‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 25 sur 192 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

1» Bède ditnon : qui croirez-vous ?» Luther avait nié le sacrementde Confirmation, parce que, disait-il, il n'en trouvait pas Finstitution dans TEcriture sainte. <c Mais, lui répond Henri YIII, si tu n'avais 9 que l'Evangile de saint Jean, tu nierais donc l'Eucharistie parce 9 que saint Jean ne parle pas de l'institution de ce sacrement? 9 Sans la tradition, tu ne poiurais pas savoir s'il existe des Evan- B giles. Si l'Eglise ne nous avait pas instruit de l'authenticité de » l'Evangile de saint Jean, comment aurions-nous pu le connaître? » Pourquoi donc ne crois-tu pas à l'Eglise quand elle te dit : Voilà » ce que Jésus-Christ a fait ; voilà les sacrements qu'il a institués ; B voilà ce que les Apôtres nous ont transmis ; de même que tu y B crob, quand elle te dit : Voilà ce qu'ont écrit saint Marc ou saint B Matthieu?» La conclusion du traité répond à l'argumentation solide et puissante du corps de l'ouvrage. « A quoi bon désormais, B dit le royal apologiste, une. controverse avec Luther, qui n'est B de l'avis de personne, qui ne s'entend pas lui-même, qui nie ce B qu'il avait d'abord aifirmé, qui a£Srme ce qu'il niait à l'heure » même. Si vous vous armez de la foi pour le combattre, il vous n opfose la raison, si vous appelez à votre secours la raison, il se B jffécipite dans la foi ; si vous citez les philosophes, il en appelle » à l'Ecriture ; si vous invoquez les livres saints, il s'entortille B dans ses sophismes d'école. Ecrivain effronté qui se met au- • dessus des lois, méprise nos docteurs, et du haut de sa grandeur B se rit des lumières vivantes de notre Eglise ; qui poursuit de ses B insultes la majesté de nos Pontifes, qui outrage la tradition, les B io^aesj les mœurs, les canons, la foi, l'Eglise elle-même. » Le livre de Henri VŒ, présenté à Léon X par les ambassadeurs anglais, fut accueilli par le souverain Pontife avec des transports de joie. Le titre officid de Defensor Fidei, fut, comme nous l'avons dit, donné au monarque dans une bulle spéciale. Henri VÏÏI reçut les félicitations de tous les docteurs catholiques : l'Allemagne, lltalie, la France, les Pays-Bas, l'Espagne, lui adressèrent à l'envi leurs congratulations et leurs éloges. Ce concert approbateur étouffa la voix de Luther, qui essaya vainement de répondre par un torrent d'injures à l'œuvre sérieuse de Henri VHI. (c Qu'un B roi d'Angleterre ait écrit contre moi, dit>-il, qu'est-ce que cela B a d'étonnant? Le râpe, msdtre, à ce qu'il prétend, des rois, des

» princes, des écoles, des églises, n'a-t-U pas aussi pris la plnme » pour m'attaquerî Qu'est-ce que cela me fait? C'est du ciel que » j'ai reçu, par la grâce de Dieu, ma doctrine ; du ciel et de celui x> qui, avec son petit doigt, est plus puissant que mille papes, rois, » princes et docteurs. Maintenant, si je mène rudement Henri Vin, » qu'il s'en prenne à lui seul, c'est sa faute. Si un roi d'Angleterre » me crache à la figure ses impertinents mensonges , j'ai bien le » droit à mon tour, de les lui faire rentrer dans la gorge ; s'il » souille de son venin la couronne de mon roi et de mon Christ, » poimjuoi s'étonnerait-il que son diadème en soit sali , et que je » crie sur les toits : Le roi d'Angleterre est un menteur et un im- » pudentî J'en veux finir, une fois pour toutes, avec les papistes, » et leur répondre, en m'adressant au roi d'Angleterre : Silavieil- » lesse faisait le droit, le diable serait sur la terre la chose la plus » juste du monde, car il a plus de cinq mille ans. d

