CHAPITRE IV
à encourager les travaux des docteurs ne le distrayait pas des grands devoirs du pontificat. L'Orient, profondément divisé sous le règne de Valens, trouva en lui un soutien, un appui, un centre d*unité. Dieu réserva à saint Damase la joie de voir avant sa mort l'Aiia-* nisme, si longtemps vainqueur, abattu sons Fautorité du grand Théodose. Les luttes ne manquèrent point au saint Pontife. Il était à peine assis sur la chaire de saint Pierre, qu'un antipape, Ursin, diacre de l'Église romaine, élu par quelques intrigant», Voulut lui disputer l'autorité suprême. Le peuple prit parti dans ce schisme. On en vint aux mains, et l'antipape voulut en appeler aux armes pour valider une ordination faite contre toutes les règles. Mais l'immense majorité était pour Damase, et l'usurpateur se vit bientôt abandonné. Successivement protégé par Valens, exilé par Théodose à Cologne, Ursin n'en continua pas moins son schisme, pendant toute la vie de saint Damase P'; mais son opposition impuissante n'empdcha point l'univers catholique de reconnaîtjre l'autorité du Pontife légitime.
3. L'Orient tout entier tournait les yeux vers le chef suprême de la catholicité. Valens venait de recevoir le baptême, des mains d'Eudoxe de Constantinople, chef des Ariens (367] ; Yétranion, évéque de Tomi, capitale de la Scythie romaine, sur l'embouchure du Danube, refusant de renier la foi orthodoxe, était envoyé en exil. Saint Évagre, prélat catholique, éhi en 370 pour succéder à Eudoxe, subit également la peine du bannissement. Quatre-vingts ecclésiastiquesy envoyés par les évêques catholiques d'Orient pour se plaindre de ces violences, étaient noyés, d'après l'ordre de Valens, par Modeste, préfet de Constantinople, dans le golfe de Nicomédie. Dès l'an ^7, le préfet d'Alexandrie avait fait envahir l'église principale, où résidait ordinairement saint Athanase, dans l'intention de s'emparei" de sa personne. Mais le patriai'clie avait prévu la tempête, et il se tint caché quatre mois dans le tombeau de son père, seul asile qui restât h sa vertu persécutée. Le peuple d'Alexandrie réclama son pasteur avec tant d'insistance, que Valens, craignant les plus graves désordres, permità Athanase de reparaître à Alexandrie. Ce prince ^ faisait, on le voit, le successeur de Constance, dans sa haine contre le «ttttbolicisme. Mais l'esprit de l'Orient avait changé. L'Aria-
4t3 HISTOIRE g6ii6mlb m l^êglisc.
•Mme» réduit k un petit nwibre d»«ectate«rs ^MMàtreSy avaU perda aa iNUS6anc6 dans VopintoA. La plupart des évôfues* orîeataux «aviaieut i^uoité de foi, qui bisait jouir rOcoideut d'une |NPafande paix, sous le gouverneiueBt deTévéque de Rame. Ge mouveaieni dt retour ¥ersVorttiodoxie se pronoDçabieutAt avec une âiergie bmveUe, quand il se trouva représenté par un cbef éioi|uent^ hnbitei persuasif, dont tous les partis respectaient la sainteté. Ce chef fut saint Basile» qui venait, en 370, d*êtreéiu, par les évéqsts et les fidèles, métropoUtaio de Césarée* D était à peine nioiité sur leaîégr de cette Église» qu*il adressait, au nom de tous les Oriefitauft« au pape Damase et aux évêques d*Oecident, une lettre aà it implMait leur intervention pour rétaUir enfin la paix dans TÉgliae. € t}MUe» « lamentations, disait-il, égaleront nos calamités 1 Qaellea fontaine» € de lames sufliront à de si grand maux l Hâtez-vous donc, vous, « Bas véritaUes frères, tandis qu'il reste un vestige de ce qui ftit « autrefdis ; et awnt que les Églises éprouvent un naufrage eau- « plet, hâtez-vous de nous secourir. Tendez la main à qui voussnp- « plie à genoux, » La sollicitude de saint Danmse n'avait pas besoin d'être réveillée par ces éloquentes supplications. L'anaée piécédente, il avait réuni à Ronte un cancile (^69), où, après avûr procédé à la condamnation de Faatipape Ursin, on avait pris en sérieuse considération la situatH)n des Églises d'Orient. Lea chefs du parti arien furent anathématisés. On adopta le terme A'kjfpostast pour aiprimer les Personnes de la Trinité. Passant ensuite à une question particulière, le Pape examina un différokl célètMre de l'Église d'Antiocbe, qui tenait en suspens tous les esprits. Trois évoques, l'arien Euzoïus, Paulin et saint liélèce,. tous deux eatboliqnes, exerçaient à la fois l'autorité dans cette métropole. Le premier était exclu depuis longtemps dcf'la communion catholique, il n*y atait pas à s'en occuper ; mais il était plus difficile de trancber la ques^ tion relative aux deux évoques orthodoxes^ élus tous deux dans de circonstances extraordinaires, au mUieu des persécutions» el eierçant de bonne foi leur autorité sur une partie delà popttlatiMi,qiii leur était également dévouée. Saint Basile, saint Athanase paraissent avoir penché pour saint Méiice ; le pape Damase ne croyait pas, de son côté» l'ordination de Paulin illégitime. Dans rimpossifaililé
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de dmm mWë deux évéques égdfimevt recoftomamtihles, sans espoMT nne partie de la population d'Antioehe à un scbiMne, aaM DanMeedécidaque Paulin et Mélèce Kouveoieraient simuUanéineat VÉglise d*Aiitioclie, avec cette clause formelle, qu*à la mort de l'un des deux, le survivant demeurerait seul évéque. Cette décisicm fut ^iptaidiedetoutrOrienL Uneaulrediscussious'était élevée, au sujet de l'orthodexie de Marcel d'Ancyre. On accusait cet év6que d'attaquer VéÉenûté du Fila de Dieu, en disant qu'il n'était pa», avant de sertir du Père, et qu'il ne subsistait plue après y être retourné. Saint Baaile es avait écrit à saint Athanase» pour être mieux renseigné, parktt, sur les véritaUes sentintents de Marcel. Celui-ci, de sou oMé, envoya au patriarche d'Alexandrie une députation, pour protester deson itftaehement à la foi de Nicée, dans des termes qui ne pennelteni pas de douter de l'orthodoKie de Marcel, qui mourut cette même année 370 .
