‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 173 sur 192 · KE VI · texte numérisé non relu

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Ce fat lui, en effet, qui eut l'idée d'établir ce muséum unique au monde, où les chefs-d'œuvre de tous les arts, les antiquités les plus précieuses devaient attirer les voyageurs de toutes les nations civilisées. Les actes de Pie VI avaient un caractère de noblesse et de générosité où son âme se peignait tout entière. Nous ne ferons qu'indiquer les travaux exécutés dans le port d'Âncône^ le seul des Etals du Pape où le commerce put être protégé ; la restauration du palais Quirinal, où il fit relever le fameux obélisque; enfin, la vaste entreprise du dessèchement des marais Pontins; le rétablissement de la voie Âppienne ; la réparation de l'aqueduc de Terracine; l'établissement du canal de Soligna, etc. Les grandes entreprises de son administration ne détournaient pas Pie VI de sa bienfaisante sollicitude pour les pauvres; il fondait et dotait des hospices; il érigeait des maisons de refuge pour les jeunes filles indigentes; il établissait, à Rome, l'institut des Frères des écoles chrétiennes, qu'il chargeait de l'éducation des enfants du peuple ; et Rome renaissante inscrivait , sur la façade de leur maison, cet éloge si simple dans sa sublimité : Pie VI y père des pauvres.

3. Supprimés par une bulle pontificale , bannis par les princes !eaiholiques, les Jésuites avaient trouvé un asile là où ils devaient le moins en attendre. Frédério-le-Grand, roi protestant et philo* 'sophe, etCatherinel**, impératrice de Russie, avaient écrit au Pape pour l'informer que, ne connaissant pas de meilleurs instituteurs pour la jeunesse que les Jésuites, ils prétendaient les garder dans leurs Etats. La situation était délicate. D'après le bref de suppression, il était défendu aux Jésuites de continuer à habiter col* lectivement leurs maisons, d'y recevoir des novices, et, par conséquent, d'y perpétuer leur ordre. Le général Ricci avait juré solenneUement, entre les mains du Pape , sa renondation à tout pouvoir et à toute fonction de supérieur. Les autres jésuites, fidèles comme toujours au décret de Rome, même quand ce dé- Wet était leur arrêt de mort, avaient refiisé les offres bienveillantes de Catherine et de Frédéric^ tant que le Pape ne les aurait pas autorisés à accepter. De son côté, Pie VI se trouvait partagé entre les sentiments d'estime et d'affection qu'il professait ouvertement en faveur des Jésuites et k crainte^ d'ailleura t^^

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de réveiller ^ par une manifestation importune ^ foutes les animo* sites à peine assoupies, toutes les haines des puissances catholi* ques. n aborda la difficulté près des cours de l'Europe avec la noble firemchise qui faisait le trait distinctif de son caractère. Il soumit à leur appréciation les propositions qui lui étaient faites par l'impératrice de Russie et le roi de Prusse. On lui répondit qu'il pouvait suivre , dans cette circonstance, l'inspiration de son cœur, pourvu qu'il ne donnât pas à l'expression de sa volonté un caractère de publicité trop éclatant. En conséquence, Pie VI au* torisa les Jésuites de Russie et de Prusse à ouvrir des maisons 'd'éducation , à instituer des noviciats , à faire jouir enfin le nord de l'Europe des bienfûts dont les nations du midi s'étaient si aveuglément privées eUes-mèmes.

