CHAPITRE m
32, Dès Tannée 1715, Qément XI, par la bulle Ex illâ die, avait terminé une controverse fameuse, connue sous le nom de Question des rites chinois. Les premiers missionnaires de la Chine avaient été les Jésuite^. Profondément versés dans les lettres et l'histoire de ce pays, leur attention avait été naturellement attirée vers l'étude des cérémonies religieuses et civiles des Chinois. Le culte des ancêtres et les honneurs rendus à Confucius en faisaient les deux principales parties. Le peuple s'était tellement attaché à ces pratiques, qui s'étaient, en quelque sorte, fondues dans l'histoire et les mœurs de la nation , que les lui interdire semblait fermer à jamais tous les cœurs à la foi catholique dans le céleste Empire. Après un mûr examen , la plupart des Jésuites crurent pouvoir excuser les cérémonies chinoises de superstitions et d'idolâtrie. Le désir qu'ils avaient de faciliter la conversion des Chinois, principalement des lettrés, dont l'exemple pouvait entraîner le reste de la population, « leur charité et leur » zèle, dit M. Crétineau-Joly , les égarèrent. » Ils présentèrent donc à la congrégation de la Propagande , la question sous le point de vue dont ils l'envisageaient eux-mêmes; et ils en reçurent, à diverses reprises , des solutions qui les autorisaient à permettre aux néophytes la pratique des cérémonies, telles qu'elles étaient exposées. Cependant des religieux dominicains étant venus à leur tour évangéliser la Chine, jugèrent la question différemment. Us exposèrent leurs doutes au Saint-Siège. La difficulté grandit avec la passion que chaque parti mit à défendre son sentiment. Enfin, pour terminer des discussions regrettables, Clément XI déclara que les cérémonies chinoijses seraient à l'avenir interdites à tous les nouveaux chrétiens du céleste Empire. Tel fut le sujet de la bulle Ex illâ die. a La suppression des t cérémonies chinoises^ dit un écrivain moderne , fut ordonnée p avec beaucoup de sagesse. Le moindre sujet de douter si elles p étaient idolàtriques; l'animosité que le partage des sentiments p augmentait chaque jour parmi les missionnaires; les qualifip cations de fauteurs de l'idolâtrie et d'adulateurs de rois idop lâtres ; les infidèles témoins de divisions scandaleuses , et le p Christianisme livré à leur dérision ; c'est là, sans contredit , le p plus grand dommage que l'Evangile put soul&ir ; et, pour y
» mettre fin, il n'y avait point de considérations sur lesquelles » on ne dût passer, d
33. Un spectacle bien propre à fixer l'attention de l'historien ée présentait alors en Angleterre. La nation avait été comme tranchée en deux parts, depuis le schisme de Henri Vin. L'Angleterre protestante persécute dès lors, sans repos ni trêve, l'Angleterre catholique. La tête de Marie Stuart , celle de Charles P% tombent sous les coups de l'anglicanisme. L'Angleterre protestante proscrit Jacques II et son fils ; elle exclut du trône quiconque professe l'antique religion des aïeux ; elle appelle à la couronne le calviniste hollandais Guillaume de Nassau, avec sa femme, Marie-Henriette, fille hérétique du roi catholique détrôné, puis une autre fille du même roi , la princesse Anne , avec son mari luthérien, Georges de Danemark (1702-1714); enfin un luthérien allemand, Georges de Hanovre (1714-1727), auprès judice de plus de cinquante princes qui avaient plus de droits au trône, mais qui professaient la religion de la vieille Angleterre, la religion des grands et des saints rois Edouard et Alfred. Pour justifier son apostasie, du moins à ses propres yeux, FAngletCTre protestante s'attache, par la plume de ses écrivains, à flétrir, à calomnier l'Angleterre catholique , l'ile des Saints. Tels sont le but et l'esprit des histoires de Bumet , de Rapin-Thoyras , de Hume, et de presque toutes les publications historiques faites en Angleterre. Cependant l'anglicanisme se firactionne en une infinité de sectes, qui se peuvent, quant à la forme gouvernementale, résiuner en deux classes : les Episcopaux , reconnaissant une autorité épiscopale , et les Presbytériens , n'en recoimaissant pas. Les Episcopaux (anglicanisme officiel) ont conservé la hiérarchie des évoques, des prêtres et des diacres; mais l'Eglise romaine regarde leiu*s ordinations comme entièrement nulles, pour deux raisons, l'une de fait, l'autre de droit : l' Matthieu Parker, prétendu archevêque de Cantorbéry, et tige de tout l'épiscopat anglican, depuis 1559, n'a jamais été validement ordonné évêque ni même prêtre, puisque Barlow , son prétendu consécrateur , ne l'avait pas été lui-même. 2^ La formule d'ordination, prescrite par le ritud d'Edouard VI , et suivant laquelle Parker a été ordonné évêque par un homme qui ne l'était pas, est nulle et insuffisante ;