39. Telle était, au sein de l'Europe catholique, l'attitude de Luther, lorsque s'ouvrit, à Worms, la diète convoquée par Charles- Quint (15211). Aléandro y parut en qualité d'ambassadeur du Pape : Luther ne tarda pas à y être cité , il reçut un sauf-conduit impérial qui garantissait sa sûreté personnelle, et quitta Wittemberg dans les premiers jours d'avril. Les débats s'ouvrirent avec solennité entre le nonce, les docteurs catholiques, Luther et ses adhérents. La foi, si indignement outragée par le moine saxon, fut vigoiu«usement défendue. En face de cette assemblée illustre, les injures dont Luther avait toujours un arsenal complet ne pouvaient passer pour des raisons. Aléandro obtint de Charles-Quint que les livres du réformateur wittembergeois seraient brûlés publiquement dans toutes les provinces de ses états. Un édit impérial en proscrivit la lecture et le colportage. Luther comprit qu'il n'avait rien à gagner devant un tribunal aussi sérieux et aussi éclairé, n quitta Worms précipitamment, et, feignant de craindre pour sa sûreté personnelle, il se déguisa sous un vêtement de cavalier et vint se réfugier au château de la Wartbourg, sous la protection de l'électeur de Saxe. La Wartbourg, manoir féodal, était située comme un nid d'aigle sur le sommet d'une montagne isolée , dans « la région des oiseaux qui chantent sur les arbres et louent le » Seigneur le jour et la nuit. » Luther n'avait point à y redouter

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Fœil de ses ennemis. Dans cette nouvelle Pathmos, comme il se plaisait à l'appeler, il prit le nom à^Ecclésiaste de Wittemberg, knsii les yisions de son imagination exaltée et attendit que les évéDements lui devinssent plus favorables. Léon X, depuis la diète de Wonns, avait publié une seconde bulle contre le novateur. D y rappelait, dans une narration rapide, tout l'historique de la nouvdle hérésie ; et pour remédier aux désordres qu'elle répandait en Allemagne, il excommuniait de nouveau LuÂer et tons ses adhérents, frappait d'interdit tous les lieux où ils trouveraient asile, et prenait les mesures les plus énergiques pour abattre, à sa naissance, une doctrine qui avait déjà pris des proportions kmidables. Mais ces rigueurs furent impuissantes à arrêter Luâier dans sa voie de destruction. Il continuait avec plus d'audace qoe jamais à saper tous les fondements du catholicisme et à ébranklesdi^es de la foi. Sa parole, d'autaiît plus fougueuse que le docteur se croyait plus en sûreté, répétée par tous les échos de la psse, répandue par ses disciples dans les palais et les chaumières, soulevait les passions et préparait de nouveaux orages. Un homme, un littérateur, dont le nom était alors populaire, Erasme de Rotrterdam, favorisa, par son équivoque, les progrès du luthéranisme. Passionné pour l'étude des auteurs grecs et latins, parlant luimême et écrivant avec piu^té les langues de Virgile et d'Homère, Erasme s'était acquis, par son talent d'humaniste, une réputation ^ersefle. L'électeur de Saxe, Frédéric, pressé par Âléandro d'abandonner le parti de Luther, crut devoir auparavant prendre la^s d'Erasme. Ce dernier, par de misérables vues d'intérêt per- ^^nnel, et craignant de se commettre avec les Luthériens, répondit au prince d'une manière évasive. Frédéric interpréta les par^fed'Erasme comme il le voulut et continua à protéger Luther (1). iliistoire fera toujours , à la mémoire de l'humaniste de Rotteri^, le reproche d'avoir encouragé, par sa faiblesse et son indécision, les premiers débuts du Protestantisme. Plus tard, il voulut î^parer ce scandale et essayer sa plume élégante et cicéronienne tontre la phrase abrupte et l'éloquence volcanique de Luther. ïâis la parde ne fut pas égale, et le docteur de Wittemberg écrasa

(IiMpPauia, PrwUctiones Hûtoriœ ecclesiasticœ, t. m, p. 207.

facilement, sous sa foudroyante ironie, les paroles harmonieuses et cadencées d'Erasme. Il ne resta de ce dernier, dans cette controverse, qu'une saillie heureuse : « Le Protestantisme, avait^il Tf> dit, est une tragédie qui a le dénouement des comédies ; tout y m finit par un mariage. y>