4. A la même époque que l'avènement de Pie YI , la France avait vu les fêtes données à Paris pour l'avènement de Louis XVI.' Jamais les commencements d'un règne ne s'annoncèrent sous de plus heureux auspices ; jamais prince, en efiet, n'était monté sur le trône animé de meilleures intentions, ni plus pénétré de la grandeur de ses devoirs. Les vertus du jeune monarque étaient si pures, si sincères, si éclatantes, que l'école philosophique ne put leur refuser le concert de ses éloges; mais comme si sa vertu elle* même eût dû servir à perdre plus promptement ce malheureux prince, il se laissa séduire aux idées d'humanité, de bien général/ de philanthropie, derrière lesquelles les modernes novateurs cachaient des théories subversives et des doctrines révolutionnaires; Ses ministres, Tm^t, le comte de Saint-Germain, Necker, étûent de ces hommes à systèmes, qui croyaient que î'économia politique peut remplacer, chez une nation, les principes religieux. Des réformes heureuses furent pourtant opérées dès lors dans le gouvernement; mais Louis XVI avait déjà tout gâté en inaugu* rant son pouvoir par le rappel du Parlement exilé par Louis XV,' après l'affaire du chancelier Maupeou. On a dit que les hommes,' pris individuellement, étaient rarement capables de reconnais* sance ; réunis en corps, ils ne le sont jamais. Le premier acte du Parlement, après son retour, fixt de s'<^po8er à renregistrement des édits publiés par Louis XVI. De là des intrigues nouvelles, des cabales, des émeutes même; car déjà le peuple qjL&iwtrap^

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psentiâsage en France, tandis qae la jeune ndJesse, enirrée par des idées lointaines d'indépendance, importées par Franklin^ allait sur les champs de bat^e de l'Amérique se battre pour de» lépublicains et conquérir l'ordre de Cincinnatus. Epoque d'aveuglement, où tous les rôles sont intervertis, où le désordre dea idées n'a d'égal que l'enthousiasme avec lequel on se jette dans l'inconnu! La guerre d'Amérique eut pour la France deux résultats à jamais déplorables ; elle amena la catastrophe financière qui servit de j^ude à la révolution et l'écrit d'indépendance qui l'acheva.

5. Moins voisine d'une dissolution sociale, l'Allemagne, sous Joseph n, semblaitse précipiter dans la voie du schisme. Gequ'ona appelé gallicanisme en France s'afipàsLJosépkisme en Allemagne; Les erreurs changent de nom suivant les pays et les siècles, tnais elles ne changent pas de caractère. Le livre de Fébronius fut le manuel théologique de Joseph II. Imbu de ces principes, si favorables d'ailleurs à l'ambition des souverains, il se donna la mission de combattre les droits du Saint-Siège, son pouvoir, sa juridiction; il se voulut faire en quelque sorte l'évèque universel, le concils, général de ses Etats. Sans consulter Le souverain Pontife, et la pliq>art du temps au mépris de ses réclamations formelles, il tranchait, par des décisions arbitraires, toutes les questions ecclésiastiques, enlevait les revenus des évéques, les excluait des Etaia de leur province ou détruisait leur siège. Un décret impérial assujettit toutes les bulles pontificales à la ratification ou au plaeet du monarque. C'était inqpcaier en Allemagne l'invention toute française de soumettre les bulles apostoliques à l'enregistrement des parlements. D'aulres arrêtés furent rendus pour interdire^ dans toute l'étendue de l'empire, de professer les doctrines de la bulle Ufdgeinius'r il fut déclaré que le texte même de cette bulle serait enlevé de tous les Uvres théologiques où il se pourrait trou» ver; et qu'il ne serait p^mis aux professeurs d'en parler que comme d'un document purement historique, sans aucune valeur religieuse. Les évêques avaioit la défense de conférer les ordres sans avoir pris préalablement l'agrément de l'empereur; la nutt* tié des séminaires diocésains fiit fermée ; sur deux mille commur*. nautés religieuses^ qui se trouvaient répandues sur tout le teni-»

toînf de TEmpixe, Joseph H n'en kiâsa subsister que sq>i cents ; les confréries furent abolies^ les processions supprimées. On allait jusqu'à fixer le nombre des prêtres dans chaque église. C'est en busimt allusion à tant de règlements si étrangers aux préoccupations ordinaires d'un souverain^ que Frédéric appelait l'empereur mon frère le sacristain.

