‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 41 sur 192 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

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favoris de la cour* Cette dispersion des biens de l'Église devint la vraie source du paupérisme en Angleterre. En présence d'excès qui révoltaient tout ce que l'Europe comptait de cœurs honnêtes, Paul m lança de nouveau une sentence d'excommunication contre Henri YŒ ; mais le tyran ne s'en inquiéta pas autrement, et persista à se déclarer un fils soumis de l'Église catholique. Il écrivait encore des livres contre Luther. Il avait fait continuer l'usage de l'eau bénite et des cendres, le culte des saints ; un acte royal avait pourvu à la conservation du dogme et maintenu, comme article de foi, la transsubstantiation, et comme obligation indispensable, le célibat ecclésiastique, « fondé, disait le pontife-roi, sur un com- » mandement du Christ. » Mais les images et les reliques ne trouvèrent point grâce à ses yeux ; elles furent brûlées partout où l'on en put découvrir ; le temps des Iconoclastes semblait revenu.

6. Le bourreau de Fisher et de Thomas Morus avait encore une victime qu'il réservait à sa vengeance. L'Angleterre voyait alors, à la tête de son clergé, un homme aussi illustre par sa naissance que par ses talents et ses vertus. C'était le cardinal Polus. Sa mère, la comtesse de Salisbury, issue du sang royal des Flantagenets, était le dernier rejeton de cette célèbre dynastie. Le cardinal se trouvait ainsi proche parent de Henri YHI, qui l'avait jusque-là comblé de ses faveurs et qui s'honorait de l'avoir pour ami. Quand la question du divorce fut proposée à la Chambre des lords, Polus se prononça ouvertement contre l'injustice i[ue la passion du roi voulait faire sanctionner. Cette opposition fat considérée comme un crime de lèse-majesté. Poursuivi par les émissaires de Cromwell, le cardinal se vit obligé de se soustraire à la vengeance royale en se cachant chez des amis dévoués. Sa retraite, gardée par la fidélité, demeura un secret pour la police de Henri YHI, qui résolut de punir la mère du courage du fiils. La comtesse de Salisbury, âgée de plus de soixante-dix ans, et courbée sous le poids du malheur plus encore que sous celui de la vieillesse, fut jetée au fond d'im cachot. « Le roi voulait, di- » sait-il, la retenir en otage pour qu'elle répondit de la conduite » du cardinal, son fils. » Après une année de captivité, une sentence barbare la condamna à être décapitée. Quand le bourreau lui ordonna de pencher la tête sur le billot : « Non, s'écria-t-eUe,

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» jamais ma tète ne fléchira devant la tyrannie ; si tu la veux, » tâche de l'atteindre comme tu pourras, x> A ces mots, le bourreau lui asséna un violent coup de hache, qui, toutefois, manqua son effet. La malheureuse comtesse, égarée par la douleur, ses longs cheveux blancs flottants sur ses épaules, se mit à courir autour de Téchafaud ; mais le bourreau la poursuivit et ne fit sauter sa tète qu'après l'avoir frappée de sa hache à plusieurs reprises, a Quelle horrible scène ! s'écrie le protestant Cobbet. Tout > Anglais doit rougir en réfléchissant qu'elle se passa dans son » pays. »

7. Le règne de Henri YIII, à partir de cette époque, ne fut qu'un enchaînement de cruautés et d'exécutions sanglantes. Anne de Boulen, la première cause de tant de crimes, ne tarda pas à exciter la colère et à éprouver la vengeance de son redoutable époux. La légèreté de sa conduite fournit sans doute des présomptions contre elle; mais la rigueur du supplice auquel elle fut condamnée avait surtout poiu* motif la nouvelle passion d'Henri VDI pour Jeanne Seymour. L'Angleterre vit tomber la tête d'Anne de Boulen et ne s'étonna pas que, dès le lendemain, sans même laisser au temps le pouvoir d'affaiblir par quelque éloignement le souvenir de cette image lugubre, l'impudique monarque célébrât avec des pompes inouïes son mariage avec Jeanne Seymour. Celle-ci moiunit l'année suivante, en donnant le jour à un prince, qui fut depuis Edouard YI. Anne de Clèves parut im instant siu* ce trône ftmeste. Henri VDI la répudia sous im prétexte ignoble, et crut sans doute la traiter assez généreusement en lui faisant grâce de la vie. Moins heureuse qu'elle, Catherine Howard, qui lui succéda, ne tarda pas à monter sur l'échafaud d'Anne de Boulen. Thomas Cromwell, l'infâme ministre de tant de vengeances, disgracié à son tour, avait été emprisonné en 1540, sous la double accusation d'hérésie et de crime de lèse-majesté. D se montra aussi lâche dans le malheur qu il avait été cruel dans la prospérité, et fut exécuté malgré ses hypocrites protestations. Veuf de cinq épouses, dont deux avaient été répudiées, deux autres décapitées, Henri VH! songeait encore à contracter de nouveaux liens. L'historien se demande comment il se put trouver encore une femme qui ait consenti à courir le risque d'une pa-

