‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 110 sur 192 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Selon ce dogmatiseur, Moïse a rapporté l'origine de la nation juive j et non celle de l'espèce humaine en général. Il y aurait eu en conséquence, deux créations d'hommes : la première, au commencement du monde, lorsque Dieu mit sur la terre une race qui se répandit dans tout l'univers et produisit les Gentils ; la seconde, longtemps après , lorsque Dieu créa Adam pour être le père du peuple juif. Comme ces folles spéculations intéressaient peu les passions humaines , elles n'eurent pas un grand retentissement. La Peyrère les abjura lui-même, en 1657, aux pieds du pape Alexandre YII et embrassa la religion catholique qu'il professa, tout le reste de sa vie, avec une édifiante ferveur.

14. Cependant une dissidence fâcheuse venait d'éclater entre la cour pontificale et le gouvernement du roi de France. L'archevêque de Paris , Jean-François-Paul de Gondi , si connu sous le nom de cardinal de Retz, avait été l'un des principaux chefs de la Fronde. Quand M azarin, vainqueur, vit son pouvoir assez affermi, il fit arrêter l'archevêque comme coupable de trahison et le retint prisonnier à Yincennes. Parvenu à tromper la vigilance de ses gardiens, le cardinal de Retz se réfugia à Rome et prit part au conclave qui élut Alexandre Vil. Ce Pontife lui accorda lepallium^ malgré les réclamations des ambassadeurs français, et continua à le traiter comme archevêque de Paris. Gondi avait chargé de l'administration diocésaine , en son absence , des vicaires-généraux dont le choix déplut à la cour. Mazarin entama avec le Saint- Siège une négociation où il cherchait à faire prévaloir, en principe, que le crime de lèse-majesté dans un évêque suffisait à faire déchoir de toute juridiction dans le royaume. Il était impossible au Pape de sanctionner une pareille doctrine qui eût légitimé toutes les tyrannies. Alexandre VII voulait bien que l'archevêque révoquât ses vicaires-généraux, puisqu'ils étaient suspects, mais il devait avoir le droit d'en substituer d'autres à la satisfaction du roi. Cependant Mazarin, avep cette persistance opiniâtre et cauteleuse qui fut le trait distinctif de son caractère, refusait tout accommodement. La lutte entre ce ministre et l'archevêque de Paris avait été trop personnelle pour que le premier ne cherchât pas à en tirer vengeance. Le Pape prévit que la discussion ne ferait que s'envenimer en la prolongeant davantage ; il résolut de la terminer par un acte d'autorité.

291 ALEXANDRE VH (1655-1667).

^et nomma lui-même un vicaire apostolicpie pour administrer le diocèse au nom du titulaire. Toutes les animosités du Gallicanisme se déchaînèrent contre le décret pontifical. L'assemblée des évêques de France protesta que c'était une violation manifeste des libertés du royaume. L'afiTaire prenait des proportions qui effrayèrent Mazarin. H recula devant la pensée d'un schisme et proposa au car* dinal de Retz un moyen terme qui devait ramener la paix. Le roi dresserait une liste de six ecclésiastiques parmi lesquels l'archevdque choisirait celui qu'il voudrait pour le constituer son vicairegénéral. Ce plan fiit adopté et termina la querelle.

15. La paix entre la France et l'Espagne occupait alors toute l'attention de Mazarin. Ce fut le chef-d'œuvre de sa politique , et elle couronna glorieusement une administration si remplie de troubles et d'orages. Le 7 novembre 1659, à la suite de vingtcinq conférences tenues dans l'Ue des Faisans, formée par la Bidassoa, limite des deux royaumes , le traité de la Paix dite des Pyrénées y fut signé par Mazarin et don Louis de Haro, au nom de leurs couronnes respectives. La France acquérait, du côté des Pays-Bas, Ârras et tout le comté d'Artois, à .l'exception de Saint- Omer ; dans le comté de Flandre, Gravelines et plusieurs autres places importantes ; dans le comté de Hainaut , Landredes et le Quesnoy ; dans le duché de Luxembourg, Thionville, Montmédy, Marienbourg, Philippevifle, Avesnes ; du côté des Pyrénées, Perpignan, le Roussillon et Gonflans. Le prince de Gondé, un instant égaré dans les troubles de la Fronde, avait eu le malheur de mettre son épée victorieuse au service des Espagnols ; il obtint son pardon et revint expier, par une fidélité constante et de glorieux exploits, une erreur passagère. Mais l'article le plus important du traité des Pyrénées fut le mariage de Louis XTV avec l'infante d'Espagne, Marie-Thérèse, fille de Philippe IV. Gette princesse renonça formellement , pour elle et ses descendants , à toute succession aux Etats d'Espagne, clause qui n'était qu'une vaine formalité si la France était trop faible pour réclamer, ou qu'une barrière impuissante , dans le cas contraire. Mazarin prévit ce que vaudraient ces renonciations : et les événements, quarante ans après, justifièrent ses combinaisons. La France se plaça dès lors au premier rang parmi les puissances de l'Europe.

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