40. La solitude de la Warthom^ exalta Tesprit de Luther. Le bruit qui se faisait autour de sa doctrine revenait par tous les échos exciter son âme ardente ; la polémique incessante qu'il soutenait contre les théologiens catholiques, le rejetait dans des erreurs nouvelles, et, quand il lui fallut enfin formuler son sysrtéme, il se trouva qu'il avait successivement attaqué chacun des dogmes de la foi. Le résumé de sa doctrine est la négation à peu près complète du catholicisme. On peut en juger par le rapide sommaire qui va suivre : V Luther niait toute autorité dogmatique dans l'Eglise ; chacun devenait juge de la foi, en ne relevant que de sa conscience et de l'interprétation individuelle de l'Ecriture sainte. C'était anéantir d'un seul coup, la tradition, les conciles, les Pères, le droit canonique, sacrifier tout le passé, pour ouvrir aux générations à venir le champ le plus vaste et la liberté la plus illimitée. Cette erreur fondamentale devait d'ailleiurs amener le Protestantisme à toutes les contradictions, à toutes les variations doctrinales qui n'ont cessé de se manifester dans son sein. 2** D niait le sacerdoce catholique en rejetant le sacrement de l'Ordre et en attribuant le ministère sacerdotal à chaque fidèle. L'Eglise devenait ainsi une république dont tous les membres étaient che& au même degré. C'était le démenti le plus audacieux jeté à toute l'histoire de l'Eglise dont chaque page atteste l'origine divine de la distinction entre le clei^é et les fidèles. 3*" Il niait la primauté du Pape et l'autorité du Saint-Siège. Cette erreur n'est que le corollaire forcé de la précédente. A ses yeux, le Pape était l'Antéchrist et Rome la Babylone de l'Apocalypse. 4** Il niait le libre arbitre, et, sur ce point, dépassant toutes les erreurs si souvent condamnées du Pélagianisme, il enseignait que, depuis le péché originel^ toutes les actions, même méritoires, sont fatalement autant de péchés. La foi en J.-C. produit seule la sanctification, sans aucune coopération de notre part. C'était proclamer la licence la plus ef&énée, ruiner les principes de toute morale, autoriser tou5

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les désordres et déchaîner toutes les passions. ï"" Il nicdt reffîcacité des sacrements comme moyens de sanctification. Dès qu'il n'admettait plus le mérite des bonnes œuvres, les moyens que J.-C. a établis pour augmenter en nous la grâce et soutenir les âmes dans la pratique de la vertu devenaient inutUes. Il ne conservait donc qpe trois sacrements : le Baptême, la Pénitence et rEucharistie, dans lesquels il ne voyait d'ailleurs que des signes sensibles qui nous excitent à la foi aux mérites de J.-G., sans conférer d'autre grâce à nos âmes. 6^ Il niait l'origine divine de la Confession sacramentelle, et réduisait le sacrement de pénitence à la foi individuelle en kréxnission des péchés par les mérites de J.-C.7'' Il niait la transsubstantiation ; remplaçait la Messe par la Cène^ simple cérémonie où les paroles de la Consécration n'opèrent dans le pain et le vin qu'une présence figurée, et détruisait ainsi le sacrifice euchans* tique, centre et foyer du culte catholique. 8* Il achevait son œuvre de destruction en traitant d'idolâtrie le culte des saints et la vénération pour leurs images, qu'il bannissait des temples luthériens. Les cérémonies religieuses n'étaient à ses yeux que les pompes de Satan. Jusque-là le sacerdoce cathoUque avait conservé sa dignité rt s'était maintenu à la hauteur de sa mission auguste, à la faveur de la loi du célibat, si souvent attaquée par les hérétiques et si scHgneusement défendue par le Saint-Siège. Luther abolit le célibat, les voeux de religion, les ordres monastiques. Il rompait brayamment toutes les digues opposées aux torrents des passions parla sagesse divine. — Telle nous apparaît, dans son ensemble, l'œuvre de destruction à laquelle il consacra sa vie. Toutes les notions théologiques, toutes les institutions, toute la discipline de l'Eglise étaient bouleversées. Luther concentrait dans une négation à peu près universelle toutes celles que les sectes précédentes avaient successivement opposées à chacun de nos dogmes. A proprement parler, il n'inventait pas un système d'erreurs, il résumait toutes les hérésies du passé dans ce vaste pandémonium qui s'appela le Protestantisme.