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reiUe alliance. Mais la perspective d'une couronne a pour l'ambition des attraits irrésistibles. Catherine Parr fut fière de monter sur ce trône couvert de sang. Elle eut le bonheur d'échapper au bourreau. Son arrêt de mort était signé lorsque Henri YH! mourut (1547). Dans l'espace de trente-huit ans de règne, il avait fait exécuter deux reines, un cardinal, deux archevêques, dix-huit évêques, treize abbés, cinq cents prieurs et moines, trente-huit docteurs, douze ducs et comtes, cent soixante-quatre gentilshommes, cent vingt-quatre bouigeois, cent dix femmes. H manque à ce nouveau Néron un autre Tacite. Qu'un pareil monstre soit devenu le chef d'une religion adoptée par l'Angleterre, ce pays où les intelligences sont si nobles, si élevées, où les esprits sont habitués à apprécier froidement les événements et les hommes, où l'histoire est étudiée, connue, comparée et jugée, où l'honneur national est un sentiment populaire si puissant et si vivace, c'est là un fait qui déconcerte tous les calculs, qui combat toutes les vraisemblances, qui confond la pensée et l'incline devant un de ces abîmes impénétrables de la justice divine , dont les juge-ments sont incompréhensibles et les voies insondables. Puisse ce peuple , auquel il ne manque , pour devenir peut-être le plus grand de tous les peuples, que la vérité catholique, puisse-t-il ouvrir enfin les yeux et voir quelle honte, quelles barbaries, quelles atroces et dégoûtantes voluptés ont donné naissance, dans son sein, an schisme qui l'a violemment séparé de l'unité romaine ! Qu'il abdique l'ignominieux héritage de Henri VHI pour redevenir le fils de saint Pierre. Quelle gloire l'attend dans ce rôle seul digne de lui! Ses vaisseaux, qui sillonnent en vainqueuT:^ toutes les mers du globe, iraient porter la vraie foi aux contrées les plus lointaines. Sa puissance participerait alors, en quelque chose, aux promesses d'immortalité que Dieu a faites à son Église. S'il s'obstine, au contraire, à marcher dans les routes de l'erreur, qui l'empêchera de subir le sort des Carthaginois et de finir comme ont fini ces antiques maîtres de l'Océan? La Rome des Papes, pour n'avoir pas les soldats de la Rome de Scipion, n'en est pas moins invincible.

8. La mort de Heuri VIE n'améliora pas l'état religieux de l'Angleterre. Edouard VI, fils de Jeanne Seymour, monta sur le

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trône, en vertu du testament de son père et au préjudice de Marie, fille de Catherine d'Aragon. Le duc de Sommerset, oncle du jeune roi, fut mis à la tète de la régence, et fit élever son pupille dans la haine de l'Église catholique. Le Parlement enleva aux chapitres le droit d'élire les évèques pour l'attribuer exclusivement à la couronne. Cranmer, nommé vicaire spirituel du royaume, rédigea, a sous l'inspiration du Saint-Esprit, d un Recueil d'Homélies, un Catéchisme anglican, une lÀthurgie nourvellcj le lÂvre de la Prière commune et de F Administration des Sacrements [Book ofcommon prayer) (1549). La messe fut abo« lie, le mariage des prêtres autorisé, l'usage de la langue nationale introduit dans la célébration des offices ; on détruisit les objets de l'ancien culte, les images, les statues, les autels, les ornements sacrés, les chapelles privées. Les évèques récalcitrants furent dépossédés, leurs biens confisqués, et l'Église nouvelle, « l'Église D établie par la loi, » fut définitivement constituée à l'aide de troupes étrangères. Au lieu des aumônes abondantes que les mo« nastères, si riches autrefois, versaient parmi le peuple, on pro* mulgua des ordres sévères contre les mendiants ; on les condamna à la prison, à être marqués d'un fer rouge sur le front et la poitrine. Sommerset, livré comme Henri VUI aux conseils de Cran* mer, fit exécuter son propre frère, et bientèt après, accusé de tra* hison, il monta lui-même sur l'échafaud et fut remplacé par Dudley, comte de Norwich et duc de Northumberland. Au bout de trois ans, la liturgie de Cranmer fut révisée et autorisée par le Parlement, qui décréta des peines sévères, et jusqu'à l'emprisonnement perpétuel, contre ceux qui s*écarteraient de cette litmrgie. Quarante-deux airticles nouveaux, sanctionnés par le Parlement, remplacèrent les six articles de Henri YUI (1).

9. Pendant que ces graves événements, dont nous n'avons pas voulu interrompre le récit, se passaient en Angleterre, le réformateur saxon, Luther, poursuivait en Allemagne son œuvre de destruction et de ruines. Dès l'an 1525, après avoir préparé le monde à ce nouveau scandale, par des écrits obscènes, où il déversait sur le célibat ecclésiastique des iuiures inspirées par l'en-

(1) M. Aliog, t. m. p. 132.

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