6. La cour A^maine avait agi en vain par les voies diploma'« tiques pour rappeler Joseph II à une conduite plus digne de lui* même, plus digne surtout de la mém(»re de son illustre et pieusa mère. Pie YI était le pasteur apostolique qu'aucune considératioUi ne saurait détourner du chemin de son devoir. Depuis longtemps il était inouï à Rome qu'aucun Pape fut sorti des Etats pontifi-^ eaux; cependant Pie YI se résolut subitement à entreprendre le voyage de Vienne, persuadé (jue sa présence et ses paroles seraient plus efficaces que des lettres sur l'esprit du jeune César. La nouvelle de ce voyage fut un événement en Europe ; le sacré Collège, e&ayé des suites d'une pareille démarche, faisait les plus vives instances auprès du Pape pour le détourner de son courageux projet : « Nous irons, répondit Pie VI, là où nous appelle le x> devoir, de la même manière que nous irions au martyre pour )» l'intérêt de la religion : joyeux de la défendre, les successeurs de » saint Pierre n'ont pas craint d'exposer leur vie. H ne nous est 3» pas permis d'abandonner la barque de l'Eglise au milieu des D tempêtes les plus violentes. x> L'effet de la présence du Pape à Vienne fut prodigieux ; son voyage avait paru un triomphe popu* laîre. Le 22 mars 1782, Pie VI fit son entrée dans la capitale de* l'Autriche, entouré de plus de cinquante mille Viennois. L'af» fluence y était si prodigieuse, venue de toutes les parties de l'empire, que l'on craignit pendant quelques temps de manquer de subsistances. Il faut le dire, Joseph II se montra beaucoup moins favorablement disposé que son peuple. Il garda les convenances de la p(»litesse envers le Pape, mais il ne rabattit rien de ses schis* matiques prétentions. Son premier ministre, le prince de Eaunitz, donna au milieu de toute la cour le scandale d'un chrétien qui se re* fuse à observer vis-à-vis d'un Vafe les plus strictes formules d'une déférence due à tant de titres. Pie VI quitta Vienne, ému des mar^ ques de la dévotion touchante du peuple, mais désolé de l'attitude

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qu'avait constamment gardée Fempereur. Par im manque d'égards inouï, la police autrichienne, si sévère en tout autre circonstance , avait laissé circuler dans la capitale , pendant même que le Pontife s'y trouvait, un pamphlet injurieuxintitulé : Quid est Papa ? L'auteur, le protestant Eybel, niait ouvertement la suprématie pontificale et couvrait la Papauté des plus grossières calomnies- Cette inqualifiable attaque, il faut le dire, trouva, aa sein même du protestantisme allemand, d'éloquents antagonistes. Le célèbre historien, Jean Muller, encore jeune alors, répondit à Eybel, par son excellent ouvrage : Voyages des Papes ^ où 3 vengeait victorieusement la Papauté de ces indignes outrages. Le pamphlet d'Eybel attira plus tard, sur son auteur, les foudres de l'Eglise. Joseph II n'en poursuivit pas moins son plan d'innovations schismatiques Au mois d'août 1786, le conciliabule d'Ems, réuni par ses ordres, dressait en vingt-trois articles, un décret qiû consacrait les doctrines erronées du joséphisme. H y était dit d'abord que Jésus-Christ a donné aux Apôlres et aux évêques, leurs successeurs, un pouvoir «//«miV^delier et de délier pour tous les cas et toutes les personnes , et que par conséquent, on ne devait plus recourir à Rome. On annulait les exemptions des religieux, excepté celles confirmées par l'empereur, inconséquence étrange de refuser au Pape, sur une matière ecclésiastique, une autorité qu'on accordait à la puissance civile. Après d'autres innovations semblables, il était stipulé que toutes dispenses demandées ailleurs qu'au tribunal de l'évêque seraient nulles; que les bulles des Papes n'obligeraient point, si elles n'étaient acceptées que par l'évêque, et que les nonciatures cesseraient entièrement. On décidait l'abolition du serment des évêques au Pape. Si le pape, était-il dit, refusait de confirmer les évêques dans ces conditions nouvelles, ils trouveraient dans l'ancienne j discipline des moyens de se maintenir en possession de leur chaîne, sous la protection de l'empereur. Le grand duc de Tos- ■ cane, Léofolày frère de Joseph n , avait suivi les mêmes errements, n était livré aux conseils de Ricci, évêque de Pistoie, prélat ambitieux et irréfléchi, complètement perverti par les idées janséniennes, qui publiait des instructions pastorales où il appe-: lait S^mnen, révêqne déposé de Sençz, im mnt ei pieux petr

