CHAPITRE IX
sa Tille épifioopale. On lo supplia de repreadre la conduite de son troupeau. Il y coosentit avec peine, à cause de son grand âge.
42. Dieu lui envoya bientôt un aide digne de le suppléer dans ses émineoles fonctions. Dans une vision, le Seigneur lui ordonna de choisir pour successeur le voyageur qu*il rencontrerait, le lendemain matin, aux portes de la ville. Quelques fidèles, qui avaient eu la mâme révélation, sortirent avec lui à Taube du jour. Un vénérable étranger se présenta devant eux, il venait en pèlerinage visiter les lieux consacrés par la vie, les miracles et la passion du Sauveur. C'était Alexandre, évoque de la Cappadoce. Disciple de saint Pantène et de Clément d* Alexandrie, il avait passé sa jeunesse dans Tétude de la théologie. Son mérite Favait fait élever à Tépiscopat; il y avait donné l'exemple de toutes les vertus. La persécution de Septime- Sévère lui fournit Toccasion de confesser généreusement sa foi. Saisi par les bourreaux, il fut jeté dans un cachot, où il resta sept ans, encourageant les fidèles, par ses lettres, à persévérer dans la pratique de la religion. A la suite de sa longue et dure captivité, il entreprit ce voyage à Jérusalem. Le clergé de cette ville, Narcisse à sa tCte, saluèrent le saint confesseur, et le retinrent pour évêque, malgré son humble résistance. C*est le premier exemple d'un évéque transféré d*un siégea un autre, et donné pour coadjnteur à un évêque vivant. 43. Jamais l'Église n'avait été plus féconde en saints et en grands hommes. Elle étendait partout ses conquêtes : la philosophie s'inclinait devant elle. Le temps où les rhéteurs et les sophistes, orgueilleux d'une vainescience, la regardaient comme l'asile de toutes les pauvretés matérielles ou morales et la renvoyaient à leurs esclaves, était déjàbien loin .CIémentd'Alexandrie,Tert ullien , Ori goncl'avaien t, aux yeux des païens, réconciliée avec le génie. Les persécutions ne faisaient que manifester davantage sa puissance. II fallait une force surnaturelle pour envoyer des milliers d'hommes au martyre. Il fallait quela religion eût une sèvebien vigoureuse pour transformer en héros tant de disciples, recrutésdans toutes les classesdelasociété romaine, au milieu d'un peuple dégénéré. Nous avons vu des soldats embrasser la religion chrétienne , à la vue de la constance des martyrs qu'ils torturaient; voici maintenant des juges eux-mêmes, qui, au sortir du tribunal où ils venaient de condamner au supplice les témoins
de Jésus-Christ, ne peuvent résister à l'évidence, et demandent le baptême. Minucius Félix et son ami Octavins, magistrats romains, s'étaient fait remarquer par la haine violente qu'ils portaient au nom chrétien. Les supplices les plus cruels , les plus affreuses tortures étaient employés par eux contre les disciples de l'Évangile. Quelques mois après , ils faisaient ouvertement profession d'appartenir à cette secte qu'ils avaient jusque-là persécutée , et ils abjuraient les erreurs du paganisme. Un de leurs amis communs , Cécilius d'Ostie , n'avait pas encore ouvert les yeux à la lumière de la foi. Hs se rendent dans sa maison de campagne, et entreprennent cette conversion, dont Minucius nous a laissé l'histoire dans le dialogue qui porte son nom. Un matin , les trois interlocuteurs se promènent au bord de la mer ; ils regardent d'abord des enfants qui s'amusaient à faire glisser des cailloux aplatissurla surface de l'eau; ensuite Minucius s'assied entre ses deux amis. CécUius, qui avait salué une idole de Sérapis, demande pourquoi les chrétiens se cachent; pourquoi ils n'ont ni temples , ni autels, ni images? Quel est leur Dieu ? d'où vient-il ? où est-il ce