progrès rapides à Toulouse.

Le chapitre de Saint-Semio possédait alors parmi ses

chanoines Pierre de Papillon, natif de Bourges, Par son testament, qui porte la date de 1532, il céda sa niaison et

TBMPS MODElUfBd. 37

ses jardins, situés dans le capitoalat de Saint-Pierre des Cuisines, pour y fonder un collège pour sept collégîats prêtres, dont deux devaient être du diocèse de Bourges. Gè collège n*existait déjà plus à Fépoque de la Révolution française. Nous avons déjà dit que celle maison fut fondée sous le pontificat de Jean d'Orléans.

Ce prélat était à cette époque comblé d'honneurs. A Varchevèciié de Toulouse, il ajouta celui d'Orléans. 11 venait d*étre nommé tuteur des enfonts du due de Longueville, son frère lorsqu'il vint a Toulouse pour recevoir François i" qui se dirigeait vers Marseille atin de s'y reucontrer avec le pape au sujet du mariage d*IIenn' d*OrléaBS, son second fils, avec Catherine de Médicis, niëce du pontife.

Le roi partit de Fontainebleau au mois d'avril 1535» prit la route de TAuvcrgne, passa au Puy en Velay, et, traversant le Rouergue et l'Albigeois, s'approcha de Toulouse. Le 29 juillet, le maréchal de Montmorency, en sa qualité de gouverneur du Languedoc, ht son entrée solennelle en cette ville, accompagné de Pierre de Ûermont-Lodève son lieutenant et de plusieurs autres seigneurs. Le 30, le dauphin François, qui avait couché au château de Balma où se trouvait Tarchevéque, fit son entrée, accompagné du duc d'Orléans et de Touraine ses frères; et le 31, arriva aussi le cardinal Duprat, archevêque de Sens, légàt du Saint-Siège et chancelier de France, suivi de divérs évêques et autres prélats.

L'entrée de François I'^ eut lieu le 1** août. La veille, il se rendit au château de Balma, où il soupa et coucha avec une partie de sa cour. Le roi, étant parti de Bahua^ se rendît au couvent des Minimes, où Fon avait construit

3B TDin MODBuns.

pour le recevoir ane longue et large galerie formée de colonnes d*orâre ionique et recouverte en entier d*étoffes d*or

et d'azur. Lorsqu'on fut âverti de Tarrivée du roi en ce

lieu, les capitools, les nobles tenant fieÊs, les bourgeois,

marchands et autres habitants, partirent en cérémonie de rhôtel-de-?iUe et se dirigèrent vers la porte de Pozonville. Là, les nobles et bourgeois se rendirrat où était le roi; quant aux capitouls, ils se retirèrent vers la porte Arnaud- Bernard pour y attendre Sa Majesté. La marche royale se déploya ainsi : l*le clm^é séculier et régulier de toute la ville, avec croix et bannières ; des gens de pied marchant de sept en sept accoutrés de velours, satin et taffetas déchiquetés de couleurs diverses, avec leurs capitaines, porte-enseignes, sergents, ûfres et tambourins; 3" des gens à cheval accoutrés de halecrets et heaumes surdorés à Fantique, laudes et manches de taffetas sur nu, portant des branches de laurier ; 4* des enfonts de dix ans à cheval, accoutrés de satin, damas et taffetas blanc, portant un écusson aux armes de France et criant à pleine voix : mve le ml les basochiens à pied, accoutrés de satin et taffetas : ô*" les facteurs des marchands et bourgeois à pied, accoutrés de velours avec cordons de fil d*arg^t déchiquetés, tenant un bourdon à la main ; 7" les enfants de la ville à cheval, accoutrés de velours et leurs chevaux hpussés de même ; 8* les marchands et bourgeois de la ville à cheval, vêtus de robes de taffetas, satin ou damas cramoisi avec pourpoints de même.

Venaient ensuite les nobles, précédés des trompettes et de leur enseigne portée par le baron de Fourquevaux, tous à cheval, portant ehamarres de velours bordé d*ttn

TBWB HOPSillBS. 39

lizeré d'or et tocpies de velours à piume bUoclike ; mo{i> sieur le sénéchal et les gentilshommes de la sénéchaussée ; ruDiversité ; la cour du parlemeot ; les gôus de la maison du roi; les érêqnes, archevêques et caidiDaui:, le légat du pape; le grand chancelier Duprat ; le roi.

Dès que le priace fut arrivé à la porte d*Aruaud-Bernard, les eapitouls le reçurent un genou à terre, et maître Filholi, l'un dentr eux, lui adressa sa haïaague. Le roi «^approcha alors d*un autel revêtu de drap d'or (yà se trouvaient la croix, les chandeliers êt un missel ouvert au cauou de la messe ; il ùi serment de conserver les privilèges de la ville en ces termes : « Vous avez été tou-

• jours loyaux et obéissants à mes prédécesseurs et à

• moi, et je Tai bien connu : je vous remercie de vos » bonnes volontés; et quant h vos privilèges, jetons les

» garderai. » Âprès le serment, le roi se plaça à cbeval • sous UB dais magnifique pôrté par les ^pitôuls. H était revêtu d'un habit de pourpre brodé d'or et portant le collier de l'ordre. Au devant du dais, Bertrand d'Izalguier portait le pennon de la ville, le grand-mattre son bâton, et le grand écuyer i epée royale. Après le roi, sç trouvaient le dauphin, les ducs d'Orléans et d*Angoulèma, le due de Vendôme, et les autres seigneurs de la cour. On se mit aussitôt en marche. Lorsque le cort^ passa sous la porte Amaud*Bemard, on vit descendre par le moyen d'une machine deux ûUes qui complimentèrent le roi. Un peu plus loin, à la seconde porte, un jeune garcion du nom de Bernard Nalot, descendant m milieu d'un auage, présenta au roi les clefs de la ville. On arriva ainsi jusqu'à l'église Saint-Etienne en suivant une ligne droite

40 mps KODEiin».

depuis Saiat^eroiû jusqu'au Saiiu, et depuis le Salio jusqu à la métropole.

Le lendemain eut lieu rentrée de la reine Eléonore ; on lui rendit les mômes honoeurs qu*aa roi. Elle était dans une litière étoffée de drap d'or, et portait un bonnet de velours noir orné d'une plume blaucbe. Âprès elle, oiarchaient à cheTal près de cent dames ou demoiselles. La reine alla descendre à l'archevêché, où le roi était logé.

On oiïrit au prince et à sa femme des vins exquis, des confitures, et autres rafraîchissements selon Tusage ; on présenta ensuite ce qu'on appelait les gratuites : au roi, ^ Tîngt-quatre marcs d*or qui devaient être placés sur un surtout triangulaire couronné de deux belles figures représentant Tamour et la crainte, avec des devises analogues ; à la reine, — trois mille écos d*or ; au grand-maftre, — deux mille dans une coupe d'or ; à la grande-maîtresse, — une chaîne d*or; au dauphin, — trois beaux chevaux; aux ducs d'Orléans et d'Angoulôme, — un beau cheval à chacun ; au légat, — deux mules superbement harnachées et une coupe d*or.

