‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 44 sur 190 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

« persécutez sans relâche et que vous nous envoyez à la mort. » Le génie de saint Justin n'avait pas vieilli avec les années. On reconnaît; à ces mâles accents, la vigoureuse indépendance, l'éloquence élevée et fière du chrétien nouvellement converti. « Quoi qu'il en € soit du jugement que vous portiez de nous, dit-il en terminant, « notre doctrine vaut mieux que tous les écrits des épicuriens, que « tant de poésies infâmes, que tant de pièces impudiques qui se € représentent et se lisent avec une entière liberté. »

45. On ferma bientôt la bouche à cet éloquent apologiste, en l'envoyant au martyre. Peu de temps après la publication de sa requête à Marc-Aurèle, sur les dénonciations du cynique Crescent, saint Justin fut arrêté avec quelques-uns de ses disciples. « Quelle philoso- € phie enseignes-tu ? »lui demanda le préfet de Rome, nommé Rustique. € — J'ai essayé toutes sortes de doctrines, répondit Justin, en- € fin je me suis arrêté à celle des chrétiens, quoiqu'elle soit calom- « niée par ceux qui ne la connaissent pas. » Les disciples du saint docteur, Chariton, Hiérax, Péon, Évelpiste, Libérien, confessèrent aussi généreusement leur foi. Alors, s'adressant de nouveau à Justin : « Écoute, lui dit le préfet, toi qui passes pour éloquent el qui € crois avoir trouvé la vraie science, quand tu seras déchiré de coups « de fouets, depuis la tête jusqu'aux pieds, tu t'imagines donc que « tu pourras monter au ciel ? — Je ne l'imagine pas, dit Justin, je € le sais, et j'en suis tellement assuré que je n'en ai aucun doute. « Jésus-Christ a promis cette récompense à ceux qui auront gardé « sa loi. » Rustique, ayant trouvé les saints confesseurs inébranlables dans leur résolution, prononra la sentence en ces termes : « Que ceux qui ont refusé de sacrifier aux Dieux et de se conformer € à l'édit de l'empereur, soient fouettés publiquement, puis menés « à la mort, comme le prescrivent les lois. » Ils furent donc conduits au lieu du supplice, et, après avoir enduré la flagellation, décapites d'un coup de hache. Leurs corps, enlevés secrètement par quelques fidèles, furent ensevelis avec les honneurs dus aux martyrs.

46. Cependant un événement miraculeux força Marc-Aurèle, et les peuples soumis à son empire, à se montrer moins hostiles envers les chrétiens. Ce prince, surpris dans le pays des Quadcs, fut enfermé avec ses légions , dans les montagnes (Bohême) , par les barba-

res (474). Supérieurs en nombre, les ennemis se saisirent de tous les passages, et ôtèrent aux Romains tous les moyens d'avoir de Teau, espérant dompterj par la chaleur et la soif, ceux quMIs ne pouvaient vaincre par les armes. II se trouvait, dans l'armée impériale, un grand nombre de soldats chrétiens, la plupart de Mélitinc en Arménie, ou des environs. Ils se mirent à genoux et adressèrent à Dieu de ferventes prières. Tout à coup, on vit des nuages épais s'amonceler dans le ciel ; bientôt une pluie bienfaisante tomba sur le camp. D'abord les Romains levaient la tète et recevaient l'eau dans la bouche, tant ils étaient pressés par la soif. Ils la reçurent bientôt dans leurs boucliers et leurs casques, burent abondamment et abreuvèrent leurs chevaux. Profitant du désordre, les ennemis fondirent sur eux, de sorte que les Romains étaient obligés de boire et do combattre en même temps, car ils étaient tellement altérés qu'il y eut des blessés qui buvaient leur propre sang avec l'eau tombée dans leurs casques. Mais à la pluie vinrent se mêler des foudres et des feux qui, tombant sur les barbares sans toucher l'armée romaine, les repoussèrent et les forcèrent à réclamer la clémence de l'empereur.

