‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 34 sur 192 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

Zwingle, expliquant les paroles de l'institutioii de FEucharistie^ prétendait que les mots : Hoc est corpus meum, voulaient dire : Ced signifie mon corps, Œcolampade voulait que le mot corpus HA pris au sens figuré , et n'indiquât pas une présence réelle. La doctrine de l'Eglise catholique est que les paroles de J.-G. ont le sens littéral et produisent réellement ce qu'elles signifient : en sorte qu'après la consécration du pain, faite par ces mots : Hoc est corpus meum; ceci est mon corps y il n'y a plus de pain sur l'autel, mais le corps de Jésus-Christ sous l'espèce du pain. C'est là ce qu'on appelle, en théologie, le dogme de la Transsubstantiation. Luther rejetait le dogme catholique, et il ne voulait pas davantage admettrel'interprétation arbitraire de Zwingleetd'GËcolampade.Il écrivit donc, avec sa fureur habituelle , pour soutenir un système iatermédiaire, celui de la Consubstantiation, Il disait que le corps de Jésus-Christ est avec le pain dans le sacrement de l'Eucharistie (In pane, sub pane, cum pane). Zwingle répondit en démontrant que, si l'on devait s'en tenir au sens littéral , la doctrine catholique de la Transsubstantiation était seule admissible; et que si, comme Luther, on admettait un sens figuré ( Ceci est mon corps, signifiant : Ceci renferme mon corps, ou : Ce pain est uni avec mon corps) y il demandait en quoi sa métonymie était moins solide que la synecdoque de Luther : « Vous vous écriez, dit-il^ que » nous sommes des hérétiques qu'on ne doit pas écouter, vous B jetez l'interdit sur nos livres, vous provoquez les autorités à 9 s*opposer à nos doctrines. Le Pape en a-t-il agi autrement lors- » que la vérité a voulu lever la tête î » Uecclésiaste de Wittem^ berg avait peu de choses à répondre à cet argument. Il avait déclamé contre la tradition ; il fut obligé d'avoir recours à elle , en dépit de ses théories de libre examen. « L'article de la consubs- 1^ tantiation, écrivait-il à Albert de Prusse, n'est pas un dogme » inventé par les hommes ; il est fondé sur l'Evangile^ sur des » paroles claires, irréfragables ; il a été uniformément cru etconi> serve, dès l'origine de l'Eglise chrétienne, dans le monde entier, » jusqu'à cette heure, comme le prouvent les œuvres des saints » Pères de la langue grecque et latine, outre l'usage journalier et » l'expérience non interrompue. Si c'était un article nouveau, s'il 0 n'avait été gardé si uniformément dans toutes les églises, dans

1» toute la chrétienté, il ne serait pas aussi e&ayant, ni si dange* » reux d'en douter et de le discuter. Quiconque en doute , c'est » comme s'il ne croyait plus à l'Eglise chrétienne, et comme s'il y> condamnait, non-seulement la sainte Eglise comme hérétique, y> mais le Christ lui-même, les apôtres et les prophètes qui l'ont 3> établie avec des promesses d'immortelle durée ! L'Eglise de Dieu f> est la colonne et la base de la vérité. » Ces paroles ne semblent pas être de la même^plume qui écrivait cinq ans auparavant: « Tous les Pères ont erré dans la foi, et s'ils ne se sont pas repen- » tis avant de mourir, ils sont damnés pour l'éternité. Saint Gré- » goire est le premier auteur de toutes les fables sur le purgatoire » et les messes pour les morts. Augustin s'est souvent trompé ; il y> n'y a pas à compter sur lui. Jérôme est im hérétique qui a écrit y^ beaucoup de choses impies. Je ne connais aucun des Pères que » je déteste autant que celui-ci ; il a toujours le jeûne et la virgi- » nité à la bouche. Je ne fais non plus aucun cas de Chrysostôipe, » c'est un discoureur stérile. Basile n'est bon à rien ; c'est un » moine tout pur. Thomas d'Aquin n'est qu'un avorton théolo- » gique. C'est im puits d'erreurs, un mélange de toutes sortes » d'hérésies qui anéantissent l'Evangile (1).» Mais ces contradictions n'embarrassaient pas Luther. La parole suivait les besoins de sa cause, hostile ou louangeuse, selon les circonstances.

18. L'arrivée de l'empereur à la diète d'Augsbourg fut retardée jusqu'au 15 juin. C'était la veille de la fête du Saint-Sacrement, ce qui donna lieu aussitôt à des troubles. Charles-Quint avait demandé que les princes protestants lui remissent un écrit renfermant le symbole de leur croyance et les abus qu'ils prétendaient rejeter. Ds chargèrent Mélanchton du soin de rédiger ce document qui prit le nom de Confession ou Formule de foi à'Auffsbourff [Confessio Augustana). Luther y adhéra complètement. «Cetra- » vail, écrivait-il, me convient assez, et je n'y vois rien à changer » ou améliorer. Cela ne pourrait m'aller d'aÛleurs; je ne saurais » agir avec tant de calme et de douceur. » La Confession d'Augsbourg renfermait ime préface en deux parties, dont la première, en douze articles, s'appuyait sur les symboles des Apôtres et de

(1) Voyez M. Alzog, t. m, p. -46, 65.