Le 4 août, François 1*' tint au parlement son grand lit de justice. Il alla se placer snr le trône qui lui avait été préparé ; à sa droite étaient le dauphin et les ducs d'Or^ léans et d'Angoulème ses ûls, messieurs de Vendôme, de Lorraine et de Nevers, et le sire de Montmorency gouver^ neur de la province ; à sa gauche étaient les cardinaux Duprat, de Lorraine, d'Orléans archevêque .de Toulouse, le premier président du parlement (de Minut) ; aux pieds du trône étaient Antoine de Rochechouart, sénéchal de Toulouse. On y voyait encore un grand nombre d*archevé-

TBMM VODSUniS. 41

qués, d*évéqaes, de prélats et grands seigneurs de la province. Le roî fit qnélqvies représentations à la compagnie du parlemeut et reçut quelques remontrances.

Pendant son séjour à Toulouse, le roi donna dès lettres-patentes en faveur de ruiiivcrsité de cette ville, et aceorda aux yingt docteurs régents de ce corps le pouvoir de créer, ériger et promouvoir à Tordre de cbevalerie les personnes qu'ils jugeraient capables de recevoir cette haute distinction. Les professeurs en droit de Funiversité de Toulouse avaient déjà le privilège d'être faits comtcs-èsiois après avoir enseigné pendant vingt ans. Biaise Âuriol, docteur régent en droit canonique, fut le premier que Ton çréa chevalier. La cérémonie en fut faite avec beaucoup de pompe, le 1** septembre, par Pierre Daffîs, qui lui donna Fépée, la ceinture, le baudrier, les éperons dorés, le collier et l'anneau sur lequel étaient gravées les armes du nouvel élu; ensuite Daffis lui adressa un très-beau discours dans lequel il le loua de ce qu'étant prêtre il avait été rMérendaire dans la chancellerie de Toulouse ; de ce qu'il avait été le premier qui eût montré qu'on pouvait écrire élégamment en français, genre que personne n'avait connu auparavant.

Avant son départ, François I*' alla visiter les reliques (qui reposent dans la basilique de Saint-Saturnin, où on lui montra une pierre précieuse nommée le camayeu qui était, dit-on, d'une assez grande valeur. Le 9 août, le roi, étant à Gasteinàadary, envoya à Toulouse le président Bertrand! avec des lettres pour les capitouls et pour l'abbé et les chanoines de Saint-Sernin. L'objet de ces lettres était de demander le camayeu pour eu faire |)i ésent au pape.

it Turs MOMftins.

Le chapitre répoodit qu'il ne pouvait, sans rautorisation dtt soQTeraiii pontife, rien distraire de son trésor. Cette réponse ayant été transmise au roi, ce pnuce envoya de HarseiOe de noaveUes lettres à Bertrandi, avee la dispense du pape. A cette nouvelle, les capitouls s'assemblèrent le 28 octobre, et il fiit décidé que trois d'entr^eux. Clapiers, Saint-Félix et de Bauterille, se rendrairat à Mar< seille pour faire au roi de très-liuiables remoutrances : ce qui fut exécuté. Mais ces remontrances ne furent pas écour lées ; réloqiicncG des députés qui firent un rapprochement du camayeu et de Tor de Toulouse échoua deriuit la volonté du monarque. Trois députés de la ville et un chanoine de Saint-Sernin partirent alors pour Marseille, emportant avec eux le précieux joyau, dont le roi fit hommage au pape.

Aucun mémoire n*est venu jusqu'à nous sur la qualité de cette pierre précieuse que nos historiens prétendent avoir été offerte à la basilique par Charlemagne. On donnait le nom de camayeu aux onices et sardoines taillées et sur lesquelles on gravait quelques figures.

iSous ignorons si Jean d Orléans employa sa médiation entre le roi et le chapitre de Saint-Semin pour la cession de ce bijou ; quoi qu'il en soit, il fut alors créé cardinal sous le titre de Saint-Martin des Monts et pril celui de cardinal de Longueville. Il ne jouit pas longtemps de cette nouvelle dignité, car, en se rendant à Marseille pour y saluer le pape qui allait assister au mariage de Catherine de Médicis sa nièce avec Henri duc d'Orléans, il fut pris à Tarascon d'une maladie subite qui l'enleva à l'âge de quarante-deux ans.

nom MODium. 43

Ce prélat, homme de bonnes mœurs et d'excellente doctrine, gouverna le diocèse de Toulouse pendant trente ans. Toutefois il eut quelques démêlés avec son chapitre au sujet du droit de visite de Téglise de Saint-Ëtienne, droit que le chapitre refusait de reconnaître. Nous possédons, sous la date de 15123, un acte capitulaire sur ce sujet dirigé contre rarcheyéque. Il se montra toujoars jaloux ' de son autorité, car, à Fépoque de la sécularisation du chapitre de Saint-Etienne qui ont lieu sous son pontificat, les chanoines ayant brisé les portes des archives dont Tarchevèque avait la def, et ayant enlevé le trésor pour couvrir les frais des huiles de sécularisation, le prélat fit évoquer 1 ailaire au grand conseil du roi. Il eut le soin de se faire réserver la nomination à cinq archidiaconés dans la bulle que le pape Jules rendit pour séculariser le chapitre.

Lorsqu'on 1510 on nomma des jv^es pour connaître de

la mutation de l'état des chanoines, ces juges ayaat contesté la juridiction de Tarchevéque, il fit rendre des arrêts et inhibitions royaux contre ces délégués. Son zèle pour la discipline ecclésiastique se manifesta par la publication des ordonnances synodales dont nous avons déjà parlé, par rap[)robaliûa des statuts du chapitre qu'il fit confirmer par Clément Yifl, avec ^érection de quatre prébendes.

Jean â*(Hiéans, ayant formé le projet de terminer son église cathédrale, fit élever les contreforts ornementés destinés à soutenir la voûte du chœur, et sur lesquels on voit encore ses armes ainsi que celles du chapitre ; il fit ensuite construire la sacristie capitulaire, ainsi que Tattestent ses écussons, et plusieurs chapelles du chœur furent

44 tBMPS HODBUtBS.

terminées par ses soios. 11 fit aussi élever cet énorme pilier destiné à relier le choeur k la nef , qui porte son nom et ses armes. Grâce à ses libéralités, 1 énorme cloche de Cardaillac fut refondue, et son église fut enriehie d*une ma«-

gnifique croix processionnelle en veimeil d*un travail exquis.

On reproche a ce prélat de n'aTOir pas résidé taabî*

tuelicoienl dans son diocèse, et d'avoir ainsi, sans le vouloir, favorisé par ses absences les progrès du luthéranisme. L'année môme de la mort de Jean d'Orléans, le 2o mars 1533, Etienne Dolet le fougueux humaniste fut mis en pri^ son par ordre du juge-mage Dammartin. On est peu sûrpris de cet arrêt lorsqu'on lit son dernier discours contre Toulouse, et dans lequel il s'élève avee une incroyable véhémence contre certaines cérémonies du culte catholique usitées dans cette ville. Au second jour de son incarcéra^ tion, il écrivit à Jacques de Mînul, premier président au parlement, pour l'intéresser à son sort. Grâce à la puissante médiation de Jean de Pins, évéque de Rieux, qui écrivit aussi à ce magistrat en faveur du prisonnier, Dolel fut bientôt rendu à la liberté. Il se retira dans une campa^ gne assez éloignée de la ville ; mais, peu corrigé par le malheur, il attaqua ses adversaires avec l'arme de l'épigramme. Ce fut d'abord Pinache, ensuite le juge-mage Dammartin, puis Oratien du Pont seigneur de Drusac. Ce dernier venait de composer un assez curieux ouvrage ayant pour titre les Cmtrtmrm du sexe mascidin et féminin, où il alLvtquait les femmes : ccst ce qui détermina Dolet à prendre Ja défense de ce sexe outragé. Drusac, très irrité des hardiesses de Thumaniste, obtint un arrêt du

tniFS HOiiEiiiiis. 45

parlement qui forçait notre jeune savant à quitter le ressort du parlemeot.