Le fait de cette protection visible et surnaturelle, à laquelle les Romains durent leur salut et la victoire, est incontestable ; les païens et les chrétiens l'attestèrent également. Mais ils se séparèrent sur la cause même de l'événement. Les païens, qui ne pouvaient, à aucun prix, consentir à en faire hommage au Dieu des chrétiens, osèrent l'attribuer, les uns à quelque magicien, d'autres, les courtisans sans doute, à Marc-Âurële lui-même; le plus grand nombre à Jupiter Pluvieux, qu'ils représentèrent sur la colonne Antonine, versant une pluie bienfaisante sur les Romains et foudroyant les Barbares. Pour les chrétiens, ils furent unanimes à y reconnaître la main de Dieu et l'effet des prières des soldats chrétiens. Tertullien, trente ans seulement après l'événement, ne craignit pas d'attester, dans son Apologie, c'est-à-dire en face des païens intéressés à le démentir, que Marc* Aurèle, écrivant au sénat, n'avait pu se défendre de rendre lui-même hommage à la vérité, en attribuant le prodige aux prières des chrétiens. Ia légion à laquelle appartenaient les soldats chrétiens était appelée Fulminante, nom qu'elle portait déjà auparavant, et qui lui ut alors confirmé.

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Après un miracle si constant, accordé à la sollicitation des disciples de Jésus-Christ, l'empereur ne put se refuser à Tévidence; il fit donc cesser la persécution soulevée contre eux par ses ordres. Cette paix momenlanée, laissée aux chrétiens, est la meilleure preuve que l'opinion générale leur attribuait la victoire remportée sur les Barbares et le salut de Tarmée impériale.

n. L'Église déployait sa fécondité merveilleuse, à mesure que les bourreaux décimaient ses enfants. Le pontificat de saint Sotçr vit fleurir un grand nombre de personnages illustres et de saints docteurs, dont les nobles exemples et les savants ouvrages firent Tédification des fidèles et la gloire de leur siècle. Outre Hégésippe et saint Justin, dont nous avons parlé, Philippe, évéque de Gortyne, dans Vi\e de Candie, écrivain élégant, employait ses talents et sa science à réfuter les erreurs de Marcion. Modeste et Musanus combattaient, avec un égal bonheur, les hérétiques de leur temps. Saint Apollinaire, évêquo d*Hiéraple, saint Méliton, évéque de Sardes, Athénagore, philosophe chrétien d'Athènes, préludaient, par de pieuses études et de saints travaux, aux apologies du christianisme^ qu'ils devaient publier plus tard. Enfin, dans les Gaules, Irénée, d'abord simple prêt]*e dans l'Église de Lyon, dont il devait être un des plus illustre» évéques, se préparait à écrire son magnifique ouvrage contre les hérésies, un des monuments les plus précieux de la primitive Église.

48. Saint Denys, successeur dePrimus sur le siège épiscopal de Corinthe, fut un des plus illustres prélats de cette époque. Son zèle et sa charité ne se bornaient pas seulement à l'instruction de son peuple, il les étendait aux autres Églises, et entretenait, à la manière des Apdtres, une correspondance de lettres avec les évêques des différentes provinces. Eusèbe de Césarée nous a conservé des fragments de ses épîtres aux Églises de Lacédémone, d'Athènes, deNicomédie, de Gortyne et de Gnosse en Crète (Candie). La plus remarquable est» sans contredit, celle qu'il écrivit à l'Église de Rome. Il se justifie» près du Pape saint Soter, de certaines erreurs qu'on avait cru remarquer, dans ses lettres aux différentes Églises. « Des apôtres de men- « songe, dit-il, ont altéré mesépttres, ajoutant ou retranchant à leur € gré, de manière à favoriser leurs hérésies. Faudra-t-il s'étonner « qu'ils aient entrepris de corrompre les saints Évangiles eux«