CHAPITRB n. 89

Nicée, et dont la seconde^ en sept articles, exposait les abus à détraire. Parmi ces abus, Mélauchton désignait : la communion sous une espèce, les messes privées, le céUbat, les vœux monastiques, la distinction des mets pour les jours d'abstinence , la confession auriculaire et le gouvernement ecclésiastique. La première partie, présentée avec art et ménagement, ne contenait la doctrine de Luther que sous une forme adoucie et comme déguisée : on y reconnaissait pourtant les principales erreurs du moine saxon : 1*^ sur le péché originel, produisant une impuissance absolue pour le bien ; 2® sur la justification par la foi seule ; 3^ sur le libre arbitre, la foi, les bonnes œuvres ; 4^ sur le culte et l'invocation des saints ; 5^ sur la présence de Jésus-Christ dans le sacrement de l'autel : comme nous l'avons dit, Luther n'y admettait point de changement de substance. — Lecture publique de cette confession de foi fat faite à la diète. Charles-Quint la remit ensuite aux théologiens catholiques , présents à l'assemblée , Eck, Cochlœus, Conrad Wimpina, Faber et d'autres. Non-seulement ils en relevèrent les erreurs, mais ils démontrèrent encore, d'après les écrits de Luther, qu'il avait lui-même , à diverses reprises , enseigné tout le contraire. En présence des maux qu'avait déjà causés la doctrine protestante, il n'était pas facile à des fils dévoués de l'Eglise de retenir leur indignation. Le premier travail des docteurs catholiques, rédigé sous cette impression, parut trop violent à l'empereur. H le fit observer aux théologiens, qui comprirent la nécessité de rester dans la ligne de la prudence et de la modération. La vérité doit être calme et retenue ; la passion n'est bonne que pour défendre l'erreur. Bb composèrent donc, dans ces idées, une nouvelle réfutation delaConfession à'Aiigsbo\}Tg{Confutatio Confessùmis Augustanœ). Chaque article y était discuté froidement, d'après les règles de la logique la plus sévère. On rapprochait les erreurs luthériennes de la tradition catholique ; on montrait en quoi elles s'écartaient de la vérité, et par quels côtés séduisants elles avaient pu faire illusion aux esprits inattentifs. Ce manifeste fut lu, par ordre de Charle&-Quint, aux Etats assemblés. L'empereur avait compté sur la bonne foi des princes protestants. Après une exposition si précise et si claire des dogmes catholiques, il ne doutait pas de leur empressement à abandonner le parti de laRé-

90 CLÉMENT vn (1523-1534).

forme. Il prit donc la parole et manifesta le désir de voir s'éteindre toutes les divisions • « Sinon , disait-il , nous serons obligé d'agir » en conscience, suivant le serment que nous avons fait lors de » notre sacre , comme protecteur de FEglise. » Cette déclaration souleva toutes les haines de la faction protestante. Philippe de Hesse , à la consternation générale , rompit brusquement les conférences ouvertes entre les princes et les évoques, et quitta Augsr bourg. Charles-Quint voulut alors qu'une discussion publique s'ouvrît, en sa présence, sur les articles controversés. Eck, le docteur catholique, et Mélanchton, le disciple de Luther, furent désignés pour soutenir chacun leur thèse. L'article de la communion sous les deux espèces fut d'abord discuté. Les théologiens catholiques, s' appuyant d'un précédent analogue qui avait eu lieu dans l'affaire des Hussites, promirent d'obtenir cette concession en faveur de l'Allemagne, si d'ailleurs on réussissait à s'entendre sur le reste. Mélanchton était, de toute la Réforme, la conscience la plus honnête et la plus droite. H n'avait pas la force de résister à la vérité connue, et les protestants lui surent bientôt mauvais gré de la modération qu'il apportait dans la négociation. Luther n'avait pu obtenir de paraître en présence de la diète ; il se tenait à Coboui^, toujours prêt à donner un conseil dans les affaires importantes. Dans la suite de la discussion, Mélanchton avait concédé les prérogatives des évêques. « De quel droit, disailr-il à 1» ses partisans, prétendrions-nous enlever aux évêques leur puis- » sance, s'ils enseignent la saine doctrine? Non-seulement, et » teUe est ma sincère pensée , je voudrais fortifier leur pouvoir » mais encore rétablir le gouvernement intier de l'Episcopat. Car v> je vois quelle église nous aurons après avoir renversé l'autorité » épiscopale ; je pressens l'insupportable tyrannie qui succédera à » ce que nous aidons renversé. » Il écrivait en termes plus explicites encore , au légat Campeggio, en ce qui concerne le pouvoir du souverain Pontife : « Nous n'avons pas une doctrine autre que » celle de l'Eglise romaine. Nous sommes même prêts à lui obéir, » pom» peu que, dans la miséricorde dont elle a toujours usé en- » vers tous les hommes, elle se souvienne de son indulgence et x» ferme les yeux siu* certains points, peu graves, que noua ne » pourrions plus changer désormais^ quand nous le voudrions.

