‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 3 sur 192 · CHÂ^TRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHÂ^TRE PREMIER

auxquels la Providence destine la gloire de concentrer en eux le rayonnement d'une époque tout entière, appartiennent au monde entier. Chaque renommée individuelle vient, en quelque sorte, se fondre dans leur personnalité puissante ; ils n'ont pas à eux s^s tous les genres de talents ou de mérite ; mais ils savent les discerner, les faire éclore, les produire; ils ne sont pas le diamant, mais ib en aiguisent les feux. Nous avons donc à étudier, dans Léon X, deux vies, deux actions simultanées : celle du vicaire de Jésus-Christ, du chef spirituel de la chrétienté; et celle du souverain qui se fait le protecteur éclairé des lettres, des sciences, des arls, qui rassemble autour de son trône des p^ntres, des sculpteurs, des architectes, tels que Raphaël, Michel Ange, Bramante; des littérateurs tels que Bembo, Sadolet, Bibiéna.

4. Le Pape, en inaugurant son pouvoir à Rome, trouvait rénni le dix-septième concile général de Latran, dont la mort de Jules n avait interrompu les séances. La Pragmatique sanction avait été soumise à l'examen des sessions précédentes, et condaninée par le dernier Pontife. Léon X ne voulut pas qu'on reprît cette affaire, qui eût augmenté l'irritation du roi de France. n avait l'espoir de la terminer d'une manière pacifique. Son but était le même que celui de Jules II ; mais il voulait y arriver par des moyens différents. La mansuétude faisait le fond de son caractère. Il en donna bientôt une preuve éclatante. Les cardinaux Carvajal et de St-Séverin avaient dirigé le conciliabule de Pise dans ses entreprises factieuses contre Jules II. Ce Pape, au lit de la mort, avait dit : « Comme chrétien, je leur pardonne, t mais comme chef de l'Eglise universelle, je crois qu'il faut » laisser la justice suivre son cours. » Les deux coupables, en apprenant l'exaltation de Léon X, comprirent que l'heure était venue d'implorer le pardon de leurs fautes. Leur repentir était d'ailleurs aussi sincère que leur schisme avait été éclatant. Munis d'un sauf-conduit de Léon X, ils se rendirent à Rome. Leur entrée au concile offrit une scène imposante. Les deux cardinaux, dépouillés par le maître des cérémonies des marques de leur dignité, furent introduits dans la salle, fléchirent le genou et se prosternèrent devant le successeur du Pontife qu'ils avaient

outragé. Après quelques instants passés dans cette attitude, ils se relevèrent : « Très-saint Père, dit Carvajal, pardonnez-nous nos n offenses; ayez pitié de nos larmes, de notre repentir; n'ayez » pas égard à la multitude de nos iniquités qui surpassent en j> nombre les grains de sable de la mer. » Il se fit un moment de silence; tous les yeux étaient fixés sur les suppliants, a UEglise » est une bonne mère, dit le Pape, elle pardonne à ceux qui p reviennent à elle; mais elle ne voudrait point, par une charité » coupable, exciter le pécheur à faillir- de nouveau. Afin donc » que vous ne puissiez vous glorifier de vos iniquités, j*ai résolu » de vous infliger un châtiment. N*avez-vous pas centriste, par » la plus noire ingratitude, votre maître, votre bienfaiteur, votre » père, le pape Jiiles II, de glorieuse mémoire? N'avez-vous pas » publié une sentence de déchéance contre le vicaire de Jésus- » Christ? Prononcez vous-mêmes votre jugement. » Les deux coupables, confus, baissaient la tète. « Eh 1 bien, reprit Léon X, » voici une cédule que vous allez signer; si vous consentez à la » souscrire, vous obtiendrez miséricorde du siège apostolique. » La formule contenait un désaveu complet de tous les actes dont ils s'étaient rendus coupables envers Jules II. Les deux cardinaux la signèrent, Léon X descendit alors de son trône, et s'approchant de Carvajal : a Maintenant, lui dit-il, vous êtes t> notre frère, puisque vous vous êtes soumis à notre volonté. » Vous êtes la brebis perdue de l'Evangile, qui a été retrouvée ; » réjouissons-nous dans le Seigneur. » Il accueillit avec les mêmes paroles de douceur le cardinal de Saint-Séverin ; et les deux coupables furent rétablis dans leur dignité. Le monde put augurer dès lors quel serait le Pontife qui savait allier tant de miséricorde à tant de majesté:

5. Le concile poursuivit ensuite ses opérations sous l'inspiration du Pape. Depuis bien des années, Rome voulait ime réforme sacerdotale. L'assemblée de Latraii, docile à la voix de Léon X, avait nommé une commission chargée d'examiner les moyens, non pas seulement de corriger les mœurs du clergé, mais de les ramener à la pureté des siècles anciens. Ce projet avait été la préoccupation constante de Jules II; son successeur n avait garde de laisser périr une si sainte pensée. Les règlements qui furent

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