CHAPITRE n
p glise, sous le nom de philosophie cartésienne. Je vois nattre de » son sein et de ses principes, àmon avis mal entendus, plus d'une }> hérésie ; et je prévois que les conséquences qu'on en tire contre D les dogmes que nos pères ont tenus, la vont rendre odieuse , et » feront perdre à l'Église tout le fruit qu'elle en pouvait espérer, » pour établir dans l'esprit des philosophes la divinité et l'inunor- D talité de l'âme. De ces mêmes principes mal entendus , un au- » tre inconvénient terrible gagne insensiblement les esprits ; car, » sous prétexte qu'il ne faut admettre que ce qu'on entend clai- » rement, ce oui^ réduit en certaines bornes, est très-véritable, » chacun se donne la liberté de dire : J'entends ceci et je n'en- » tends pas cela ; et, sur ce seul fondement, on approuve ou on » rejette tout ce qu'on veut, sans songer qu'outre nos idées clai» » res et distinctes, il y en a de confuses et de générales , qui ne 9 laissent pas d'^enfermer des vérités si essentielles, qu'on ren- » verserait tout en les niant. 11 s'introduisit sous ce prétexte, une D liberté de juger qui fait que , sans égard pour la tradition , » on avance témérairement tout ce qu'on pense ; et jamais cet » excès n'a paru , à mon avis , davantage que dans le nouveau » système. »
7. Les disciples de Descartes avaient donné lieu à cette critique sévère de l'iJlustre évêque de Meaux. L'oratorien Malebranche fut un de ceux dont les spéculations philosophiques s'égarèrent le jJius loin. Son but général dans la Recherche de la Vérité, le Traité de la Nature et de la Grâce ^ les Méditations chrétiennes et métaphysiques , était de montrer l'accord de la philosophie de Descartes avec la religion, et de prouver que cette philosophie fournit la démonstration de plusieurs autres vérités dans l'ordre de la nature et dans celui de la grâce. Il n'y avait rien là que de louable. Malheureusement l'imagination de Malebranche se prêtait mieux aux rêves d'un poète qu'à la précision d'un docteur scolastique. Descartes, nous l'avons vu, restreignait son système du doute philosophique à certains esprits d'élite ; il ne voulait pas qu'on y soumit les premiers principes de la raison naturelle, qu'il suppose iimés dans l'homme, ni leurs conclusions premières, encore moins les vérités de l'ordre surnaturel, mais uniquement les conclusions éloignées et scientifioues de l'ordre purement natu-
rel. Malebranche, sans plus rappeler aucune de ces distinctions, pose le doute philosophique comme la base nécessaire de toute science ; il affecte le plus grand mépris pour tous les philosophes qui l'ont précédé, et soumet tout à l'évidence intime, qu'il appelle le maître intérieur , le verbe de Dieu se communiquant à tout homme par la raison naturelle. Cela touche de près à la philosophie d'un visionnaire. Le livre de la Nature et de la Grfice , qui renferme et résume en quelque sorte toutes ces erreurs, a été réfuté victorieusement dans un ouvrage spécial par Fénelon. Bossuet se contenta de formuler en trois mots son jugement sur la théorie de Malebranche : Pulchra, nova, falsa^ dit-il. On le voit, malgré quelques écarts purement spéculatifs, la philosophie du xvn* siècle était tout empreinte de l'esprit religieux : ce ne fat que dans le cours du siècle suivant qu'elle prit définitivement l'attitude hostile au Catholicisme qu'elle a conservée jusqu'à nos jours.
S •• Pontificat d^onocMt XI (21 septembre 1676-12 soûl 1669).
8. A la mort de Clément X, les électeurs entrèrent en conclave, au nombre de soixante-sept. Le sohr du 20 septembre le sacré Collège, d'un consentement unanime , se rendit à la chapeUe , et tous les électeurs, sans exception , voulurent baiser la main du cardinal Odescalchi. C'est une manière moins tumultueuse d'élire par adoration, et qui suffit pour établir la légitime promotion du souverain Pontife. Odescalchi éclata en sanglots y et demanda un moment pour réfléchir. Il se fit [tout à coup un grand silence , et chacun contemplait avec anxiété et admiration ce spectacle d'humilité et d'éloignement pour les grandeurs de la terre. En ce moment, Odescalchi se jeta le visage à terre , en répandant un torrent de larmes. Il priait ses collègues de faire tomber leur choix «c sur un sujet plus digne, » de ne pas l'écraser sous un fardeau que ses. forces ne pouvaient soutenir. Les électeurs se montrèrent inflexibles, et, le lendemain, un scrutin régulier confirma, à l'unanimité des suffrages, l'élection du pieux et modeste cardinal , qui prit le nom d'Innocent XI. A peine entré au Vatican, le nouveau Pontife fit appeler près de lui son neveu Livius Odescalchi.