CHAPITRE m
Saini-Siége n'était pas possible. Plusieurs formules de soumission furent alors présentées à Innocent XII ; il les rejeta , parce qu'elles n'étaient point explicites. Enfin une commission, nommée parmi les évèques qui avaient fait pattie de l'assemblée de 1682, adressa au Pape une lettre pleine des expressions du plus sincère repentir, a Prosternés, disaient-ib, aux pieds de Votre » Sainteté y nous venons lui exprimer l'amère douleur dont nous » sommes pénétrés dans le fond de nos cœurs, et plus qu'il ne » nous est possible de l'exprimer, à raison des<^oses qui se sont » passées dans l'assemblée, et qui ont souverainement déplu à Sa D Sainteté ainsi qu'à ses prédécesseurs. En conséquence, si quel- 9 ques points ont pu être considérés comme décrétés , dans cette » assemblée, sur la puissance ecclésiastique et sur l'autorité pon- D tificale, nous les tenons pour non décrétés , et nous déclarons n qu'ils doivent être regardés comme tels, d Bossuet, de son côté, écrivait alors , dans sa Gallia ortfwdoxa^ les paroles que nous avons déjà citées : «Que la Déclaration deyienne ce qu'elle pour- D ra, nous n'entreprenons point ici de la défendre. » Tel fut donc, iqprès dix ans de discussions, le terme où aboutirent enfin les luttes ardentes soulevées par la fameuse Déclaration de 1 682 et les quatre articles qu'elle renfermait. La Déclaration n'a plus de force, ni du côté des Papes , qui n'ont cessé de la charger d'anathèmes , ni du côté des prélats , qui l'avaient signée et qui la désavouent, ni du côté de Louis XTV qui révoque Tédit porté en sa faveur , ni du côté de Bossuet qui l'avait rédigée , et qui lui donne un congé presque ignominieux. En présence de ces faits, il nous semble qu'on dénature étrangement l'histoire et la vérité, quand on soutient que les doctrines du Gallicanisme proprement dit n'ont jamais été positivement condamnées par le Saint-Siège, et qu'elles sont restées théologiquement dans l'Église à l'élat d'opinionlibre.
5. La Papauté avait encore une fois su maintenir ses prérogatives, même vis-à-vis le roi le plus puissant du monde chrétien. La situation de la France , voisine du schisme depuis dix années, n'avait plus de raison d'être. Innocent XII ouvrit les bras de sa miséricorde à des enfants un instant égarés, qui revenaient enfin au sein de leur père. Les évêques nommés par le roi sous-
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crivirent un acte de soumission au Saint-Siège, et de rétractation pour tous les actes de l'assemblée de 1682. A ces conditions , ils obtinrent les bulles d'institution canonique. Pour mieux prouver encore la joie qui dilatait son cœur, à un retour si inespéré , Innocent xn, dans la plénitude de son autorité apostolique , et tranchant, en vertu de son pouvoir suprême, la question de discipline qui avait occasionné de si long débats, consentit à l'extension du droit de Régale dans tout le royaume de France. Dès ce moment, le souverain Pontife se montra pour Louis XIV un allié fidèle, et l'union la plus étroite régna entre le chef suprême de l'Église et le roi très-chrétien.
6. A côté de Bossuet, et sous ses auspices, un nom destiné à devenir l'admiration du monde, l'amour de tous les cœurs sensibles et les délices du genre humain, avait grandi au milieu du clei^ë de France. François de Salignac de la Motte Fénelon, d'une ancienne et illustre famille du Périgord, était entré de bonne heure dans la carrière ecclésiastique. Sa naissance et son génie lui ouvraient le chemin des honneurs; mais sa modestie et ses vertus lui firent chercher l'obscurité et le silence. Il avait d'abord ambitioiiné le rôle des pieux missionnaires qui allaient porter la foi dans les contrées lointaines, et dont il a peint avec tant d'éloquence le noble dévouement dans le beau sermon pour le jour de l'Epiphanie. Les instances de sa famille, les tendres supplications de l'évêque de Sarlat, son oncle, le retinrent dans sa patrie, dont il devait être un des plus beaux ornements. Détourné de ces missions étrangères auxquelles son âme ardente l'appelait, il se consacra tout entier à un apostolat qu'il ne croyait pas moins utile, l'instruction des nouvelles catholiques (1). Les devoirs et lés soins de cet emploi, la simple direction d'une communauté de femmes, absorbèrent pendant dix années les admirables facultés de son génie et le préparèrent à la composition de son premier ouvrage, le traité De l'éducation des filles, chef-d'œuvre de délicatesse et de raison, qui, dans un seul petit volume, réunit plus
(1) On avait formé à Paris, sous ce titre, une communauté de religieuses destinées à élever et à instruire, dans les principes de la foi catholique, des jeunes filles appartenant à des familles calvinistes ou luthériennes.