‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 162 sur 192 · BENOÎT XIV · texte numérisé non relu

BENOÎT XIV

immoraux; il avait la manie d'écrire des vers français, détestâmes, que Voltaire avait la bassesse de vanter comme des chefsd'œuvre; il ne connaissait pas le latin et méprisait l'allemand, sa langue maternelle. Il avait pourtant une chose par quoi il mérita d'être appelé le Grand: il voulait. Il voulut être brave; il voulut faire de la Prusse l'un des premiers Etats de l'Europe; il voulut être législateur ; il voulut que les déserts de son pays se peuplassent; il y réussit : il fut à la Prusse ce que Pierre-le-Grand venait d'être à la Russie. Quand la question de l'héritage de Charles YI fut agitée, il prévit la confusion générale qui en allait être le résultat, et ne perdit pas un moment pour en profiter. Il pouvait réclamer de Marie-Thérèse, comme souveraine de Hongrie, quatre duchés en Silésie. Ses aïeux avaient [renoncé à leurs prétentions, parce qu'ils étaient faibles; il se trouva puissant, et il les renouvela. Il réclama donc de Marie-Thérèse la Basse-Silésie, en retour de laquelle il lui promettait, pour l'aider à revendiquer le trône impérial, crédit, armes, argent. Mais le sang de tant d'empereurs qui coulait dans les veines de cette héroïque princesse, ne lui laissa pas seulement l'idée de démembrer le patrimoine de ses aïeux, elle préféra la guerre. Frédéric envahit la province qu'il revendiquait, au mois de décembre 1740 ; et la victoire de Molwitz (1741), présage de plus grands succès, couronna ses premières armes.

27. Le roi de Prusse avait prévu que son triomphe lui procurerait des alliés, et que la France ne manquerait pas une occasion si favorable de concourir à l'abaissement de la maison d'Autriche, son antique rivale. Néanmoins, le cardinal Fleury voulait rester fidèle à la foi des traités ; il plaida, dans les conseils de Louis XY, la cause de Marie-Thérèse, au nom de l'honneur, de la justice, et peut-être de la prudence. Cette résistance au courant de l'opinion, honorera toujours le caractère de ce sage minisire. Mais le roi de France était, depuis quelque temps, entouré de jeunes seigneurs qui ne rêvaient que les combats ; leur avis prévalut; Louis XY n'écouta plus les observations de son vieux précepteur; l'alliance ofiensive et défensive de la France et de la Prusse contre l'Autriche fut signée , et le ministre octogénaire se chargea de présider une entreprise qu'il désapprouvait.

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28. L'âectear de BaTière, Charleâ-AIbert, fat reconnu par le cabinet de Versailles légitime héritier du tr6ne impérial ; Louis XV, lui donna une année commandée par Maurice.de. Saxe et Ghevert,! et l'armée lui donna une couronne* Gharles^-Âlbert envahit la' Bohême, se rend maître de Prague, et se fait sacrer à Francfort,' sous le nom de Ciharles Vn [24 janvier 1742). C'était beaucoup' de tenir le sceptre, mais il fallait le garder. Les circonstances étaient heureuses ; la situation de Marie-Thérèse, au contraire,' semblait désespérée. Mais le péril même lui procura des res- Wuroes. Fugitive chez les Hongrois, elle rassembla les quatre ^ordres de l'Etat à Presbourg, y parut tenant dans ses bras son •fils aîné, depuis Joseph II, et leur parlant latin, langue dans la*! '^uéDe elle s'exprimait avec une noble aisance : <k Abandonnée de » mes amis, dit-elle, persécutée par mes ennemis, attaquée par » mes plus proches parents, je n'ai d'autre ressource que dans » votre fidélité, dans votre courage et dans ma constance; je mets » en vos maîns^la fille et le fils de vos rois, qui attendent de vous » leur salut. » Tous les palatins attendris tirèrent leurs sabres en s'écriant : Moriamur pro rege nostro Mariâ-TheresidI Mourons pour notre roi Marie-Thérèse ! Jamais princesse ne mérita mieux ce dévouement. Ils versaient des larmes en &isant serment de la défendre; elle seule retint les siennes : il faut au malheur de la fermeté pour trouver des sympathies. L'Angleterre et la Hollande pressentant que la face des a&ires allait changer, envoyèrentdes secours d'argent à celle que l'enthousiasme populaire venait de -ptodttsaei^ roi de Hongrie. LeroideSardaigne, gagné par d'imr portantes concessions, se détachait de la ligue et embrassait la cause pour laquelle il venait de prendre les armes. Les ennemi» de Marie-Thérèse la servirent encore mieux par leurs fautes. La discorde se mit entre eux et rompit le concert, et, par conséquent,, le succès de toutes leurs mesures. Le prince Charles, firère du grand-duc, harcelait les alliés avec ses pandours, ses tolpaches,. ses Croates^ ses houzards, terrible fléau pour des troupes disper-* sées et faciles à surprendre. Enfin l'armée franco-bavaroise fut presque anéantie sans action considérable. Cependant le roi de Prusse, vainqueur à Czaslaw, et se préoccupant beaucoup plus de ses intérêts personnels que des avantages çoUeç^ de la ligue^ iv; 29

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