€ mêmes» lorsqu'ils croient de leur Intérêt d'altérer des écrits d'une « autorité si iniérieure? » Un autre passage rappellol 'ancienne et touchante charité des Pontifes romains, qui subvenaient, dans leur sollicitude paternelle, aux besoins de toutes les Églises de l'univers, à l'indigence et aux nécessités des fidèles, exilés pour la foi, ou condamnés par les persécuteurs aux carrières et aux mines. « Votre € bienheureux évéque, Soter, dit-il, non-seulement a conservé cette « coutume, il a fait plus encore, en distribuant des aumônes plus « abondantes que ses prédécesseurs aux indigents des provinces, en € accueillant, avec une affectueuse charité, les frèresquiserendentà « Rome, en leur prodiguant les consolations de la foi, avec la tea- « dresse d'un père qui reçoit ses enfants dans ses bras. »

49. A c4ité de ces illustres docteurs, dont le génie brillait de tout l'éclat de la vérité, au sein de l'unité catholique, l'Église eut la douleur de compter de tristes défections. Tatien, Assyrien d'origine, un des plus célèbres disciples de saint Justin, avait d'abord édifié ses frères dans la foi, par l'exemple de ses vertus autant que par la science de ses écrits. Il avait composé un traité de polémique religieuse, dans le genre des ouvrages de son maître, et Tavait intitulé : Oratio adversus Grmcos. Eusèbe et saint Jérôme en font le plus bel éloge. Par une singularité remarquable, il flétrissait d'avance, dans ce discours, les erreurs des gnostiques, qu'il eut le malheur d'embrasser plus tard. Enflé de ses succès et de l'éclat de sa réputation, il dédaigna la simplicité de la foi et en méprisa la règle, pour suivre sa propre raison : il voulut avoir son système, faire école, et ne (ut plus qu'un sectaire. Il se jeta doncdans le gnosticisme, et adopta la théorie marcionite avec les Éons de Valentin. Admettant les deux principes de Marcion pour expliquer l'origine du mal, il se distingua en pressant plus vivement les conséquences de cette erreur et en les réduisant à la pratique. Il condamna le mariage, comme un adultère et une fornication ; il défendit, au rapport de Thèodoret, de manger la chair des animaux et de boire du vin. Cette abstinence de tous les plaisirs sensuels fit donner à ses disciples le nom d'Encratiies ou Continents. Cette hérésie nouvelle se divisa bientôt en d'autres sectes. Les Sévériens, du nom de leur chef Sévère, admettaient la loi et les Prophètes, mais ils les entendaient dans leur propre sens.

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Piustardy les ApolacHqms, ou renonçants, ajou'aient aux erreurs* de Tàtien un renoncemeut absolu aux biens de la terre, condamnant la propriété conune une injustice, et prétendant se conformer, dans ce genre de vie, aux préceptes et aux exemples des Apôtres. — Tatien, qui eut le malheur de servir de chef à tous ces novateurs, composa, après sa séparation d'avec TÉglise, un grand nombre d'ouvrages tous perdus aujourd'hui. Il avait écrit, entre autres, une Concordance des quatre Évangiles, le premier essai tenté en ce genre. Le titre seul de cet ouvrage suffit pour établir la tranquille possession des quatres Évangiles dans lÉglise, au milieu du second siècle de Tère chrétienne.

20. A la même époque, un docte Syrien désola pareillement les fidèles par le scandale de sa révolte contre TÉglise. Bardesane, esprit cultivé, chrétien fervent dans les premières années qui suivirent sa conversion, se montra d'abord, comme Tatien, le défenseur intrépide de la vérité. Très-éloquent dans sa langue naturelle, le syriaque, plein de feu et de vivacité dans la controveree, il écrivit divers traités de polémique et une infinité d'opuscules contre Marcion et les autres hérésiarques. Ces ouvrages, traduits en grec pïur ses disciples, conservaient, dans im idiômo étranger, une élégance et une force qne saint Jérôme admirait. Le plus célèbre de tous est le Dialogue du Destin, contre l'astrologie judiciaire, qui semble avoir été adressé à l'empereur Marc-Aurèle, connu par sa foi superstitieuse aux impostures des devins. La réputation de Bardesane jetait un si vif éclat, que les païens, le considéi-ant comme une conquête précieuse, lui envoyèrent Apollonius, favori de Marc-Aurèle, pour l'engager, par les plus séduisantes promesses, à quitter la religion chrétienne. Il répondit à de telles avances, avec autant de courage que de sagesse :