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sonnaffe; Mésenguy, la lumière de t Eglise , et Quesnel, un martyr. U avait fait traduire en italien les Me flexions morales^ et les avait données en présent à ses curés, çn leur recommandant de faire usage de ce livre d'or. Ricci convoqua un synode à Pis* toie (19 septembre 1788), pour y promulguer d'une manière plus solennelle les erreurs qu'il propageait. Dans la crainte de ne pas trouver dans son diocèse ua nombre suffisant de prêtres disposés à favoriser ses intentions, il fit venir plusieurs docteurs jansé* nistes de divers lieux, et principalement de l'Université de Pavie, où Natalis, Tamburini et d'autres théologiens manifes-' taient de pareils sentiments. Ce fut Tamburini que l'évèque choisit pour promoteur du synode^ bien qu'en sa qualité d'étranger il n'eût pas même le droit d'y assister. L'assemblée dura dix jours,' et fut composée de deux cent trente-quatre prêtres, auxquels Ricci avait dit que V Esprit saint descendrait parmi eux y et que leurs oracles deviendraient ceux de Dieu lui-inème. On y rejeta,^ comme une impiété, la doctrine de la bulle Unigenitus. On y. proclamait, comme type de la véritable discipline de l'Eglise, la constitution de la province schismatique d'U^echt. On réprouvait la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, que les prédécesseurs de Pie YI avaient cherché à répandre dans l'Eglise; on affichait hautement un mépris sacrilège pour les saintes images; on blâmait la multiplicité des ordres religieux que Ricci voulait réduire à un seul ; U demandait aussi la suppression des vœux perpétuels^' et n'admettait que la règle de Port-Royal. Pie VI, par la bulle Auctorem fidei, condamna le synode de Pistoie.

7. Les révolutions se chargèrent d'apprendre à Joseph II et à ses imitateurs ce qu'il en coûte aux princes qui se séparent violemment du Saint-Siège et qui empiètent siu* sa juridiction. Les Etats de Relgique refusèrent de se soumettre aux schismatiques exigences de Joseph II; les professeurs qu'il voulut substituer,' dans les Universités de Louvain et de Luxemboiu'g, à ceux qui enseignaient les doctrines favorables à la coiu* de Rome, furent chassés par les étudiants et le peuple ; les Etats de Brabant et du Hainault refusèrent les subsides accoutumés. Joseph H crut arrêter le mal par des mesures sévères ; il cassa les privil^es du Brabant» Les troubles augmentèrent, l'empereur supprima les séminaires

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diocésains, qu'A remplaça par Tin séminaire général, où les évoques des deux provinces reçurent Tordre d'envoyer leurs élèves. Aucun d'eux ne se soumit, et le cardinal de Malines publia un mandement où il déclairait que l'enseignement des professeurs joséphistes est contraire à la crojrance catholique. Le cardinal fut arrêté par ordre de l'empereur , ainsi que l'évêque d'Anvers qui avait suivi la même ligne de conduite. Mais l'insurrection éclata de toutes part; la Belgique se leva en armes; la guerre commença. Joseph H, qui n'était pas préparé à ces événements, of&it une amnistie ; on la dédaigna , et les impériaux furent obligés d'évacuer les Pays-Bas. L'empereur, qui s'était attiré ces disgrâces par tant de violences et d'injustices, pria le Pape d'y porter remède. Le miséricordieux Pie YI écrivit en ce sens aux évêgucs de la Belgique (23 janvier 1790). Il était trop tard; l'insurrection belge avait des racines trop profondes; d'ailleurs, la révolution française se levaittoujoiffs plus formidable, comme pour engloutir toutes les autres. Joseph II mourut aux premières secousses de cette commotion terrible (20 février 1790). Les événements l'au* raient rappelé, s'il eût vécu, à plus de modération et de sagesse, et son premier ministre, Kaunitz, converti trop tard à des prin* cipes de gouvernement plus sages, lui répétait souvent : La rivo^ lulion française durera longtemps et peut-être toujours.

