‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 149 sur 192 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

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de rigaeur. Le couvent de Port-Royal (l) , dont les religieuses avaient constamment refusé de souscrire le Formulaire ^ fut fermé par édit royal (29 octobre 1709) , et ses bâtiments rasés. Le jansénisme cessait légalement d'exister. Cependant son esprit lui survivait encore et se réfugiait dans les parlements. Celui de Paris, encouragé dans sa résistance par le cardinal de Noailles, se refusalongtempsà enregistrer la bulle Unigenitus ; maisLouisXTV ayant déclaré qu'il tiendrait au besoin un lit de justice pour faire exécuter ses ordres, la bulle fut enregistrée le 14 février 1714, malgré la protestation du président Ménard. Quelques prélats ne crurent pas moins devoir prolonger leur résistance. L'archevêque de Tours attaqua publiquement la constitution UnigenituSy dans une lettre pastorale, adressée à ses diocésains ; le cardinal de Noailles, au mépris de toutes les convenances , en fit autant. Ces protestations isolées étaient compensées, et bien au-delà , par les applaudissements du monde catholique , qui s'était soumis avec empressement à la voix du vicaire de Jésus-Christ. Clément XI aurait pu fermer la bouche aux détracteurs de sa bulle ; le gouvernement du roi était prêt à en prendre la défense d'une manière énergique ; mais le Pape, animé du véritable esprit de la religion, qui ne ptmit jamais avant d'avoir épuisé tous les moyens de la douceur et delà clémence, modérales résolutions absolues duroi, et lui conseilla d'attendre du temps une solution plus pacifique. 29. Le règne de Louis XIV allait finir : la santé de ce grand prince était affaiblie par les infirmités de la vieillesse. Le 29 août 1715,ildit aux cardinaux de RohanetdeBissy : «Je meurs » dans la loi et la soumission de l'Eglise ; je ne suis pas instruit » des matières qui la troublent, je n'ai suivi que vos conseils; » j'ai fait uniquement ce que vous avez voulu ; si j'ai fait mal, D vous en répondrez devant Dieu, que je prends à témoin. )> H se fit ensuite amener le Dauphin , qui fut Louis XY, alors âgé de cinq ans. a Mon cher enfant, lui dit-il, vous allez bientôt être roi » d'un grand royaume ; ce que je vous recommande le plus for-

(i) Quelques religieuses de cet ordre, restées dans le couvent de Paris, 8*étant montrées plus dociles et ayant souscrit le Formulaire , furent maintenues. Leur communauté subsista jusqu'à la Convention nationale. Leur couvent a depuis été transformé en Thospice de la Maternité (1814).

y> tement, c'est de n'oublier jamais les obligations que vous avez à » Dieu. Tâchez de conserver la paix avec vos voisins, JTai trop » aimé la guerre , ne m'imitez pas en cela, non plus que dans les » grandes dépenses que j'ai faites. Prenez conseil en toutes choses, » et cherchez à connaître le meilleur pour le suivre toujours, soulas> gez vos peuples le plus tôt que vous pourrez, et faitesce que j'ai eu » le malheur de ne pouvoir faire moi-même. » Il termina ces touchants adieux en disant au jeune Dauphin : a Mon cher enfant, je » vous donne de tout mon cœur ma bénédiction ; » et il l'embrassa deux fois avec attendrissement. S'adressant ensuite à toutes les personnes de sa cour : <c Messieurs, leur dit-il , je vous demande » pardon du mauvais exemple que je vous ai donné ; j'ai bien à » vous remercier de la manière dont vous m'avez toujours servi, » de l'attachement et de la fidélité que vous m'avez marqués. Je ï> demande pour mon petit-fils la même application et la même » fidélité que vous avez eues pour moi. J'espère que vous contri- D huerez tous à l'union ; et que, si quelqu'un s'en écarte , vous » aiderez à le ramener. » Jusqu'au dernier soupir , il garda le courage des âmes fortes: « Pourquoi pleurez-vous? disait-il à ses » serviteurs. M'avez-vous cru immortel? » Ainsi mourut, âgé de fioixante-dix-sept ans, l'un des plus grands rois qui aient gouverné les hommes. H semblait présider aux funérailles du siècle dont il avait concentré, autour de lui , toutes les splendeurs et toutes les gloires. Le duc d'Orléans fut proclamé régent du jeune roi Louis XV.

30. Bossuet avait précédé Louis XIV dans la tombe. Le 12 avril 1704 s'était éteinte cette grande lumière de l'Eglise de France. Les amis de l'illustre évêque, prosternés au pied de son lit de mort, lui demandèrent sa dernière bénédiction. L'un d'eux lui exprima en même temps sa profonde reconnaissance pour toutes ses bontés, en le suppliant de penser quelquefois aux amis qu'il Ifidssait sur la terre et qui étaient si dévoués à sa personne et à sa gloire. A ce mot de y/oîVe, Bossuet, déjà entré dans le tombeau , déjà étranger à la terre , saisi d'un saint effiroi en la présence du juge suprême dont il attendait l'arrêt , se soulevant à demi de son lit de douleur et ranimé par une sainte indignation , retrouva la force de prononcer distinctement ces paroles :

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