CHAPITRE PREMIBI
de sa générosité, le prièrent, d'une commune Toix, de nommer au trône vacant. Frédéric opina pour le roi d'Espagne. Le 5 juillet 1519, rarchevêque de Mayence, au nom du collège électoral, proclama, dans l'église de Saint-Barlhélemy, Charles d'Autriche, empereur d'Allemagne. En apprenant ce résultat, Léon X voulut du moins tirer, pour l'Église, le meilleur parti possible d'une élection qu'il n'avait pu prévenir. H importait au repos du monde que le jeune empereur prît, à l'égard de Luther, le parti de la lép-ession. Jamais une alliance entre l'empire et le Saint-Siège n'avait été plus nécessaire. Le nonce du Pape fut chargé de parler en ce sens à Charles-Quint. Ce dernier ne tarda pas à rassiu*er Léon X sur ses véritables dispositions. Le jour de son couronnement à Aix-la-Chapelle, l'archevêque de Cologne s'avança en habits pontificaux, et s'adressant au prince : c< Promettez-vous, B lui dit-il, de travailler saintement au triomphe de la foi catho- » liqoe; de défendre et de protéger les Églises d'Allemagne; de » soutenir loyalement les intérêts de l'empire ; d'être le père et le ï tuteur des veuves et des pauvres ; de rendre au Pontife de Rome » l'obéissance qui lui est due? » A chacime des premières questions, Charles s'était contenté d'incliner la tête, en signe d'assentiment ; à la dernière, il leva la main, et la posant sm* le câté droit de l'autel : « Je le veux ainsi, dit-il, et je compte, pour remplir » ma promesse, sur l'aide de Dieu et les prières des chrétiens : I» que Dieu et ses saints me soient en aide. »
36. Préoccupé des plus vastes projets, le jeune souverain songeait à faire repentir François I" de s'être posé comme son concurrent au trône d'Allemagne. Le roi de France s'était acquis un nom fameux à Marignan; Charles-Quint voulait ne pas lui rester inférieur. Les désordres de la Réforme ne pouvaient lui plaire, au moment où il songeait à employer contre un ennemi redoutable toutes les forces de l'Allemagne. La politique lui faisait une loi de pacifier ses nouveaux états et d'arrêter les progrès Ôe l'hérésie. Une diète générale fut convoquée à Worms pour prendre un parti définitif. Luther avait profité de l'intervalle de trêve que lui laissait l'élection, pour répandre ses doctrines et fortifier son parti. Ce n'était pas toujours par des libelles et par des injures qu'il combattait le dogme catholique. Dans son Traité de
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la liberté chrétienne^ œuvre sérieuse et qui affecte de hautes prétentions théologiques, le novateur avait définitivement formulé sa doctrine. Il pousse ses principes à leurs dernières conséquences, et il établit, comme des vérités fondées sur la parole évangélique, non-seulement la justification sans les œuvres, mais l'impossibilité de la toi avec les œuvres, qu'il regarde comme autant de péchés; la sujétion de la créature au démon, même quand elle fait effort pour lui échapper. A côté de ces désolants axiomes, il érige en dogme Timpeccabilité de l'âme, qui n'a pas cessé de croire; « parce que, dit-il, si j'ai péché, le Christ, qui est en moi, n'a pas » péché, ce Christ en qui je crois, qui opère, qui pense, qui agit, » qui vit avec moi, et qui seul accomplit la loi. » Il s'efforce ensuite d'établir que le sacerdoce est, en quelque sorte, infusé dans l'humanité tout entière, comme l'âme dans le corps; qu'il appartient à tout homme qui croit, parce que le Christ s'étant uni à l'humanité par une union toute mystique, l'âme est devenue son épouse et qu'elle participe alors de tous les dons que l'époux répand sur sa bien-aimée ; que tous ces vocables de prêtres, de clercs, d'ecclésiastiques, ne signifient rien, sont un outrage à la parole de Dieu, parce que nous sommes tous ses enfants au même degré, ses économes et ses ministres, et que les vêtements, la pompe extérieure, les cérémonies ne sont que de vaines figures, des formes hiunaines que l'esprit du Christ doit bannir du milieu des chrétiens.
37. La négation ne pouvait être plus complète, plus tranchée, plus dogmatique. Si Luther dit vrai, la Papauté, le ministère ecclésiastique, le catholicisme, ne sont plus que des inventions hiunaines. Rome est véritablement, comme il l'appelait, la Babylone empourprée. Les défenseurs ne manquèrent pas à la foi outragée. De toutes parts, les théologiens, les docteurs s'élevèrent contre la nouvelle théologie. Eck, chancelier de l'Université d'Ingolstadt, homme d'érudition et d'esprit, dont le nom était connu de toute l'Allemagne savante, entra le premier en lice. Dans mf livre intitulé : Les Obélisques j 'û oppose au Réformateur l'enseignement constant de la tradition, les arguments tirés des Pères, des théologiens catholiques. Aux yeux de tout lecteur impartial et de bonne foi, Eck a de son côté la raison, le droit, la vérité.
