RÉSUMÉ DE LA SEPTIÈME ÉPOQUE
tisme, les discussions qui s'élevèrent dans le sein même de FEglise, et Finstitution des ordres nouveaux» excitèrent un mouvement scientifique très prononcé. Les attaques des protestants dirigèrent Fattention vers la dogmatique y dont on s'occupa sérieusement, non pas, comme jadis, au point de vue spéculatif, mais surtout au point de vue historique , le plus nécessaire dans la polémique contre les prétendus réformateurs. Le plus savant théologien qui ait laissé des ouvrages en ce sens est sans contredit le père Denys Petau, d'Orléans (1583). Ses travaux sont si solides, si complets, si pleins de sagacité, que quiconque étudie la théologie doit les consulter avec le plus grand soin. Outre la publication des écrits de plusieurs historiens ecclésiastiques et de quelques philosophes (1), jet de son ouvrage historique et astrono* mique, intitulé: Rationale temporum, qui a fait époque, ses Dogmata Theologica éveillèrent la plus vive attention. C'est une exposition de la vraie doctrine professée par FEglise cathoUque dans tous les temps , et opposée aux enseignements variables des hérétiques. Malheureusement cet ouvrage est resté incomplet par suite de la mort de Fauteur (1652). On a peine à croire que la vie d'un homme ait pu suffire à des œuvres aussi considérables, aussi consciencieuses, aussi exactes et aussi remarquables sous tous les rapports. La latinité du père Petau est en général facile et heureuse, son expression claire et méthodique ; il associe, d'une manière large et ingénieuse , Fhistoire et la dogmatique. Dans la polémique religieuse qu'entraînait nécessairement la controverse avec les protestants, on remarqua de bonne heure Eck, Goclsus, Stanislas Hosius et Berthold, évêque de Chiemsée. Mais le plus éminent de ces théologiens est certainement Robert Bellarmin, de Florence (1 542). Entré dans l'ordre des Jésuites (1560) après avoir reçu une éducation aussi pieuse que savante, il se distingua bien* tôt par une ardeur infatigable pour Fétude. Il professa les diverses parties de la théologie et composa une Grpmmaire hébraïque, une Biographie des écrivains ecclésiastiques {De Scriptoribus eccle^ siasticis), et le grand et célèbre ouvrage de controverse^ intitulé : Disputatùmes de controversis Christianœ fidei articulis lib. IV.
(1) Epiphane, Synésius, Nicéphore, Tempereur Julien, Thémistius
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Bellannin connaît à fond toute la littérature protestante y les oeuvres de Luther ^ Mélanchton , Calvin , Bèze , des sociniens, et en général de tous les ennemis de l'Eglise catholique. Il expose avec précision et impartialité les points controversés et l'état de la question. Ses démonstrations, fondées sur latradition, sont d'une rare alx>ndance et d'une lo^que irrésistible. L'élévation du savant jésuite au cardinalat ne lui fit rien changer à sa vie simple et lal)orieuse. Le livre Scala ad Deum , qu'il composa depuis , nous fait connaître les profonds sentiments de piété , de dévouement et de résignation de sa belle et sainte âme.
11. L'étude de l'Ecriture sainte n'était point, comme le prétendaient les protestants, négligée par les docteurs catholiques. Les travaux de Bellarmin et de Pagnini, sur la langue hébraïque, exercèrent une heureuse influence sur cette partie des sciences sacrées. Le dominicain Sixte de Sienne (1569) composa une /n* troduction à la connaissance des Livres saints y fort utile pour l'intelligence du texte. Yatable (1510) publia, sous François P% une nouvelle traduction de l'Ecriture sainte , avec de courtes remarques , fort estimée pour sa clarté et sa concision. Les Com* f7267i/atre55tir /a ^fé/e, par le jésuite Etienne Ménochius, obtinrent le plus grand et le plus légitime succès. Cornélius à Lapide se plaçait au premier rang parmi les interprètes de la sublime théologie de saint Paul. Le jésuite Maldonat et Guillaume Estius, chancelier de l'Université de Douay, s'immortalisaient aussi par leurs travaux sur l'Ecriture sainte.
12. Cet ensemble de savantes et pieuses études se complétait par les ouvrages ascétiques qui parurent alors , et qui furent un des derniers fruits de l'heureuse influence du moyen âge sur la littérature catholique. Teb furent les Exercices spirituels àe saint ^ace [Exercitia spiritualia) ; les écrits de saint Charles Borromée : Instructiones confessariorum et concionatorum ; leLHheto^ rica ecclesiastica de Yalère Augustin ; celle du célèbre dominicain Louis de Grenade^ et surtout les sermons des grands prédicateurs de l'époque : en Italie, Qarius, évêque de Fuligno ; Cornélius Musso,'évèque de Bitonto, dans le royaume de Naples (1574) ; Charles Borromée, le jésuite Paul Segneri (1694) ; en France, Simon Vigor, archevêque de Narbonne (1575), le jésuite Claude
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de Lingendes (1666) et son parent Jean de Lingendes, François Férault, de l'Oratoire (1670) ; en Espagne, Louis de Grenade ; en Pologne, Pierre Skarga. Enfin la piété, la dévotion, les sens religieux des peuples, furent alors réveillés et entretenus par la réimpression et les nouvelles traductions des écrits de sainte Thérèse , de saint Jean de la Croix , de saint François de Sales , du pieux Louis de Grenade, auteur du Guide des pécheurs, des Pensées sur la vie chrétienne , d'un traité De ta prière , etc. Ces utiles réimpressions rappellent les paroles que le pape Grégoire XIII écrivait à Louis de Grenade*: « Vous avez rendu, lui dit-il, à tous ceux » qui ont cherché à s'instruire dans vos livres, un plus grand sern vice que si vous aviez obtenu du Ciel , par vos prières , la lu- » mière pour les aveugles et la vie pour les morts. »
13. En dehors de ces travaux exclusivement religieux, le sen* timent catholique inspirait encore les arts et la littérature, malgré les efforts du protestantisme. Le Gorrége, le Titien, les Carrache, le Dominiquin, Guido Réni, les peintres du Rhin et des Pays-Bas continuaient les traditions glorieuses de Raphaël et de IV&chel- Ânge. La poésie prit un nouvel et religieux essor, lorsque le Tasse (1580) la consacra au récit des chevaleresques exploits du moyen âge dans sa Jérusalem délivrée; lorsque Caldéron de la Barca (1610), devenu prêtre et chanoine de Tolède , après avoir vaillamment porté les armes, chanta l'héroïsme des chrétiens et l'immortelle gloire qui leur est réservée. Dans le même temps^ Lope de Yéga, mort en 1635 dans la solitude du cloître, vouait sa féconde imagination, son intarissable verve, à embellir les sujets les plus graves , ou à exprimer les idées les plus sublimes de la foi. La musique s'associa encore à la peinture et à la poésie. Le génie de Palestrina rendit à l'art sa véritable dignité et en assura pour toujours la conservation. C'est ainsi que le Catholicisme ré» gnait encore sur les plus hautes intelligences au moment où ses ennemis conjurés se vantaient de préparer ses funérailles.