Dieu unique, solitaire , abandonné, qu'aucune nation libre ne connaît. Dieu de si peu de puissance qu'il est captif des Romains, avec ses adorateurs ? Les Romains , sans ce Dieu, régnent et jouissent de l'empire du monde. Vous, chrétiens, vous n'usez d'aucuns parfums, vous ne vous couronnez point de fleurs, vous êtes pâles et tremblants, vous ne ressuscitez point, comme vous le croyez, et vous ne vivez pas, en attendant une résurrection chimé-^ rique. — Octavius répond que le mondeest le temple de Dieu, qu'une vie pure et les bonnes œuvres sont le véritable sacrifice. Il réfute Tobjection tirée delà grandeur romaine , et tourne à leur avantage le reproche de pauvreté adressé aux disciples de l'Évangile. Il détruit les calomnies que les païens répandaient contre les fidèles , les orgies nocturnes , les repas infanticides , les unions incestueuses. Enfin il montre à son ami la philosophie chrétienne, dégagée des nuages que la prévention, l'erreur et les passions populaires amoncelaient autour d'elle. « Peu de dialogues de Platon offrent une plus bdte scène et « déplus nobles discours '. » Cécilius se convertit, il retourna à
s Eudes historiques. M. de Cbatbaubrunp. (l'* partie.)
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Cyrthe, en Afrique, sa patrie, devinl prêtre, et eut, à ce qu'on croit, le bonheur de cooverlir pkis tard saint Gyprien à la foi.
14. Cependant Septime-Sévëre, qui avait attaché son nom à la septième persécution générale, venait de mourir à York, dans la Grande-Bretagne (211), en prononçant ces paroles devenues célè* bres : Onmia fui, et nihil expedit. « J*ai été tout, et tout ne sert de
< rien. » L'année précédente, au moment où il venait de remporter une grande victoire sur les Calédoniens, avec lesquels il était en guerre, en se retournant sur le champ de bataille, il vit -Caracalla, Faîne de ses fils, Tépée nue à la main, prêt à le tuer par derrière. Le malheureux père, rentré dans sa tente, se couche, met une épée à côté de lui^ et fait appeler son fils. « Si tu veux me tuer, lui dit-il,
< prends cette épée, ou ordonne à Papinien, ici présent, de m*égor- ^ € ger ; il t*obéira, car je te fais empereur. » Caracalla succéda en
effet à Septime-Sévère. Le premier usage qu'il fit de son autorité, fut de mettre à mort son frère Géta, qui lui avait été associé à l'empire. Vingt mille Romains, soupçonnés d'avoir pleuré la mort du jeune prince, furent égorgés. Malgré la cruauté de son caractère, le nouvel empereur ne renouvela pas les édits de persécution ; il laissa les magistrats et le peuple libres de continuer, ou de cesser le» poursuis tes contre les chrétiens.
45. Cependant il apprit que les habitants d'Alexandrie s'étaient permis quelques plaisanteries contre sa personne sacrée. Il en prit occasion de faire une visite à la cité. Déguisant ses projets ultérieurs sous le masque de la douceur et de l'indulgence, il entra dans la ville et y fut reçu avec tous les honneurs imaginables. Tout à coup, sur un ordre du tyran, les soldats de son armée se répandent dans tous les quartiers, et massacrent, pendant plusieurs jours et plusieurs nuits, tout ce qu'ils rencontrent, sans distinction d'âge, de sexe ou de condition. Caracalla s'amusait à contempler ces scènes d'horreur, du haut du temple de Sérapis. — Origène était, depuis peu, de retour d'un voyage en Arabie, dont le gouverneur, sur le bruit de sa réputation, Tavait appdé près de lui, pour l'entretenir de science. Il se vit obligé de quitter de nouveau sa patrie, pour se soustraire au sort qu'on réservait à ses malheureux concitoyens. Il passa donc en Palestine et s'arrêta à Césarée, où il commença un cours d'instrnc^
