‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 159 sur 192 · Au milieu de ces armements formidables dont la plupart · texte numérisé non relu

Au milieu de ces armements formidables dont la plupart

(1) Une clause da traité de Vienne stipulait que, après la mort de Stanislas, la Lorraine et le duehé de Bar reviendraient à la France. Le cardinal de Fleury as* snrait ainsi à la couronne iine de ses plus belles et plus ricbes provinces. IV. 28

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^'étaient, comme toujoiirs, déployés sur le temtœie de Fltalie, la conduite de Qémeirt XII avait été celle d'un Pape; tous ses efforts n'avaient eu qu'un but, celui de rendre moins désastreux, pour les populations, le fléau de la guerre. L'entrée et les séjours successifs des troupes impériales et espagnoles grevèrent de cou:-* tributions forcées les habit^uits de Farare, de Bologne et de Ravenne. Le souverain Pontife voulut les indemniser de se» propres deniers. Quand la paix de Vienne eut donné à d<Mi Carlos le royaume des Deux-Siciles, Clément XII accorda à ce prince l'investiture des États napolitains, qui relevaient du Saint-^ége^ et employa toute son influence pour apaiser les ferments de discorde et de haine, qui couvaient sourdement au sein d'un peuple tant de fois conquis ^ et par des maîtres si différents. La Papauté était toujours le refuge des nationalités opprimées et le défenseur né de tous les droits acquis. Les Corses se révoltèrent ecmtre la tyrannie de la république de Gènes, chassèrent le gouverneur qui leur avait été imposé, et députèrent, près de Clément XII^ Patd Otticoni, chargé de proposer au Pape la réintégration du pouvoir pontifical dans leur île. Si le Saint-Siège avait eu cette politique ambitieuse et envahissante, que lui reprochent si in* justement les adversaires de l'Eglise, le souverain Pontife eût avidement saisi l'occasion de rentrer en possession d'une ile qui avait, pendant plusieurs siècles, fait partie du patrimoine de Saint- Pierre, et dont les Génois ne s'étaient emparés que par une usur* pation flagrante. Cependant, malgré les titres qui justifiaient si convenablement l'offre faite par les Corses à Clément XII, le Pape, loin d'accepté, estima plus digne de lui de s'ofirir comme médisrteur de la paix. En conséquence, il envoya un bref à l'archevêque de Gênes, qu'il chargea de communiquer sa proposition au sénat. Elle fut repoussée : Clément XII protesta en vain contre nue pareille hauteur ; il eut la douleur de voir la Corse forcée de se plier de nouveau sous un joug détesté. Mais il eut du moins la consolation d'avoir agi comme le véritable père commun des fidèles, dont la seule ambition est de calmer toutes les dissensions, d'apaiser toutes les querelles, sans jamais chercher à profiter d'aucune. Une autre affaire du même genre se produisit alors. A qfMxe lieues de jEtimim; et à cinq lieues d'UrbiU; se trouve la

