‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 31 sur 190 · CHAPITRE y · texte numérisé non relu

CHAPITRE y

Uon apostolique du carême, ^ Il ordonna de célébrer, dans la nuit de Noël^ la messe qu'on ne devait pas commencer les autres jours avant riieure de tierce (neuf heures du matin}. Il fit chanter, avant le saint sacrifice, Thyrane angélique Gloria in Excelsis.

2. Cependant Adrien parcourait les diverses provinces de Fempire, laissant, à côté des honteux monuments de ses passions, dçs améliorations utiles, des réformes durables. Il s'arrêta particulièrement à Athènes, qu'il mit tous ses soins à embellir et qu'il voulut appeler de son nom:ri7/e d* Adrien. Dorant le séjour qu'il y fit, saint Quadrat, qu'Eusèbe nous représente comme un disciple des Apôtres, d'un génie brillant et d'un zèle tout apostolique, profita de sa présence pour lui adresser une apologie en faveur des chrétiens (126). Cet ouvrage, le premier de ce genre, existait encore du temps de saint Jérôme, qui en fait le plus grand éloge. Il ne nous en reste qu'un fragment, concernant la réalité des miracles de Jésus-Christ, par opposition avec les enchantements et les prestiges fugitifs et passagers de la magie. « Les merveilles du Sauveur, dit le saint apo- € logiste, étaient toujours visibles, parce qu'elles étaient vraies. On « voyait ceux qu'il avait guéris, ceux qu'il avait rappelés de la mort f à la vie. On les a vus, non-seulement à l'instant de leur guérlson « ou de leur résurrection , mais longtemps après : non-seulement < pendant la vie du Sauveur, mais de longues années après qu'il € fut monté aux cieux; quelques-uns môme d'entre eux sont venus € jusqu'à nos jours. »

Aristide, philosophe chrétien d'Athènes, présenta vers le même temps à Adrien une autre apologie, dans laquelle il s'appuyait du témoignage des philosophes anciens pour montrer la sublimité de la foi catholique. Cet ouvrage est également perdu pour nous. L'emi>ercur, touché de ces justes représentations, prit des sentiments plus favorables à la religion chrétienne.

3. Mais ce qui contribua davantage encore à mettre fin à la persécution, fut la lettre que, vers ce temps, Scrénius Granianus, proconsul d'Asie, adressa à l'empereur Adrien, au sujet des persécutions exercées par la multitude contre les chrétiens. Il était d'usage que, dans les jeux publics, le peuple de Rome ou des provinces qui y assistait, adressât au prince ou aux proconsuls, toutes les demandes

que les passions échauffées par des spectacles sanglants pouvaient suggérer. Le cri qui retentissait alors dans tous les amphithéâtres était celui-ci : Les chrétietis aux lions ; et les chrétiens étaient jetés par milliers, sans interrogatoire, sans procès, sans jugement préable, à la gueule des bétes farouches. Sérénius, dans sa lettre à Tempereur, ne craignait pas de traiter d'iniquité monstrueuse une pareille conduite. Sacrifier aux clameurs tumultueuses de la populace une foule de victimes, de tout âge, de tout rang, de tout sexe, sans qu'on les accusât juridiquement d'aucun crime, lui paraissait une barbarie indigne de Rome et d'Adrien.

4. La réponse de ce dernier fut adressée non pas à Sérénius Granlanus, qui avait peut-être, dans l'intervalle, quitté le gouvernement de l'Asie, mais à Minucius Fundanus son successeur. Suivant le témoignage d'Busèbe, qui nous l'a conservée, elle était conçue en ces termes : « J'ai reçu la lettre que m'avait écrite rillustrissimc « Sérénius Granianus, votre prédécesseur. L'affaire m'a paru mé- « riter une sérieuse attention, afin que ces hommes (les chrétiens) f ne soient plus exposés à de semblables vexations, et qu'on no f fournisse pas aux délateurs une occasion de calomnies. Si les ha- « bilants de quelque lieu ont à faire contre les chrétiens des accusa- € tiens précises, et s'ils peuvent les soutenir, en personne, devant 4f votre tribunal, qu'ils recourent à cette voie juridique : mais qu'ils f n'aient plus la prétention de l'emporter par des plaintes vagues et « des clameurs tumultueuses. La raison demande que si l'on a « quelque accusation à formuler, vous en preniez connaissance. Si « l'on peut les convaincre d'avoir commis quelque action contraire « aux lois, jugez le cas, suivant la gravité du délit. Si, au contraire, « on n'a intenté l'accusation que par calomnie, châtiez le délateur, « comme le mérite son crime. »

Ce rescrit impérial fut envoyé aux autres gouverneurs dans les différentes provinces, et ralentit la fureur de la persécution, sans l'éteindre entièrement; car les passions populaires d'une part, do l'autre, la haine des.proconsuls contre le nom chrétien, et l'affaiblissement progressif du respect et de l'obéissance envers l'autorité centrale, livrèrent encore un grand nombre de chrétiens à l'arbitraire d'une multitude aveugle ou de juges prévenus.

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