‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 158 sur 192 · CHAPITRE nr · texte numérisé non relu

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à obtenir cette faveur^ qa'elle aurait consacré, d'une manière plus solennelle, de la part des souverains Pontifes , la reconnaissance du royaume récent du Portugal. Mais les autres souverains de l'Europe s'opposaient à la prétention de Lisbonne ; et Rome^ toujours prudente, ne jugeait pas que le moment fut encore op-> portun. Jean V, roi de Portugal , était un prince violent, que la moindre contradiction irritait. Il crut pouvoir emporter de haute lutte la faveur qu'il sollicitait ; en conséquence, sous le pontificat de Benoît Xm, il demanda le chapeau pour Bichi , alors nonce à Lisbonne ; on ne fît aucun droit à cette requête, et Bichi fut même rappelé. Mais le roi lui défendit 'de quitter la cour, refusa de recevoir le successeur qu'on lui envoyait, rompit ouvertement avec Rome, et défendit à tous ses sujets, sous les peines les plus sévères d'entretenir aucune relation avec la cour pontificale. Telle était la situation lors de l'avènement de Clément XII. Ce Pape était proche parent de Bichi : le roi de Portugal espéra que cette circonstance faciliterait un accommodement , et des négociations furent entamées en ce sens avec le nouveau Pontife. Clément XII déclara que le nonce rebelle devait immédiatement quitter Lisbonne. Cette fois il fallut obéir : Bichi revint à Rome, fut remplacé par le successeur désigné ; et, plus tard, le Pape, pour montrer que la douceur et la fermeté sont toujoiurs alliées, dans le cœur des vicaires de Jésus-Christ, consentit à élever Bichi au cardinalat.

13. Cependant de graves événements s'étaient accomplis en France. Le régent Philippe d'Orléans était mort , victime de ses foUes passions (10 août 1723] , peu de temps après son indigne ministre , le cardinal Dubois. Le jeune roi Louis XY avait été sacré, et déclaré majeur l'année précédente. Après un court intervalle, occupé par le ministère du duc de Bourbon , Louis XV remit le gouvernement de l'Etat et le titre de premier ministre à son ancien précepteur, le cardinal de Fleury , évêque de Fréjus, vieillard septuagénaire, qui prit à tâche de réparer, par une sage et bienveillante administration , les désordres et les scandales de la cour du régent. Le mariage de Louis XV avec Marie Leczinska, fille de Stanislas, roi détrôné de Pologne , fit monter la vertu et les grâces aimables sur le trdne de saint Louis. Mais cette réaction contre les vices de la régence ne fut pas assez puissaiilc pour

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rendre à la France sa moralité perdue. Philippe d'Orléans s'était entouré de tout ce qui faisait profession rublique de libertinage et d'impiété. La cour du régent corrompit la société ; la société corrompit le jeune roi ; la vertu ne fut plus qu'un nom, le devoir qu'un mot, la religion qu'un épouvantail, bon pour le peuple ; et l'or, avec toutes les jouissances qu'il procure , devint la passion de la France. Le passage du cardinal de Fleury aux affaires fat ^omme un instant de calme entre deux orages. Il aimait la paix, et la paix était le besoin de la France. Il laissa le royaume réparer ses pertes et s'enrichir par un commerce immense , sans faire aucime innovation, traitant l'Etat comme un corps puissant et robuste qui se rétablit de lui-même ; il diminua les impôts y fixa la valeur des monnaies , et porta dans la cour l'exemple de l'exactitude et de l'économie. Au point de vue politique, ce fut un temps heureux pour toutes les nations, qui, cultivant à Tenvi le commerce et les arts , oublièrent leurs calamités passées. Toat était paisible depuis la Russie jusqu'à l'Espagne, lorsque la mort d'Auguste n^ roi de Pologne, qui avait détrôné Stanislas Leczinski, beau-père de Louis XV, replongea l'Europe dans une nouvelle guerre. Les Polonais offrirent de nouveau la couronne à Stanislas, qui fut proclamé (12 septembre 1733), de la manière la plus légitime et la plus solennelle, par l'assemblée des Etats. Mais l'em* pereur d'Autriche, Charles VI, fit faire une autre élection, appuyée par ses armes et par celles de la Russie, et une autre réunion des seigneurs polonais ofirit la couronne au fils d'Auguste II (5 octobre 1733). Stanislas se rendit à Dantzick, pour soutenir ses droits. H était digne de porter une couronne , et rien , peut-êfre, ne prouve mieux le vice du système électif, que le spectacle du meilleur des rois, de ce Stanislas , dont le nom et les vertus vivent encore dans le souvenir de la Lorraine reconnaissante, chassé deux fois de la Pologne, qu'il eût rendue la plus heureuse des nations. Les seigneurs qui avaient élu Leczinski abandonnèrent honteusement sa cause. Dix mille Russes , commandés par le comte de Munich, assiégèrent Dantzick^ où Stanislas, trop fai« blement secouru par la France, ne put se soutenir longtemps. La ville fut prise, la tète du roi légitime mise à prix, et ce ne fut qu'à travers les j^lus grands dangerSj et sous le déguisement d'un ma«-

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tdot, qu*a parvint à s'échapper. Le ministère français eût perdu sa considération vis-à-vis de l'Europe , s'il n'eût tiré vengeance de l'outrage qu'il venait de recevoir en Pologne. La France s'unit avec l'Espagne et la Sardaigne contre TAutriche. Il n'était pas possible de rétablir Stanislas , mais on pouvait le venger. Une armée française envahit l'Allemagne, sous les ordres du maréchal de Berwick, qu'un coup de canon tua devant Philisbourg. Sa perte était, à elle seul, im immense revers. Cependant le duc de Noailles et le marquis d'Asfeld , qui lui succédèrent, s'emparèrent de la ville : c'était un grand exploit, surtout en vue d'une armée ennemie, commandée par le prince Eugène. Une autre armée française, en Italie, sous Villars et le duc de Savoie , s'emparade Milan. Le marquis de Goigny, successeur de Yillars (1 73 4), gagna sur le comte de Merci les brillantes victoires de Parme et Guastalla, tandis que don Carlos, £Qs de Philippe V, avec le duc de Montémar, vainqueur à Bitonto, chassait Yisconti, vice-roi de Naples, pour l'empereur Charles VI , et se rendait maître de la Sicile, par la prise de Messine et de Syracuse. L'empereur d'Autriche ftit alors trop heureux de souscrire aux conditions de paix que lui proposait la France victorieuse. Le cardinal Fleury , qui avait eu la sagesse d'empêcher l'Angleterre et la Hollande de prendre part à cette guerre , eut aussi celle de la terminer heureusement, sans leur intervention. Parle traité de Vienne (3 octobre 1735), Stanislas fut mis en possession de la Lorraine, dont il fit le bonheur pendant un règne de vingt-huit ans (1) ; don Carlos fut reconnu roi des Deux-Siciles ; le roi de Sardaigne eut une partie du Milanais, l'autre resta à l'empereur Charles VI ; enfin, François, duc de Lorraine, qu'on dépossédait pour donner ses Etats à Stanislas, eut l'expectative de la Toscane, dont le grandduc, dernier des Médicis, était sur le point de mourir sans postérité. Le traité de Vienne fut le chef-d'œuvre de la politique habile et prudente de Fleury.

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