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petite ville de Saint-Marin , dont les habitants, unis i ceux de sept villages voisins, se gouvernent en république. Ce petit Etat fdt longtemps protégé par les ducs d'Urbin ; mais cette maison s'étant éteinte au milieu du xvn* siècle, la république de Saint- Marin se plaça sous le patronage du Saint-Siège qui acquit ainsi sur elle une sorte de droit de suzeraineté. Sous le pontificat de Clément XII, quelques habitants de Saint-Marin se plaignirent d'actes violents et arbitraires des chefs de l'Etat, et demandèrent instamment au Pontife qu'il consentit à leur accorder le gouvernement doux et bienfaisant de l'Eglise romaine. Leurs instance^ étant restées sans réponse, ils s'adressèrent au cardinal Albéroni^ qui, après ses éclatantes disgrâces en Espagne, avait été heureux d'accepter les fonctions de légat apostolique dans la Romagne. La passion du pouvoir ne meurt jamais au cœur des ambitieux* Âlbéroni transmit les vœux des habitants de Saint-Marin à la cour de Rome, et supplia le Pape de lui donner des instruction]; positives à ce sujet. Clément XII fît répondre au cardinal, par la secrétairerie d'Etat, qu'il eût à se transporter près des frontières de la république ; que là, il attendit ceux qui viendraient volon^ tairement ratifier leur première demande, a Si la plus grande et la » plus saine partie des habitants, disait le Pape, persiste à vouloir » Tincorporation aux Etats pontificaux, le cardinal prendra pos- » session de la ville ; dans le cas contraire, il n'insistera nullement » et devra, sur-le-champ, reprendre le chemin de sa légation. » Ces prudentes réserves ne pouvaient être du goût d'Âlbéroni. Le fougueux cardinal, qui avait échoué en Espagne pour avoir votdu placer Philippe Y, son maître, sur le trône de France, crut qu'il se couvrirait de gloire en Italie^ en donnant au souverain Pontife la république de Saint-Marin . Sans attendre une démonstration de consentement, comme le Pape lui en avait donné l'ordre formel^ il entra à Saint-Marin, s'en fît remettre la possession, y plaça, un gouverneur et prescrivit diverses lois pour le gouvernement du pays, malgré le refas de serment de la plupart des citoyens. Clément Xn, en apprenant cet abus de pouvoir, désavoua son infîdèle légat, annula tous ses actes, et par un décret pontifîcal, rendit à h république tous les droits et privilèges qui lui avaient été antérieurement concédés par les papes Martin V, Eugène IVy

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dément VIII et Léon X. L'Europe entière applaudit à un pareil désintéressement, et Albéroni ne retira de sa tentative téméraire que la honte d'avoir échoué dans une entreprise aussi légèrement concertée que malheureusement conduite. '

15. Les premières années du pontificat de Qément XII avaient été marquées par de nouveaux scandales de la part des jansénistes de France. François Paris, diacre du diocèse de Paris, mort le !•' mai 1727, avait toujours vécu dans l'obscurité et ne pouvait nullement se douter de la célébrité qui attendait sa tombe. Resté diacre, par une pratique assez commune dans le parti jansénistej il passait jusqu'à deux ans sans communier et même sans £sûre ses Pâques. Cette omission d'un précepte formel était, aux yeux de la secte, la marque de la plus haute perfection. Les doctrines d' Arnauld sur la Fréquente communion avaient porté leurs fruits. On en trouve parmi les jansénistes d'autres exemples, dont le plus frappant est celui du Pèi^e de Gennes, ex-oratorien, qui ce fut » assez saint, dit son biographe, pour demeurer quinze ans sans D communier. » Hélas 1 ces sortes de saintetés ne se sont depuis que trop multipliées I Quoi qu'il en soit, le diacre Paris avait été inhumé dans le petit cimetière de la paroisse de Saint-Médard, et il y fût probablement demeuré dans le plus profond oubli, sans le besoin qu'avait la secte de relever, par des miracles, son crédit qui décroissait chaque jour. On imagina donc de transformer le diacre obscur en un éclatant thaumaturge. Toute la foule des sectaires se réunit sur son tombeau, s'agitant, se débattant et renouvelant au xvm* siècle, sous les yeux de la France, la nation la plus éclairée du monde, les extravagances des Quakers anglais du tomps do Cromwell. En même temps, on répandit, par milliers, dans le public, des relations apocryphes de prétendus miracles opérés par l'intercession du nouveau saint : des boiteux ont soudain recouvré le libre usage de leurs jambes, des paralytiques ont été guéris au milieu de convulsions étranges. L'appât de la nou-veauté, l'amour du merveilleux, le succès des vues intéressées, peuplèrent bientôt le cimetière de Saint-Médard d'une multitude superstitieuse, prête à croire, sur les plus légères apparences, tout ^H qu'on voudrait lui persuader, a L'autorité de la bulle Unigejur

