CHAPITRE n. Ml
tre crime que de s'assembler en secret, contre la défense des magistrats, de détester les idoles et leurs autels, et de blasphémer les Dieux. Il ne nie point que Jésus-Christetses disciples, ceux mêmes qui vivaient de son temps, n*eussent fait des miracles; mais au lieu d'y voir la preuve d'une vertu divine, il les attribue à des enchantements puissants et aux artifices de la magie. Son ouvrage était le premier qui eût pour but direct d'attaquer le cliristianisme. Les Pères de TÉgli^, et spécialement Origène, ont victorieusement réfuté tous les sophismes de Celse.
43. Vers le même temps, un autre philosophe, cynique de profession, écrivait aussi contre les chrétiens. C'était Crescent, connu pour ses infamies et sa sordide avarice, ce qui ne Tempêchait point d*étre pensionné par Marc-Aurèle, et publiquement honoré de la faveur impériale. Saint Justin le provoqua à une conférence publique ; «n présence d'une multitude de témoins, il le convainquit clairement, ou d'ignorer entièrement la doctrine des chrétiens, ou d'être le plus méchant des hommes ; d'une souveraine ignorance, si réellement il ajoutait foi aux absurdités qu'il débitait contre la reli-gion de Jésus-Christ; d'une souveraine méchanceté, si, connaissant la doctrine et les mystères enseignes par l'Église, il osait néanmoins diffamer les fidèles, et les faire passer dans l'esprit des princes, des magistrats et du peuple, pour des hommes sans religion, sans pitié, sans Dieu. Ces conférences se renouvelaient fréquemment, et tournaient chaque fois à la plus grande gloire du christianisme et à la confusion de la philosophie. Crescent, en adversaire déloyal, cherchait à se venger de ses défaites, en signalant Justin à la poursuite des juges, chargés de faire le procès aux chrétiens. L'intrépide défenseur de la vérité ne se montra pas moins disposé à la soutenir au péril même de sa vie.
44. Vers ce temps, en eflet, il publia une seconde apologie, qu'il adressa à l'empereur Marc-Aurèle. Il reprenait, dans cet écrit, les idées qu'il avait plus longuement développées dans sa requête à Antonin. La supériorité de la doctrine de Jésus-Christ sur celle des philosophes y est établie par les citations mêmes des poètes et des sages de la Grèce. « Les chrétiens, dit-il, possèdent la vérité comf plète, le Verbe parfait dans le Christ, tandis que chaque philoso-
« phe, dans ce qu'il a enseigné de bien, n*a possédé que des par- « celles, des fragments de vérité. » Il se laisse emporter à la juste indignation que devait exciter, dans les âmes généreuses, Tinjuste cruauté des magistrats envers les fidèles. « Le chrétien Ptolémée, « dit-il, est conduit devant le gouverneur, qui lui demande : Êtes* « vous chrétien? — Fort de la pureté de sa conscience et de la € sainteté du christianisme, il confesse hautement qu*il a étudié à « cette divine école de vertu. Sur Tordre du juge, on conduit Pto- « lémée au supplice. Un autre chrétien, nommé Lucius, qui assis* « tait à ces étranges débats, ne put s*empécher de dire au gouver- « neur : De quel droit condamnez-vous à mort un homme qui n'a « été convaincu ni d'adultère, ni de fornication, ni d'homicide, ni « de vol, ni enfin d'aucun autre crime; un homme qui n'est coupa- « ble que d'être chrétien T La sentence que vous venez de porter « déshonore le religieux empereur, au nom duquel vous l'avez « rendue, le flis de César, qui se glorifie du nom d'ami de la sa- < gesse, et l'auguste sénat de Rome. Pour toute réponse, Lucius est « envoyé au supplice, comme fauteur des chrétiens. En s'y rendant, « il remerciait l'indigne magistrat de le délivrer de la servitude de « maîtres aussi barbares, pour l'envoyer, par une prompte mort, au « père et au monarque des cieux. — Vous nous accusez, c^ntinue- « t-il, de commettre en secret des crimes horribles. Mais ces abo- « minations que nous détestons et que vous nous reprochez, par la « plus injuste des calomnies, vous ne craignez pas de les commettre « vous-mêmes en public. Ne pourrions-nous pas, forts de votre « exemple, vous soutenir hardiment que ce sont des actions vertueu- € ses î Ne pourrions-nous pas vous répondre qu'en égorgeant des « enfants, comme vous nous en accusez faussement, nous célébrons « les mystères de Saturne, où les mains des plus illustres person- « nages de l'empire se rougissent de sang humain? Quant à nos « prétendus incestes, ne pourrions-nous pas dire que nous suivons « l'exemple de votre Jupiter et des autres dieux, que nous mettons € en pratique la morale d'Épicure, de vos philosophes et de vos € poètes? El pourtant, c'est parce que nous enseignons qu'il faut « fuir de pareilles maximes, c'est parce que nous cherchons à pra- € tiquer les vertus opposées à ces vices monstrueux, que vous nous