< Je ne crains pas la mort, disait-il, aussi bien ne pourrais-je l'évi-

< ter, lors même que je me rendrais aux désirs de l'empereur. » Sa fermeté en cette circonstance le mit, dans l'opinion des fidèles, presque au rang des confesseurs de la foi. Mais plus son attachement & la vérité l'avait élevé dans l'Église, plus sa chute fut profonde. Il embrassa les erreurs de Valentin, qu'il enseigna pendant quelque temps aux disciples que ses talents avaient séduits. Cependant il ne tarda pas à reconnaître l'absurdité de la Gnose, et, revenu à des idées plus

chrétiennes, il combattit même le système qui Tavait entraîné. Mais il conserva quelques restes malheureux de son égarement, qui formèrent une sorte de système moyen, de semi-gnosticisme, auquel il donna son nom. Marin, Tun de ses sectateurs, nous apprend que Bardesane admettait deux principes, Tun bon et Vautre mauvais : c'était ridée dominante de récole syrienne et de Marcion. Selon lui, le corps du Christ venait du ciel et non de Marie, et il n'y avait pas de résurrection des morts.

Bardesane eut un fils, nommé Harmoni us, qui hérita de son éru* dition comme de ses erreurs. Poète et musicien, il chanta les rêveries gnostiques, dans des vers qui devinrent bientôt les chants populaires de la Syrie. Ces hymnes étaient d'autant plus séduisants, que Terreur palliée semblait disparaître sous le charme de l'harmonie. Deux siècles plus tard, saint Ephrem leur substitua, sur le même rhythme, d'autres chants en l'honneur des martyrs, que l'Église de Syrie adopta pour ses solennités.

SI . L'hérésie de Marcion, qui infestait alors l'Église, avait pris un nouvel accroissement, par les prédications mensongères d'Apelles, le plus fameux disciple du sectaire. Chassé de la compagnie de son maître, pour une infamie dont il s'était rendu coupablvî, il se réfugia à Alexandrie, où il enseigna ses propres erreurs. Il disait que le Créateur avait voulu former l'univers visible, à l'imitation d'un monde supérieur, dont il n'avait pu néanmoins atteindre la perfection. C'est pourquoi il avait mêlé au sien le repentir. Il disait que. Jésus-Christ n'avait pas eu seulement l'apparence d'un corps, comme le prétendait Marcion, ni une chair véritable, comme nous l'apprend l'Évangile; mais, qu'en descendant du ciel, il s'était fait un corps aérien, composé des parties les plus subtiles de chacune des régions qu'il avait dû traverser, et qu'après sa résurrection il les avait rendues chacune à leur origine, en sorte que l'esprit seul était retourné au ciel. Ce système le conduisait à nier la résurrection de la chair avec les autres Marcionites. Pour séduire plus facilement les simples, il se prétendit en possession des secrets de l'avenir, et publia, sous le nom de Phanerosis ou révélations, les hallucinations d'une fllle, nommée Philumène, qu'il donnait comme une prophétesse. Apelles parvint à un &ge avancé; dans sa vieillesse»

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il affectait des mœurs au&tères et un extérieur grave et sévère. Redon, docteur catholique, dans une conférence publique avec lui, rayant forcé k se contredire plusieurs fois, le contraignit enfin à soutenir qu*il ne faut point examiner si scrupuleusement sa religion; que chacun doit demeurer ferme dans la croyance qu*il a une fois embrassée; et que ceux qui ont mis leur espérance en Jésus-Christ, à quelque secte qu*ils appartiennent, seront sauvés, pourvu qu*ils soient trouvés pleins de bonnes œuvres. C'est ainsi que, par une inexorable logique, toutes les hérésies, toutes les erreurs se résolvent forcément à rindifférentisme universel.

