CHAPITRE U
après un règne de treize ans. Le peuple Finvoqua comme un saint y et se disputa ses reliques.
S s. Pontflleat d'Alexandre Vin (6 octobre 1689-1« février 1691).
33. Le cardinal Ottoboni, âgé de soixante-dix-neuf ans, fut donné, pour successeur à Innocent XI : il prit le nom d'Alexandre Vni. Le grand âge du nouveau Pontife n'avait pas détruit ses forces ; on connaissait sarare prudence, sa perspicacité, sa profonde connaissance des affaires, la douceur et la modération de son caractère, qu'il savait allier à une sage et raisonnable fermeté. Louis XrV crut qu'il lui serait facile de terminer à son avantage les différends qui existaient entre la France et le Saint-Siège. D se hâta de renoncer pour ses ambassadeurs au droit de Franrchisesj qui avait soulevé tant d'orages. Le duc de Ghaulnes , envoyé de France à Rome , souscrivit à cette suppression , au nom de son maître , et le monarque remit Avignon et le combat Venaissin aux mains du pape (1690) . De son côté , ce dernier concéda au roi de France le droit de nommer les évèques de Metz, Toul, Verdun, Arras et Perpignan ; droit qui n'était pas compris dans le concordat de Léon X avec François P*.
34. Mais ces concessions ne pouvaient amener de paix définitive qu'autant que le roi renoncerait à étendre la Régale en France et cesserait de maintenir, comme loi de l'État, la Déclaration de 1682. Alexandre VIII fit de vains efforts poiur y détermiuer le monarque. Il travailla dès lors à rédiger la fameuse bulle Inter multipliceSj qu'on peut regarder comme l'œuvre importante de 8on Pontificat. « Constitué par le Seigneur, dit le Pape , comme D défenseur des droits ecclésiastiques, réfléchissant nuit et jour , » dans l'amertume de notre âme , aux devoirs de notre charge, » nous avons élevé nos mains vers le Seigneur , avec des larmes » et des soupirs, et nous l'avons prié, de toute l'effusion de notre » cœur, afin qu'il envoyât à notre secoin^ sa grâce puissante , et » qu'il nous fût donné de remplir dignement le ministère apostoli- » que qui nous est confié. En conséquence , après avoir entendu D un très-grand nombre de nos vénérables frères , les cardinaux » de la sainte Église romaine ; après avoir pris connaissance des
D délibérations de plusieurs docteurs en théologie et en droit cai> non^ qui, spécialement désignés par nous pour examiner cette y) cause, l'ont examinée avec tout le soin possible , marchant sur V les traces d'Innocent XI , notre prédécesseur y d'heureuse mér> moire, qui dLtmprouvé, annulé et cassé tout ce qui s'était fait » en l'assemblée du clergé de France, dans l'affaire de la Régale, - » avec tout ce qui s'en est suivi; voulant, en outre , qu'on re- » garde comme bien spécifiés ici les actes de l'assemblée de 1 682^ » tant en ce qui concerne l'extension du droit de Régale , qu'en )) ce qui touche la Déclaration sur la puissance ecclésiastique ^àd yi même que tous les mandats, arrêts, édits y relatifs , nous décla- » rons, après une mûre délibération , et en vertu de la plénitude » de l'autorité apostolique ^ que toutes les choses et chacune des D choses qui ont été faites dans la susdite assemblée du clergé » de France de 1682 , tant touchant l'extension du droit de Ré- )» gale, que touchant la Déclaration sur la puissance ecclésiastique » et les quatre propositions qu^elle contient , ont été , de plein » droit, nulles , invalides , illusoires , pleinement et entièrement » destituées de force et d'effet dès le principe ; quelles le sont y* encore et le seront à perpétuité^ et que personne rCest tenu de » les observer , ou d^ observer quelques-unes déciles , s y fût-on j> engagé par serment. Nous déclarons encore qu'on doit les re- » garder comme non avenues, et comme si elles n'avaient jamais » existé ; et néanmoins , pour plus grande précaution et autant » que de besoin, de notre propre mouvement, de science certaine, D après ime mûre délibération et en vertu de la plénitude de notre » pouvoir , nous improuvons , cassons, invalidons , annulons et » dépouillons pleinement et entièrement de toute force et d'effet «» les actes et dispositions susdits , et toutes les autres choses sus^ » mentionnées, et nous protestons devant Dieu contre elles, et de » leur nullité, n
35. Cette bulle fut écrite et signée dès le i août 1690. Cependant le Pape s'abstint de la publier à cette époque, dans l'espérance que Louis XIY se soumettrait, sans qu'il fût besoin de recourir à cette extrémité. Mais le 30 janvier 1691 , sentant les premières atteintes de la mort, et se voyant s\xr le point de comparaître au tribunal du souverain Juge, Alexandre Yin appela les cardinaux,
GHAPITBE n. 361
et leur donna lecture de cette bulle , qui devint ainsi comme le testament du Pontife mourant. Deux jours après, il rendait son Ame à Dieu. Certes , on ne peut disconvenir qu'il y a quelque chose d'imposant et de solennel dans cette condamnation du Gallicanisme qu'Alexandre Ym prononça de son lit de mort ! Un grand nombre d'écrivains français ont pris de là occasion de flétrir la mémoire du pieux Pontife ; faut-il s'en étonner ? Us sont rares les coupables qui bénissent et approuvent l'arrêt du juge qui les condamne ! Pour nous, nous croyons que cet acte de fermeté d'Alexandre Vin a rendu son court pontificat l'un des plus importants de l'histoire ecclésiastique.