Pendant son séjour à Toulouse, Dolet, k rexemple de BoissoDué, concourut aux jeux floraux : il présenta aux gais mainteneurs dix pièces de poésie latine. La quatrième est un panégyrique de dame Clémence ; et parmi les autres pièces sont deux odes en Thonneur de ia Vierge. Le poète ne fut iMts hearenx dans sa poétique offrande. Cette déconvenue u explique que trop la publication qui fut iaite à Lyon, peu de temps après, de ses discoacsi contre Toulouse, à la suite desquels on trouve un giand nombre de lettres de Dolet écrites à plusieurs de ses protecteurs ou amis.

Notre humaniste ijuitLa donc Toulouse sans retour, et se rendit à Paris. Depuis cette époque de sa vie jusqu'à sa moi L tragique en 154G, Dolet publia ses Commciitaires sur la langue latine, son Recueil de Poésies, et plusieurs autres ouvrages. 11 tua, pour cause de légitime défense, un peintre nommé Guillaume Compaing, prit femme à Lyon et eut un fils qu'il appela Claude. Il se fit imprimeur en celte dernière ville, et consacra malheureusement ses presses à la publication de plusieurs ouvrages destinés à propager Thérésie, tels que les Œuvres de Mélancthon, le livre de l'Institution chrétienne de Calvin, etc. En 1542, l'inquisiteur Matthieu Orry rendit une sentence contre lui : il fut jeté de nouveau dans les fers, dont cependant le délivrât la clémence royale, grâce à rintercession de Pierre du Chastel, évêque de Tulle. Rendu de nouveau à la liberté, bien loin de profiler de ces avertissements durs et sévères qui lai étaient donnés, Doiet publia un dialogue qu'il atlri-

46 mm iodkkhbs.

buâit à PlatoD, iaUtolé Axiochus. La faculté de théologie, ayant découvert dans cet opuscule quelque proposition oi>' posée au dogme de Fimmortalité de Fàme, le parlement de Paris le cuadamna à être supplicié sur la place Maubert : ce qui fut exécuté le 3 août 1546.

Sous répiscopat de Jean d*Orléans vivaient k Toulouse des hommes justement célèbres : c'étaient le président Jacques de Minute ami éclairé et protecteur généreux de tous les savants, auquel Egnazio lit hommage de ses trois livres de Romanorum Principibus, et Dolet d'une épitaphe ; — Biaise d*Àurioi, dont nous avons déjà parlé. Né à Castelnaudary, il fut chanoine de cette collégiale et enseigna le droit-canon à Toulouse. Il est auteur d*un ouvrage qui a pour titre la Départie d'Amour : des joies et douleurs de Notre-Dame, confesskmnai pour savoir les péchés et leurs drcmstanm. n a aussi composé un commentaire sur le sexte des décrétales. — Pierre Bunel, l'un des latinistes les plus élégants de son siècle. H eut pour protecteurs EmiUus Perret, Lazare Baïf , et Georges de Selve, évêque de Lavaur. 11 mourut à Turin, en 1546. Ses lettres ont été plusieurs fois imprimées. Nous possédons Fédition de 1687 donnée par Colomiés, avec une préface et des notes de Graverol. ^ Guillaume Bunel, médecin célèbre, doctmt régent en Tuniversîté de Toulouse, est auteur d*un ouvrage en vers où il indique les divers remèdes aux maladies pestilentielles.

On place à celte même époque l'existence d'une femme devenue célèbre à Toulouse par sa beauté : c'était Paule de Viguier, surnommée la Belle Paule, Elle était fille d*Ântoine de Viguier et de Jacquette de Lancefoc. Elle épousa

T£XPS MODSKNBS. 47

en secondes noces le baron de FonteniOe. On affirme qu'elle fat choisie pour haranguer en vers François 1*' à Toulouse. Après être parvenue à un âge très avancé* elle

fat inhumée dans l'église des Grands- Augiistins. La Belle Pmle fut chantée par les poètes. Gabriel de Minut sénéchal du Ronergue composa en son honneur un livre singulier quil iulitula la Paulo- graphie, et dans lequel il décrivit ' dans les plus grands détails la beauté de son héroïne. U est difficile de soutenii jusqu'au l)oiit la lecture de cet ouvrage, qui fut' dédié à Catherine de Médicis, et publié avec toute la candeur possible par la très-digne abbesse de Sainte-Claire, parente de l'auteur.

Gabriel de Grammont succéda, cette même année, à Jean. d'Orléans sur le siège de Toulouse. 11 était ûls de Roger de Grammont, sénéchal d'Aquitaine et d*£léonore de Béam. Après avoir feit d*escellentes études, il vécut à la cour de François 1". Il fut successivement évéque de Couserans, de Tarbes, de Bordeaux, de Poitiers, et cardinal sous le titre de Sainte-Cécile. Jacques Dufour, abbé de la Case-Dieu, prit possession de Tarchevêché de Toulouse en son nom. Lorsque Gabriel de Grammont tat nommé à ce siégea il s'était déjà rendu célèbre par d'importantes négociations : ainsi il fut député auprès de Cbaries-Quint pour traiter de la rançon de François I*' et de ses en&nts, et accompagna Marguerite de Navarre à Madrid pour terminer cette af- &ire. n fut envoyé par François I* auprès d'Henri VIII roi d'Angleterre pour traiter de l'alliance de ce royaume avec la France, après avoir négocié toutefois en Italie plusieurs affaires importantes qu'il avait conduites toujours à heureuse lin. Nos annales nous ont conservé le rccit de la

48 ram modbbnes.

brillante entrée qu'il lit le 15 mars dans sa ville épiscopale ; les capitouls lui iireot préseoi de plusieurs bassius et vases de Termeil.

Le couvent des cordeliers de la grande observance fut témoîD, en 1533» d*une imposa&te cérémouie. La réforme avait clc iriUoduite dans cette maison quelques années auparavant par Alej^dre Roussel, commissaire apostolique, Pierre de Saint^Audré, premier président au parlement, et frère Arnaud de SauU-Félix, provincial. Noble Denis de Belvèse seigneur de la Bastide fit hommage à Téglise des Cordeliers d*un très-bel autel orné de peintures d'or et d*azur qui fut solenneliemeiU consacré par messire Jean de Lacour, évêque de Syrie tu partibm et religieux conventuel. Cet autel et les ornementations qui raccompagnaient aTaient été exécutées par le célèbre sculpteur Nicolas Bachelier, qui, vers la même époque, dota Téglise de Saint-Etienne d'une belle sculpture représentant la mort de la Sainte- Vierge*

Sous le rapide épiscopal de Gabriel de Urammont, on tint une assemblée extraordinaire dans Ihôtel du premier président ; trois conseillers, le juge-mage, le viguier et les capitouls sy trouvèrent. Les gens du roi y parlèrent avec force contre les désordres publics, et particulièrement con-* lit; le blasplicme, qui était alurs très-répaiidu. On dressa en conséquence des règlements de police pour réprimer ces excès, et un blasphémateur fût brûlé vif sur la place Saint-Georges : terrible exécution qui contint dans le devoir ceux qui se livraient à ce désordre* Larchevôque mourut au château de Balma le 24 mai 1554 , après quelques mois dépiscopat ; son corps fut transporté dans la

TBMPS MODUKBS. 49

chapelle du cbàleau de BidacUe en Béarn» où se trouvait ia sépaUnre de ses ancêtres.