8. Cette grande tempête que l'on b appelée la révolution firan* çaise, avait vainement été conjurée par tous les efforts, tous les sacrifices, toutes les tentatives de Louis XVI. Pour résoudre la crise financière qui lui servit de prétexte, l'infortuné monarque avait successivement appelé à la tête de ses conseils, iHM. de Calonne, de Brienne, Necker, etc. Galonné, esprit superficiel, sans portée, sans expérience des aSiaires, ne trouva d'autre moyen, pour éteindre les dettes du royautne, que de lui en faire contracter de nouvelles. On s'est d'ailleurs-extrêmement exagéré le chiffre réel de cette dette publique de 1789, qui fat comme le gouflre où s'engloutit la monarchie; elle ne s'élevait qu'à cent dix millions, n n'est pas une des plus petites puissances de TEurope, dont la dette actuelle ne s'élève, en proportion, à un chiffre quatre fois j>lus considérable. Mais on n'avait pas encore découvert à cette époque le système ^fiorancier, sorlecpel repose maintenant le trè*

iJit puhlic des natîoDs. Le cardmal-archevèqae de Toulouse, lioménie deBrienne, socoéda à M. de Galonné. Prélat ambitieux, ne voyant dans cette fortune inespérée que Téclat nouveau qu'elle •allait faire rejaillir sur son nom, il rêvait la gloire de recommeneer un autre ministère de Mazarin; du reste, comme idées eérieuses et pratiques, il n'apportait au roi que des systèmes incomiplets d'économie politique, réunis au hasard dans les nombreux auteurs qui traitaient alors de préférence cette matière. Le cardir mal , à nos yeux, eut pourtant un mérite que l'on a trop oublié ; il ©firit à Louis XVI de le débarrasser du Parlement rebelle, et de remplacer cette institution par une cour plénièi'ej dont tous les membres, choisis par le gouvernement, seraient inamovibles. Mais Louis XVI était l'homme Aes demi-*mesures; le plan dm 'cardinal de Brienne l'épouvanta ; le ministère fut renversé ; peutêtre emportait-il avec lui la dernière espérance de sahit. Necker fK)rta le dernier coup à la monarchie ébranlée en suggérant à Louis XVI la foneste idée de réunir les Etats^généraux pour leur soumettre la triste situation des finances, et s'en remettre à leur sagesse sur les mesures nécessitées par cette crise.

9. Ds s'ouvrirent donc à Versailles le 5 mai 1789 r ce jcvor-^là, la révolution faisait son avènement dans le palais des vois. Un mois à peine s'était «écoulé depuis leur réunion, que les Etats-généraux, changeant leur nom, leur but, leur mission, leur mandat, s'appelèrent l'assemblée nationale, faisant serment de ne se séparer qu^après avoir donné une consiitution à la tPranoe, eft répondant, par la voix de Mirabeau, à l'officier royal qui kor enjoignait de se dissoudre : « Allez dire à votse maître que no» p sommes ici par la volonté du peuple, et que nous n'en sortîraia i> que par la force des baïonnettes. » Le peuple, c'était maintenant l'unique, la grande, l'absolue puissance. Soixante mille hommes, sprès avoir promené le brigandage et l'efroi dans Paris, vont, le ^i juillet 1789, faire le siège de la Bastille. On fouille ces cachots qui regorgeaient, disait-on, des victimes de la tyrannie; il s'y trouve deux prisonuiers. Un des héros de l'expédition républi* caine d'Amérique, homme sans valeur, sans courage, dont tout le mérite consbtait dans une popularité sans prétexte, Lafayette, organise unemiltce nationale, insulte permanente pour rarméci