tus, avait dit l'un des coryphées du jansénisme; est telle qu'il faut

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? maintenant des miracles pour la contrebalancer. y> Ce qui dis^ tingua particulièrement les scènes du cimetière de Saint-Médard, ce furent les convulsions auxquelles se livrèrent les énergumènes. Ces convulsions, souvent accompagnées de douleurs , obligeaient % demander ce que la secte appela les grands et les petits secours ; ils consistaient en de violents coups de pierres , de marteaux et même d'épées, sur les différentes parties du corps. L'indécence le di^utait au ridicule dans ces jongleries scandaleuses. On voyait des femmes, se débattant avec des gestes et des contorsions étranges, dogmatiser contre la bulle Unigenitus. Il fallait qu^un bandeau bien épais couvrit les yeux dps partisans de ces ridicules prodiges pour en dissimuler la fausseté. Quelques-unes de ces misérables thaumaturges faisaient annoncer sérieusement au public que, tel jour, à telle heiu^, elles se feraient crucifier pour la plus grande gloire du jansénisme. Il était temps que rautoriié intervînt, et mît un terme à ces dangereuses extravagances. M. de Vintimille publia im mandement où il s'élevait avec force contre les prétendus miracles du diacre Paris, contre l'ignominie des convulsions, défendait d'en propager le récit, d'en admettre la réalité, et condamnait tout ce qui s'était fait jusque-là dans ce sens. Clément Xn confirma le mandement du prélat; malheureusement deux évêques, MM. de Colbert et de Caylus, prirent parti pour les convulsionnaires et publièrent des lettres pastorales pour les soutenir. Languet, archevêque de Sens, dont nous avons déjà signalé le zèle contre le jansénisme, prit en main la cause de la vérité, du bon sens et de la religion. La secte ne lui pardonna pas les âoquents écrits qu'il publia alors et dans lesquels il flagella, avec autant de verve que de raison, les convulsionnaires et leurs apologistes. Le bénédictin dom La Taste, depuis évêque 'de Béthl^m^ écrivit dans le même sens. Les mandements des ' (deux évêques opposants furent condamnés à Rome et supprimés par un arrêt du conseil. Le principal agent des miracles apojGXyphes, l'avocat La Barre, fut envoyé à la Bastille avec quatre malheureuses dont il se servait pour tromper la crédulité publique. Le cimetière de Saini-Médard fut fermé par ordre du roi. Ces mesures rigoureuses n'arrêtèrent pas cependant, d'une manière définitive, les scènes convulsionnistes; elles continuèrent dans

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l'ombre et ont eu des sectateurs jusque dans ces derniers temps. La naissance d'un nouveau Messie, en 1792, fut solennellement annoncée par les jansénistes de Lyon. Cet enfant du prodige, nommé Élie Dieu, devait commencer sa mission en 1813. La prophétie hérétique a eu le sort de tant d'autres.

1 6 . Yaincu sur le terrain des miracles, le jansénisme se retrancha dans les parlements qu'il avait tous plus ou moins infestés de son esprit. Une caisse mystérieuse (1), abondamment pourvue par les offrandes du parti, servait à soutenir la Gazette Eccléstastique, journal officiel des jansénistes, à faire imprimer «t distri— huer gratuitement des brochures contre le Pape et les évêques, à entretenir des moines et des religieuses échappés de lemr cloître, à fournir aux frais de voyages des agents qu'on envoyait en divers lieux réchauJOTer le zèle des tiëdes, stimuler les ardents et faire de nouveaux prosélytes. Une circonstance analogue à celle de l'office de saint Grégoire YQ vint rallumer toutes les dissensions et prouver au monde qu'aucune des grandes gloires religieuses n'eut le privilège d'échapper aux censures du jansénisme. Clément XQ, par une bulle du 16 juin 1737, avait canonisé saint Vincent de Paul, le bienfaiteur de la France et de l'Europe, l'honneur immortel de l'humanité. Le i janvier 1738, par un arrêt que l'histoire voudrait voir enseveli dans une nuit étemelle, la magistratmre française tout entière, représentée par le Parlement de Paris, supprima la bulle de canonisation de saint Vincent de Paul. Le prétexte de cette inqualifiable conduite était un passage de la bulle pontificale, où Clément XII louait le héros chrétien du zèle qu'il avait mis à combattre l'erreur jaasénîenne. Plusieurs cmés de Paris joignirent leurs protestations personnelles contre la bulle, à l'arrêt du Parlement, et dix avocats, les plus fjîgtVngi?^ du barreau à cette époque, appuyèrent le manifeste de ces prèti» indignes, par une consultation «c où ils assuraient que les défauts

