‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 71 sur 190 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

« selon la chair, et vimil sous la loi du péché, venait de terre, et que « ce que le Saint-Esprit animait de sa grâce venait de Dieu. Vous le € savez assurément, mon cher ami , et vous reconnaissez, avec moi, « le bienfait qui nous a délivrés de la mort du péché ponr nous « rendre la vie de la vertu. »

A ces accents, on reconnaît la transformation merveilleuse que la grâce du baptême avait opérée dans Fâme du néophyte, et la surabondance de joie d'un cœur renouvelé. Les païens, dont il se séparait avec tant d*éclat, lui rendirent, en sarcasmes, ce qu'une pareille conversion jetait de discrédit sur leurs doctrines Ils le nommaient ironiquement Coprien, par une froide allusion de son nom au mot grec qui signifie Au fumier. Mais les humiliations de FÉvangile paraissaient glorieuses au nouveau disciple de la croix. Il en embrassa avec ferveur les saintes austérités. Ses richesses, héritage d'une longue suite d'ancêtres, augmentées encore par les charges qu'il avait occupées et les services qu'il avait rendus, furent distribuées aux pauvres. Il se voua à la continence parfaite, revêtit l'humble manteau des philosophes chrétiens, tel que l'avaient porté saint Justin et Tertullien, et commença à étudier l'Écriture, moins pour satisfaire un vain désir de science, que pour y chercher des règles de conduite. Parmi les auteurs ecclésiastiques, il affectionnait surtout son compatriote TerluUien avec lequel son génie avait le plus d'affinités. Il ne laissait passer aucun jour sans en lire quelque passage, et, quand il le demandait h un jeune homme qui écrivait sous sa dictée, il avait coutume de dire : « Donnez-moi le maître. »

i i . Pour répondre aux reproches des païens, qui lui demandaient compte de sa conversion, il écrivit d'abord son Traité de la vanité des idoles, où il prouve l'absurdité du culte idolâtrique, démontre l'unité de Dieu et la divinité de Jésus-Christ. Son livre des Témoignages succéda bien totà cette première production. L'ensemble de la religion y est présenté avec la méthode que suivit et développa plus largement dans la suite la théologie scolastique. La première partie est comme un traité de la vraie religion contre les Juifs. Il prouve que la loi des Juifs avait un caractèœ essentiellement temporaire et transitoire; qu'elle devait être détruite, que le Christ y était annoncé, comme devant établir un nouveau temple, un nouveau sacrifice, un

nouveau sacerdoce et une nouvelle Église; que les natians étaient appelées h obtenir par ses mérites la rémission de leurs péchés. La seconde partie est comme un traité dogmatique de la divinité et de Fincarnation de Jésus-Christ. Il y prouve que Jésus-Christ est le Verbe de Dieu, qu'il est Dieu et homme, que les prophètes avaient prédit sa passion, son crucifiement, sa résurrection, son ascension et son règne éternel par la vertu de la croix. La troisième partie est une théologie morale, renfermant les conséquences pratiques des dogmes chrétiens, et les règles de conduite pour la direction des âmes.

12. Tant de science et de piété firent passer par-dessus la prescription de saint Paul qui défend d'ordonner un néophyte, et qu'on observait, dès lors, dans toutes les Églises. Saint Cyprien fut donc élevé à la dignité du sacerdoce, et un an après (248), la mort de Donat ayant laissé vacant le siège épiscopal de Carthage, les fidèles le demandèrent unanimement pour évoque. Lui seul se croyait indigne d'un tel honneur qu'il voulait, disait-il, laisser à ses aînés dans la foi. Mais le peuple assiégeait sa demeure et en fermait toutes les issues. Le modeste prisonnier fut enfin traîné malgré lui dans la chaire épiscopale, où son élection fut confirmée par le jugement des évêques de la province et les acclamations de la multitude. Cinq prêtres seulement, inquiets et ambitieux, protestèrent contre son élection. Le saint leur pardonna avec une bonté qui fut admirée de tout le monde, et les traita comme ses meilleurs am'is. Mais cette condescendance ne réussit point à toucher ces esprits envieux et opiniâtres : leur jalousie devint le germe de discordes longues et envenimées, dont Técho retentira plus tard dans toute l'Église. Les défiances qu'excitait chez quelques-uns sa promotion subite à l'épiscopat, jointes à sa profonde humilité, déterminèrent saint Cyprien à ne rien faire sans le conseil de son clergé et la participation du peuple, non point qu'il crût que ce fût, en soi, une obligation, car il écrivit plus tard à un évéque nommé Rogatien, qui le consultait à ce sujet, que, par l'autorité de sa chaire môme, il avait toute la puissance nécessaire pour gouverner son Église et châtier les membres rebelles de son clergé et de son peuple. Ce serait donc mal raisonner, de conclure, de l'exemple particulier de saint Cyprien, que tous les évêques de son temps faisaient

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