CHAPITRE PRElflER. fi
force prendre part à cette effusion de richesses spirituelles que la Papauté répandait sur le monde. Dans un premier mouvement de colère, il écrivit à l'évêque de Misnie une lettre pressai4fe ,^où il suppliail^^prélat de mettre fin à ce qu'il appelait un trafic scandaleux. Aussi irrité dans son amour-propre, que blessé dans son attachement pour son ordre, il annonça qu'il prêcherait sur les indulgences; et fendant plusieurs jours, enfermé dans sa cellule, il travailla à réunir toutes les idées anticatholiques dont les germes fermentaient depuis longtemps dans sa tète , et à leur donner un corps. La foule fut immense, et dans cette première manifestation de sa pensée , le moine augustin exposa tout l'ensemble du système qu'il développa plus tard. Toute la doctrine de Luther repose dans cette instruction religieuse qui est vive, pressée , coupée en alinéas , formant autant de sentences ou de propositions. La pensée du moine saxon ne s*enveloppe pas de ténèbres : elle se produit aux intelligences, ainsi qu'elle a été conçue; novatrice , hostile aux doctrines reçues jusqu'à ce jour, insolente pour la tradition, dédaigneuse de ménagements et hautaine : telle elle se révèle dans toute la vie du réformateur. Voici quelques-unes de ces formules où la parole nouvelle s'essaie avec le plus d'audace. — « Je dis qu'on ne peut pas prouver, par TE-
> criture, que la justice divine exige du pécheur d'autre péni- » tence ou satisfaction qu'un amendement du cœur, et que, nulle » part, elle ne prescrit le concours de l'acte ou de l'œuvre, ainsi j> qu'il est écrit dans Ezéchiel : Le Seigneur n imputera pas le
> péché à qui se repent, ou qui fait le bien. — On nous dit que B l'indulgence, appliquée à l'âme qui souffre dans le purgatoire, B lui est imputée et lui compte pour la rémission du châtiment
> qu'elle doit encore endurer : c'est une opinion sans fondement. 1» — L'indulgence, au lieu de mettre en honneur l'expiation et » la pénitence, laisse le chrétien dans la fange du péché. — Aux B indulgences et à la basilique de Saint-Pierre, préfère ton frère A qui est pauvre. Si tu as du superflu et que ta charité ne puisse
> trouver des mendiants dans ton pays, alors, si tu veux, donne » aux églises, orne les autels, et, s'il t'en reste, donne à Saint- » Pierre de Rome qui en a moins besoin. — L'indulgence n'est • ni de précepte, ni de conseil divin : ce n'est point un comman-
x> dément , une œuvre qui opère le salut. — Que les âmes soient » délivrées du purgatoire par la vertu de l'indulgence, c'est ce » quejene crois pas, bien que quelques nouveaux docteurs l'en- » seignent ; mais ils ne peuvent le prouver, l'Eglise n'(^n*dit rien. » En bonne foi, il vaut mieux prier pour elles. — Que quelques- » uns m'accusent d'hérésie, pour leur avoir dit des vérités qui » font tort à leur commerce, que m'importent leurs bourdonne- » ments? Cerveaux creux, qui n'ont jamais compris la Bible, » qui n'entendent rien aux doctrines du Christ, ne se com- » prennent pas eux-mêmes et s'abîment dans leurs ténèbres. »
30. Luther est déjà tout entier dans ces assertions : il proscrit entièrement le dogme des indulgences ; il insinue déjà son principe de la justification par la foi, sans les œuvres, base de tout son système. Un mois se passe à peine et il affiche à Wittemberg une thèse fameuse qui renferme tous les points déjà soutenus dans son discours et qui va soulever toute l'Allemagne. Effrayés de l'audace de leur orateur, les Augustins avaient recommandé à Luther plus de ménagements et de prudence. Mais le moine, enivré par le bruit qui se faisait autour de son nom, n'avait garde de suivre de pareils conseils. « Mes Pères, leur répondit-il, si p cela vient de Dieu, laissez s'accomplir mon œuvre; si cela ne » procède pas de son saint nom, elle tombera d'elle-même. » Les thèses, véritable programme de révolte, furent affichées sur l'un des piliers de la cathédrale de Wittemberg (31 octobre 1517). L'intention de Luther avait d'abord été de les publier en langue allemande afin que le peuple lui-même prit part au débat; tout ce qu'on put obtenir de lui fut qu'il les écrirait en latin. Elles renfermaient quatre-vingt quinze propositions contre les Indulgences, Fautorité pontificale; et le lendemain, jour de grande solennité dans l'Eglise catholique, tout ce qui entendait le latin à Wittemberg put lire : « Que le Pape n'a pas d'autres pouvoirs » qu'un simple curé de village; — Qu'il faut reléguer en enfer » quiconque croit qu'avec une indulgence on peut compter sur » son salut; — Que les trésors de l'Evangile sont des filets où l'on » péchait autrefois des âmes ; — Que les trésors des indulgences » sont des filets où l'on pèche aujourd'hui les richesses des x> fidèles. »