176 HISTOIRE GBNERALE DE l'eGLISE.
lions publiques. Les évêques de cette contrée Tinvitèrent, quoiqu'il ne fût pas prêtre , à expliquer, en leur présence, les Écritures dans les assemblées des fidèles. Démétrius, patriarche d'Alexandrie, s'en plaignit. Mais saint Alexandre, évêque de Jérusalem, et Théoctiste, de Césarée, lui répondirent en ces termes : « Il est contraire à toutes « les traditions, dites-vous, que les laïques parlent devant les évê- « ques et expliquent les Écritures : cette opinion nous paratt « erronée. £n effet, lorsque les évêques rencontrent des laïques « capables d'aider leurs frères, dans l'interprétation des livres « saints, ils les prient de les expliquer au peuple. Ainsi à Larande, « révoque Néon a fait parler Kvelpis ; à Icône, l'évéque Celse a em- « ployé Paulin ; à Synnade, l'évéque Atticus s'est servi de Théodose. » Cette discussion prouve deux choses : r Que l'usage de la primitive Église avait été de permettre quelquefois à des laïques, d'une science et d'une sainteté éminentes, de prendre la parole dans l'assemblée des fidèles, pour l'explication des livres saiqts : T Que cet usage, au troisième siècle, commençait à tomber en désuétude. Quoi qu'il en soit, Démétrius ne parut pas goûter les raisons que lui alléguaient ses collègues dans l'épiscopat ; ou, peut-être, heureux de trouver un \ rétexte plausible pour rappeler à Alexandrie un homme qui faisait ici gloire de son Église, il envoya à Origène des diacres qui le déterminèrent à revenir en Egypte.
46. Vers ce temps, par un parallélisme singulier, il s'était trouvé il Éphèse un hérétique, qui, raisonnant d'après les mêmes princi()es que Praxéas, avec lequel il n'avait jamais eu aucun rapport, était arrivé aux mêmes erreurs, qu'il enseignait en Asie, pendant que l^raxéas les répandait dans l'Occident. Noët, originaire de Smyrne, d'une vanité qui allait jusqu'à l'extravagance, se croyait appelé à rendre au dogme catholique l'antique pureté que, selon lui, il avait perdue. Il disait sérieusement que l'autorité de Moyse et d'Aaron lui avait été donnée. En conséquence, il enseigna que Dieu le Père s'était uni à Jésus-Christ homme, était né, avait souffert, et était mort avec lui; d'où il suivait que la même personne divine étaft appelée tantôt le Père et tantôt le Fils indifféremment. C'est ce qui fit donner à ses partisans le nom de Pairipassiens, parce qu'ils croyaient que Dieu le Père avait souffert. Les prêtres de l'église de
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Smyrne, sous la présidence de l'évêque, firent venir l'hérétique devant eux. li persista opiniâtrement dans ses fausses doctrines, et fut cbassé de l'Eglise avee^es disciples.