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ridicule institution , ruineuse pour l'Etat et les particuliers, et se fait donner le titre de commandant-général des gardes nationales du royaume. Le i août 1789, l'Assemblée nationale abolit les titres de noblesse à la demande et aux applaudissements des plus grands seigneurs eux-mêmes. Sans discussion, sansdélibération^ on abolit en trois heures l'ouvrage de dix siècles. Nous ne raconterons pas les horribles scènes du 5 octobre 1789 et des autres journées, de si lamentable mémoire, qui ensanglantèrent alors les pages de nos annales. Prisonnier dans ses propres états, insulté dans ses affections les plus légitimes, tremblant pour les jours de l'auguste princesse à qui il avait uni ses destinées, et dont les Français ne payaient l'amour que par des outrages, la vertu, les bien&its, que par les plus révoltantes calomnies, Louis XYI sut se grandir, par une résignation héroïque, de tout» la grandeur même de ses infortunes.

10. n était impossible, dans ce bouleversement universel, que l'histoire de l'EgÛse et sa constitution fussent respectées. Le 1 3 fé» vrier 1790, un décret de l'Assemblée constituante supprima les ordres religieux et les vœux monastiques, déclara que les biens du clergé seraient mis à la disposition de la nation ; enfin , le fa* meux arrêté connu sous le nom de Constitution civile du clergé, ordonna qu'à l'avenir les évêques seraient nommés par les éleofeurs» et seraient investis de leurs fonctions par le métropolitain, choisi de la même manière : il leur serait permis d'écrire une lettre de politesse au Pape pour lui notifier leur élection. Le même décret supprimait les cent trente-cinq évêchés, existant en France, et les remplaçait par quatre-vingt-trois évêchés civils^ suivant le nombre des nouveaux départements que l'Assemblée venait de substituer à l'ancienne division, si populaire, des pro^ vinces. On voulut faire ratifier ce décret tyrannique par Louis XVI ; le roi s'y refusa; il en référa au souverain Pontife. Pie VI comprenait parfaitement la situation du malheureux monarque. On dirait que le Pape écrit à un prisonnier et non à un roi. t< Pre- » nous confiance dans la Providence divine, lui dit-il, et, par un » attachement inviolable à la foi de nos pères, méritons d'en ob* x» tenir le secours dont nous avons besoin. » Il renvoyait, da reste, le roi, pour la solution demandée aux deux archevêques de

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Vienne et de Bordeaux , M. de Pompignan et M. de Gicé. Les deux prélals eurent le tort immense de conseiller à Louis XYI Tacceptation pure et simple. Du reste, le premier en mourut de douleur, et le second publia depuis une rétractation aussi humble qu'explicite. Louis XYI apposa sa signature à la constitution civile du clergé , et sanctionna ainsi un schisme dans le royaume qui s'était jusqu'alors honoré du nom de très chrétien.

11. Cependant Louis XVI écrivit au Pape, pour le prier de confirmer, au moins provisoirement, quelques-uns des articles de la constitution civile du clergé. Le Pontife assembla une congrégation de cardinaux à ce sujet, et résolut, sur leur avis, de consulter les évèques de France, comme plus à portée de connaître toute la suite et l'esprit des décrets, en même temps que les moyens à prendre dans ces conjonctures difficiles. Le 30 octobre 1790, trente évéques français signèrent une profession de foi, devenue célèbre sous le titre ai Exposition des principes sur la constitution civile du clergé. L'auteur, M. de Boisgelin, archevêque d'Aix, et l'un des signataires, y avait défendu les vrais principes de l'Eglise, sans récriminations, sans amertume, avec une modération et une solidité qui eussent peut-être ramené des esprits moins prévenus. V Exposition réclamait la juridiction essentielle à l'Eglise, le droit de fixer la discipline, de faire des règlements, d'instituer des évêques et de leur donner ime mission ; droit que les nouveaux décrets lui refusaient en entier. Elle n'oubliait pas de se plaindre de la suppression de tant de monastères ; de la violence qui prétendait anéantir des promesses faites à Dieu, qui s'efforçait d'arracher des barrières sacrées que la main de l'homme n'avait point posées. Les évêques demandaient, en finissant, qu'on admit le concours du Saint-Siège pour légitimer tous les changements qui seraient susceptibles de l'être ; qu'on s'adressât au Pape, sans lequel il ne se doit traiter rien d'important dans l'Eglise.

