CHAPITRE vn
chrétienne à leurs enfants et se soustraire à l'obligation de les envoyer dans les institutions universitaires dont on suspectait dès lors les tendances. Le 16 juin 1828, deux ordonnances du roi Charles X, l'une contresignée Portalis, Fautre Feutrier, parurent pour défendre aux évêques d'employer dans les écoles ecclésiastiques les membres d'un ordre religieux, d'y recevoir aucun externe, et même des pensionnaires au-delà d'un nombre déterminé. C'était mettre les familles chrétiennes dans la fâcheuse alternative, ou d'exposer leurs enfants à la contagion redoutée des écoles du gouvernement, ou de les envoyer à l'étranger, pour leur conserver la foi et les mœurs. Les évêques de France protestèrent contre les ordonnances, dans un mémoire adressé à Charles X, et déclarèrent qu'ils ne pouvaient en conscience concourir à leur exécution. Léon XII, consulté , adressa sa réponse au ministre, M. Feutrier, qui ne jugea pas à propos de la rendre publique. Quelques prélats publièrent une circulaire où ils re^ connaissaient seulement au gouvernement un droit de sîirveil^ lance sur les séminaires. Le Pape s'éleva contre cette doctrine. « L'expression de surveillance, dit-il, dans le sens si large qu'elle y> peut présenter, ne doit pas certainement pas être soufferte dans > l'Eglise de Jésus-Christ ; elle a été rejetée d'une voix unanime » par plusieurs conciles. » Malgré des paroles tellement significatives, malgré leur propre conviction, les évêques durent plier flous la pression du ministère. Pour leur adoucir cette soumission, on alloua certains subsides à leurs petits séminaires, et la servitude fut ainsi organisée.
34. Cependant Léon XII achevait son pontificat, le 10 février 1829. Il fut pleuré de ses sujets et de toute la chrétienté. L'année de sa mort fut celle de F émancipation des catholiques en Angleterre. Les efforts du célèbre O'Connel, dont l'éloquente propagande s'est continuée jusqu'à nos jours, et dont la perte fut un deuil europeéen, avaient provoqué cet acte de haute justice, qui accorda enfin à une portion considérable de la population du royaume uni, les droits dont l'avait privée si longtemps l'intolérance la plus révoltante. Leponti&cat de Léon XII avait été signalé par l'apparition de la croix de Meigué ; le signe de la rédemption, planant dans les cieux, avait été encore une fois, comme aux
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jours du Calvaire, le scandale des impies, la consolation , Tespé* rance et la force des fidèles.
S •• Pontlfieai de Pie Tiff (SI mn 1820-30 noTembre 1830).
35. Le car£nal Castiglione, élu le 31 mars 1829, sous le naai de Pie VIII, inaugura un règne qui devait être court, par la publication de la fameuse encyclique Traditi humilitati nostrœ. Sentinelle vigilante placée sur la montagne, pour avertir de l'approche du danger, le pieux Pontife jetait le cri d'alarme, aa milieu d'une société corrompue par la fausse philosophie, égarée par l'image trompeuse de la liberté , pervertie par la presse , seduite par les sophismes de la tribune , société imprévoyante et aveugle, qui courait saisir le fruit de Tarbre de la science du bien et du mal, et qui triomphait de ses égarements. Léon XII signalait à la réprobation du monde : 1® les çfForts d'une multitude d'hommes, qui, sous le manteau de la philosophie, cherchaient à renverser la Chaire de Saint-Pierfe, centre de la vérité, dépositaire des traditions , gardienne de la foi et des mœurs ; 2* la tendance malheureuse à répandre partout l'esprit d'indifférence en matière de religion , comme si les systèmes religieux pouvaient tous garantir le salut ; 3o la propagation des sociétés bibliques; i^ celle des sociétés secrètes déjà condamnées par les papes Qément Xm, Benoît XIY, Pie Vil, Léon XII; enfin il appelait l'attention des évèques sur la plaie des mariages mixtes^ cause des plus graves désordres et de la perte de tant d'âmes.