Le 29 avril, Odet de Chalillon-CoUgny, iils de Gaspard de CiiatiUon et de Louise de Montmorency, et frère de Tamiral de Coligny, fut éla pour lui succéder. Il était doué d'un caractère plein de douceur. Après avoir fait de trèsbonnes études, il cultiva avec un égal succès les sciences, les arls et la poésie. 11 n'avait que ([uatorzo à quinze ans quand il fut créé archevêque de Toulouse. A la demande de François I*, le pape Paul III, à Télection duquel il assista, le créa cardinal -diacre et lui donna lautorisation de recevoir les ordres sacrés en un jour. Son vicaire-général eut une discussion assez vive aux Etats de Bezicrs qui se tinrent en octobre, au sujet de la préséance qu'il prétendait obtenir sur celui de Tarcbevéque de Narbonne.

Peu de jours après l'élection d'Odet de Chalillon, le roi et la reine de Navarre firent leur entrée à Toulouse et reçurent en présent dés médailles d'or de la valeur de quatre cents écus (au soleil). On était alors occupé à Toulouse de la formation de la Légion du Languedoc, milice que le • roi avait voulu créer dans chaque province. Celle du Languedoc fut placée sous les ordres du sénéchal de Roche^ chouart. Cette milice ne fut pas de longue durée. La guerre ayant éclaté de nouveau entre François I*^^ et Charles-Quint, celui-ci projeta de faire une irruption dans la Provence : c'est ce qui détermina lo loi à mettre garnison dans plusieurs villes du Languedoc. Après qu'on eut fortifié Toulouse, on y fit rinspectîon de tous les habitants capables de porter les armes, et leur nombre s'éleva à 35,000. Les suites de cette guerre n'appartiennent pas à notre histoire.

Le bruit des combats n empêcha pas les iTinnUeneurs des jeux flovaox dd distribuer en cette année 1535 tours prix ordinaires ; mais les écollei s de l'université se montrèrent si turbulents à la séance que ïm fut obligé de renforcer la milice urbaine qu'on appelait le §wet, Peut^tre ce coo* cours extraordinaire d*écollers s*explique-t41 par la présence du poète Jean Voulté, originaire de Champagne, qui vint se plaindre de ce qu'on lui avait refusé un prix qu'il croyait avoir mérité. Ces! dans ces vers qu'il adresse à dame démence que Ton trouve un nouveau témoignage en Êtveur de Texistence de cette femme.

Lo parlemoitde Toulouse perdit. Tannée 1536, Jacques de Minut, son premier président. Il se faisait bravement descendre du célèbre Minutius Félix» apologiste de la rehgion au secimd siècle* Son corps fot inhumé dans Foratoîre de Nazareth, devant Tautel principal. Le président Jean Berirandi fot élu pour lui succéder. U avait d*abord été capitoul, ensuite deuxième président, et enfin premier président à l'époque que nous parcourons. Plus tard il occupa la même charge an parlement de Paris, ainsi que celle de garde-des-sceaux. Devenu veuf, il embrassa l'état ecclésiastique, fut créé évéque de Ck)mminges, archevêque de Sens et cardinal. 11 mourut à Venise en 1560«

A côté de la belle ligure de Jean Bcrtrandi, nous trouvons, par un ailligeani contraste, celle de Jean d*Ulmo, quatrième président au parlement de Toulouse. Ce magistrat se trouva grandement compromis dans un procès déféré au parlement ; ce procès existait entre plusieurs habitants de Moûtauban, parmi lesquels se trouvait un riche marciiand nommé Martel. D'Ulmo fit d'abord dresser par un commis

. by

TEMPS MODEILNES. 51

greffier ane commission qui n'ayail point élé délibérée, ce qui constituait un acte faax. En trayaiUaat à cette commission, il Yola les parties intéressées. Martel ayant acquis la certitude de ces faits, porta plainte au conseil du roi, qui nomma des commissaires pour rinstruction de cette affiaJre. DUlmo fat condamné, par snite de la procédure instruite contre lui, à être dégradé en pleine audience» ensuite flétri sur la place des exécutions, et enfin renfermé pour le reste de ses jours dans un château-fort.

Conformément à cette sentence, d Ulmo, qu'on avait conduit à Paris, fut ramené à Tonlonse et, tes plaids tenans, dégradé, porté sur un tombereau à la place Saint-Georges, attacbé an pilori, et marqué au front d'un fer rouge; il fut enfin renfermé au château de Saint-Malo en Bretagne, où il mournt par la corde, s'étant, dit-on, rendu coupable de qaelqii*autre foux. On peut lire dans les annales tons les discours et remontrances qui lui furent adressés en cette circonstance par ravocat-général. L'hôtel d'Ulmo était situé dans la rue Ninau ; il se distinguait par une élégante tourelle.

Le luthéranisme faisait toujours de grands progrès en

France : ce qui détermina François I^"^ à rendre, en 1538, un nouvel édit contre les protestants beaucoup plus sévère (jiio tous ceux qui l'avaient précédé. Toulouse, à cette époque, fut temoin d'un déplorable scandale. Frère Louis Rochette, de Tordre de saint Domimque, théologien habile et inquisiteur do la foi , s'étant laissé gagner par la nouvelle hérésie, fut appelé devant les grands-vicaires de monseigneur Odet de Chatillon qui, après l'avoir reconnu coupable, le livrèrent au bras séculier. Il fut condamné par le

TEMPS MODEBNBS.

parlement k être dégradé et brûlé vif. L*àbbé de S^min, Lauréat LaUemand, présida à la dégradation, qui eut lieu le 10 septembre sur un échafatud dressé sur la place Saint-

Etienne. Après avoir fait monter Rochelle sur un tombe- ' reau, on lui fit parcourir les principales rues de la Tille ; une fois arrivé à la place du Salin, il y fut brûlé vif, à U uis heures d*^ l'après-midi. Théodore de Bèze, dans son Hist(»re ecclésiastique, prétend que Louis de Rochette ne fut pas condamné pour avoir embrassé l'hérésie, mais pour s'être rendu coupable de quelque crime contre nature. U est difficile de connaître sur ce lSût la vérité historique. Ce qu'il y a de certain, c'est que, peu de temps avant sa condamnation, Louis de Rochette avait été envoyé à Âgen pour y poursuivre Thérésie avec Geoffroy de la Chassaigne, conseiller au parlement de Bordeaux ; qu'il s'était acquitté avec le plus grand zèle de son office dlnquisîteur, et que, peu de jours avant de rentrer à Toulouse, il avait reçu l'abjuration de Raymond Duluc, conseiller en la sénéchaussée d'Agen. Il avait auprès de lui un vicaire nommé Richard qui subit le même sort. Percin, dans son .Histoire des Dominicains 4e Toulouse, se contente de dire que Rochette fut malheureux dans son ofiice d'inquisiteur, plus malheureux encore par la manière dont il termina sa vie.

L'année même de Texécution du F. Rochette, lurent publiés quelques ouvrages liturgiques et canoniques : nous voulons parler du bréviaire, du missel et du rituel, dont nous possédons encore de vieux exemplaires. On remarque dans le rituel une instruction en langue romane que les pasteurs adressaient au peuple pendant la grand'messe ;

TBMPâ UUDËiUKBS. 53

elle commence ainsi : « Honorables senhors et donas : en » aipiesta sepmana ya festas laqualas saocta mayre Gleysa » vos manda et h asaber : Premierament, doma que sera » dylus, per boun cap de sepmana, sancla mayre Gleysa ». solepnisara la festa d'un grand amie de oestre Senhor» » de monseignor sanct Peyre... » Viennent ensuite les

prières pul>liques pour tous les ordres de ia société civile et religieuse.

