CHAPITRE XIII
substance distincte dans tes trois personnes.— La régularité de ses mœurs, Térudition qu'il déploya dans ses ouvrages, entraînèrent un grand nombre de chrétiens dans sa fausse doctrine, et quand il mourut, la plume à la main, âgé de plus de quatre-vingt-dix ans, la secte des Hiéracites était une des plus considérables de TÉgypte. On ne voit pas que l'Église l'ait condamnée, avant le concile de Nicée, qui répondit victorieusement, en particulier, aux erreurs sur la Trinité, par la magnifique et si juste expression de : « Lumière de lu- « mière, :» appliquée à la génération du Fils de Dieu.
25. Pendant que Maximien-Hercule multipliait les martyrs, pour éteindre dans leur sang la religion de Jésus-Christ, un rhéteur farmeux de Suia, dans l'Afrique proconsulaire, étudiait en silence cette religion tant persécutée. La vérité se fit jour dans son ftme, jusquelà sincèrement attachée au culte paien. Lui-même avoue franchement qu'il était idolâtre pratique et de bonne foi. « Quand j'apercevais, « dit-il, des bandelettes coloriées, dans le creux d'un arbre, ou des « pierres arrosées d'huile, je les adorais, je les suppliiûs, comme si « eiles eussent renfermé quelque vertu secrète, et j'adressais sé- « rieusement mes vœux à un tronc insensible. » Enfin la grâce fut victorieuse, et Am<d)e demanda le baptême. Pour donner un gage éclatant de la sincérité de sa conversion, il n'hésita point à brûler publiquement ce qu'il avait adoré. Il écrivit donc, d'un style vigoureux et énergique, sept livres contre l'idolâtrie, où il répond à tontes les objections des païens contre l'Église. Le scandale de la croix étonnait surtout les Gentils : « Votre Dieu, disaient-ils aux chrétiens, « est mort sur un gibet. — Eh! qu'importe? reprend Amoibe, Py- ^ thagore a été brûlé vif, Socrate a été condamné à boire la cigué, « Régulus a péri par le plus cruel supplice ; en sont-ils plus désho- « norés? Ce n'est pas la peine, c'est le crime qui fait l'infamie. — « Vous avez fait un dieu de Bacchus , parce qu'il a enseigné aux « hommes l'usage du vin, une déesse de Cérès, parce qu'elle leur
< a appris l'usage du pain. Quels honneurs ne mériterait.donc pas
< Jésus-Christ, même quand il ne serait qu'un homme, pour avoir « apporté la science la plus nécessaire au genre humain, et nous « avoir appris à connaître Dieu, le monde et nous-mêmes? Mais la « Christ n'est pas un homme, le Christ est Dieu, Dieu par-dessua
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« toutes choses, Dieu par la racine même de son être. Encore une < fois, malgré votre sourire, malgré vos injures, encore une fois, et « dussiez-Yous en avoir les oreilles rompues, le Christ est Dieu, Dieu « nous apparaissant sous la forme d*un homme. Vous en avez sous « les yeux la preuve la plus frappante, la plus incontestable. Voyez « en combien peu de temps sa religion s*est répandue par toute la « terre. Y a-t-il une nation si barbare qu'elle n'ait adoucie et civi- « Usée? Considérez cette foule d'hommes de génie, orateurs, gramme mairiens, jurisconsultes, philosophes, qui sollicitent ses ensei- « gnements, et abjurent pour elle les croyances de toute leur vie. « Plus vous multipliez les menaces et les supplices contre cette re* « ligion, plus cette religion augmente. Vous employez les bourreaux <i et les ongles de fer pour empêcher de croire, et ces ongles de fer « et ces bourreaux sont un nouvel attrait pour croire au Christ, et « préférer sa doctrine à tous les biens de ce monde. Le doigt de ^ Dieu n'est-il pas là? — Vous nous raillez de notre crédulité» du « penchant que nous avons à accepter la foi. Mais tout dans ce « monde commence par la foi. Vous-mêmes, dans l'ordre intelleo- « tuel, vous attachez foi aux paroles de tel philosophe. Nous, nous « avons foi au Christ, parce qu'il a prouvé par des miracles la vérité « de sa doctrine. Vos philosophes, à vous, quels mh^cles ont-ils « fait? Quel est celui d'entre eux dont la parole ait jamais pu calmer « les tempêtes, rendre la vue aux aveugles, ressusciter les morts? i^ — Tout l'ouvrage d'Amobe est rempli de pareils traits. Il l'écrivait, dans la première ferAOur de sa conversion, n'étant encore que simple catéchumène et peu instruit des vérités de la foi. Cette circonstance explique comment on rencontre dans ses ouvrages quelques inexactitudes, quelques erreurs même, qui n'ont jamais été, de la part de l'antiquité chrétienne, l'objet de reproches, à cause de la situation particulière de l'auteur. La plus grande gloire d'Amobe, du reste, est d'avoir eu pour disciple Lactance, qu'on a surnommé le Cicéron chrétien.
26. Dioclétien ne se croyait pas assez fort pour supporter, avec l'aide de Maximien-Hercule, le poids d'un empire que lui disputaient de tous côtés les Barbares. Il résolut de créer deux nouveaux Césars, pour les placer sur les frontières, et leur donner la garde du Rhin