‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 113 sur 192 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

» sans avouer qu'elles fassent réellement dans YAugusHnus. » Déplorable aveuglement de l'esprit de parti ! Les hommes qui raisonnaient ainsi se piquaient du plus grand zèle pour la religion et le bien des âmes. Or, quel profit la religion pouvait-elle trouver à ces interminables querelles? Quel avantage les simples fidèles devaient-ils retirer de la scandaleuse résistance d'un certain nombre d'évêques, de docteurs et de religieux aux ordres du souverain Pontife , juge de la foi , gardien de la doctrine , chef légitime et incontesté de l'Eglise.

. 22. Indigné de tant de mauvaise foi , Louis XIY rasseinbla les évêques qui se trouvaient à Paris, pour délibérer sur le moyen le plus propre à soumettre l'opiniâtreté des partisans de Jansénius. L'assemblée s'en tint à la signature du formulaire et pria le roi d'employer sa puissance, selon le vœu du Pape, pour que l'on procédât à la souscription de cet acte dans le délai définitif de deux mois. Les évêques écrivirentà Alexandre Vil qu'ils avaient trouvé la déclaratioQ des jansénistes artificieuse, méchante et cachant l'hérésie sous l'apparence trompeuse d'une obéissance en paroles. Les hérétiques publièrent alors contre les prélats une foule de libelles pleins des plus outrageantes calomnies. Cette audace fut un motif de plus qui engagea le monarque à presser, par l'expédition de ses lettres patentes, l'exécution du bref. Quelques mois après, il rendit encore une déclaration plus explicite et vint lui-même au parlement pour la faire enregistrer en sa présence, n écrivit ensuite au Pape pour le prier d'envoyer lui-même im formulaire, avec ordre précis aux évêques de le signer et de le faire signer par leurs diocésains. Alexandre YII fit donc dresser (1665) une nouvelle constitution où, «pour ôter, dit-il, tout prétexte » à la désobéissance, et tout subterfuge à l'hérésie, » il ordonnait aux évêques, à tous les ecclésiastiques réguliers et séculiers, aux religieuses, aux docteurs, licenciés et régents des Universités, de signer, dans un délai de trois mois, le formulaire suivant, qui reproduisait à peu près celui qu'avait précédemment rédigé l'assemblée du clergé de France : « Je, soussigné, me soumets à la D constitution apostolique d'Innocent X, donnée le 31 mai 1653, » et à celle d'Alexandre Vil, du 16 octobre 1656 ; et, dans la <» sincérité de mon cœur, je rejette et je condamne les cinq pro-

» positions extraites du livre de Jansénius, intitulé Augustinus^ D et dans le sens entendu par le même auteur, conmie le Siège Y) apostolique les a condanmées par les mêmes constitutions. Je » le jure. Qu'ainsi Dieu me soit en aide et les saints Evangiles. » Le roi publia sur-le-champ un édit qui enjoignait à tous les prélats du royaume de signer le formulaire du Pape ; déclarant en même temps qui si un évêque ne l'avait pas signé dans trois mois, on procéderait contre lui par la voie des saints canons. Malgré ces prescriptions, quatre évêques, celui d'Alet, Nicolas Pavillon; celui de Beauvais, Nicolas Ghouart de Buzenval ; celui de Pamiers, François Gaulet; celui d'Angers, Henri Amauld, ne voulurent pas obéir. Dans des lettres pastorales adressées à leurs diocésains, ils protestèrent et déclarèrent que, sur le fait de Jansénius , on ne devait à l'Eglise qu'une obéissance de déférence , consistant à observer un silence respectueux. Le roi supprima ces lettres pastorales le 10 juillet 1665, et Alexandre VIÏ, par un décret de la congrégation de Y Index j les condamna le 1 8 février 1667. n ordonna ensuite que neuf évêques instruiraient le procès des quatre prélats réfractaires, mais la mort ne lui permit pas de continuer cette affaire si délicate. Alexandre mourut le 22 mai 1667, avec la réputation d'un Pontife éclairé, ferme, énergique, tel qu'il le fallait pour lutter contre la plus opiniâtre des hérésies.

S s. PoBCifleat de Clément IX (20 juia 1667*9 décembre 1669).

23. Le cardinal Jules Rospigliosi^ de Pistoie, fut élu pour succéder à Alexandre YQ, et prit le nom de Clément IX. Dixneuf évêques français avaient profité de la mort du dernier Pape pour prendre le parti des quatre prélats réfractaires. Us publiaient des mandements où ils enseignaient que l'Eglise ne peut définir avec infaillibilité un fait humain, comme celui d'apprécier la véritable doctrine d'un auteur (1) ; que dès lors elle ne peut exiger, en pareil cas, qu'un silence respectueux sur ses décisions.

(1) n ne faat pas confondre le sens naturel, obvius, d'un livre avec la pensée intérieure ou le sens personnel de son auteur. C'est le premier sens que TEglise condamne et qu'elle appelle justement le sens de l'auteur, quelle qu'ait pu être sa pensée secrète, qui ne fait rien au lecteur.

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