Pendant que rarchevéque Odet de Cbatillon siégeait au parlement de Paris, Tadministratioa de son diocèse était confiée à Guillaume Piati, dominicain évêque de Tarse, avec le titre de suûragant. Nous croyons que ce fut ce prélat qui consacra Féglise de Garidech, et non révéque de^ Lavaur, comme paraissent l'attester les archives de cette commanderie ; il fit aussi publier les décisions de Gorserius commentées par Auflrery, ainsi que les ordonnances des rois de France sur les matières bénéiiciales qui avaient été mises en ordre par Gbarles de- Grucallus, professeur en l'un et l'autre droit à l'université de Toulouse.

£n 1538, rassemblée des Jeux floraux entendit le poète Pierre Trassebot fedre l'éloge public de dame Clémence. Ce îxxi lui qui présenta aux mainteneurs une très-humble requête des dames toulousaines par laquelle elles demandaient à être admises à concourir pour les prix, suivant la volonté de la restrauratrice des jeux. Cette requête, en vers romans, fut, dit-on, composée par ces dames, dont les noms au nombre de sept sont venus jusqu'à nous* D'habiles critiques ont néanmoins avancé que ces noms étaient purement allégonquub.

Le sanctuaire des muses fut un peu plus respecté â cette-

34 TEMPS MOO&ftNES.

4po<iae que celui de la science, car nos annales nous apprennent qu*en 1j39 il y eut un effroyable tumulte aux écoles de l'université* Les écoliers se rendaient en armes aux leçons des professeurs : or, l'un de ces jeimes gens nonuné Salvat se permit de tirer lepée en pleine classe. Le parlement taX saisi de cette affaire : Tépée fut clonée à un des murs de runiversité. Mais les écoliers, s*étant réunis, détachèrent cette épée et mirent le feu à Tune des écoles. On arrêta cent vingt de ces émeutiers, et un seul appelé TnUôtou fut pendu pour servir d'exemple à tous les autres.

Le parlement ne laissait aucun crime impuni : en i5t2, Pierre de Gaillard, conseiller clerc en cette haute cour, fut condamné à être dégradé et à faire amende honorable à genoux, la torche en main, comme convaincu d'avoir commis plusieurs faux dans Texercice de sa charge. L*arrét fat exécuté le huitième jour de mai. Jean de Masencal était alors premier président. Ce magistrat, Tun des plus célè^ bres du seizième siècle, d'une ancienne femille du Bazadois, avait été successivement conseiller et avocat général. Pierre de Gaillard, quelques années après, fut rétabli dans tous ses litres et dignités. La cour souveraine de Toulouse s'immisçait assez Paiement dans les affaires de TEglise, puisqu'au mois de novembre elle rendit un arrêt portant défense à tous les curés de son ressort de rien exiger pour Tadministration des sacrements, sépultures, sonnerie des cloches, cl autres cérémonies ecclésiasliques.

Ûdet de Cbatillon était toujours absent de sa ville épiscopale : il se reposait des soins de son vaste diocèse nonsculemenl sur Piati son su&agant, mais encore sur Fran-

TE»S ■OIIBIIRB& 95

çoîs d'Arjac, son vicaire-géoéral, que noos voyons |)araîtr& aux Etats d*ÂB)i, à ceux de Beziars où il fat question de la -

création du canal des Deux-Mers, et à ceux de Lavaur qu*il pré^da.

La trêve qui a?ait été conclae entre Charles-Quint ^ François F fut rompne. Le roi se rendit à Lyon et mit sur pied deax grandes années : la première, formée de 5S,000

hommes, devait se porter vers le Luxembourg, sous les ordres du dac d*Orléans ; la seconde» plus considérable, devait agir du côté des Pyrénées, sons les ordres du dauphin et du sire de Montpezat, iieutenaut du Languedoc, et chercher à reconquérir le Roussillon. Le siège fut mis devant Perpignan, qui fut vaillamment défendu. Cette expédition des troupes royales n'eut ainsi aucun succès. Après la levée du siège de Perpignan, le roi se rendît à Beziers où se tenaient les Etats ; de là il se rendit à Toulouse, où if ne coucha qu*nne nuit^ et se dirigea vers La Rochelte pour en châtier les habitaïUs qui s'étaient révoltés.

Pendant que François i'^ était à Toulouse, le vicaire-gènéral de Tarchevêque, un capîtoul et lé syndic de la sénéchaussée de cette viile se rendirent auprès de lui afin d'avoir la réponse an cahier des doléances que présentaient les Etats de Beziers. Nous ignorons l'issue de cette dépulation. Dans le désir d'augmenter ses ressources pour la guerre» le roi créa et vendit plusieurs charges dans les cours souveraines ; ainsi, par des lettres données à Fontainebleau ao^ mois de mars 1543, il créa vingt nouveaux conseillers au' parlement de Toulouse, moitié clercs, moitiô laïques, qui furent bientôt réduits à quinze; il créa encore une nouvelle charge de président et une chambre des requêtes. Le 3

5$ TBUVS KODEUIBS.

mai, il rendit un édit pour obliger les habitants des villes, closes du royaume à fournir des subsides pour la guerre. La sénéchaussée de Toulouse fut taxée pour 108,000 liv. La crainte où Ton était que les Espagnols ne fissent quelque tentatiye du côté du Razès porta les habitants de Toulouse à se jeter dans Garcassonne au nombre de millo hommes sous les ordres du baron de FdurqoeYanx, et k fortifier leur ville. Ces marches et ces défenses deyinrent inutiles par le nouveau traité de paix qui fut conclu Tannée suivante, à Grospi, entre Fempereur et le roi. ^

Tranquille du côté de la guerre, Toulouse s'occupa à jeter les fondemenits de la première pile d^n grand pont sur la Garonne. Le suffragant do l'archevêque de Toulouse Piati bénit solennellement la première pierre au milieu do tout le clergé de la viUe, et cette pierre fut posée dans lesfondements par Jean de Masencal. L admiuistralion municipale donnait en même temps tous ses soins à une affiiire d'une tout autre importance : c'était h guerre qu elle avait déclarée aux voleurs qui infestaient cette grande cité ; et comme il était nécessaire de donner un terrible exemple, on fit construire une énorme machine où se trouvaient adaptées dix-huit potences. Cette machine était promenée dans toutes les rues de la ville, et h chaque place on pendait un malfaiteur, jusqu'au nombre de dix-huit. 11 parait que ces brigands ne se contentaient pas de voler, ils étaient de plus accusés d avoir jeté du poison dans les fontaines publiques.

Au commencement de janvier 1545 le parlement de Tou- • louse enregistra le traité de Crespi ; mais les gens du roi firent une protestation contre quelques articles. Cette même

TBHM MODKIIHIS' 67

année» Toulouse fut visitée par plusieurs lléaa& : le 22 aYiil, on tremblement de terre jeta tous les habitants dans

la stupeur, la famine désola la cité, et on dépensait plus de Hiille llyres par jour pour donner du pain aux pauvres. A la suite do la l'amiiie, la peste exerça ses ravages ; deux capilouls, Jacques Gharentus et Jean de Pins, en mouru* rent. Les magistrats firent construire cette amée-là une chapelle dans Thotel-de-ville et élever la fontaine que Ton volt encore à la place Saint-Etienne.

