‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 134 sur 192 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

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à former cette aumône sainte; Livius, neveu du Pontife, avait seul souscrit pour dix mille écus tirés de ses revenus patrimoniaux. La Papauté fut encore une fois le salut du monde.

30. L'armée autrichienne , commandée par le duc Charles de Lorraine, comptait à peine quarante mille combattants. Dix mille hommes de garnison, sous les ordres du comte de Staremberg, étaient enfermés dans les murs de Vienne. Charles de Lorraine tenta, mais en vain, d'arrêter la marche des Turcs au moment où ils se disposaient à passer le Raab. Les Autrichiens, culbutés par les Ottomans, avant d'avoir pu opérer leur jonction avec l'armée de Sobieski, furent forcés de se replier sur le Danube, du câté de Vienne. Les Turcs dressèrent enfin leurs tentes sous les murs de cette ville le 14 juillet 1683. Leur camp enveloppait la cité. Kara-Moustapha la somma de se rendre. Vienne répondit par une formidable décharge d'artillerie. L'ennemi ouvrit la tranchée; et les obus, ébranlant les remparts, détruisirent, en peu de jours, vingt couvents, plusieurs églises et \m nombre infini de maisons. Les monastères extérieurs, les églises et une grande partie des nombreux faubourgs, furent livrés aux flammes par les Ottomans. Toutes les cloches de Vienne restèrent muettes ; une seule se fit entendre durant le siège, celle de Saint-Etienne, appelée Angstem (angoisse). Par Tordre du comte de Starembë^, la grande sonnerie de Saint-Etienne donna le signal du combat^ le 6 juillet. Le tocsin d'alarme se mêla à un immense cri de guerre, au sein de la population viennoise. Bourgeois et étudiants sont formés en milice, et les femmes mêmes volent aux armes. Les habitants de la cité jurent de vaincre ou de mourir. On ne connaissait plus ni sommeil ni repos. On passait les jours à combattre, et les nuits à réparer les remparts et à enterrer les morts. Ces combats terribles duraient depuis quarante-cinq jours. Dix-huit assauts avaient été déjà livrés par les Turcs, et les assiégés avaient fait vingt-quatre sorties. La moitié de la faible garnison de Vienne avait succombé. Le duc de Lorraine ne pouvait, sans s'exposer à une perte certaine, attaquer les Musulmans -, il était campé derrière la montagne de Cayemherg, attendant le roi de Pologne. Le comte de Staremberg, au désespoir, putlui faire parvenir un billet ainsi conçu : « Il n'y a plus de temps à perdre )

» Nous sommes perdus, si vous n'arrivez pas! » Tout-à-coup, des fusées s'élançant des hauteurs de Cayemberg, amioncèrent Tapparition de Sobieski, de ses vingt mille Polonais, et l'espérance revint au cœur des défenseurs de Vienne. Le roi de Pologne arrivait à marche forcée. Sur sa route, des arcs de triomphe lui avaient fait lire à chaque pas ces mots qui étaient dans toutes les âmes et sur toutes les lèvres : Salvatorem expectamus. U avait passé le Danube sur un triple pont que le duc de Lorraine avait jeté à la hâte, près de Tuln, et fait sa jonction avec les forces du duc et celles des princes électoraux de Bavière et de Saxe. Le conmiandement des troupes alliées, qui s'élevaient à soixante-dix mille hommes, fut immédiatement confié à Sobieski. Les soldats polonais étaient mal vêtus et mal équipés. Des princes alllemands. en exprimèrent leur étonnement : a Vous voyez bien ces hom- » mes-là? dit le héros. Ils sont invincibles ; ils ont fait le serment )) de ne se vêtir que des dépouilles des ennemis. » Si ces paroles , dit un biographe, ne vêtissaient pas les soldats du roi de PolognCy elles les cuirassaient. La vue de Sobieski électrisa l'armée chrétienne. Le cri, mille fois répété : Vive le roi Jean! accueillit le monarque polonais. Le 12 septembre 1683, à la pointe du jour, Sobieski et les principaux chefs de l'armée se rendirent dans une chapelle située sur le mont Léopoldberg. Le nonce d'Innocent XI, Marco d'Aviano, célébra la messe, que le héros polonais servit lui-même, tenant les bras en croix. A l'issue du saint sacrifice , Sobieski fit agenouiller son fils Jacques au pied de l'autel, et l'arma chevalier. Puis, il lui ordonna de monter à sheval, l'épée au poing, et de rester à ses côtés. Le jeune prince, qui se montra digne de son nom, dans cette immortelle journée, obéit avec joie à son noble père. Sobieski disposa, non sans de grandes difficultés, son armée en bataille sur les montagnes boisées qui couronnent la ville de Vienne. Il confia le commandement de l'aile droite au grand hetman Jablonowski, celui de l'aile gauche au duc de Lorraine ; lui-même se plaça au centre. Il donna le signal, et de toutes parts, une formidable décharge d'artillerie vomit la destruction et la mort sur les assiégeants. La canonnade dura ainsi depuis dix heures du matin jusqu'à une heure de l'après-midi. A ce moment, Sobieski aperçut de bngues files de chameaux s'en

