CHAPITRE n
par des prêtres. Ce fut l'avis de Fénelon, ce fut même celui de M""* de Maintenons que des liens si étroits attachaient alors au monarque. Toutefois, a le peuple français, et M. de Sismondi lui- D même en fait l'aveu, applaudit à ces mesures. Les Parisiens, en » particulier, se portèrentavec fureur àCharenton; ils y démolirent » le temple où les protestants de la capitale se réunissaient pour » célébrer leur culte, et ils n'en laissèrent pas subsister un seul » vestige. » Plus tard (1701-1704), les montagnes des Cévennes furent ensanglantées par les paysans connus sous le nom de Camisards. Ces insurgés^ soutenus par le fanatisme et protégés par leurs rochers, résistèrent longtemps aux troupes réglées, en« voyées pour les soumettre. On employa successivement contre eux trois maréchaux de France, Montrevel, Villars et Berwick, et l'on parvint à les réduire plutôt par les négociations que par les armes. On a d'ailleurs exagéré singulièrement le récit des violences exercées durant ce qu'on a appelé les Dragonnades; de même que certains historiens ont quintuplé le nombre des calvinistes qui abandonnèrent alors la France. Les renseignements les plus exacts n'en comptent que soixante-six à soixante-huit mille de tout âge et de tout sexe, au lieu de six cent mille, chiflfre que l'école de Voltaire et tous les écrivains protestants avaient mis en avant. Du reste, cette mesure eut poiur effet de réparer une multitude d'injustices faites aux catholiques, de rappeler à la vraie foi le très grand nombre des peuples séduits, de faire sortir du royaume les plus obstinés dans l'erreur, enfin de mettre la secte hors d'état de rien entreprendre contre la paix et la tranquillité intérieun; du pays. De tels résultats compenseraient abondamment les dommages matériels que l'expulsion des calvinistes aurait pu faire h la France, en les supposant aussi réels qu'on l'a prétendu avec beaucoup d'exagération.
29. Pendant que Louis XIV poursuivait les huguenots en France, sa politique lui faisait conclure des traités avec l'Islamisme. Les modifications profondes survenues dans la situation de l'Europe, depuis le commencement du xvi' siècle, avaient changé le rôle de la France. La France qui, aux époques des croisades, avait porté de si rudes coups au croissant, ne semblait plus les diriger que sur des nations chrétiennes, et cherchait des auxiliaires IV. 23
parmi les Turcs. Le traité de paix signé entre Mahomet lY et l'empereur Léopold I", après la bataille de Saint-Oothard (1664), venait d'être violé par la Porte, qui avait élevé un seigneur hongrois, Tékéli, à la dignité royale, en lui confiant, comme vassal du sultan, le gouvernement de la partie de la Hongrie appartenant à l'Autriche. La cour de Vienne réclama auprès du Divan. On ne lui répondit qu'en envoyant dix mille Ottomans se réimir aux troupes de Tékéli, et mettre tout à feu et à sang dans les possessions autrichiennes en Hongrie. Mahomet IV, gouverné par le grand visir Kara-Moustapha, successeur d'Achmet, avait renouvelé le vœu de ses prédécesseurs : « Mon cheval ira manger Ta- » voine sur l'autel de Saint-Pierre de Rome. » Le grand visir, moins ambitieux, songeait à faire une nouvelle Turquie-d'Europe, dont la capitale serait Yienne. Une armée de trois cent mille Turcs, sous la conduite de Moustapha, se réunit à Belgrade. On agita dans le conseil ottoman la question de savoir si l'an s'arrêterait, sur la route, au siège des places fortes, ce L'Autriche, D dit le grand visir, est im arbre immense dont Yienne est le » tronc ; les branches de cet arbre tomberont 'l'elles-mêmes lorsque p le tronc sera abattu. » L'immense expédition se mit donc en marche pour Vienne au mois d'avril 1683. L'empereur Léopold P' quitta sa capitale, à l'approche de l'ennemi, et alla s'enfermer à Lintz avec sa cour. Le cabinet de Versailles jouissait secrètement d'ime invasion qui l'aiderait à abattre la maison d'Autriche. Mais le Pape Innocent XI veillait aux destinées de l'Europe; il fut l'Urbain H du xvn" siècle. Ses nonces réussirent à ménager une alliance offensive et défensive entre l'empereur et le roi de Pologne, l'héroïque Jean Sobieski. Sobieski avait déjà sauvé deux fois son royaume, envahi par le flot musulman. Il devait, une troisième fois, sauver la chrétienté sous les murs de Vienne. Le souverain Pontite donna à Sobieski l'espérance d'un mariage entre Jacques, fils du héros, qui avait alors seize ans, et une archiduchesse d'Autriche ; il lui promit de travailler à rendre la couronne de Pologne héréditaire dans sa maison, sage pensée dont la réalisation eût peut-être sauvé la Pologne ! Innocent XI ordonna ensuite des prières publiques à Rome, pour le succès des armes chrétiennes. Il envoya cent mille écus à l'empereur et une somme semblable au roi de Pologne. Le sacré collée contribua