47. De même que Praxéas avait rencontré un docteur qui prenait victorieusement en main la défense de la vérité catholique, Noët trouva, dans saint Hippolyte, alors prêtre de l'Église romaine, depuis évéque de Porto, et martyr de la foi, un vigoureux antagoniste. Saint Hippolyte, de même que saint Alexandre de Jérusalem et Origène, avait été disciple de Clément d'Alexandrie ^ Le goût de l'étude et l'amour de la science, qu'il avait puisés à cette école, ne firent que croître en lui avec l'âge. Un grand nombre d'ouvrages furent le fruit de son érudition et de ses veilles. La plupart ne sont point parvenus jusqu'à nous. Il ne nous reste que des fragments de son livre contre Noët, et quelques extraits recueillis, en 869, par Anastase le Bibliothécaire, d'une réfutation de l'hérétique Béron, qui dogmatisait dans le même temps que Noët et Praxéas, sous le pontificat de saint Zéphyrin. Ce nouveau sectaire, engagé d'abord dans les systèmes gnostiques de Valentin, les avait abandonnés pour tomber bientôt dans d'autres erreurs.Confbndant les deux natures, unies en Jésus-Christ, mais distinctes l'une de l'autre, il prétendait que le corps du Sauveur opérait les mêmes choses que la divinité, et que, réciproquement, la divinité était assujettieaux mêmes accidents que la choir. SaintHippolyte combat, avec la plus grande précision-, cette
* En 1551. comme on fouillait près de l'église de saint-Laurent, hors de Rome, sur le chemin de Tivoli, on trouva, dans les ruines d'une ancienne église de Saint-Hippolyte, une statue de marbre, représentant un homme assis dans une chaire, aux deux côtés de laquelle étaient gravés en caractères grecs deux cycles, chacun de seize ans, et qui, répétés sept fois, déterminent pour cent douze ans, l'un les quatorzièmes lunes de mars, l'autre les dimanches de Pâque. Dans cette statue, actuellement déposée au Vatican, tous les savants s'accordent à reconnaître saint Hippolyte, que les anciens nous apprennent, en effet, avoir composé un oyele paseal de seize ans. Le saint avertit que son cycle commence à la première année du règne d'Alexandre Sévère, et que, cette année, le terme pascal tomba au 13 avril, un samedi, et que Pâques fut «élébré le âl, eequi désigne l'an 222.
nS HISTOIRE GÉNfellALC BB L'teuSE.
faiiMe doctriMi que» plus tard, devaieat renouveler Kestorius, Btttyobès el les Mouothélites, aux quatrième, oiuquième et sixième siècles. Pour mieux faire ressortir la distinction des deux natures, il se sert d*une comparaison ingénieuse et fort juste. « Lorsque je parle « de la langue et que j'écris de la main, je manifeste au dehors par « Tune et par Tautre une seule et même penséedemon âme; maisil « ne s'ensuit pas que cette pensée soit le produit naturel de la « langue ou de la main. De même» la très-sainte cbair de Jésua- « Christ, derenue l'instrument dé Topération divine, n'est point « pour cela par elle-même créatrice. »
Nous avons encore de saint Hippolyle deux traités intitulés, l'un: Oruiio de cansummatione mundi; l'autre : De Antichrisio ei Secundo adventuDomininosiri Jesu Christi. Quand saint HippcH lyte se livrait à la composition de ces divers ouvrages, ii n'était encore que prêtre. Ce fut seulement vers l'année S51 , qu'il fut nommé premier évêque de Porto, près de Rome, par le pape saint Corneille.
48. La foi catholique trouvait ainsi des défenseurs fidèles, qui la consolaient de la rigueur des persécutions et des ravages de l'hérésie. A peu près vers la même époque, saint Zéphyrin eut la joie de ' voir revenir au sein de TÉglise une malheureuse victime de l'errear* Sous son pontificat, un chrétien nommé Natalis, après avoir généreusement confessé le nom de Jésus-Christ, devant les tribunaux, s'était laissé séduire par les disciples de Théodoie le Corroyeur. Il avait même consenti à se faire ordonner évêque de leur secte, sur la promesse d'une pension mensuelle de cent cinquante deniers romains (environ cent vingt francs de notre monnaie). Cependant, dit un auteur contemporain, notre Dieu et Seigneur Jésus-Christ, plein de miséricorde, ne voulant pas laisser périr hors de l'Église un confesseur qui avait pris part à ses souffrances, lui fit la grâce de reconnaître son erreur. Un matin , revêtu d'un cilice , couvert de cendre et versant un torrent de larmes, il vint se jeter aux pieds du pape saint Zéphyrin. Il confessa sa faute, en présence des fidèles touchés de son humilité et de son repentir; le souverain Pontife le réconcilia avec TÉglise et Tadmit à la communion.
49. Peu de temps après, saint Zéphyrin alla recevoir dans le ciel la récompense de ses glorieux travaux. Quelques martyrologes lui