36, Les faits ne devaient que trop justifier les appréhensions du souverain Pontife. Le dey d'Alger avait insulté le consul français. Charles X dit à M. de Bourmont : « Alger a insulté » la France, emparez-vous d'Alger. Tous les soldats que je con- » fie à vos ordres sont mes enfants; soyez avare de leur sang, ayc» » soin de pourvoir à tous leurs besoins , vous m'en réjx)ndre2. » Deux mois après, le drapeau blanc flottait sur ce rocher algérien qui avait menacé si longtemps la liberté des mers. C'étaient là de nobles paroles et de grandes actions (5 juillet 1830) ; mais ce fut le legs de la monarchie légitime ; son testament devait être une victoire. Tandis que nos soldats se couvraient, au loin, de gloire,
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le gouvernement se préparait à une lutte terrible. La charte de Louis XVin n'avait porté que des fruits amers; désordres dans l'administration, esprit d'insurrection dans les masses , système organisé d'insulte contre tout ce qui était beau, saint , respec* table ; anarchie partout. Il était temps de rompre ce réseau qui enveloppaitla monarchie. On le crut, dumoins. Le 25 juillet 1830^ parurent les Ordonnances fameuses, qui suspendaient la liberté de la presse, changeaient le mode d'élection et dissolvaient l'andeone chamlure. Si de telles ordonnances paraissaient de nos jours, après l'expérience de trente ans ajoutée aux expériences de nos pères, on ne leur reprocherait qu'un seul défaut, celui de n'être pas assez absolues. C'est que, lassés aujourd'hui d'une liberté sans frein, stérile dans ses résultats, ruineuse dans sea excès, impopulaire à force de ne parler que des misères du peuple,, sans rien faire pour les soulager, nous éprouvons maintenant un besoin immense d'autorité. En 1830, on croyait encore à ce mirage trompeur de la liberté ; les ordonnances firent une révolution. Charles X partit pour l'exil, emportant, dans les plis de son glorieux drapeau, trois générations de rois. Un homme se tenait prêt à recueillir les débris de cette grande chute, qu'il avait préparée , peut-être, mais dont, à coup sûr, il se hâta de profiter : du milieu des barricades, il releva un trône qui ne devait pas être plus solide, et prit le nom de Louis-Philippe T', roi des Français.
37. Le courageux archevêque de Paris, Mgr de Quélen, fiit sollicité, dans une entrevue avec le nouveau monarque, de prendre l'initiative du serment à la chambre des pairs, parce que son exemple déterminerait, disait-on, tout le clergé à l'imiter, a Ce* D serait une erreur de le croire, répondit le prélat. Le gouver- » nement qui aurait reçu mon serment aurait M. de Quélen dés- D honoré, il n'aurait pas l'Eglise de France. Le Pape seul peut » francher la question. S'il autorise le serment et les prières pour » le chef actuel de l'Etat, le serment sera prêté et les prières se- » ront dites partout: s'il les défend, je serai le premier à lui » obéir, et ces prières publiques^ que j'ai cru devofr autoriser ]» provisoirement, je les interdirai, s'il les défend, aussitôt que » sa vobnté me sera connue* » X^ Vni, eonralté; répondit por
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une autorisation qu'il ne pouvait refuser. La Papauté , d'après le nouveau droit public de l'Europe, ne fait ni ne défait plus les gouvernements ; mais elle sauve les âmes et consolide la paix sous tous les gouvernements. La noble réponse de Mgr de Quélen ne fut pas oubliée.
38. Au milieu des orages soulevés par la nouvelle révolution française, Pie VIII terminait son court pontificat. Chargé d'ans et d'infirmités, il mourut, le 30 novembre 1830. Comme prince temporel, il s'était surtout occupé du soin d'améliorer le sort des classes pauvres ; il diminua les impôts et fournit du travail au peuple. Comme chef de l'Eglise universelle, il intervint, après la prise d' Andrinople et la paix conclue par les Russes avec la Porte, en faveur des Arméniens catholiques , chassés de leur patrie , et obtint pour eux l'érection d'un archevêché arménien à Constantinople même, le rappel des bannis, la reconnaissance de leurs droits, et la restitution de leurs biens. Il invita, d'une manière pressante , l'empereur du Brésil à abolir l'esclavage dans ses Etats, et don Pedro prêta l'oreille aux paroles du Père de la chrétienté. La nouvelle de l'émancipation de l'Irlande, accordée sous le ministère de sir Robert Peel, en Angleterre (12 avril 1829), avait réjoui le cœur de Pie VIE , au commencement de son pontificat ; et la conquête d'Alger , qui détruisit le repaire de pirates où, pendant tant de siècles, avaient gémi des milliers de victimes chrétiennes , adoucit, à ses derniers moments, la douleur que lui causa l'esprit de révolte qui éclatait de toutes parts.
g. 4. Pontificat de Grégoire X¥I (2 féTrier 183M» juin 1846).
39. Le 2 février 1831, le cardinal Albani, de la galerie qui domine la grande porte du Quirinal, proclamait, devant une multitude immense, le nom du nouveau Pontife. « Je vous an- » nonce une grande joie, dit-il; nous avons pour Pape Son Emi« 3 nence Maur, cardinal Capellari, qui a pris le nom de Gré- » goire XVI. » Le moment était solennel. Au moment de la mort de Pie VIII, l'Europe était profondément ébranlée, par le retentissement qu'avait eu partout la révolution de juillet. La France est comn^e le cœur du monde chacun de ses battements a un