(1) Cette caisse était connue sons le nom de lotte à Perrette. Elle fut ainsi a^ pelée du nom de la gouTernante de Nicole, lequel laissa un premier fonds Ih quarante mille livres pour le service de la cause. Eu 1728, Tabbé Dorsamne, grand- vicaire du cardinal de Noailles, y fit un legs de cent soixante-quatre mîUe livres. La caisse se trouva en peu de temps atteindre le chiffre énorme d'un mil- Uon et demi.

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» dont la bulle était pleine, autorisaient les eurés & former oppo«- 9 sition à son enre^strement, ce qui ne les empêcherait pas^ » dans un temps plus opportun, de procéder à Tappel comme » d'abus. » On comprend l'immense douleur qu'un pareil scan« dale, donné par les magistrats et les prêtres d'une nation qui s'appelait la fille aînée de P Eglise, à propos d'un saint qui faisait la gloire de la France, dut causer au cœur du souverain Pon*« tife. n ne jugea pas cependant convenable de procéder, dan» cette circonstance, avec une rigueur qui eût donné plus de publia cité et d'éclat à une résistance déplorable. Il se contenta d'agir par la voie diplomatique auprès de la cour de France. Ses réclamations trouvèrent un interprète et un défenseur puissant dans la pieuse reine Marie Leckzinska. A sa prière, Louis XV ordonna que l'arrêt du Parlement, relatif à la canonisation de saint Vincent de Paul, serait supprimé, que le mémoire des curés serait regardé comme non avenu. Il réprimait dans le même temps un autre écart des magistrats qui venaient de défendre de donner le titre d'œcuménique au cinquième concile de Latran; comme si c'était à des juges séculiers à décider de l'œcuménicité des conciles. Le roi cassa leur arrêt, ce qui ne les empêcha pas de déclarer qu'ils persistaient à le soutenir.

17. A ne consulter que les premières notions du catéchisme ♦ ou même le bon sens le plus vulgaire , la conduite du Parlement de Paris est absurde ; mais il n'en est plus de même si l'on consulte les libertés de t Eglise gallicane. Fleury, dans son discours sur ces fameuses libertés, s'exprime ainsi : a La doctrine ancienne » est demeurée à des docteurs souvent moins pieux et moins » exemplaires en leurs mœurs que ceux qui enseignent la nou^ » velle. Quelquefois même ceux qui ont résisté aux nouveautés D ont été des jurisconsultes ou des politiques profanes et libertins^ » qui ont outré les vérités et les ont rendues odieuses. C'est une » merveille que l'ancienne et saine doctrine se soit conservée au » milieu de tant d'obstacles. » Fleury appelle ici ancie:nne et saine docti'ine la doctrine des parlements , des jurisconsultes ou des politiques libertins et profanes; il appelle nouveautés les sentiments de l'Eglise romaine, des docteurs et des saints les plus illustres, tels que Vincent de Paul, François de Sales, Thomas d' A-f

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quin.Or^dlesparlements^IesjiirisconsidteSylespolitiqaesliberti^ et profanes ont conservé l'ancienne et saine doctrine contre les Papes et les saints qui introduisaient des nouveautés scandaleuses, conunent ne serait-ce point encore à eux d'examiner et de juger en dernier ressort les buUes de canonisation et même les conciles nommés œcuméniques , pour y signaler et flétrir les tendances corruptrices des saints et de l'Eglise romaine? La conséquence est rigoureusement logique.