Les Etats ordinaires du Languedoc, qui s'étaient assemblés à Montpellier le 26 novembre, furent présidés par le comte d'Bnghlen. Le vicaire-général de rarchevéque de Toulouse fut chargé de porter le cahier des doléances à la cour. Après avoir assisté à ces Etats, le comte se rendit à Toulouse où il fit son entrée solennelle le IS décembre. 11 mourut le 23 février de l'année suivante. Le roi François l*' mourut aussi peu de jours après (le 23 mars), au château de Rambouillet. Le dauphin monta alors sur le trône sous le nom de Henri IL Le parlement de Toulouse fut instruit de la mort de ce prince par des lettres de cachet du nouveau roi : aussitôt il forma une députation composée de présidents, de conseillers, de capitouls et autres seigneurs pour aller compUmenter le prince et lui demander la confirmation des privilèges de la ville. On lit à Toulouse de . splendides funérailles à François I**; on en trouve le détail très circonstancié dans nos annales. Le connétable de Montmorency, qui avait été disgracié par le feu roi, fut rétabli par Henri H dans sa place de gouverneur du Languedoc, et fit son entrée à Toulouse le 13 octobre.

Ce fut soQS le règne d$ François I" que rhérésic prêtes-

08 TBHIS HOIWlinS.

tante prit naissance en France et se développa avec une efiiayaale rapidité. Ni les édits royaux ni les rigueurs dont on usa envers les sectaires ne purent en arrêter le progrès* Il ne faut en cheixber d autie cause que dans la corruption générale des mœurs et dans rignoraoee en matière de religion. On vit s'aflaiblir insensiblement la discipline ecclésiastique; k Toulouse, le chapitre de la cathédrale et de Saint*Satumro se sécularisèrent ainsi qu*un certain nombre d'abbayes. L'hérésie commença à se répandre en cette ^e par quelques professeurs, et surtout par les âèves de la faculté de droit, qui assistaient au nombre de plus de quatre mille aux leçons du docte Coras, dont la fin fût si tragique. Bien n*égalatt rinsolence de cette turbulente jeunesse. La veille de Noël 1548, un luthérien nommé Martino entra dans Téglise de Saint-Pierre pendant le sermon, porlaQt un chat embroché et s'écriant : catus natus ! Le jeudi saint, une foule d'écoliers protestants se rendirent dans réi^e des Herçaîres; et comme, selon les mœurs du temps, on faisait une procession où les pénitents prenaient en public la disciidine, ces écoliers accompagnaient cette procession en jetant des cris forcenés et en accablant d'injures les Mêles. Martine fut, il est vrai, fustigé et les éco* liers jetés dans les fers, maïs ces ciiftliments n*2urrètaietit ,pas le cours de l'hérésie.

La peste qui exerçait alors ses rairages à Toulouse porta les capitouls à travailler à l'assainissement de la ville ; à cet effet, on détruisit tous les avant^^orps des maisons, ce qui rendait les rues étroites, obscures et malsaines. Très peu d'édifices étaient bâtis en briques ; les constructions étaient £ûtes en bois et tuiles crues, ce qui favorisait les

iacendies. La ville prit doue alors uao lace uouvellô, ut Toa ?it s'élever ces vastes demeures sarmontées de tours rondes oa carrées dont uous apercevous encore aujourd iiui les restes.

Une affaire déplorable et scandaleuse vint à celte époque jeter la divisioii entre le parlement et le clergé de Toulouse. Ud prêtre nommé Bee fût accusé d'entretenir des relations criminelles avec une jeune veuve dans la même maison qu'il habitait. Ayant eu ccmnaissance de ce scandale que peut-être les vicaires-généraux étaient impuissants à corriger, le viguier de Toolcrnse déléra cette aiMre au parlement, qui par un arrêt confisqua la maison et renvoya Tecdésiastique devant ses juges ordinaires. Dans cet arrêt, la cour enjoignait à tous les archevêques et évêques du ressort de veiller avec soin a la répression de pareils scandales. Le clergé traita cet arrêt d^abusif, et Tan de ses membres publia un libelle contre le parlement sous ce titre : Arrest du parlement de Toulause très profitable, Jean de Lettes, évêque de Montauban, qui était intéressé en cause» se donna des soins pour Mte casser cet arrêt par le conseil du roi : ce qui fat exécuté à Âmboise. Jean de Blasencal, indigné de la conduite du conseil, pabMa, en ré* ponse au libelle, un écrit sous, ce titre : De la vérité et autorité de ta justice du roi en la correction et punùion des maléfices. Dans cet écrit il dévoilait de grands désordres dans le clergé, et n'épargnait pas même les prélats.

Les parties intéressées agirent avec tant d'adresse auprès de la Sorbonne, que cette faculté censura récrit du président 11 est Êicile de concevoir combien cette censure lancée contre un homme tel que Jean du Masencal entretint

60 TMFS HODBBinS.

la division entre le clergé et la cour. Da reste, il est fâcheux ponr le clergé de la proTince d*ayoir eu pour solliciteur

dans cette affaire un honune tel que Jean de Lettes, car voici en quels termes les savants auteurs de la Gaule chrétienne terminent rarticlo qu'ils lui ont consacré dans leur excellent ouvrage : « Il se démit de Févêché de Montauban en

• faveur de son neveu Jacques des Prés, et fut nommé pre- » mier abbé commandataire de Loc-Dieu. Après avoir dé-

pouillé son église de ses biens el de tous ses ornements, » il se retira dans sa chàtellenie do Dcauvais près de Mon- » tauban, non pour y mener à la campagne une vie pai- » sîble, mais pour s*y livrer avec plus de ûtcilité à son » libertinage, car il y épousa publiquement Ârmande de

• Durfort de Boissière^ se rendit ensuite à Genève, où il' » apostasia, cL mourut, laissant ses domaines à cette mal- » heureuse femme etaux trois enfants qu*il en avait eus. » Faut-il s*étonner que TEglise de Jésus^rist ayant à sa téte de semblables évèques, Thérésie ait fait d'aussi rapides conquêtes? Toulouse ne fut guère plus heureuse avec son archevêque.

Le président de Masencal envoya à Paris son gendre Pierre du Bourg pour solliciter la radiation de la censure,

et ne put l'obtenir ; il garda alors le silence et accepta cette humiliation en philosophe chrétien. Ce magistrat mourut en 1502.

Guillaume Piati, suffragant d*Odet de Cbatillon et évêqu& de Tarse, mourut aussi à Toulouse le i7 février 1550. Ce prélat, de Tordre de saint Dominique, était très pieux. Il ' composa une messe pour célébrer par une fête particulière l'agonie du Sauveur ; jI lavoiisa et chercha a ctciidi c la

TBMfô MODERNES. 64

dévotion an saint nom de Jésus. Sous ses auspices, les dominicains firent ériger dans iear église par le pape Paul III la célèbre confrérie du S*-Sacrement, destinée à arrêter les progrès de Thérésie. Alexandre Perault, chanoine de Saint-Etienne et vicaire-général de rarchevêqae, publia la.bnlle du pape. Peu de temps avant sa mort, Guillaume Piati consacra Téglise des dominicains de Fanjaux qa*il dédia an saint patriarcbe.

