‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 72 sur 190 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

de mêmey et que les évéques de tous les temps doivent Timiter. La Providence^ en plaçant saint Cyprien sur le siège épiscopal de Carthage, préparait à cette Église un puissant rempart contre la persécution qui allait un an plus tard sévir contre les chrétiens.

i 3. Dès la dernière année de Tempereur Philippe (249), et pendant que tout le reste de TÉglise était en paix sous lé gouvernement de ce prince, un orage précurseur de plus violentes tempêtes éclatait à Alexandrie. Cette ville tumultueuse, Tentrepot de tout le commerce de rorient, et la patrie de toutes les sectes, était habitée par une population nombreuse et hardie, dont les mœurs avaient quelque chose de féroce, et les mains étaient souvent sanglantes *. Les passions populaires y étaient faciles à exciter, et les massacres qui suivaient les discordes civiles y firent plus d*une fois trembler les gouverneurs romains. Un poète païen essaya d*y raviver les su|)erstitions idoll^triques, que les progrès du christianisme menaçaient chaque jour d'une ruine prochaine; et, peu de temps après l'élection d'Uéraclas au patriarcat, profitant de l'attention que cet événement avait contribué à porter sur les fidèles, il souleva le peuple contre les adorateurs du Christ. Ses paroles ardentes, le ton d'inspiré qu'il y donnait, ranimèrent toutes les anciennes fureurs. Le cri : Otex les chrétiens^ devint l'acclamation universelle, et l'extermination des fidèles commença par un saint vieillard, nommé Métras, que les séditieux voulurent d'abord contraindre h apostasier. Sur son refus ils le saisissent, l'accablent de coups de bâton, lui crèvent les yeux, lui transpercent le visage avec des pointes de roseau. Après l'avoir traîné, en cet état, par les rues de la ville, ils le conduisent dans un faubourg, où ils achèvent son martyre, en le lapidant. Ce sang innocent ne fait qu'accroître leur fureur. Une pieuse femme, nommée Quinta, devient leur victime. Ils la conduisent en foule à un temple d'idoles et lui commandent d'adorer leurs dieux. Elle repousse avec horreur l'encens qu'on lui présentait. Aussitôt elle est liée par les pieds, traînée, la tête pendante, sur les pavés de la ville, où elle laisse des lambeaux de chair sanglante, et enfin lapidée dans le faubourg. Ces premières

* M. yiLLBM4iN. Tableau de l'éloquence chrélieniie au ly siècle, p. 8a

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violenoes excltdnt la rage de la populace, elle envahit les maison!; des fldëles, pille les meubles et les rases précieux, jette le reste par les fenêtres et eti fait des feux de joie, dans les rues. On eût dit une moitié de la ville prenant Tautre d*assaut. Au milieu de ces excès, la conduite des chrétiens fut admirable. A peine y troura-^t-on un seul exemple d'apostasie. Les enfants, les femmes, les vierges confessaient généreusement leur foi, et perdaient avec joie leurs biens de la terre, pour acquérir des droits au royaume céleste. Les séditieux s'étaient saisis d'une sainte vierge, nommée ApoUonie ou Apolline. Ils lui cassèrent toutes les dents à coups de bâton; et, la menant hors de Tenceinte d'Alexandrie, ils allumèrent un grand feu, dans la campagne, prêts à l'y jeter si elle refusait d'adorer les dieux. Elle pria qu'on lui donnât un peu de temps, comme pourréfléchir à ce quelle devait faire; mais quand on l'eut laissée à elle-même, poussée sans doute par une inspiration particulière, elle s'élança dans le bûcher et y fut consumée. Un chrétien fervent, nommé Sérapion, fût pris dans sa propre demeure. On lui rompit tous les membres aux jointures, et comme, après cette horrible torture, il vivait encore, on le précipita par une fenêtre, sur le pavé de la rue, où il expira. Traqués comme des bétes fauves^ et assommés par les passants, les chrétiens ne pouvaient sortir de leurs maisons et le nombre des victimes fut immense. La vengeance des païens ne se ralentit un peu, que quand laguerre civile vint tourner leurs armes contre eux-mêmes, et laisser aux fidèles un repos qui ne fut pas de longue durée.

U. De grands événements venaient de changer la face de l'empire. Décius ou Dèce, envoyé par l'empereur Philippe avec le titre de son lieutenant, en Pannonie, corrompit les légions, et revint, à leur tête, attaquer son maître, qui fut vaincu , puis égorgé par ses propres soldats à Vérone (249). Le trône fut une fois de plus la récompense du crime. Dèce y porta la haine la plus sauvage contre les chrétiens, et inaugura son règne par un édit sanglant contre les fidèles, adressé à tous les gouverneurs des provinces. Ce fut le signal de la septième persécution générale. La première victime fut le saint Pape Fabien, qui eut la tête tranchée, le 20 janvier 250. Il illustra un pontificat de 14 ans, par sa piété et ses travaux. Dès sa promotion, il avait pris soin do faire rapporter de Sardaigne h Rome \e

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corps de saint Pontien, prédécesseur d^Antiière, qui était morl dans cette tle, et qu'il inhuma dans le cim^ère de Gallixte. Il fit âever un grand nombre d'autels sur les tombeaux des martyrs et recommandait de remarquer avec soin le joui* de leur mort, pour en célébrer la mémoire. Dans 1ë même but, II établit sept sôlis-diacres^ pdUr surveiller la rédactioti des artes des saints Martyrs. Baronlus lui attribue la oon-^ version et le baptême de Tempereur Philippe, et de son fils. Attentif h Tëllef sur le dépôt de la foi, qui lui avait été confié, il écrivit plusieUfs lettres, pour réprimer l'hérésie de Privât, évdque de Lambèse, colonie Romaine dans la Numidie. L'histoire ne nous a pas conservé la nature de cette hérésie. Saint Cyprien nous apprend seulement que Privât fut condamné et déposé pour ses crimes, dans un concile de 90 évêques, tenu à Lambèse et confirmé par les lettres et l'autorité de saint tabien. Nous retrouverons bientôt le nom de Privât, dans le schisme de Novat, contre saint Cyprien à Carthage. Saint Fabien partagea d'une manière régulière les ressources que la charité des fidèles * mettait entre ses maifis, pour le soulagement des pauvres. Il chargea de leur distribution les sept diaores de l'Église romaine, en leur â9n«* nant, à chacun, le soin de deux des quatorze quartietâ de Id Ville. Tels sont les détails que nous fotlrtilt le Liber Pohiificalis^ sur les travaux de saint Fabien.

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