‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 56 sur 190 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

néopbjles. Cet arrangement terminé, Origène se mit à l'étude de rhébreu, avec la passion qnll apportait à tous les travaux de Tintelligence. Quand il eut dévoré les difficultés de cet idiome, si étranger an génie delà langue grecque, il publia sa grande édition de FÉcriture, à huit colonnes, qui prit de là le nom i'Octaples, La première colonae contenait le texte hébreu en lettres hébraïques; la seconde, le même texte en lettres grecques, en faveur de ceux qui entendaient rhébreu, sans savoir le lire; la troisième colonne contenait la version d*AquiIa; la quatrième celle de Symmaque; la cinquième les Septante; la sixième celle de Théodotion; la septième et la huitième deux versions grecques, sans nom d'auteurs, qu'Origène avait trouvées Tune à Jéricho, l'autre à Nicopolis en Épire. Les Hexaples ne renfermaient pas ces deux dernières versions et ne contenaient par conséquent que six colonnes. Voulant mettre cet ouvrage à la portée d'un plus grand nombre de lecteurs, il en fit une autre édition qui ne renfermait que les quatre versions les plus importantes, celle d'Aquila, de Symmaque, des Septante et de Théodotion. Ces exemplaires furent appelés Tétraples, On voit qu*Origène avait eu soin de placer toujours les Septante au milieu des autres interprètes, comme pour servir de terme de comparaison entre eux. Le principal objet d'Origène était en effet de compléter la version des Septante, mais en la prenant pour base de son travail. Car elle était alors la version autorisée par l'Église catholique, qui la maintenait comme version canonique, malgré les réclamations et les reproches des Samaritains et des Juifs. Origène note scrupuleusement toutes les additions qu'il croit y devoir faire. Use sert, à cet effet, des signes suivants : 1^ Ce qui manque dans les Septante est marqué d'un astérisque. Ces lacunes sont remplies de préférence, d*après Théodotion, à son défaut, d'après Aquila, et enfin, à leur défaut, d'après Symmaque. 2* Un autre signe, appelé Obelos, marque les mots ou les phrases des Septante, qui manquent dans l'original hébreu. Dès lors il y eut deux sortes d'exemplaires des Septante; ceux qui contenaient le texte primitif, et ceux du texte eollationné par Origène. On appelait les premiers: editio jfpini ou vulgarù, les autres: editio Hexaplaris. Pendant près de cinquante ans, l'exemplaire original des Octaples resta enfoui dans un

i7i HISTOIHE G£;i\ËHALË DE L*£tiUSE.

coindelavilledeTyr^oiiOrigèneétaitmort, probablement parce qm les frais de copie d'un ouvrage en quarante ou cinquante volumes, excédaient les moyens d'un particulier. Il aurait péri, peut-être, si Eusèbe ne Teût reproduit au jour, et placé dans la bibliothèque de Pamphile le Martyr, à Césarée.

\ \ . Pendant qu*Origène illustrait TÉgUse d^Alexandrie par ses travaux^ saint Narcisse, évéque de Jérusalem, Tédiflait par le spectacle de ses vertus. Ce vénérable vieillard avait reçu de Dieu le don des miracles. Eusèbe, de Césarée, rapporte que la nuit de la veille de Pâque, Thuile vint à manquer aux diacres pour allumer les lampes de Téglise. Saint Narcisse leur commanda de tirer de Teau, à un puits qui était proche, et de la lui apporter. Après avoir béni celte eau, il la fit verser dans les lampes, où elle se trouva changée en huile. Sa sainteté ne put le mettre à Tabri de la calomnie; ou plutôt il dut à son zèle et à sa vigueur apostolique d*âtre en butte à tous les traits des méchants. Quelques chrétiens, indignes de ce ncNB, ne pouvant supporter la sévérité avec laquelle le pieux cvêque reprenait leurs désordres, conspirèrent contre lui et Taccusèrent d'un crime atroce. Ils attestèrent leur déposition par de faux serments, accompagnés d'imprécations. « Si je ne dis pas la vérité, je veux « périr dans les flammes, » dit l'un d'eux. « Je consens à être en « proie à la plus horrible maladie, r^ dit un autre. « Je veux perdre « la vue, » avait dit un troisième. Narcisse, ne voulant plus exercer un ministère que le soupçon avait pu commettre, s'arraclia aux larmes et aux supplications des fidèles. Il aspirait depuis longtemps au bonheur de la solitude; il s'enfonça dans un désert, et, pendant de longues années, on n^entendit plus parler du saint évoque de Jérusalem. Cependant ses calomniateurs reçurent le châtiment de leur crime. Le feu prit à la maison du premier, qui périt dans l'incendie avec toute sa famille. Un mal inconnu consuma le second. Tout son corps n'était qu'une plaie infecte, et il expira dans les plus affreux tourments. Le troisième, saisi d'effroi, à la vue de la vengeance divine, confessa publiquement sa faute. Il en eut un tel regret, que, pleurant continuellement, il perdit la vue. Trois évêques^ Dius, Germamon,Gordius, s'étaient succédé sur le siège pontifical de Jérusalem, lorsque Narcisse, âgé de près de cent dix ans, reparut dans

Page 1