Ces considérations ne firent aucune impression sur l'opinion publique : le 27 novembre 1790, l'Assemblée constituante décréta «que tous les évêques et curés qui n'auraient pas prêté, sous huit jours, le serment de fidélité à la constitution civile du clergé^ seraient censés avoir renoncé à leurs fonctions. Un article spécial IV. ^ 32

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portait que, sur le refus du métropolitain ou de Tévâque le plul ancien de la province, de consacrer les évêques élus suivant les formes révolutionnaires, cette consécration sera faite par quelque évâque que ce fût ; et que, pour la confirmation et l'institution canonique, l'administration civile indiquerait à l'élu un évoque quelconque, auquel il aurait à s'adresser.

Le i janvier 1791 avait été fixé aux ecclésiastiques de l' Assemblée nationale pour la prestation du serment de défection et de schisme. Au mÛieu des vociférations d'une multitude égarée qui criait aux portes : « Mort aux prêtres qui ne feront pas le ser- D menti » le président appelle d'al)ord M. de Bonnac^ évêqne d'Agen. a Messieurs, dît le prélat, les sacrifices de la fortune me p coûtent peu; msds il en est im que je ne saurais faire, celui de f> votre estime et de ma foi ; je serais trop sûr de perdre l'une et y> l'autre, si je prêtais le serment qu'on exige de moi. d M. de Saint-Aulaire, évêque de Poitiers, monte à la tribune : « Mes- » sieurs, dit-il, j'ai soixante-dix ans; j'en ai passé trente-trois «> dans Fépiscopat, je ne souillerai pas mes cheveux blancs par le » serment exigé dans vos décrets ; je ne jm^erai pas. » A ces mots, le clergé de la droite se lève, applaudit et annonce qu'il est tout entier dans les mêmes sentiment. Cependant, Henri Grégoire, curé d'Embermenil (diocèse de Nancy) , connu par Texaltatîon de ses principes révolutionnaires, avait donné l'exemple de la défection. H monte à la tribune et s'eiForce de persuader au clergé de la droite, que l'intention de l'Assemblée n'a jamais été de toucher à la religion, ni à l'autorité spirituelle , et qu'en faieant le serment on ne s'engageait à rien de contraire à la foi catholique . L'Assemblée ordonne ensuite, qu'au lieu d'interpellations individuelles, on fasse une sommation générale. Le président dit alors : « Que ceux des ecclésiastiques qui n'ont pas encore prêté » le serment se lèvent et s'avancent pour le prêter. » Pas un seul ne répondit à cet appel schismatique, et pourtant les cris de mort retentissaient plus furieux aux portes de l'Assemblée.Honneur au clergé de France ! H n'y a pas une plus noble page dans l'histoire de l'Eglise. Sm^le-champ l'Assemblée décréta que le roi ferait nommer de nouveaux évêques et de nouveaux curés, à la place d& ceux qui n'avaient pas prêté le serment. Sur trois cents ecdésiasjBqaes députés à rAssjBmblée nationale^ il n'y en eut environ ^ft

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sœzante-dîx qui adhérèrent à la constitaticai sohiflmatique du clergé. Les évoques dispersés dans les pixkvinces suivirent r^ de leurs collègues , réunis à Paris , et de cent trente-cinq[ é vêques français, quatre seulement s'enrôlèrent sous les étendards «du schisme. Ce furent le cardinal de Brienne, archevêque de Sens, et les évêques de Viviers, d'Orléans et d'Autun. La conduite subséquente de ces prélats ne parut guère propre à justifier leur démarche en cette occasion. De Brieime, qu'on avait déjà su bj^ précîer, renvoya ce même chapeau de cardinal qu'il avait brigué peu auparavant , fut déclaré déchu de sa dignité par le Pape, et mourut misérablement en 1794. Les évêques d'Orléans et d'Au* tun, Jarente et Talleyrand, malheureusement lancés dans une carrière pour laquelle ils étaient bien peu faits, renoncèrent à leur état, prirent des fonctions civiles et contractèrent même des mariages. Quant à M. de Savines, évéque de Viviers , qui donna sa démission et fut -élu de nouveau, il fit dans la suite des démarches si extravagantes, qu'on ne sait si sa prévarication ne fut pas un. effet de la folie. Parmi les curés et les vicaires des provinces, la grande majorité, au moins dnipiante mille sur soixante , réinsèrent tout serment à la constitution prétendue civile du clergé. Parmi ceux qui restaient^ le grand nombre ne jura qu'avec des restrictions pour tout ee qui était ccattraire à la religion catholique ; une faible minorité jura, sans réserve d'une manière absolue. Enfin, la presque totalité de l'épiscopat français, la très grande majorité du dergé séculier, se montrèrent fidèles au jour de l'épreuve.

