‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 89 sur 190 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

et du Danube. Les nouveaux maîtres du monde, que la volonté d*un esclave couronné appelait au trône, se nommaient Constance-Chlore et Galériûs. Le premier répudia la princesse Hélène, dont il avait un fils qui fut, depuis, Constantin-le-Grand, pour épouser Théodora^ belle-fille de Maximien-Hercule. On voit déjà, parmi ces noms de persécuteurs, poindre des destinées auxquelles s'attachait la victoire de l'Église. Galériûs épousa Valérie, fille de Dioclétien. C'était un César plus Barbare que Romain. Sa mère, esclave venue de l'autre rive du Danube, lui avait donné tout le type des nations sauvages de la Dacie. Sa taille était colossale; le regard, la voix, le geste, tout chez lui était terrible. Les quatre nouveaux souverains allèrent se fixer, Dioclétien à Nicomédie, Maximien à Rome, Constance-Chlore dans la Grande-Bretagne, et Galériûs à Trêves.

27. Pour se consoler du partage de l'empire, Dioclétien modela sa cour sur les magnificences de celle du grand roi. Il se donna le surnom Ae Jupiter. Au lieu de la couronne de laurier, il ceignit le diadème, et ajouta au manteau de pourpre la robe d'or et de soie. Quiconque était introduit devant l'empereur se prosternait et l'adorait. Il ^e fit appeler Votre Éternité; titre que ses successeurs, qui passaient comme des ombres, eurent grand soin de conserver. Cependant il laissait les chrétiens approcher fort librement de sa personne. Plusieurs occupaient des fonctions importantes près de lui ; tels étaient Dorothée, Gorgonius, saint Pierre et Lucien, revêtus de la dignité de majordome, ou grand chambellan du palais. Nous avons encore les instructions que saint Théonas, évêque d'Alexandrie, adressait à ce dernier, etqui ne sontpas lamoins intéressante des pages de l'histoire ecclésiastique à cette époque. Il est curieux de voir comment FEglise, parla voix des évêques, ordonnait à ses enfants l'obéissance, le respect, le dévouement, l'aflèction envers des princes, au nom desquels la religion était si souvent persécutée. Saint Théonas exhorte le grand chambellan et tous les officiers chrétiens à se rendre agréables à leur maître, par la régularité, la promptitude de leur service, et, en même temps, par la gatté et l'amabilité de leur caractère, « afin, dit-il, que « le souverain, fatigué des grandes affaires de l'État, trouve sa joie et « son repos dans la douceur, la patience, le visage ouvert et l'exacte « obéissance de ses serviteurs. On doit regarder ses ordres, lorsqu'ils

« ne sont point contre Dieu, comme les ordres de Dieu même. » Il veut qu'aucune influence d'argent ou d'intérêt ne puisse les porter à donner de mauvais conseils au prince, à vendre leur crédit, ou à faire prévaloir l'injustice. II leur recommande d'éviter toutes les rivalités, les haines, les disputes, les intrigues; de ne jamais mêler leur nom aux partis, qui se disputent l'influence dans les cours, et perdentes questions de vanité personnelle un esprit et un temps qui ne devraient être employés qu'au bien public. Il les exhorte à se montrer affables, prêts à rendre service, à obliger les hommes de mérite, à user enfin de leur pouvoir pour le bien de tous. Le christianisme avait fait tant de progrès à la cour de Dioclétien, que l'impératrice Prisca et sa fille Valérie reçurent le baptême, et que Constantin, élevé dans l'intérieur du palais, y apprit à aimer la piété chrétienne, dont il fit depuis profession.

28. Le 22 avril 296, mourut le pape saint Caïus, après avoir gouverné l'Église pendant douze ans. Il confirma, par des décrets, l'usage qui voulait que les clercs passassent par les sept ordres inférieurs de l'Église, pendant un temps convenable, avant de pouvoir être institués évêques. Digne d'exercer le ministère apostolique dans une époque si orageuse, et au milien des dangers d'une persécution sans cesse renaissante, saint Caïus a mérité l'éloge que l'antiquité a fait de lui. Ce fut, disent les historiens, un Pontife d'une rare prudence et d'une vertu courageuse. Le corps du bienheureux Pape fut déposé dans le cimetière de CaUixte.

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