Après la mort de son suffragant, Odet de Chatillon, du consentement d'Henri II, permuta entre les nmins du pape, avec Antoine Sanguin de Livry cardinal de Meudon, l'archevêché de Toulouse contre Tabbaye de Fleury, avec clause de retour ; mais ce dernier n'obtint ses bulles que quelques années plus tard. — Nous verrons bientôt reparaître le cardinal de Chatillon sur le siège de Toulouse. Pendant la première période d*Odet de Chatillon, la cure de Saint-Etienne fut unie au chapitre; le curé portant le titre de chapelain majeur — capeUmm major — ou d*archiprêtre.

Arrivés maintenant, dan3 notre histoire, à la moitié du seizième siècle, nous allons retracer les faits qui se ratta»

chent à lexistence des abbayes du Toulousain et des évêchés de Rieux et de Gomminges.

Au commencement du siècle que nous parcourons, Pierre Du Rozier occupait la prévôté de Saint-Etienne, de laquelle il se démit en 1514 en faveur de Pierre Buxi. Celui-ci était docteur en Ym et Tautre droit, chanceUer de TEglise de Toulouse, chanoine d'Albi et de Lavaur, archiprètre de Montastruc. Il eut pour vicaire-général Jean de Buxi, chanoine et archidiacre de Montesquieu. Pierre, ayant été lait évê*

6S nifps MODUiins.

qtie de Lavaur, se déoiit de la prévôté en faveur de François de Tounion. Cette cession ne fut connue du chapitre qua sa mort, qui eut lieu à Toulouse en 1526. Les chanoiaes élurent alors pour lui succéder Etienne Sacaley, eonseOler au parlement, président aux enquêtes, cbanoioe et archidiacre majeur. L'élection fut coniirmée par Jean d'IUiers, vicaire-général de Farchevéque, en Tertu d'une commission du pape. Mais François de Tournon, archevêque de Bourges, ne voulut pas renoncer à ses droits. L*affidre fut portée au girand conseil, qui décida en sa laveiir. Peu de temps après, François donna sa démission au pape. La prévôté fut alors remplie par Louis comte de Canossa, évéque de Bayeux. n en prit possession en 1551 par Antoine de Noailles, son {H'ocureur, et mourut Tannée suivante à Vérone. Averti de la mort de Louis par Pierre Dufaur, président aux requêtes, François de Tournon se remit sur les rangs et fut élu prévôt de nouveau; mais il recéda cette dignité à lacques de Castelnau de Gmaont* Lodève, qui occupait la prévôté en 1550.

Uabbaye de Saint-Saturnin était encore gouvernée, en 1520, par Laurent Lallemand, évoque et prince de Grenoble. Son neveu, du même nom que lui, lui succéda. Ce dernier eut un procès avec le parlement au sujet de la «é* cularisation du chapitre de son église, qu'il favorisa auprès de Clément VU. Nous avons parié de cet abbé à Toccasion de la dégradation du dominicain RochcUc.

Jean de Morlon, prieur de la Daurade, mourut en 1522. Jean de Narbonne, abbé de Moissac, lui succéda, après avoir triomphé de Bérald, son rival. Sous son gouvernement, Etienne Gentils, prieur de Saint-Martin-des<]hamps,

vint à la Daurade pour y entreprendre la réforme du monastère, mais ce fot en vMn. lean de Narbonne eut à soutenir un. long procès avec frère Roger de Naples, qni chercbait, cGQire les droits du pnenr, à rendre la place de prieur claustral perpétuelle par Tautorité du parlement. Jean céda le prieuré de la Daurade à son frère Bertrand, qui le resigna à son tour à Antoine d'Oriole, abbé de la Garde-Dieu et prieur de Saint-Pierre de Bridon. Ce dernier monrat dans son monastère, en i54â, plein de jours et de mérites. Il fut inbumé au milieu du chapitre, et Ton grava sur sa tombe une épitapbe qui retrace sa vie.

Gui du Val qui était Picard de nation et minne de la Daurade, succéda ^ d'Oriole. 11 dut sa nomination à Tentremise dlmbert de Saveuses, Biaitre des requêtes, qui sut écarter ses compéttteors Bertrand de Narbonne et Gilbert du Mans moine de cette maison. Au milieu de toutes ces disputes, les religieux de la Daurade se trouvaient privés des choses nécessaires à la vie et se virenl obligés d'avoir recours à Tintervention royale* Antoine de Saveuses suc* céda II Gui du Val.

L*abbaye. du Mas-Garnier fut très-maibeureuse au commenceinent du seizième siècle psor les vexations de toute espèce que lui fit éprouver Antoine de Caramau, son i^bé. Ce personnnage avait été prieur majeur de la cathédrale de Montauban, abbé de Moissac et de Bonne- Combe. Après avoir écarté ses compétiteurs Jean cardinal de Saint-Sabin et Jean de Castanha, religieux de M ontmajoor, il alla s'emparer de Fabbaye, malgré ropposition des moines ; sa mort vint les délivrer. Après lui, Gilles du Falgar, qui d*abord avait été inûrmier du menas-

64 TEMPS MODEftlIBS.

1ère et se trouvait alors prieur de Borell, obtint la dignité ablMttiale. 11 eut pour rival Malhuriu de Balaguier^ moine d'Orléans, qui ne craignit pas d*eDtreprendre le voyage de Rome pour solliciter ce ùtre. Mais Gilles lui prouva que les lettres dn pape Mes H qu*il avait obtenues ne pouvaient être exécutées. Devenu paisible possesseur de son abbaye, Gilles s'appliqua k orner son église et à rendre heureux par tous les moyens possibles le troupeau quMI gouvernait. Il abdiqua en faveur de Jean de Toucbebeuf.

Les chanoinesses de Saint-Saturnin furent gouvernées daus cette période par Antoinette de Casarle, Antoinette de Nogaret, Guyonie Dangereuse; — celles de Saint-Pantaléon, par Jeanne de BeraQb et Marie de Berailh. — L'abbay» d'Eaunes eut pour abbés Jacques de Denise, François d'Anthin et Antoine d*Antbin. ~-La famille de Narbonne se tint en possession de Tabbaye de Grand-Selve. Louis de Narbonne, en 1514, orna léglise et le cloître de peintures, et Gabriel de Narbonne et Georges la gouvernèrent successl* vement. Jean de Bertrand, cbancelier de Toulouse, et Pierre de Bertrand, son frère, étaient abbés de Grand- Selve en f 949 et iîlSO. — L*abbaye de Salenques ne compte que trois abbesses dans cette période : Agnès de Montant, Eléonore de La Roque, Anne de Saint-Etienne. — A la Capoiettc, nous trouvons Beiiiaid des 3Ioulins, Jean de Senbac, Jean Gapergin et Jacques Bemin, prési-^ dent auK enquêtes et premier abbé commandataire de celte maison. — Sainte-Ciaire de Toulouse nous donne Marie de Grave, Fromentie de Gaussade et Charlotte de • Minut, sœur de Gabriel de Minut baron de Castera, la dernière abbesse connue.

