La colère des Impériaux tomba d'abord sur l'Italie. Dix
mois entiers Milan fut abandonnée à la barbarie des Espagnols. Dès qu'on sut en Allemagne que ces riches provinces étaient ainsi livrées au pillage , quinze mille réformés allemands passèrent les Alpes, sous la conduite de Georges Frondsberg, luthérien fiirieuXy qui portait à son cou une chaîne d'or, « destinée, disait-il, ^> à étrangler le Pape. » Le connétable de Bourbon et Leyva conduisaient ou plutôt suivaient cette armée de brigands. Elle se grossissait, sur sa route, d'ime foule d'aventuriers. Elle prit son chemin par Ferrare et Bologne ; elle fut sur le point d'entrer en Toscane , et une partie ne jurait plus que par le sac glorieux de Florence. Mais l'hérésie les entraîna vers Rome, dont le connétable leur promit le pillage. L'assaut fiit livré avec fureiu*. Bourbon y perdit la vie ; mais ses soldats ne le vengèrent que trop. Maîtres enfin de la ville pontificale , ils ne firent pas de quartier, et le premier jour, huit mille Romains, qui demandaient la vie à genoux, furent massacrés. c< Jamais peut-être, dans l'histoire du » monde, dit M. de Sismondi, ime plus grande capitale n'avait été » abandonnée à un abus plus atroce de la victoire ; jamais une » puissante armée n'avait été formée de soldats plus féroces et » n'avait plus effix)yablement secoué le joug de toute discipline. » Ce n'était pas assez qu'on vit, livrée à la rapacité des soldats, la » totalité des richesses sacrées et profanes que la piété des peuples, x> ou leiu* industrie, avait rassemblées dans la capitale du monde » chrétien ; les personnes mêmes des infortunés habitants furent » également livrées aux caprices et à la brutalité de la soldatesque : » ceux à qui on soupçonnait des richesses cachées étaient mis à la » torture. On en obligeait, par des tourmente, à signer des billets, D et à épuiser la bourse des amis qu'ils pouvaient avoir dans les » pays étrangers. Un grand nombre de prélats succombaient à ces » soufeances. Après s'être rachetés , beaucoup d'autres , pour » s'être crus délivrés de toute attaque, étaient contraints de se ra- » cheter encore, et moururent de ces violences, de leur affliction » ou de leur efiroi. On voyait des soldats allemands, dans la » double ivresse du sang et du vin, promener sur des ânes des » évêques en habits pontificaux, traîner les cardinaux dans les » rues, les charger d'outrages et de coups. L'avidité enfonçait les » tabernacles, mutilait les chefsnl'œuvre des arts. La bibliothèque