‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 184 sur 192 · CHAPITRE vn« U · texte numérisé non relu

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Savoie, il vînt s'établir à Lausanne , où il fut chargé par le roi àé Sardaigne, Victor-Amédée , d'une correspondance importante avec le bureau des ajffaires étrangères. Son séjour sur la frontière de France, dans un pays libre, où aflttuaient les réfugiés de tous les partis, lui facilitait la connaissance d'événements qui intéres-f saient toute l'Europe ; ses études sérieuses en histoire, la sagacité/ la pénétration de son esprit, rendaient précieuses, non-seulement pour son maître, mais pour tous les cabinets européens , les notes qu'il communiquait sur les hommes et siu: la véritable situation des choses. Bonaparte, retrouvant cette correspondance tout entière dans les archives de Venise, lut avec surprise et admiration, ces jugements sûrs et adroits , ces prédictions politiques que luimême avait réalisées. Avec cette connaissance pratique des affaires, M. de Maistre pouvait aborder sûrement les grandes questions religieuses. Il le fit avec un éclat , une verve , une logique irrésistibles dans ses immortels ouvrages Du Pape et des Soirées de Saint-Pétersbourg, Sous la plume de l'illustre écrivain, l'histoire n'est plus un récit du passé, c'est une prophétie de l'avenir; la loi religieuse n'est pas seulement le moyen de salut pour les particuliers, c'est la condition nécessaire, indispensable, de l'exis* tence des sociétés.

30. Son contemporain, le vicomte de Bonald, dont le fils porfâ aujourd'hui si dignement la pourpre romaine sur l'un des plua illustres sièges des Gaules, avait été élevé à Juilly par les Oratow riens. Quand la constitution civile du clergé eut été imposée à la faiblesse de Louis XYI, M. .de Bonald était président de l'admis] nistration départementale de l'Aveyron. Il écrivit & ses collègues une lettre qui fut rendue publique, où il flétrissait énergiquement la conduite de l'Assemblée, et osait, sans craindre d'attirer \% foudre sur sa tête,rappeler la nécessité d'en référer au jugemeni du souverain Pontife, a L'Assemblée nationale, dit-il, a décrétô » des changements dans la discipline ecclésiastique et la cûnsti^ D tution du clergé ; elle a imposé aux pasteurs le serment de s'y D conformer et de les maintenir. Et moi, à qui il est commande » de croire et non de décider ; moi qui sais que le mépri9 di% f> Saint-Siège et de l'autorité des premiers pasteurs a été le pirô* Si cipe de toutes les dissensioAs religieuses qui ont désolé l'Ë^J^

» et ITElat ; moi cpii ne puis séparer le respect que je dois à ma » religion du respect qu'elle me commande pour ses ministres, » Jurais prévenir la décision du chef de l'Eglise, braver l'opinioa » unanime de mes pasteurs , déshonorer ma religion, en plaçant » les prêtres entre la conscience et l'intérêt, le parjure et ra\'ilis- » sèment ; je leur dirais : Jure ou renonce à tes fonctions, à ta )» subsistance, comme en d'autres temps on disait à des hommes : » Crois ou meurs ! Non, non, Messieurs, non, rbumanité autant ï> que la religion se révolte à cette pensée. » Après cette démissîoa éclatant^, M. de Bonald partait pour l'exil. On avait pu re^ connaître à cette mâle éloquence le futur auteur de tant d'ouvrages rdigieux où la plus haute philosophie se fait humblement l'auxiliaire de la foi. La Théorie du pouvoir politique et religieux dans la société dvile'^ démontrée par le raisonnement etparlhistoirCj glaça, dès son début, M. de Bonald à côté des penseurs et des écrivains les plus distingués. La première édition de ce livre qui marquait une époque fut saisie par la police du Directoire et mise au pÛon. L'auteur répondit à cet outrage par un nouveau chefd'œuvre. En 1802, ^^%x\3X]3à, Législation primitive considérée dans les derniers temps par les seules lumières de la raison. Ce livre Q6t resté Tœuvre capitale du philosophe chrétien. D le fit suivre^ ea 1818, des Recherches philosophiques sur les premiers objets des oomnaissances murales^

31 . Les tendances de ces deux illustres écrivains contrastaient étoajagement avec le mouvement de résurrection gallicane qui se manifestait au sein du dergé. M. ds Frayssinous, non content de la publicité donnée dans ses écrits aux idées hostiles au Saint- Siége^ s'eievait à la tribune parlementaire contre la propagation dea doctrmes ultramontaines. M. de La Luzerne, cardinal-évèque dftLangres, dans aea écrits répandus à prof usiou soutenait ces vielles idées de gallicanisme qui résistaient à tant de révolutions, sucvlTaîent 4 tant da ruines et demeurûent imprégnées dans le eoBur du dei^g^ français conune l'huile qui a imbibé le vase. Ce fiit alors qu'un prêtre> inconnu jusque-là, entra à son tour dans la Uce et jeta son nom, destiné plus tard à une célébrité si difie- SâBte> à tous les applaudissements du monde catholique. Le premier volume de ï Essai sur l'indifférence en matière de reKgion