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Mais les ouvrages des apologistes chrétiens ont tous, pour les multitudes, précisément le tort d'avoir trop raison. Les esprits passionnés, qui composent la masse, le vulgaire, veulent du piquant, du nouveau. La multitude applaudit à Luther, qui se borna, pomr toute réponse, à jeter à la face du docteur catholique, les épithètes de valet de Satan, à^ermemi insigne du Christ , de théologasire, de malheureux sophiste. — Emser, professeur à Leipsick, ne fut pas plus heureux dans sa .polémique contre le moine augustin. « Tu n'es qu'un misérable Romaniste! lui rév pondit Luther. Et moi je dis : Adieu, Rome, ville de scandale I » La colère de mon Maître, qui est au ciel, va se lever sur toi. 1 Adieu, séjour des dragons; adieu, nid des vautours, des hiboux ]> et des chauves-souris! » Le dominicain Priérias, maître du sacré palais, vieillard blanchi dans les études théologiques et dans les luttes des écoles, vint, % son tour, défendre contre le sectaire rhonneur de Rome et de la Papauté foulé aux pieds. Luther ne mit que deux jours pour composer un pamphlet en réponse au dialogue de Flîérias. a Ce vieux moine, dit-il, tenait la plume B pendant que Satan dictait. Qu'il tâche, du moins, une autre » fois, de mieux inspirer le Thomas qu'il m'oppose dans ses dia- 1» l(^es. )> Le sarcasme et le rire étaient, on le voit, l'arme favorite du père de la Réforme. Quand ses adversaires, croyant le foudroyer, invoquent contre lui la grande voix de la tradition, il sontient qu'un seul homme peut avoir raison contre les papes, les conciles, les docteurs, le présent et le passé. Saint Thomas d'Aquin, l'Auge de l'école, dont le nom seul était une autorité, Ludier le représente m comme un pédant de collège, enfilant des o mots comme des grains de chapelet, rampant dans la boue, et, » pour arriver au ciel, prenant une route hérissée de ronces et 9 d'épines. )> La négation succédait à la négation, dans cette âme lancée en pleine voie de scepticisme. Le livre de la Captivité de Babylone parut alors; et Luther y supprimait, d'un trait de plume, les sacrement^ de l'Ordre, de l'Extrême-Onction, de la Pénitence, les Indulgences, le Purgatoire et la Papauté.
38. Un apologiste couronné se dressa alors avec toute la majesté du pouvoir royal et toute la logique d'un disciple de saint Thomas pour réfuter le docteur de Wittemberg. Heqri VIII, roi d'Angle-
terre, avait, de bonne heure, étudié avec passion la théologie. L'Ange de l'école était son auteur favori ; le disciple roi avait profité des leçons de ce grand maître. Il ne déddgna pas de se faire le champion de la vérité catholique , dans ce beau livre : Assertio septem sacramentorum ^ qui lui valut de Léon X le titre glorieux de Défenseur de la foi, et auquel son auteur devait luimême donner plus tard un si triste et si scandaleux démenti. c( Il » fut un temps de doux souvenirs, dit Henri Vin, où la sainte » Eglise n'avait pas besoin d'être vengée , car elle n'avait pas » d'ennemis. Il s'en présente un aujourd'hui, qui cache les ins- » tincts pervers du démon sous l'apparence d'un beau zèle pour la » vérité, et qui, poussé par la haine et la colère, vomit son venin » contre l'Eglise. Il est temps de le démasquer. Que toute âme » régénérée par l'eau du baptême et rachetée par le sang de Jésus- » Christ; que l'enfant et le vieillard, que le prêtre et le roi se » lèvent pour combattre l'ingrat et l'impie. » Adressant ensuite directement la parole au novateur : « Ose donc nifir, lui dit-il, » que la communion chrétienne tout entière salue, dans Rome, sa » mère spirituelle ! Jusqu'aux extrémités du monde , tout ce qui » porte le nom de chrétien, sur les mers et dans les solitudes, s'in- » cline devant Rome ! Si ce pouvoir ne vient ni de Dieu, ni des » hommes, la Papauté l'a donc usurpé, Rome l'a donc volé? Et ï> quand? Voudrais-tu bien nous le dire? Mais si ce pouvoir est » vieux, que son principe repose dans la nuit des temps, alors tu » dois savoir qu'il est établi par les lois hiunaines que toute pos- » session dont la mémoire est impuissante à désigner la source, » est, par là même, légitime ; et que, du consentement unanime » des peuples, il est défendu de toucher à ce que le temps a fait » immuable. » Luther avait soutenu dans sa Captivité de Baby^ iane, que les paroles de Jésus-Christ : a Tout ce que vous lierez » sur la terre sera Ué dans le ciel, etc. , » s'adressaient non pas aux Apôtres, représentés d'âge en âge par leurs successeurs, mais à la communauté des fidèles en général, à tout ce qui avait reçu k baptême, homme ou femme : créant ainsi un sacerdoce que l'enfant recevait dès qu'il ouvrait les yeux à la lumière. Voici comment Henri Vin lui répond : « Luther dit que les paroles de » l'institution s'appliquent aux laïques comme aux prêtres, et