‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 43 sur 192 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

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étaient soumises à une rigide censure. Ces mesui^ de rigueur commencèrent à lui aliéner les esprits. Une dissidence s'était élevée entre Calvin et l'Église de Berne, à propos du pain levé, dont le réformateur français voulait introduire l'usage dans la célébration de la Gène, et au sujet de l'abolition de toutes tes fêtes qu'il venait de décréter pour ne conserver que le dimanche. Un orage se forma contre son pouvoir tyrannique, et en 1538, il fut exilé avec Farel et Viret. Retiré à Strasbourg, Calvin y continua sa polémique hostile à l'Église. Entouré de protestants français réfugiés (1), il répandait le venin de ses doctrines et façonnait ainsi à l'erreur des générations qui devaient la perpétuer au sein de notre belle patrie. Il parvint à former autour de lui une communauté selon ses principes religieux, et épousa la veuve d'un anabaptiste. Cependant Calvin avait laissé de nombreux partisans à Genève; il y fut raj^lé en 1541, et y exerça dès lors une véritable dictature civile et ecclésiastique. JDi institua un consistoire qui devait juger les délits en matière de morale. Sa constitution contre les danses et les jeux fut remise en vigueur. Des visites domiciliaires et des mesures inquisitoriales furent organisées dans toute la ville pour veiller sur les mœurs de chaque citoyen. Les Genevois, et parmi eux surtout ceux qui s'intitulaient les Libertins ou sectateurs de la liberté évangélique, s'iosmrgèrent contre une pareille contrainte morale. Par sa cruauté, son activité et les ressources d'un esprit toujours fécond en expédients, Calvin réussit à étouffer ces ferments de révolte. Chaque parole prononcée contre lui était punie avec une sévérité' terrible. Ainsi le traducteur de la Bible, Castellio, fut déporté avec le médecin Bolsec. Le conseiller Ameaux fut jeté en prison. Jacob Grûnct fut exécuté (1548), pour avoir écrit quelques paroles menaçantes au dictateur, qui, en pleine assemblée, l'avait traité de chien. Gentilis, condamné à mort, parce qu'il avait accusé Calvin d'avoir erré dans la doctrine de la Trinité, n'échappa au supplice qu'en faisant publiquement amende honorable. Enfin, Michel Servet, Aragonais de naissance, grand anatomiste, de passage à Genève, fut

(1) C'étaient des sectaires qui avaient pris la faite pour se soustraire aux seoteoces portées par le roi et les parlements contre les nouvelles doctrines.

120; PAUL m (1534-1549).

brûlé par ordre du dictateur pour avoir éoiis quelques propositions hérétiques contre le dogme de la Trinité, que Calvin luimême enseignait si mal (1553). Terrible et inique exécution ^ dont la mémoire du réformateur français ne se lavera jamais aux yeux de la postérité. Ces cruautés n'étaient pas chez lui le résultat d'une fureur passagère et rapide, comme en ressentait Luther, mais Teffet d'une colère froide, aride et calculée. Maître du pouvoir politique, Calvin sut bientôt faire prévaloir son système sur celui de Zwingle, dans les cantons helvétiques. L'oiganisaiion ecclésiastique de Genève devint le modèle des églises réformées de France et des Pays-Bas. Après une vie d'une activité infatigable, Calvin mourut (27 mai 1563), laissant dans Théodore de Bèze un biographe dévoué et un disciple capable de soutenir l'œuvre de sa politique. Bèze, au contact du réformateur de Noyon^ ayait fini par dépouiller la légèreté de la jeunesse pour emprunter quelque chose de la gravité guindée du maître. Du mélange de ces deux éléments réunis, il se forma un caractère à la fois doux et sévère , qui lui conquit un grand nombre de partisans dans les communautés calvinistes, dont il devint, à proprement parler, le fondateur.

17. Tel fut Calvin, le réfQrmateur français, que Ton a souvent opposé au réformateur allemand. Luther se retrouvait dans Gaivin, moins l'audace et la violence, plus l'astuce, l'habileté calculée et la froide cruauté. Ces deux che& se partageaient la réforme ; ils se la disputèrent comme un empire, en se faisant une guerre d'oi^eil et d'injures. Leurs disciples continuèrent à former deux camps, les luthériens connus sous le nom de Proies^ taniSy les calvinistes sous celui de Réformés, qu'ils affectent particulièrement; mais on a donné souvent, parmi les catholiques, les deux noms indistinctement aux uns et aux autres, et avec raison. Tous, en effet, ont protesté de fait contre l'autorité de l'Église par la révolte, et tous ont déshonoré le nom de réforme^ en appelant ainsi la ruine de toute règle dans la foi comme dans les mœurs (1).

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