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allant du côté de la Hongrie. C'était l'ennemi qui songeait à opérer sa retraite. Le roi de Pologne ordonna à son armée de fondre sur Tennemi à l'arme blanche. Les guerriers chrétiens, Sobieski à leur tête, se précipitent comme un torrent sur les troupes de Kara-Moustapha, et une efiBroyable mêlée s'engage entre les combattants. La lutte se prolongea jusqu'à cinq heures du soir. En ce moment la défaite des Turcs devint complète; ils se débandèrent et prirent la fuite. Le soir, il n'y avait plus que vingt mille cadavres ottomans ou tartares qui gardaient les murs de ">^enne. Le roi de Pologne envoya au Pape des drapeaux enlevés à l'ennemi, avec ces mots de César, auxquels le héros donna un caractère de modestie chrétienne : a Vent, vidi^ Deus vtcit. Je y> suis venu, j*ai vu. Dieu a vaincu. )» Le lendemain de la bataille, Sobieski fit son entrée dans Vienne, à cheval, à la tête des troupes confédérées. Le peuple se précipitait à genoux sur son passage, en versant des larmes de joie^ et en l'appelant son sau«> veur. Les femmes tenaient leurs petits enfants dans leurs bras pour leur montrer le héros. Des pleurs mouillaient les yeux de Sobieski. « Dieu a tout fait, mes amis, disait-il aux flots de 7> peuple qui l'entouraient. Allons remercier le Seigneur de la » victoire. » Il entra avec la foule dans l'église des Augustins, s'agenouilla dans la chapelle de Lorette et entonna lui-même le Te Deum. Et l'hymne du Dieu des batailles, chanté par tout un peuple, semblait ébranler les voûtes de la basilique. Un prêtre monta ensuite en chaire et prononça un discours sur la délivrance de Vienne. H prit pour texte les paroles que Pie V, de glorieuse mémoire, avait appliquées à Don Juan d'Autriche, après la vie-: toire de Lépante : Fuit homo missus à DeOy oui nomen erat Joannes. Et tous les regards se portèrent à la fois sur Jeatr Sobieski. La délivrance de Vienne est un des plus grands événements de l'histoire moderne : Innocent XI, par l'épée du héros polonais, venait de refouler l'islamisme, pour jamais, loin de l'Europe chrétienne. Sous l'inspiration du glorieux Pontife^ une triple alliance fut formée alors entre l'Autriche, la Pologne et Venise, contre les Turcs, qui furent obligés d'abandonner succès* sivement toutes leurs conquêtes (1).

(1) Voir, pour Thistoire du si^e de Vienne et de la guerre contre la Turquie

31 . Pendant qu'Innocent XI luttait ainsi contre les ennemis du dehors, sa vigilance infatigable poursuivait au dedans les héré* sies qui menaçaient la paix intérieure de l'Eglise. Il condamnât le Nouveau Testament de Mons et plusieurs autres ouvrages jansénistes qui se produisaient alors. Il frappait également d'anathème soixante-cinq propositions extraites des casuistes modernes, et confirmait, par une bulle du 19 novembre 1687^ le décret rendu par l'Inquisition d'Espagne contre la personne et les écrits de MoUnos, auteur d'un ouvrage intitulé : La Guide spirituelle... Molinos avait imaginé un système de quiétude et de contemplation aussi absurde que dangereux, qui fit donner à ses partisans le nom de quiéttstes. Cette hérésie faisait consister la perfection chrétienne dans un état où l'homme ne raisonne plus ses actions, et se tient dans une inertie complète, une inaction entière. « L'homme parfait, dit Molinos, ne réfléchit ni sur Dieu ni sur j» lui-même; il ne désire point le ciel, comme il ne craint pas 1» l'enfer ; il s'identifie tellement à la volonté de Dieu, que rien en y» lui fait peine, ni les mauvaises pensées, ni les blasphèmes ,ni X» l'incrédulité, en un mot, aucune des tentations auxquelles il 1» succombe; au contraire, ce sont, à ses yeux, des moyens dont » Dieu se sert pour purifier l'&me. Quand celle-ci est en eflFet pu- » rifiée, lorsqu'elle est intimement unie à Dieu par l'état parfait » de l'oraison de quiétude , elle n'est plus comptable à Dieu des 1» actions les plus criminelles , elle ne participe plus à ce qui se » passe dans cette maison de chair : la fornication , l'adulte , le » désespoir même, péchés horribles pour ceux qui ne sont point x> encore parvenus à la quiétude , deviennent des actions indiffé- » rentes pour les vrais contemplatifs qui n'en contractent aucune » souillure, d — Molinos fit abjuration de ses erreurs , en habit de pénitent , en présence de toute la cour et du peuple de Rome. Nous verrons sa doctrine séduire un des plus beaux génies des temps modernes, qui expia son illusion par im noble exemple de soumission au Saint-Siège.

32. Ce fut ledemier acte dulaborieux pontificat d'Innocent XI. Ce grand Pape mourut, chargé d'ans et de gloire, le 12 août 1 689,

V Histoire de Constantinople, par M. Baplistin PouJOULAT, à laquelle nous avont emprunté les détails de cet intéressant épisode.

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