CHAPITRE Vn
descendit de la chaire, il vit cette foule émue, empressée, qui rétouflFait presque, s'agenouiller sous ses bénédictions. Quatrevingt mille francs, fruits de la quête, remis, le soir de ce beau jour entre les mains du prélat , inaugurèrent l'œuvre des orphelins du choléra, qui versa, dans le cours de son existence, plus d'un million dans le sein des malheureux (1).
43. Le choléra n'interrompit qu'un instant en France le cours des mauvaises doctrines. On a dit que le gouvernement n'en favorisait pas la propagation, mais du moins il la tolérait, ou plutôt, livré lui-même à toutes les vicissitudes politiques de la majorité, il avait assez à faire de se pourvoir de ministres toujours prêts à recomposer un cabinet qui se renouvelait sans cesse.' Issu d'une révolution, le pouvohr nouveau se maintenait à force d'adresse, en flattant toutes les passions révolutionnaires, répri-».' mant les émeutes, échappant auxassassinats, usant les hommes par d'autres hommes, et recommençant sans fin ce travail de Sisyphe, qui semble la loi de tous les gouvernements parlementaires de France. Vivre au milieu de tant d'éléments de ruines était déjà un chef-d'œuvre. Le saint-simonisme, le fouriérisme, le phalanstérianisme, le culte français d'un prêtre apostat, l'abbé Chàtel/ séduisaient tour à tour les esprits, et attiraient sur leurs auteurs les foudres de l'Eglise. Mais les cris de la presse libérale empêchaient le peuple d'entendre cette voix, autrefois si respectée, du successeur de saint Pierre. Les instincts les plus grossiers du matérialisme, protégés par des ministres incroyants et représentés, dans les plus petits hameaux, par ceux que le pouvoir plaçait de prér férence à la tête des communes, envahirent la nation comme une lèpre incurable. Il y eut pourtant une occasion, où la parole du Vicaire de Jésus-Christ fit faire silence autour d'elle. Ce hit quand elle s'éleva pour condamner M. de Lamennais. Alors trente-trois millions de catholiques français s'inclinèrent et obéirent. Mais l'homme qui pouvait, par sa docilité, se mettre pour jamais à côté de l'immortel Fénelon, répondit à cette condamnation méri- .
(i) Compte général rendu par le conseil de l'œuvre des orphelins du choléra. Notice historique, par M. Sylvain Gaubert. Ce chiffre est constaté par les comptes de Madame la princesse T. de Bauffremont, trésorière de Tceuvre.