‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 109 sur 192 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

positions comme étant de Jansénius, et selon le sens de cet auteur : le pape Innocent X, dans un bref de la même année, confirma cette déclaration.

10. Ce fut le dernier acte de l'auguste Pontife. Vers la fin de décembre 1654, Innocent X se sentit plus faible que de coutume, et les médecins désespérèrent de sa vie. Le cardinal Azolina, son confesseur, se chargea de lui annoncer cette nouvelle ; le Pape la reçut avec une fermeté qui édifia tous les assistants. Il fit venir le Père Oliva, de la Compagnie de Jésus, afin d'en être assisté à ses derniers moments. Ayant aperçu près de son lit le cardinal Sforce : « Vous voyez , lui dit-il , où aboutissent les grandeurs du souve- 9 rain pontificat, d II voulut que tous les fidèles pussent voir le même spectacle, et fit tenir, dans cette intention, les portes de son palais ouvertes. Il mourut, dans les plus grands sentiments de piété, le 7 janvier 1655, après onze ans de règne.

S t. Pontillcat d'Alexandre WU (7 avril 165SS-22 mal 1667).

1 i . Le cardinal Fabio Ghigi fut élu à Tunanimité pour succéder à Innocent X, et prit le nom d'Alexandre YII. Né à Sienne (1 5 février 1599), le nouveau Pontife s'était distingué de bonne heure par ses talents (1). Successivement inquisiteur à Malte, vice-légat à Ferrare , nonce en Allemagne au moment de la signature du traité de Westphalie, évêque d'Imola et cardinal, il avait donné les preuves d'une vertu éminente et d'une rare pénétration. Cependant la cour de France, gouvernée par Mazarin, vit avec peine son exaltation. Fabio Ghigi avait soutenu à Munster les intérêts du Saint-Siège avec Une noble indépendance^ et le cardinal-ministre ne l'avait point oublié. D*un autre côté, le parti janséniste, dont les chefs, Amauld d'Andilly, Pascal, Nicole, retranchés dans le couvent de Port-Royal, exerçaient par leurs talents, l'austérité de leur vie et leur réputation de savoir, une influence marquée sur la société française de cette époque, se rappelait que Fabio Ghigi avait été le secrétaire de la commission nommée par

(1) On a d'Alexandre VU un volnme de poésies, imprimé au Louvre (1656), in-folio, intitulé Philomathi musœ juvéniles. Il les avait composées dans sa jeunesse, lorsqu'il était membre de TAcadémie des Pkihmathi de Sienne.

Innocent X pour examiner les cinq propositions tirées du livre de Jansénius. Ils ne voyaient qu'avec inquiétude monter sur la chaire de Saint-Pierre un Pape dont les antécédents ne laissaient pas d'espoir aux hérétiques. Cette double prévention de la cour et du jansénisme devait se traduire par une double lutte qui remplit le pontificat d'Alexandre YII.

12. Un événement heureux pour l'Eglise en signala la première année. Dans le royaume de Suède , le luthéranisme avait changé toute la constitution politique ; la réaction catholique y avait rencontré des représentants et des adversaires parmi les personnages les plus éminents. Le catholicisme y fit cependant la conquête la plus inattendue : il attira dans son sein la fille de Gustave-Adolphe, la reine Christine de Suède. Cette princesse, dont la destinée offre des particularités si étranges et si romanesques» renonça au trône de ses pères pour embrasser la vraie foi ; après avoir été solidement instruite des mystères de la religion, elle fit son abjuration solennelle à Inspruck. Appelée à venir recevoir la bénédiction du Pape, elle accourut en Italie. S'étant rendue à Notre-Dame de LfOrette , elle déposa son sceptre et sa couronne sur l'autel de ]k sainte Vierge. Toutes les villes des Etats romains firent de grands préparatifs pour accueillir Christine avec magnificence. Alexandre VII la reçut triomphalement à Rome , où eue termina ses jours, après une excursion en France, fameuse par le meurtre de son écuyer, Monaldeschi, à Fontainebleau. Christine de Suède légua , à la bibliothèque du Vatican , une collection précieuse de manuscrits qui accrurent la richesse de ce vaste dépôt scientifique et littéraire, noble monument élevé par la Papauté au génie européen.

13. Le cœur d'Alexandre VII fut encore réjoui par la conversion du chef de la secte des Préadamites. On donna ce nom à des hérétiques qui prétendaient que la terre avait été habitée par une génération d'hommes antérieurs à Adam. Le calviniste Isaac de la Peyrère avait fait imprimer en Hollande (1655), un livre intitulé : Prœadamitœy sive exercitatio super versibus 12, 13, 14, cap. Vy Epistolœ Pauli ad Romanos, quibus indicantur primi homines ante Adamum conditiy dans lequel il soutient cet absurde système, et entreprend de le justifier par l'autorité de saint Paul.

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