‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 131 sur 192 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

jours repoussé les officiers pontificaux qui s^approchaient de leurs hôtels. Innocent XI, qui ne savait pas reculer devant ce qu'il croyait un devoir, et qui comptait en même temps sur le respect et l'amour de son peuple, dont il avait conquis Tafiection par ses vertus, sa modestie et son désintéressement, résolut de supprimer enfin un abus qui devenait intolérable. Il annonça qu'il ne changeait rien aux habitudes des ambassadeurs déjà établis à sa cour, mais qu'il n'en recevrait plus aucun s'il ne s'engageait auparavant à renoncer au prétendu droit de Franchises. Cette innovation rencontra d'abord quelques difficultés : la cour d'Espagne, plutôt que de se soumettre, s'abstint pendant quelque temps d'envoyer un ambassadeur à Rome ; la répubfique de Venise rappela le sien; mais enfin tous, l'empereur, le roi d'Espiagne, le roi de Pologne, le roi Jacques II d'Angleterre et les autres puissances avaient accédé aux justes demandes d'Innocent XI.

26. Louis XIV avait laissé le duc d'Estrées à Rome jusqu'à sa mort (1687), pour éviter de prendre ime décision. Lors de cet événement, le nonce Ranuzzi lui demanda avec instance d'ordonner à celui qui le remplacerait de faire la renonciation souscrite par les autres ambassadeurs, et de contribuer ainsi à rendre la paix et la sécurité à la capitale du monde chrétien. Le roi répondit avec hauteur : «i Je ne me suis jamais réglé sur l'exemple D d'autrui; Dieu m'a établi pour donner l'exemple aux autres, » non pour le recevoir. y> Il nomma le marquis de Lavardin pour remplacer le duc d'Estrées, et il lui donna la commission expresse de maintenir les Franchises dont ses prédécesseurs avaient été en possession. Lavardin se mit donc en route avec un cortège de huit cents hommes bien armés. A cette nouvelle, Innocent XI pubUa (7 mai 1687) une bulle, par laquelle il déclarait excommunié quiconque voudrait se conserver dans l'usage des Fran^ chises ou qui résisterait à ses officiers de justice. Il déclara qu'il ne reconnaissait point Lavardin pour un ambassadeur, et défendit aux légats de Bologne et aux autres gouverneurs de ses provinces de lui rendre aucun honneur lorsqu'il mettrait le pied sur les terres de l'Eglise. Malgré ces protestations, Lavardin ayant fait^ le 16 novembre, son entrée à Rome, à la tête de son cortège armé et menaçant, le Pape défendit de nouveau à tous les cardi-

naux d'avoir aucun commerce avec lui; refusa de lui accorder Taudience qu'il sollicitait, et jeta l'interdit sur l'église de Saint- Louis des Français, où ce seigneur avait commimié. Dès qu'on fut instruit à Versailles de cette dernière mesure, le procureurgénéral François de Harlay interjeta appel comme d'abus, de In bulle d'excommunication lancée par le Pape. «H n'admettait pas, S) ce sont ses expressions, que le souverain Pontife eût jamais le D droit de comprendre dans ses excommunications les ambassa- » deurs que le roi voudrait bien lui envoyer. Il attribuait cette D aberration d'esprit du Pape à l'âge, qui avait, disait-il, obs- » curci ses facultés. » L'avocat-général Talon fut plus violent encore : il voulut faire passer Innocent XI pour hérétique, et lui reprocha « d'a£Pecter de donner du dégoût à la France, dans les » choses mêmes qui seraient très avantageuses pour la religion. » 27. Cette manière si hautaine de traiter le Père commim des fidèles montrait assez à quel point Louis XIV se laissait aveugler par son orgueil et les éclatantes prospérités qui avaient couronné la première partie de son règne. Il j avait déjà vingt-sept ans (1) qu'il avait pris en main les rênes du gouvernement, et, dans cette longue carrière, il avait marché de succès en succès, de conquêtes en conquêtes ; il avait reculé de tous les côtés les frontières de la France ; il avait humilié tous ses rivaux, tous ses ennemis, n crut que la force lui réussirait aussi bien vis-à-vis du souverain Pontife : mais Dieu l'attendait là. Du moment où il engagea avec le Saint-Siège cette lutte violente, la victoire abandonna ses drapeaux, et il étonna par ses revers l'Europe qu'il avait humiliée par tant de triomphes. L'électeur archevêque de Cologne venait de mourir. Les voix du chapitre, réuni pour lui donner un successeur, se partagèrent entre le cardinal Furstemberg, évêque de Strasbourg, créature de la France, et le jeune prince Clément de Bavière, évêque de Ratisbonne. Le Pape se déclara pour ce dernier. Dans son mécontentement, Louis XTV adressa au souverain Pontife et aux cardinaux tm manifeste qu'il terminait en annonçant que, pour obtenir la justice qui lui était due, il allait se mettre en possession de la ville d'Avignon, qu'il maintiendrait

(1) Depuis la mort de Mazarin, en 1661.

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