22. Épileptique ou démoniaque, comme le disent les Pères, ou peut-être simplement imposteur, Montan, né dans la Mésie, province qui faisait alors partie de la Phrygie, donna naissance, vers le milieu du deuxième siècle, à une nouvelle secte, dont Tilluminisme parait avoir été le caractère le plus saillant. Sujet à des convulsions d'une nature extraordinaire, il prétendit que, dans ces accès, il recevait l'inspiration divine, pour donner un nouveau degré de perfection à la religion et k la morale chrétiennes. Deux femmes opulentes, Priscille et Haximilla, entraînées par une illusion grossière ou par leur passion, quittèrent leur famille pour s'attacher à ce fanatique. A son exemple, elles eurent des extases, prophétisèrent, et partagèrent dès lors avec Montan l'honneur de figurer k la tête du parti. Elles prétendaient avoir succédé aux prophètes catholiques, Agab, Judas, Silas, aux filles de saint Philippe, à Quadrat et à la prophétesse Ammia, de Philadelphie, disant que Dieu leur avait donné mission de perpétuer le don de prophétie, qui ne doit jamais se perdre dans l'Église. Montan se vantait d'avoir, à lui seul, la plénitude de l'Esprit saint, dont chacun des Apôtres n'avait reçu qu'une partie, au jour de la Pentecôte. En conséquence, il se nommait le Paraclet, et s'attribuait la mission de réformer l'Église. Saint Paul avait permis les secondes noces, Montan les interdisait comme une infamie. L'Église enseignait l'indissolubilité du mariage, appuyée sur la parole de l'Évangile, Montan prétendait qu'il est toujours permis d'en rompre les liens. Les Apôtres n'avaient institué qu'un seul carême, Montan en ordonnait trois par an. Ses sectateurs observaient des jeûnes si sévères, qu'ils passaient quelquefois tout le jour

sans manger. Ils en avaient d'autres où ils ne mangeaient que sur le soir. Il défendait de fuir dans la persécution, et voulait que Ton se présentât soi-même au martyre. Inexorable pour les pécheurs, il n'en admettait presque aucun à la pénitence. Il ne niait point à rÉ-> glise le pouvoir de remettre les péchés, mais il ne raccordait qu'aux spirituels, à un apôtre ou à un prophète. Ses partisans affectaient d'établir entre eux une hiérarchie régulière, à la tête delaquelle ils plaçaient un patriarche, chef suprême de toute la secte; venaient ensuite ceux qu'ils nommaient Génomes, et enfin les évéques qui n'étaient qu'au troisième rang. Ils avaient fixé le chef-lieu de leur hérésie dans une petite ville de Phrygie, nommée Pépuze, qu'ils étaient convenus entre eux d'appeler Jérusalem. Celait là que, sous les apparences d'une austérité inflexible, ils se livraient aux désordres d'une vie licencieuse, comme le leur reproche avec véhémence Apollonius, auteur ecclésiastique de ce temps. Sous la dénomination de Phrygiens ou Caiaphryges *, les Montanistes se répandirent dans une grande partie de l'Asie et infestèrent l'Afrique elle-même, où Us comptaient déjà plusieurs églises au commencement du troisième siècle. Cependant les évêques s'émurent de ces innovations scandaleuses. Sérapion, évéque d'Antioche, Apollinaire, d'Hiérapolis, iElius Publius, de Thrace, réunis dans une assemblée solennelle, condamnèrent formellement la nouvelle hérésie et sesfauteurs. Ils les avaient précédemment dénoncés au pape saint Soter, qui confirma la sentence du concile et anathématisa Montan et ses disciples; jugement qui fut depuis renouvelé par saint Éleuthère. Montan, aveuglé par l'espritd'orgueiletdedémenceauquel ilétait livré, ne se soumit point aIasentenceporteecontrelui.il continua à jouer le rôle d'illuminé, et Ton croit que, dans un de ses transports, il se donna lui-même la mort, de concert avec Maximilla, sa prophétesse, probablement pour se mettre plus têt en possession de la béatitude éternelle.

33. Au milieu de ces luttes, intérieures contre les hérésies, extérieures contre la persécution, le pape saint Soter reçut la récompense de ses tra^^aux. Il mourut l'an 474. Le Martyrologe romain lui donne le titre de martyr, sans aucun détail sur le genre de son supplice. Il

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