‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 32 sur 190 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

5. Les Juifs, toujours vaincus et toujours rebelles, profitèrent des vojfages de l'empereur dans les provinces éloignées, pour tenter un nouveau soulèvement. Deux motifs principaux les aigrissaient con* tre la domination d'Adrien. Ce prince, qui s*était imposé la tâche de relever de leurs ruines toutes les cites de son vaste empire, avait envoyé, à Jérusalem, une colonie païenne pour la rétablir et Thabiter. Il résolut même de changer le nom antique de la ville de David en celui A'^lia Capitolina. Les Juifs ne pouvaient supporter, sans une secrète indignation, la vue de ces idolâtres qui avaient élevé des autels aux faux dieux, aux lieux mômes où le Dieu d'Abraliam avait été si longtemps invoqué par leurs pères. Une autre mesure les avait encore atteints dans leur attachement inviolable à la loi de Moïse. Adrien leur avait défendu, sous peine de la vie, de circoncire leurs enfants. C'était leur enlever le sceau de Talliance avec Dieu, le signe sacré qui les distinguait des païens. Une sourde fermentation commença donc à se manifester parmi eux. Ils se réunissaient dans de vastes souterrains, pratiqués en dehors des villes, et organisaient secrètement la révolte. Un adroit imposteur sut habilement faire tourner ces dispositions hostiles, au profit de son ambition personnelle. C'était Barchocébas ou le fils de Vétoile. Il se disait envoyé de Dieu pour délivrer le peuple Juif de l'oppression de ses ennemis. L'étoile de Jacob, prédite par Balaam, figurait son avènement, il était le Messie promis par les prophètes, et attendu par les patriarches. Le rabbin Akiba mit au service du faux prophète les ressources de sa science et l'influence qu'il possédait parmi les siens. Il n'en fallait pas tant pour que Barchocébas fût accueilli comme le sauveur de Jérusalem. H se vit bientôt à la tôte d*une multitude de partisans; et le premier usage qu'il fit de sa puissance fut de persécuter cruellement les chrétiens qui refusaient de renier la foi de Jésus-Christ, et d'entrer dans la ligue qu'il formait contre la domination romaine. Les supplices auxquels il les condamnait surpassaient, en barbarie et en cruauté, tout ce que la rage des païens avait inventé contre eux. Cependant il étendait au loin ses relations; cherchant partout des ennemis h l'empire; s'associant, chez les peuples voisins, une multitude avide de pillage , qui venait grossir le nombre de ses troupes ; liant des in-

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trignes avec ceux de sa nation répandus dans tout TOrient. On avait d'abord méprisé ces tentatives d'un peuple tant de fois soumis; et les Romains n'apprirent l'importance de cette nouvelle guerre, qu'en s'apercevant qu'elle mettait en mouvement tout l'univers. Le gouverneur de la Judée, Tinnius Rufus, fit d'abord livrer au supplice une infinité de personnes, sans distinction d'âge ni de sexe. Cet acte de cruelle rigueur ne fit qu'irriter davantage la fureur des révoltés. Ils se levèrent à la fois, de tous les points de la Syrie, et le gouverneur épouvanté fit demander de nouveaux renforts à l'empereur. Adrien appela, de la Grande-Bretagne qu'il gou- * vernait alors, Jules Sévère, réputé le plus grand général de son temps, et l'adjoignit à Tinnius Rufus. A la vue d'ennemis aussi nombreux, Sévère ne songea point à engager de bataille générale, préférant une guerre longue mais sûre aux dangers d'un combat trop incertain. II les attaqua donc séparément, se contentant de les resserrer de plus en plus et de leur couper les vivres. Le succès le plus éclatant couronna ses habiles manœuvres. Dans les doux années que dura cette expédition, il s'empara successivement de toutes les places fortes de la Judée, fit périr.environ six cent mille Juifs, sans compter ceux qui furent consumés par la faim, le feu et la misère. II en fut vendu une immense multitude sur les marches de Térébinthe et de Gaza ; ceux qui ne trouvèrent point d'acheteurs furent transportés en Egypte. Cet épouvantable désastre surpassa ceux que Nabuchodonosor et Titus avaient fait subir h la Judée : Barchocébas avait péri au siège de Béther, où les rebelles avaient établi le centre de leurs opérations. Jérusalem ne conserva plus aucun des souvenirs de sa gloire passée. Les pierres qui avaient servi à la structure du temple furent employées h bâlir un théâtre. Sur une des portes, on plaça un pourceau de marbre, l'animal le plus immonde pour les Juifs. Une idole de Jupiter fut placée au Saint-Sépulcre. Une statue de Vénus fut élevée sur le Calvaire ; un bois sacré fut planté à Bethléem. La consécration à Adonis de la crèche, où Jésus était né, profana ces lieux sacrés. On défendit aux Israélites dispersés d'entrer à Jérusalem, ni môme de la regarder de loin, tant était vivace leur amour pourSion. Ils furent réduits k acheter bien cher la permission d'aller, un jour dans l'année, bai-

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