CHAPITRE n
a YoQS ne changerez rien, lui dit-il, à l'état où yons yoos trou- 9 yez ; yous ne recevrez ni présents, ni visites comme neveu du » Pape ; vous vous contenterez d'habiter le palais où nous demeu- 9> rions étant cardinal ; vous ne vous mêlerez en rien du gouver- 1» nement de la cour. Telles sont nos intentions formelles et irré- » vocables, d Le jeune seigneur obéit ponctuellement aux injonctions de son oncle. Innocent XI s'occupa immédiatement des réformes à opérer dans l'intérieur du palsds ; il n'admit à son service que des personnes recommandables par leur modestie et la pureté de leurs mœurs. Une congrégation de quatre cardinaux et de quatre prélats fut instituée pour examiner la conduite et la capacité des candidats aux divers bénéfices. Le mérite seul devait être un titre d'admission. Un jour , le cardinal Cibo présentait au Pape une liste de concurrents pour quelques charges vacantes, et la note des recommandations faites par les protecteurs respectifs. Arrivé au nom d'un concurrent qui n'avait aucune recommandation, Innocent XI dit au cardinal : « Et celui-là, par qui est-il T» recommandé î — Par personne, répondit le cardinal. — En ce » cas, répartit le Pape, nous lui donnons, nous, notre protection, V et nous le préférons aux autres. Nous nous soucions fort peu p d'une recommandation, quand la vertu manque au recom- » mandé. Les dignités doivent être le prix de la vertu > non de » l'ambition; le prix des mérites et non des intrigues. » Tel était le Pontife que Louis XIV allait rencontrer sur le chemin de son ambition et de son despotisme. Quelques auteurs ont prétendu expliquer la résistance d'Innocent XI, dans sa lutte avec le roi de France, par les habitudes militaires que ce Pontife avait contrao* tées dans sa jeunesse. Ils disent qu'Odescalchi, avant d'être cardinal , avait embrassé la carrière des armes et servi dans la guerre de Flandre. C'est une erreur que le comte Rezzonico a victorieusement réfutée dans une savante dissertation imprimée à Cdme (1742). On a confondu le cardinal avec un autre Odescalchi, son parent, qui prit en effet du service dans l'armée de Flandre. Innocent XI, au contraire, était entré de bonne heure dans les ordres; ecclésiastique toute sa vie, il n'avait pas à se reprocher les mœxu^ et la dureté des camps, ni les habitudes de violence qui peuvent être familières aux guerriers. Parvenu au
Sîft INNOCENT XI (1676-1689).
souyerain pontificat, il n'a dû puiser des conseils que dans ses devoirs de chef spirituel de l'Eglise et de souverain indépendant. « Innocent XI, dit le protestant Ranke, était un homme austère , » humble, doux et pieux, mais que cette même intégrité sévère, » qui réglait sa vie privée, excita aussi à remplir, sans de lâches » ménagements, les devoirs de la Papauté. >
9. Louis XIV était alors à l'apogée de sa puissance et de sa gloire. Au dehors la victoire couronnait ses armes. La Hollande envahie, malgré les efforts de deux héros, les frères de Witt (1 672), la Franche-Comté réunie au territoire français, malgré l'Espagne, l'Autriche et la Lorraine confédérées (1674); les victoires de Condé à Senef et à Oudenarde sur les premiers généraux de l'empire , qui valaient au héros cette charmante parole de Louis : « Mon cousin , quand on est comme vous chargé de » lauriers, on ne peut que difficilement marcher (1) ; » les prodigieux succès de Turenne, qui battait les impériaux à Seintzheim, à Ladamberg, à Ensheim, àMulhausen, àTurcheim (1675), avec des armées trois fois moins nombreuses que celles de ses ennemis^ et qui, tué d'un coup de canon à Salzbach, arrachait à MontécucuUi, son adversaire, ce bel éloge : « Il est mort un homme qui D faisait honneur à l'homme ; » tant de hauts faits militaires, terminés par la glorieuse paix de Nimègue, avaient placé Louis XIV à la tête de l'univers et lui valurent le surnom de Grand, que ses sujets lui décernèrent dans leur enthousiasme, et dont les nations les plus jalouses de la France reconnaissaient qu'il était digne. Colbert lui écrivait : a Sire, il faut se taire, admirer, remercier D Dieu tous les jours, de nous avoir fait naître sous un règne d'un » roi tel que Votre Majesté, qui n'aura d'autres bornes de sa » puissance que celles de sa volonté. x> Au dedansla prospérité de ses Etats, le luxe, l'abondance, les œuvres de l'art et du génie élevaient son royaume à ce degré de supériorité intellectuelle et morale qui caractérise les grands siècles, c Louis XIV , dit Vol-
(1) Lorsque Condé revint à li cour, comme il montait lentement, à cause de la goutte dont il souffirait, les degrés de Fescalier, au haut duquel le roi voulut le recevoir : • Sire, lui dit-il, je demande pardon i Votre Majesté de la faire att tendre si longtemps. » A quoi Louis XIV fi( lu gracieuse réponse que nous iivons citée.