venait de paraître (1818) ; il était signé par M. Tabbé deLamen-* nais. Un an après ce nom était célèbre comme ceux de Chateaubriand, de Bonald et de Maistre. La logique et l'éloquence, la vigueur et la grâce du style, la hardiesse des pensées, le sublime des images, cette majesté de langage qui rappelait les traditions du grand siècle, la manière neuve, le tour saisissant, le choix du sujet; tout était beau dans ce livre. L'effet en fut immense; on appelait déjà son auteur le nouveau Tertullien; hélas I il ne de--* vait que trop ressembler, par ses erreurs, à cette grande figure des premiers siècles de TEglise ; mais alors rien ne faisait prévoir les défections de l'avenir. Un cortège d'intelligences jeunes, brillantes, dévorées du zèle de la vérité et de la soif de la science, se réunit autoiu: du nouveau docteur, et l'Eglise applaudissait au triomphe d'un de ses enfants. Le second volume de VEssai sur t indifférence parut quelque temps après; M. de Lamennais n'était déjà plus qu'un orateur téméraire. Séduit par l'illusion généreuse, sans doute, de remplacer tous les anciens systèmes de philosophie et de forcer les incrédules à la foi , il prétendit trouver dans le sens commun le critérium infaillible de vérité. On sait les discussions que souleva, dans le monde religieux, cette thèse fameuse. On sait qu'elles se terminèrent par une épouvantable apostasie. Dieu voulait, sans doute, donner un nouvel exemple de l'impuissance du génie dès qu'il s'écarte du chemin de l'obéissance.

32. Dans l'intervalle de ces événements, Léon XU avait publié, le 26 mars 1824, la bulle Impensa romanorum Pontificum sollicitudoj pour régler, par un concordat, les affaires de l'Eglise catholique du Hanovre. Le décret pontifical érigeait deux évêchés dans ce royaume, l'un à Hildesbeim, l'autre à Osnabruk ; il veillait à ce que les décrets du concile de Trente fussent exécutés; travaillait à la réunion des membres dissidents de la petite église en France ; proscrivait le schisme des jansénistes à Utrecht ; étendait sa sollicitude sur les Irlandais et les Belges catholiques , rétablissait les Jésuites à la tète du collège romain ; préparait les voies à un concordat entre le Saint-Siège et les grands duchés de Bade et de Nassau ; approuvait, par la bulle Etsi filins Dei, la congrégation des oblat3 de la sainte Yiex^; fmdée pardeu:iprè^

très picmontais pour prêcher l'Evangile au peuple et donner des missions. Il parvint aussi à aplanir les difEcullés qui s'opposaient au rétablissement des sièges épiscopaux dans la province du Hautr- Rhin. Moins heureux en France, où M. de Frayssinous présidait au ministère de Tinstruction publique, Léon XII voymt avec douleur ce prélat essayer de créer une nouvelle Sorbonne pour être la gardienne des maximes françaises. Ce fut alors que le jeune aiyhevêque de Paris, Mgr Hyacinthe de Quélen , donna les premières preuves de la vigueur épiscopale qu'il devait déployer un jour avec tant d'éclat. Il déclara formellement au ministre qu'il refuserait tous les pouvoirs sacerdotaux aux prêtres chargés de l'enseignement dans la nouvelle Sorbonne. Les instances les plus pressantes ne purent faire fléchir cette détermination ; le projet de M. de Frayssinous avorta. Telle était la situation des affaires religieuses en France au moment do la mort de Louis XYDI (16 septembre 1824). Un conflit de juridiction empêcha le clergé de Paris d'accompagner le corps du roi de France à Saint-Denis ; la malveillance interpréta ce fait dans un autre sens, on prétendit que le roi était mort sans avoir accepté les consolations de la religion. Dans la réalité , Louis XYIII fit une mort chrétienne. La veille de sa mort, le curé de Saint-Germain récitait à voix basse les dernières prières auprès du ht de Sa Majesté, a Monsieur le » curé, dit l'auguste malade, priez tout haut et ne craignez pas » de m'eflrayer. Je n'ai pas peur de la mort, il n'y a qu'un mau- D vais roi qui ne sache pas mourir, n Le trdne de la France passait au comte d'Artois, frère de Louis XVI, qui prit le nom de Charles X. Il inaugura son règne par une mesure qui prouvait la bonté de son cœur en même temps que la faiblesse de son caractère ; il abolit la censure des journaux : c'était se désarmer en face de l'ennemi.

3 3 . Charles X remplaça M. de Frayssinous, au ministère de l'ins- Iruction publique, par M. Feutrier, évêquede Beauvais. Ce prélat ne signala son passage aux affaires que par une hostilité déclarée contre les vrais principes de la discipline ecclésiastique. Quelques évêques avaient confié l'enseignement de leurs séminaires à des religieux de la Compagnie de Jésus; un grand nombre de familles françaises en profitaient, pour faire donner une éducatiou

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