18. Le Parlement prouva bientôt qu'il entendait ne pas la laisser à l'état de théorie , mais la faire passer dans la pratique. Depuis la promulgation de la bulle Umgenitus^ lorsqu'un janséniste malade demandait le saint Viatique, les évêques et les curés catholiques exigeaient préalablement que le malade se soumit aux décisions de l'Eglise relatives aux erreurs qu'il avait professées, et se confessât à un prêtre approuvé. Cette dernière clause était d'autant plus nécessaire , que des prêtres jansénistes parcouraient secrètement tous les quartiers de Paris , et même toutes les villes de province, pour donner, sans autre forme, l'absolution aux hérétiques qui réclamaient le secours de leur ministère. Les jansénistes avaient en effet pour principe qu'un prêtre interdit pouvait parfaitement confesser et n'admettaient pas qu'il f àt au pouvoir d'aucune autorité ecclésiastique de lui retirer ce droit. La con* duite des évêques et des curés orthodoxes déplut aux magistrats qui composaient les parlements, et leur sembla un acte de violence aussi arbitraire qu'injuste. On vit bientôt paraître des arrêts qui enjoignaient, de par le magistrat, aux pasteurs des âmes, de donner le saint Viatique à tout janséniste, sans condition, et cela sous peine d'amende, de prison et d'exil. Cette persécution des parlements de France contre l'Eglise catholique commença publiquement en 1731. Le 28 avril, le Parlement de Paris rend un arrêt contre l'évêque d'Orléans, en faveur d'une femme janséniste à qui il avait été fait un refus de sacrements. Le roi casse Tarrét comme abusif en ce qu'il y est fait injonction à un évêque en matière spirituelle. Le Parlement présente des remontrances auxquelles le roi répond qu'il persiste à ne pas changer l'arrêt de son conseil et défend aux magistrats toute délibération contraire ; ses Pf dresnesontpasrespectés.Onpouvaitdéjà, danscesconflits, signa-

CaiAPITRE IV. H\

1er rapparilion de l'esprit de révolte et d'indépendance , au souffle duquel la motiarehie devait s'écrouler dans le sang et les ruines» Cependant Louis XV l'emporta. H cassa l'arrêt du Parlement, le mit à néant, le déclara nul et sans effet. Il voulut que la minute en fàt rayée et l'ordonnance de suppression transcrite à la marge, . Cette rigueur arrêta pour quelque temps les poursuites, et le Parlement ^ vaincu, se vengea en supprimant un décret et un bref que Clément XII venait de publier contre une Vie du diacre Pâris, contre les prétendus miracles du cimetière de Saint-Médard, et contre un mandement de l'évêque janséniste de Montpellier. Ce nouvel attentat contre l'autorité du Saint-Siège passa inaperçu.

19. A cette époque un homme qui devait réunir l'immortalité du génie à l'immortalité du scandale, qui semblait avoir reçu de l'enfer la puissance de la destruction et la haine de toutes les hiérarchies civiles et religieuses, qui étonna son siècle par la mobilité de son caractère et le prestige de son talent, dont l'hypocrisie égala la corruption ; qui sembla résumer, comme dans un foyer ardent, toutes les idées d'incrédulité, de licence, de négation universelle, d'hostilité à l'Eglise et au Christ; qui se donna pour mission de flétrir les plus saintes croyances, de calomnier les gloires les plus pures, de nier Dieu, Tâme, la conscience, la religion, d'ébranler les fondements des institutions sociales, consolidés par des siècles de bienfaits et de victoires; qui réussit à précipiter, au bruit des applaudissements enthousiastes de l'Europe entière, la plus antique monarchie du monde dans un abîme sanglant. Voltaire enfin, commençait sa longue carrière , signalée par tant de triomphes littéraires et d'immoralité, par tant de corruptions et de gloires, par tant de grandeiurs et d'infamies. Obligé de se retirer en Angleterre, en 1726, à la suite d'un duel imprudemment offert, le jeune Arouet de Voltaire avait emporté dans son exil une amertume et un.ressentiment profonds. Dans cette disposition y il se passionna pour le gouvernement, les lois et les usages de cette nation étrangère. La liberté, dont les institutions anglaises offraient bien plus l'image que la réalité , séduisit cet esprit superficiel et épris d'idées d'indépendance. Les doctrines de Collins, Tindal, Woolston, Morgan, Chubb, qui tendaient toutes alors à élever le déisme sur les ruines de la foi, firent une impresr*