a. AuesitM que les instruciiona du Pape furent arrivées en Orient, saint Basile les fit recevoir dans plusieurs conciles particuliers, oà I'm proclama, comme foi de l'Église^ le symbole de Nicée. Cepeudant Yalens, furieux de ce retour marqué vers la doctrine de Rome^ vint en personne à Géaarée, et donna Tordre à Modeste, son préfet du prétoire, de faire apostasier saint Basile à tout prix. — Modeste ■laiiâa le saint évéque en sa présence, et le mena^ s'il résistait aux iiûonelfons impériales, d'employer contre lui tous les moyens de rigueur, la confiacation des biens, l'exil, les tourments, la mort. « La c eonfiscalioA de mes biensl reprit saint Basile; je ne possède rien c que ces misérables vêtements, et quelques livres qui sont toute « nm vie. Aucun exil n'est possible pour moi : la terre entière est la c patrie des enfants de Di^u. Vous pouvez tourmenter mon corps, t c*est mon plus grand ennemi. Je ne crains point la mort, parce < qu*dle me réunira plus tot à mon Dieu. » Modeste, étonné de ces paroles s'écria: « Personne pe m'a encore tenu un semblable laa- « gage I— C'est, r^nrtit saint Basile, que vous n'avez probablement « pas encore rencontré un évéque. » Yalens admira lui-même cette €oun^geuae répoBse> et suspendit pour un temps ses projets de venr genneea. I) voulut même assister publiquement, le jour de l'Epiphanie (aid), aux saints mystères cétébrés par Basile. Maïs les Ariens
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réussii^it à effacer de l'esprit du prince ces impressions faronbles, etioi présentèrent à signer un ordre d*exil contre le saint archevé^ que. Le roseau, dont on se servait alors pour écrire sur des tablettes, se rompit, jusqu'à trois fois, dans la main de Valons, qui refusa enfin de se prêter à cet acte d'iniquité. La haine des Ariens n'était pas satisfaite. Sous un prétexte calomnieux, ils firent traîner Basile au tribunal du gouverneur de la province, nommé Eusèbe, oncle de l'impératrice Domnina, et arien comme elle. Eusèbe ordonnade frapper le saint et de le déchirer avec des ongles de fer. Sunt Basile se contenta de lui répondre : « Si vous vouliez m'arracher le foie, tous « me feriez grand bien ; vous voyez à quel point il m'incommode. » (Lesaint en souffrait extrêmement.) Cependant le peuple de Césarée, au bruit de ce qui se passait, accourut pour délivrer son évéqueiuoe multitude furieuse cherchait le gouverneur pour le mettre eo pièces : saint Basile le couvrit de son manteau, et le fit conduire saia et sauf au palais. Valons continuait son système de persécution coatre les évêque» orthodoxes. Saint Mélèce, un des deux évéques catholiques d'Antioche, fut exilé en Arménie. Saint Eusèbe de Samosate, saint Barsès, évêqiic d'Édesse, eurent le mém^ scwrt. Le trouble et la confusion étaient à leur comble dans les églises désolées et privées de leurs pasteurs. Les religieux étaient obligés de quitter leur i%traite pour venir évangéliser les peuples. Un jour, Valons rencontn à Antioche le moine saint Aphraate, auquel il reprocha d'abandonner sa solitude pour le commerce du monde. « Seigneur, lui répon- « dit le courageux vieillard, si j'étais une vierge, demeurant dans la « maison de mon père, et que j'y visse mettre le feu, que devraisrjc « faire? Vous avez allumé l'incendie dans la maison de Dieu, ^ « nous courons pour l'éteindre. » — Saint Sabas, fameux solitoirt del'Osroène, avait agi de même, et s'était rendu à Antioche, fOur confirmer les fidèles par ses prédications, ses miracles et l'exempte de ses vertus, dans la foi de Nicée. Le plus illustre défenseur* cette foi, l'athlète intrépide qui, depuis quarante-cinq années d^ piscopat, toujours persécuté, jamais vaincu, livrait pour elle ^^ de combats, la soutenait de sa plume, de son exemple, de toute ïi^ fluence de sa vertu, saint Athanase mourait en paix, à Alew««'"^' au milieu de son troupeau fidèle (373). Ses ouvrages, écrite ^^^ ^