CHAPITRE PREMIER
damnée. Afin de mieux assurer l'exécution des décrets apostoliques, on dressa un formulaire ou profession de foi, qui devait être signé par tous les ecclésiastiques des divers diocèses, dans le délai d'un mois. Ce formulaire était ainsi conçu : « Je me soumets ]» sincèrement à la constitution dupape InnocentX, du 3 1 mai 1653, D selon son véritable sens qui a été déterminé par la constitution p de notre saint père Alexandre YII, du 16 octobre 1656. Je re- » connais que je suis obligé en conscience d'obéir à ces constitu- 1» tions ; et je condamne , de cœur et de bouche , la doctrine des » cinq propositions de Jansénius, contenues dans son livre inti- » tulé AugusttnuSj que ces deux Papes et les évêques ont con- » damnée , laquelle doctrine n'est point celle de saint Augustin , ^ que Jansénius a mal expliquée, contre le vrai sens de ce doo- D teur. » Aussitôt que le décret de l'assemblée générale du clergé eut été publié en France et qu'on eut entendu parler de formu* laîre et de signature^ les jansénistes répétèrent de toutes parts qu'ils se soumettaient aux décisions du Saint-Siège, quant aux dogmes de foi, mais qu'ils ne pouvaient être obligés , contre leur conscience, de reconnaître qu'une doctrine hérétique se trouvât dans l'ouvrage d'un pieux et savant évèque^ mort en communion avec l'Eglise. Amauld écrivit plusieurs ouvrages dans ce sens. H en résulta des discussionsetdes agitations scandaleuses. LouisXTV, fatigué de tous ces débats et de toute cette résistance , fit appeler au Louvre les présidents de l'assemblée du clei^é (1660). Il les exhorta en termes pressants à chercher des moyens prompts et efficaces pour extirper le jansénisme, et leur promit de les soutenir de toute son autorité. En conséquence, et sur le rapport de onze commissaires nommés pour remplir les vœux du roi , l'assemblée résolut, d'une voix unanime, que tous les ecclésiastiques séculiers et réguliers du royaume souscriraient le formulaire. En outre , il fut décidé que ceux qui avaient écrit contre les bulles seraient obligés de faire une rétractation formelle. Un arrêt du conseil et une lettre du roi, adressée à tous les prélats du royaume, vinrent corroborer la résolution de l'assemblée du* clergé et en soutenir l'exécution. Mais le jansénisme devait encore ajouter à tant d'autres un scandale déplorable.
21. Les vicaires-généraux administrant le diocèse de Paris, en
Tabsence du cardinal de Retz, publièrent une ordonnance qoi obligeait à signer le formulaire et reconnaisssdt en même temps la séparation du droit pour lequel on exigeait la croyance, d'avec le fait pour lequel on ne demandait que le respect ou le silence respectueux, a Du temps d'Innocent X, alléguait l'ordonnance, il » ne s'agissait à Rome que de savoir si les cinq propositions » étaient vraies et catholiques , ou bien si elles étaient fausses et D hérétiques. y> En conséquence, les vicaires-généraux exigeaient simplement, quant au fait de Jansénius, qu'on demeurât dans le respect entier et sincère qui était dû aux constitutions papales , sans rien préjuger sur le fond même de la question. Cette argumentation décelait ou une incurable obstination ou une insigne mauvaise foi. Alexandre YQ adressa aux vicaires-généraux un bref conçu dans les termes de la plus vive indignation. H les menaçait d'employer contre eux les foudres de l'Eglise s'ils ne se rétractaient dans le plus bref délai. Sur cette terrible injonction parut un nouveau mandement dans lequel les vicaires-généraux de Paris rétractèrent en efifet leur assertion, mais avec de telles circonlocutions qu'il était facile d'y voir au moins le ressentiment d'un amour-propre blessé.
Les partisans du silence respectueux n'en continuaient pas moins à étourdir de leurs clameurs la cour, la ville, tout le royaume, a Les évêques réunis à Paris, disaient-ils, ont procédé D comme s'ils eussent été convoqués en concile national, tandis » que le but de leur assemblée ne concernait exclusivement que p les affaires temporelles. » Ce prétexte insidieux, basé sur une allégation fausse et mensongère , fit surseoir plus de deux ans , dans la plupart des diocèses, à la signature du formulaire. Louis XIV intervint une seconde fois. Un arrêt du' conseil royal (1" mai 1662) prescrivit aux évêques de faire souscrire tous les récalcitrants, sans exception ni explication. L'ordre était pressant ; le monarque qui le donnait était habitué à faire respecter sa volonté, même par ses ennemis. Mais l'hérésie ne reconnaît aucune autorité, ni spirituelle ni temporelle; et toute la puissance du grand roi ne réussit pas à faire souscrire un seul janséniste. Ds se retranchaient dans le silence respectueux, a tout prêts , disaienti> ils , à condamner les cinq propositions en elles-mêmes , mais