I 41. Le génie de Luther, essentiellement envahissant et dominateur, prétendait imposer à ses disciples son autorité personnelle, pendant qu'il proclamait dans ses thèses contre le cathoUcisme, le principe de liberté et d*indépendance absolue de l'esprit humain.

n Yonlaît régler à son gré Tceuvre de démolition dont il Vétak fait le chef, (c II conférait, dit-il , avec les esprits infernaux, dans sa » solitude de la Wartbourg, pour ral)olition de la Messe » lorsqu'il apprit que, sans attendre le mot d'ordre, son disciple, Carlostadt, dogmatisait à Wittemberg , où il renouvelait les fureurs des Iconoclastes, détruisant les images, profanant les autels, proscrivant les sciences et les lettres comme des moyens de perdition. Luther, à cette nouvelle, se hâta de se rendre à Wittemberg et voulut imposer'silence à Carlostadt, qui résista. La discorde prenait ainsi possession du Luthéranisme à son début ; et l'infaillibilité que le père du Protestantisme refusait au Pape, à l'Eglise, à la tradition, lui était contestée à lui-même. Le mouvement d'indépendance dans lequel il avait jeté les esprits éclatait de toutes parts comme une force dont il n'était plus le maître. Il avait déchdné le vent, et les tempêtes naissaient partout sous ses pas. Zwingle, curé d'Einsidlen, en Suisse, s'était déjà fait chef de parti. A l'exemple du moine saxon, il se révoltait contre la doctrine des indulgences; mais, outre les erreurs de Luther, il rejetait le péché originel, et substituait, au dogme de la présence réelle, la présence entendue dans un sens figuré. La haine contre la Papauté, ce rocher contre lequel toutes les hérésies sont venues tour à tour se briser, était aussi le grand mobile de Zwingle.

42. Le pontificat de Léon X , agité par tant de discordes intestines , se terminait au bruit des armements dont l'ambition de Charles-Quint et de François P' couvrait alors l'Europe. Tous deux cherchaient à nouer avec les autres souverains des alUances offensives et défensives. La position de Henri VIQ rendait son alliance également désirable aux princes rivaux qui n'épargnèrent rien pour se la ménager. François P' eut avec Henri VIII la fameuse entrevue du camp du Drap d'or y où les chevaliers, dit Du Bellay, témoin oculaire, « portèrent leurs forêts, leurs prairies et » leurs moulins sur leurs épaules. » François I" avait espéré, par cette ruineuse magnificence, séduire son voisin d'Angleterre. Mais Charles-Quint, plus heureux et plus adroit que son rival, avait déjà prévenu l'esprit de Henri VIE en sa faveur. Il était allé presque seul, le trouver à Douvres, promit la tiare au cardinal Wolsey, favori du monarque anglais, lui paya le premier quartier

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d'une pension vraiment impériale qu'il s'engageait à lui continuer s'il le servait fidèlement près de son^ maître. L'ambitieux ministre, qui en recevait déjà une de la cour de France, ne résista pas aux ai^guments pleins d'éloquence de Charles-Quint, et se détermina en sa faveur. La position de Léon X n'était pas sans difficultés. L'espoir de délivrer l'Italie des troupes françaises était combattu, dans son esprit, par la crainte de la voir tomber tout entière entre les mains de Charles-Quint, déjà maître de la Sicile. L'Italie devait, en effet, servir encore de théâtre à la guerre qui se préparait. LautreCy au nom de François?', vint reprendre le commandement da Milanais. Prosper Colonna et les troupes impériales l'attaqaèrent, et, en un instant, la conflagration devint générale. Léon X n'en vit que le début, il fut attaqué par ime fièvre qui l'enleva à l'amour de ses sujets et à l'admiration du monde. Il nxmrat le 1*" décembre 1521 , âgé seulement de quarante-quatre aos, après huit ans et neuf mois de pontificat.

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