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8k>n profonde sur Tesprit dn fugitif. Il résolut dès lors d*imporler en France un ^stème religieux qui flattait toutes les passions, légitimait tous les vices, consacrait toutes les croyances et réalisait enfin dans sa plus haute expression cette liberté d'opinions qui arait été le rêve de Luther^ qui devint le but du philosophisme, et qui fut plus tard l'arme de toutes les révolutions. Dans sa retraite en Angleterre, Voltaire fit imprimer les Lettres philoso' phîques ou Lettres sur les Anglais. L'auteur y effleiu^ tout : la tiiéologie, la métaphysique, l'histoire, la littérature, les sciences et les mœurs. Un style léger et en même temps un ton tranché et dogmatique, des plaisanteries fines et adroites, des épigrammes mordantes, tout ce cortège de qualités et de défauts littéraires qui ont fait la fortune de Voltaire , se retrouvaient dans cet ouvrage dont l'auteur n'avait pas trente ans. La religion était d'ailleurs traitée dans ces lettres avec les mêmes sarcasmes ; il se moquait du clergé catholique et de nos usages religieux, tandis qu'il comblait de louanges les quakers , ces sectaires ignorants et enthousiastes. « Je suis corps, et je pense, je n'en sais pas davantage; v> je regarde comme impossible de démontrer l'immortalité de » l'âme. » La France avait vu se produire, sous toutes les formes et dans tous les genres, des écrits scandaleux ; elle n'avait pas encore entendu le langage de l'impiété aussi clair, aussi absolu, aussi formel. Bossuet, le grand Bossuet n'était plus là pour écraser, sous les coups de sa victorieuse éloquence, ces sophismes d'origine étrangère. Cependant la Faculté de théologie de Paris condamna les Lettres sur les Anglais; mais ce jugement n'arrêta pas rinvasion du philosophisme, qui avait dès lors un chef, un guide, un apôtre. Quelque temps après. Voltaire obtenait la permission de rentrer en France, et y était accueilli avec enthousiasme par les «eigneurs de la cour de Louis XV, aveugles qui comraient à Tabime par un chemin semé de fleurs.

20. La Faculté de théologie de Paris condamna, dans le même temps, un li^Te janséniste intitulé : Consuttatim sur la juridiction et sur r approbation nécessaires pour confesser. L^aortew, nommé Travers, se feisait gloire d'être un des appelants qui avaient refusé de souscrire le formulaire et de recevoûr la bulle Unigenitus. Le but de son ouvrage était d'établir dogmatique-

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ment que tout prêtre non approuvé pouvait abeoudre validement et licitement, tout pénitent qui se présentait à luL C'était la thèse des jansénistes et des parlements dans les affaires de refus des sacrements. Travers convenait qu'il avait contre lui la pratiqua de l'Eglise ; mais il n'en était nullement effrayé. La décision du concile de Trente qui déclare nulle toute absolulian domiée par un prêtre sans juridiction, soit ordinaire, soit déléguée, ne l'aniè* tait pas davantage, a Ce décret, disait le docteur janséni^ n'aU D teint que les prêtres contemporains du concile. J'y trouve d'ait V leurs un autre défaut. L'approbation des confesseurs par l'éveque D à l'excloûon des curés, peut passer pour un jugement contse p ces derniers qui n'ont pas été appelés; on peut le considérer y> comme un jugement rendu par ceux qui, semblant parties dans y> cette affaire , n'en devaient pas être les solliciteurs et les juges ^ » et contre lequel, par conséquent, les curés sont en droit de se » pourvoir quand ils en auront la liberté. » C'est ainsi qu'on parle d'un décret universellement suivi et d'un concile respecté par toute l'Eglise. On voit que si les jansénistes ne ménageaient pas l'autorité du Saint-Siège , ils ne respectaient pas davantage celle des conciles œcuméniques, auxquels néanmoins Us en appelaient continuellement. La Sorbonne condanma le livre du novateur; Languet, dont le nom se retrouvait partout où il y avait un janséniste à combattre, et le cardinal de Tencin, archevêque d'Em* brun, se joignirent à elle pour le proscrire.