CHAPITRS n. 91

v Nous honorons le Pape de Rome et toutes les constitutions de B l'Eglise, pourvu que le Pape ne nous rejette pas. Mais pourquoi i> trembler? Suppliants que nous sommes, serions-nous rejetés 0 quand l'unité peut être si facilement rétablie ? Il n'y a que d'in- » signifiantes différences dans les usages qui paraissent s'opposer

• à une sincère réconciliation. Les canons eux-mêmes admettent 1» qu'on peut différer sur des points de ce genre, et demeurer en v union avec l'Eglise. » Quand Luther connut cette lettre, sa colère fut à son comble. « Il ne me convient nullement, écri- » vait-il à Mélanchton^ qu'on prétende traiter de l'unité dans la

• doctrine , quand elle est complètement impossible , à moins que » le Pape ne veuille déposer tout son attirail de Papauté. L'affaire » se perdra dans ces tiraillements continuels et ces concessions » sans fin. Les rusés catholiques nous ont tendu ici un piège dont 9 il faut nous tirer. » Mélanchton comprit alors que le protestantisme ne voulait apporter aucune bonne foi dans la discussion. » Tous ces mécontents, dit-il, prouvent évidemment qu'ils com- 1» battent, non pour l'Evangile, mais pour leurs intérêts particu- « liers. » Si Mélanchton avait eu autant de courage que de droiture , il aurait profité de cette circonstance pour rompre avec le protestantisme. Mais Luther avait dominé cette nature indécise de tout l'empire que les caractères supérieurs savent prendre sur les imaginations faibles. Il céda et se prêta à tout ce qu'on voulut. Au lieu de donner suite à ses projets de réconciliation , il publia une Apologie de la Confession d'Augsbourg^ qu'il opposa à la Réfutation des docteurs catholiques. Les princes la présentèrent à Charles-Quint, qui la sejeta, ainsi quelaConfôission elle-même. Elle obtint parmi les protestants une autorité égale à cette dernière. De leur côté, les quatre viQes qui tenaient le parti de Zwingle, Strasbourg, Lindau, Constance et Memmingen, avaient produit une confession de foi commime {Confessio Tetrapolitana). Zwingle lui-même en avait présenté une spéciale dans laquelle il faisait ressortir l'opposition de sa doctrine avec celle de Luther, sur la Cène. La division, la discorde étaient au camp du protestantisme , et Mélanchton , découragé , s'écriait : <c II faut que » Zwingle soit devenu fou! » Charles-Quint, désespérant d'arriver à un accord devenu chaque jour plus impossible, rendit enfin un

décret qui mit fin aux débats, a Les protestants, dit-il , ont été » réfutés par des principes certains, tirés des saintes Ecritures. » Ds auront à réfléchir sur le parti à prendre, jusqu'au 15 avril D de l'année suivante. » Bientôt après parut un dernier édit qui fut la clôture des opérations de la diète. L'Empereur y déclarait positivement qu'il se considérait comme obligé, en conscience, de défendre l'ancienne foi catholique , «c et les princes promirent de » l'aider, dans ses e£Ports, de toute leur puissance. »

19. La paix ne pouvait être de longue durée avec des ennemis qui ne respectaient plus aucune autorité. Charles-Quint, lorsqu'il voulut mettre à exécution les conclusions de la diète, ne trouva aucun appui dans les princes catholiques d'Allemagne , qui redoutaient l'issue d'une guerre civile, en présence des dispositions hostiles de la population allemande. D'un autre côté, l'empereur fut obligé de se rapprocher des États luthériens pour en obtenir des secours contre les Turcs, dont les progrès continuaient à jeter l'alarme en Europe. Les protestants ne consentirent à aacun arrangement, si l'on ne commençait par révoquer les décrets impériaux d'Augsbourg. Réunis à Smalkade (29 mars 1531), ils conclurent entre eux une ligue offensive de six années. Ils marchaient avec d'autant plus d'assurance et d'audace dans cette voie nouvelle, que Luther et Mélanchton, revenant sût leur ancienne résistance, autorisaient désormais l'emploi des armes pour le maintien du protestantisme. Ainsi, sous bien des rapports, l'allié naturel des princes protestants fut alors le sultan des Turcs, qui voulait profiter des divisions de l'Allemagne, et permettait par là même, à ceux qui la déchiraient, de lever la tête contre l'empereur. Charles-Quint se vit contraint d'entrer en pourparlers à Francfort. La conférence se termina à Nuremberg (2 3 juillet 1532)* Là il fut enfin convenu que, jusqu'au concile général, on ne ferait le procès à aucun prince ; que tout resterait provisoirement dans le statu quo; que ceux-là seuls, cependant, seraient compris dans le traité de paix, qui avaient déjà reconnu la Confession d'Augsbourg. Luther triomphait.

20. Pendant que ces complications éprouvaient le pontificat si cruellement agité de Clément YII, des événements non moins déplorables appelaient son attention sur l'Angleterre. Henri VIII»

Page 1