12. Pie VI, le 10 mars etle 13 avril 1791, adressa deux brefs,' le premier aux évêques de l'Assemblée constituante, le second à tout le dergé et aux fidèles de France, pour dédarer la nullité radicale de la constitution dvile du clergé. Les élections des nouveauxévêque6[étaient àses yeux illégitimes, sacrUéges etcontraires aux canons. Il ordonnait à tous les ecdésiastiques qui avaient prêté le serment, de le rétracter dans un délai de quarante jours^ sous peine d'être suspens de l'exercice de tout ordre dérical, et soumis à l'irrégularité, s'ils en faisaient les fonctions. Malgré ces décrets du successeur de saint Pierre, du vicaire de Jésus-Christ, le schismatiqueViUar se fit sacrer à Paris en qualité d'évêque du

département de la Mayenne. Mais le diocèse de Laval n*écouta pas la voix du mercenaire ; ce schismatique ne rencontra partout que honte et mépris.

13. En temps ordinaire , les violences de TÂssemblée nationale auraient constitué un schisme déplorable; mais à cette époque d'étranges confusions , ce ne fut qu'un incident qui allait bient^it disparaître avec toutes les institutions, tous les droits, tous les principes, dans un cataclysme épouvantable. Le 1'"' octobre 1791, TAssemblée législative succéda à l'Assemblée constituante. Tous les efforts de Louis XYI pour échapper à sa ruine avaient été inutiles. Sa fuite à Yarennes n'avait abouti qu'à faire triompher une fois de plus ses ennemis. Composée des hommes les plus fougueux de la capitale etdes provinces, l' Assemblée législative conçut leprojet d'abolir la royauté qui gênait de sanglants novateurs. Le jour même où Louis XYI se rendit dans son sein, elle décréta qu'on lui refuserait le titre de roi et de majesté, et que l'on pourrait se couvrir en sa présence. La noblesse, les princes du sang, prévoyant les excès auxquels on allait se livrer, s'étaient hâtés de fuir une terre qui devait bientôt dévorer ses enfants. L'Assemblée législative prononça la déchéance contre les princes absents, la peine de mort contre tout émigré qui ne serait pas rentré dans ses foyers avant le 1*' janvier 1792 , et celle de la déportation contre les prêtres qui persisteraient à refuser le serment à la constitution civile du clergé. Dans ce moment, l'indignation rendit àLouis XVI toute son énergie ; il voulut user à son tour de la constitution dont ses ennemis abusaient, et répondit aux deux horribles dé^ erets par un veto suspensif. On vit alors sortir des loges maçonniques l'odieuse société des Jacobins^ ainsi nommée du lieu de leurs séances à Paris. Vil ramas d'hommes perdus qui conspiraient au grand jour contre toute religion, contre toute police, contre fous les trônes, contre tous les gouvernements; elle s'étendit comme une peste rapide dans les provinces, infesta les villes et ravagea jusqu'aux campagnes, proscrivant tout ce qui possédait un nom , du bien , des talents et de la vertu. Alors tous les foin-» cîpes disparurent, le peuple se décora de l'emblème de l'opprobre^l de cet a&eux bonnet rouge que portaient les forçats. Les clubs ^QS Girondins, des Gordeliers, se formèrent à Paris^ sur le modèle.

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