Nous avous laissé Hugues d'Espagne sur lo siège de RieoXi U mounilen 1900, et fat iûhumé dans relise paroissiale de Lettes, près de Montpellier. Après sa mort, les chanoines se divisèrent en deux camps pour réiection de son successeur; les uns élurent Bertrand d'Espagne, et les autres Pierre de Laporte. Bertrand vint à uiuurir : alors ceux qui ravaîent étn donnèrent leurs T0ix à Gaspard de Montpesat; mais le pape dirtma le différend en nommant 4 révéciié de Rieux Pierre-Louis de Voltan. Ce prélat signa!a son é^nscopat par la constmctîon de la chapelle de S**-Mane de la Mourère, celle du palais épiscopal qui venait d'être la proie des ilanunes, et la publication de statuts synodawtv A Jean de Voltan succéda Gaspard de Montpezat, qui déjà avait disputé cet évèché. Montpezat était issu d'une illustre Êimille d'Aquitaine ; il avait été religieux de Bonnefont et abbé de rE^calc-Dleu. Auus croyons qu'il eut pour sufiùragantLouis d'Auvelle, conseiller au parlement de Paris, qui dans quelques titres est désigné comme évéque de Rieux. Quoi quil en soit, Jean évèque de Callopolis in partibus, administrait ce diocèse en 1523, ainsi qull conste des statuts de la commuuauLé des prêtres de Cazères et des registres de réglise de Saint-Suipice de Lézat.

A Gaspard de Montpezat succéda^ sur le siège de Rienx, le célèbre Jean de Pins dont nous avons déjà parlé. Tout entier aux soins du troupeau qui lui était confié, ce prélat érigea en collégiale l'église de Saint- Ybars, el ^ appliqua à la visite générale de son diocèse. ^ étant rendu à Toulouse en 1937 pour quelques affaires, il alla loger au couvent • des Grands-Carmes et y mourut le l*^' novembre. Il fut inhumé dans la chapelle de la Présentation, cinq joars après

IV ii

66 T£MPâ MOOSRNES.

sa mort. 11 avait gouverné pendant quatre ans seulement TEglise de Rieux, qui devint incoûsolable de la perte d'uQ aussi grand homme. Les muses latioes le célébrèrent dans d'élégantes épitaphes ; Toulouse [ilai^a son buste au rang de ses illustres; Erasme et Sadolet le louèrent à TenTî. On trente ses lettres et des détails très curieux sur sa vie dans un ouvrage imprimé à Avignon en 1748 sous le litre de Mémoire pour servir à Téloge historique de Jean de Pins, émjiie de Bieux. Sou successeur fut François Du Bourg, iils d Ântoioe chancelier de France. Celui-ci donna , des statuts à son diocèse. Il occupait le siège de Rieux en 1550.

Uabbaye de FeuîHants était gouvernée en 1505 par

Pierre de la Trilbc (de ïrilliia;, famille établie à Toulouse dans la me qui porte ce nom, près des Ham-âlurats, Elle le fut ensuite par Pierre de Caupène; Bernard d*Ornesan, évêque de Lombez et abbé de Nisors ; Cliarles de Grassol, fils de Charles baron de Crussol et vicomte d*Uzë3 grand panetier do France. 11 ne put obtenir ses bulles; on lui donna pour économe Jean Bourgoin. — Pierre du Taur devint abbé de Calers, en 1505. — On trouve ensuite Maliroi de Villars et Georges d'Armagnac. Ce fut sous le gouvernement de ce dernier que le monastère de Calers fut détruit. Tous ses monumeots écills et ses trésors périrent.

Gaillard de rHôpital, datif d*Oleron, chanoine de Gom-

minges, fut élu pour succéder sur ce siège à Jean-Baptiste de Foix. Il eut pour compétiteur Amanieu cardinal de Lebret, qui avait obtenu Févéché par nomination papale. Des actes authentiques indiquent que jusqu ù l année 1509 ces '

TEMPS MOUBftKES.

<leuK prélats exercèrent simaltanément les fonctions épiscopales : ainsi Amauieu se donne ie titre d evéque cornmanflataîre de Comminges dans nn acte qui fat souscrit par Bertrand d'Espagne, son vicaire-général; en M\07, il cèdeTéglise de Saint-Laurent que déjà Gaillard avait cédée à Guillaume d*Âlbezan, prêtre de Tordre de Fontevrault. D'un autre côté, en 1507, Guillaume de Vaudetar, conseiller au parlement de Paris, se rendit à Comminges par commission royale et mit Ga il laid de l'Hôpital en posses- . sion de révéché par la remise solennelle des clefs de la Tille. Ce dernier prélat dressa des statuts pour le rétablissement de la discipline ecclésiastique dans son diocèse, et fit don à son chapitre de quelques maisons et jardins qu*il possédait dans la ville. Après sa mort, le siège demciiia vacant pendant quatre années.

Gaillard de THôpital eut pour successeur Jean de Mauléon de Soûle, ïm des plus illustres prélats de celte Eglise. Celui-ci eut pour compétiteur Louis DouvîUe, qui fut nommé par François l'"' ; mais ce dernier se désista de ses prétentions moyennant une pension annuelle sur la manse épiscopale. Jean de Mauléon enrichit son église de plusieurs monuments qu*on admire encore aujourd'hui : il lit construire le chœur, véritable chef-d'œuvre d'architecture de la renaissance, Forgue, les grandes verrières qui en^ touraient l'abside, l'allée voûtée du cloître, les chapelles de Notre-Dame et de Sainte-Marguerite, le splendide mausolée d Hugues de Chatillon. H gouverna l'église de Comminges pendant trente-deux ans et posséda en même temps Fabbaye de Bonnefont, dont il restaura le cloître. Après avoir lait construire le palais épiscopal do Saint-Gaudens,

68 fSMK XOOBBNCS.

mourut, vivement regretté des pauvres dont il était le pbre. 11 fut enseveli daas l'église de Valcabrère.

L*abbaye de Bonnefont fut gonveiDée, dans la première moitié du seizième siècle, par Jean de Mauléon dont nous veacDS de parler; — celle de Nizors, par Bernard d*OrQesan, cvôque de Lombez; — celle de Fabas, par Marie et Aime de Benque. Celle-d se démit ea faveur de Jeanne de Mauléon. Il était réservé à eette Olustre abbesse de recevoir et de voir mourir dans sou monastère la sainte fille de Garaison dont noas allons retracer en pev de mots Tintéressante histoire.

Au commencement du seizième siècle, vivait, dans une obscure vallée du diocèse d*AQcfa appelée Garaison, une jeune fille nommée Anglesa de Sagazan, doiii i occupation était de garder quelques montons auprès de la chaumière de son père. Non loin de cette chaumière se trouvait une fontaine ombragée par une aubépine. Un jour que la jeune fUle mangeait son pain à Fombre de cet arbuste, un per* sonnage mystérieux lui apparut sous la forme d une femme pleine de grâce et de majesté. Ce personnage se fit connaître à la bergère pour la mère de Dieu et lui déclara qu'elle désirait que Ton bâtît une chapelle en son honneur en ce lieu même, et qu^elle avertît son père de manifester ses desseins aux habilants de la petite ville de iMauiéoii. Ses ordres furent exécutés; mats les habitants ne cédèrent à Tinvitation qu après plusieurs autres apparitions et d'éclatants miracles. On commença donc à élever une croix auprès de la fontaine, pois une modeste chapelle y fat construite. Ce lieu devint célèbre dans toute la contrée par les bénédictions sans nombre qu*y répandit la mère de

mm Monms* 99

Dieu. Dans ia suite des temps, sous Tépiscopat de Léonard de Trapes, archevêque d'Aucb, Pierre Geoffroy décora la

nouvelle égiise qui avait été bâtie sur les ruines de la première et y fonda une cbapelienie..

Quant à Anglèse de Sagazan, son attrait la porta à entrer dans la vie religieuse ; elle se retira au monastère de F^as où elle fit profession, et mourut en réputation de haute sainteté. De nos jours, le corps de la pieuse fille a été transporté dfrSaintrFrajou à la chapelle de Garaison.

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