CHAPITRE PREinER
Toutes les anciennes querelles menaçaient de se renouveler ainsi, avec plus d'ardeur que jamais. Clément IX se hâta de confirmer les bulles de ses prédécesseurs par un bref où il menaçait de poursuivre rigoureusement les évêques rebelles. Louis XIV agit dans le même sens. Les jansénistes efiBrayés crurent devoir prévenir, par une soumission hypocrite, le châtiment qui allait les atteindre. Us promirent de signer le formulaire, sans aucune arrière-pensée, si l'on consentait à leur épargner la honte de rétracter leurs mandements par des actes publics. Plein d'ime bonté toute paternelle, le miséricordieux Pontife leur accorda cette faveur; il accepta la proposition d'acconunodement y et les quatre évéques signèrent enfin la déclaration. Nous n'entrerons dans aucun détail sur les firaudes multipliées que l'on employa dans la conclusion finale de Tafiiodre du jansénisme, pour tromper le Pape, le roi, les évêques et le clergé ; il nous suffira de les avoir signalées et d'ajouter que les captieux sectaires se prévalurent de cette réconciliation, qu'on nomma la Paix Clémentine, Os prétendirent en inférer que le Pape, en n'obligeant pas les quatre évêques à rétracter leurs mandements, avait implicitement approuvé la distinction du fait et du droit. Avoir cette fanatique opiniâtreté, il semble que l'histoire rétrograde de trois siècles, et que l'on soit revenu au temps où les Grecs du Bas-Empire discutaient sur la religion par des sophismes sans fin.
24. Du reste la mauvaise foi des quatre évêques fit encore mieux ressortir la noblesse du langage et de la conduite de Clément IX. Voici le bref qu'il leur adressait après la signature du formulaire. Nous le citons comme un monument mémorable qui ne cessera de proclamer à jamais l'invariabilité doctrinale de la Papauté^ et de condamner les artifices honteux du jansénisme. «Vénérables Frères, salut et bénédiction apostolique» Notre D nonce à la cour de France nous a fait tenir la lettre par laquelle D vous nous mandez, avec de grandes marques de soumission, » que, conformément aux lettres apostoliques émanées de nos » prédécesseurs Innocent X et Alexandre VH, vous avez souscrit D et fait souscrire sincèrement le formulaire contenu dans les n lettres du même Pape Alexandre. Bien qu'à l'occasion de cer- » tains bruits qui avaient couru, nous ayons cru devoir agir plus
D lentement dans cette affaire (car nous n'aurions jamds admis, » à cet égards ni exception, ni restriction quelconque , étant > » conune nous le sommes, inviolablement attaché aux constitur> tions de nos prédécesseurs) ; maintenant toutefois, après les )) assurances nouvelles et considérables qui nous sont venues de » France, touchant la véritable et parfaite obéissance avec laquefle » vous avez sincèrement souscrit le formulaire, outre qu'ayant » condanmé, sans aucune exception ni restriction, les cinq pro- » positions, selon tous les sens où elles ont été condamnées par le » Siège apostolique, vous êtes infiniment éloignés de vouloir re- » nouveler les erreurs que ce même Siège a condamnées; nous » avons bien voulu vous donner ici une marque de notre bien- D veillance paternelle, nous assurant que vous n'oublierez rien à » l'avenir pour nous donner de jour en jour des preuves nouvelles » de la sincère obéissance et soumission que vous nous avez ren- » dues en cette circonstance. )> On ne peut rien imaginer de plus clair et de plus précis, de plus formel que ce bref. Si Clément IX fut trompé par une perfidie qui déjouait tous les calculs, échappait à toutes les condamnations, déconcertait les mesures les mieux combinées, toute la honte doit en revenir aux ëvêques et aux docteurs qui croyaient rappeler l'Eglise à son intégrité primitive par des subtilités indignes et de misérables faux-fuyants.
25. Pour bien comprendre la puissance du jansénisme et les circonstances qui lui donnèrent un si prodigieux accroissement; pour se rendre compte de l'engouement avec lequel la société française de cette époque accueillit une hérésie dont la doctrine obscure, sur une des questions les plus élevées de la théologie, ne pouvait être à la portée du vulgaire, il faut rattacher l'histoire du jansénisme au mouvement d'hostilité qui s'était produit^ au commencement du xvn* siècle, contre le pouvoir pontifical. Les jansénistes^ par leur subtile distinction du droit et du fait, arrivaient à révoquer en doute l'infaillibilité du Pape : c'était par ce point que leur système entrait le mieux dans les esprits prévenus par les idées gallicanes. Toutes les tendances des docteurs et des juristes du XVII* siècle se résumaient dans cette pensée unique : Faire du Pape le premier des évêques, mais ne lui rien attribuer au-delà de cette primauté d'honneur; lui refuser l'infaillibilité dogmatique