21. Voltaire avait juré de propager le déisme de la Grande- Bretagne ; à cette époque, une autre importation de même origine se répandait en France , en Allemagne et en Italie. Sous le nom de Franc-Maçonnerie, une société secrète, se prétendant hériti^ des traditions de l'ordre des Templiers , réunissait dans son sein, sous un prétexte apparent de bienfaisance publique, les person* nages les plus distingués par leur rang , leur intelligence ou leulr richesse. Tous les emblèmes de la société se rattachaient à l'idée fondamentale de la construction d'un temple. Le temple devuii être , sans doute, dans la pensée des fondateurs, un monde nouveau dégagé de toutes croyances religieuses, de toute sub^dina-* lion hiérarchique, de toute forme gouvernementale régulière. La Franc-Maçonnerie concentrait ainsi en elle-même tous les germes

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de destractîon, tous les poisons cachés qui devaient édafer en leur temps, pour la ruine du corps social. Les adeptes n'étaient admis qu'après des initiations mystérieuses et terribles ; ils étaient assujettis à un secret absolu sur tout ce qu'ils voyaient ou entendaient dans les loges; c'est sdnsi qu'on appelait leurs assemblées. Connu d'un petit nombre de chefs, le but véritable de l'institution n'était jamais confié aux initiés vulgaires , qu'on amusait par de raines formules et de mystérieux symboles, véritables hochets d'enfants. Mais il suffisait d'avoir réuni une armée secrète, par* faitement disciplinée, prête à se soulever, au premier signal , contre l'EgUse et la société. Clément XII, par la bulle In eminefiti (28 avril 1737), condamna la Franc-Maçonnerie , défendit à tous les fidèles d'y participer sous aucun prétexte , et de contribuer à ses progrès de quelque manière que ce soit. Cet anathème solen* nel contre les Francs-Maçons n'a jamais été révoqué. La révolu* tion de 1789, volcan dont les sociétés secrètes couvaient la lave dans leur sein, a dû suffisamment éclairer les consciences honnêtes gur les véritables tendances de ces dangereuses réunions , et pourtant la Franc-Maçonnerie existe encore de nos jours ; et les gouvernements, par une fatale imprévoyance, croient qu'il suffit à leur sûreté de placer à la tête de la secte quelques noms connus ou dévoués. C'est un manteau jeté sur l'Océan.

22. La vigilance du souverain Pontife s'étendait aux contrées les plus lointaines. Dans le Liban, antique retraite du prophète Elie et de ses disciples, il existait un grand nombre de monastères, les uns de Maronites ou Syriens indigènes, les autres de Grecs Melchites. Les uns et les autres avaient à Rome une communauté, où ils envoyaient leurs meilleurs sujets, pour s'y perfectionner dans la science et la piété, et revenir dans leur patrie en qualité de missionnaires apostoliques. Outre quelques monastères indépendants les uns des autres, les religieux Maronites formaient deux congrégrations; l'une, plus ancienne, de Saint- JElisée ou du Montr-Liban; l'autre de Saint-Isaîe : toutes deux sous la règle de saint Antoine, patriarche de la vie monastique en Egypte. Ces religieux étaient cordialement unis et soumis à l'autorité de l'Eglise romaine. Michel d'Eden, abbé général de la congrégation du Mont-Liban ou de Saint-Elisée, supplia le Pape

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