‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 65 sur 192 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

possession du trône de saint Pierre , sous le nom de Pie FV, les hérésies luthérienne et calviniste faisaient en Europe d^affreux progrès. L'Angleterre , sous la domination de la fille d'Anne de Boulen et de Henri YQI, marchait, à travers des flots de sang, dans les voies du schisme. En Ecosse, Enox, fanatique fougueux, installait le Calvinisme le plus intolérant, et bouleversait à la fois TEglise et l'Etat. Cette secte se propageait aussi dans les Pays- Bas, à la faveur de la haine populaire contre la domination espagnole de Philippe H. Toutefois ce prince avait compris l'importance politique de s'opposer à l'invasion des nouvelles doctrines. A sa demande, Paul lY avait érigé trois nouveaux sièges métropolitains : Utrecht, Malines et Cambrai , avec plusieurs évêchés. Les protestants d'Allemagne mettaient à profit la liberté dont la paix religieuse de Passaw les avait fait jouir, et commencèrent, à cette époque, la publication d'une nouvelle histoire ecclésiastique, dite des Centuriateurs de Magdebourg, sous la direction de Flao» dus Dlyricus. Les premiers volumes parurent en 1559. Une haine aveugle contre le Catholicisme et la préoccupation de rattacher constamment les hérésiarques de tous les temps et de tous les pays à la pensée dominante de Luther, pour nouer ainsi à travers les âges une sorte de tradition des mêmes erreurs , dominent dans ce recueil qui a servi de fondement et de modèle à tous les travaux du même genre entrepris dans la suite, soit isolément, soit collectivement, par les écrivains de la prétendue Réforme. — Les Vaudois , émus par le bruit des insurrections religieuses qui se faisaient autour d*eux, s'agitaient dans les vallées du Piémont et de la Savoie. De même que la branche luthérienne avait absorbé les restes épars des Hussites en Allemagne , ainsi les restes des Yaudois, cantonnés dans les montagnes, se jetèrent naturellement dans la branche calviniste. Il s'en trouvait trois ou quatre mille en Provence, à Mérindol, à Cabrières et aux environs. Ils y causèrent des troubles et attirèrent sur leur tête une répression sévère de la part des troupes royales (1 5 4 5-1 5 5 9) (1 ) . 2. Trois partis se partageaient l'influence à la cour de Fran« çois n. Ils avaient à leur tête les trois familles principales de

(i) Voir M. Blanc, 1. 11, p. 300.

France : les Bourbons, les Montmorency, les princes de la famille de Lorraine. Le chef de la famille de Bourbon était Antoine, roi de Navarre et duc de Vendôme , époux de Jeanne d'Albret, dont il eut Henri FV. Antoine de Bourbon était un prince d*un caractère faible et irrésolu qui flotta longtemps entre la foi de ses pères, la foi de saint Louis et de Gharlemagne , Fantique religion de la France et les doctrines d'un moine apostat d'Allemagne. Mais il céda enfin à l'influence de sa femme , depuis longtemps séduite par les nouvelles erreurs, et laissa prendre son nom à la Réforme, sans jamais pourtant lui donner son cœiœ. Louis de Bourbon, prince de Gondé, se déclara plus ouvertement et se trouva ainsi le ehef du parti luthérien et calviniste dans le royaiune. — Les princes de Lorraine, distingués en deux branches. Lorraine et Guise, comptaient alors trois héros à leur tête : Charles m, duc de Lorraine, dont la postérité règne encore sur les trônes d'Autriche, de Hongrie et de Bohême ; François de Lorraine , duc de Guise , le vainqueur de Calais et de Thionville, le sauveur de la France ; enfin le grand cardinal de Lorraine, ministre tout-puissant de François H. Ils s'étaient donné pour mission de maintenir à tout prix la religion catholique dans leur patrie. Le clergé , les parlements , la masse de la nation les appuyaient de toute l'énergie de leur attachement à la foi. — Le troisième parti, qui avait espéré pouvoir rétablir la paix entre les deux autres, et épargner à la France, par une conciliation heureuse, les flots de sang qui allaient couler de toutes parts, était celui des Montmorency. On l'appelait le parti des Politiques ou le parti Mixte. La famille des Montmo^ rency , premiers barons chrétiens , est une gloire de la France et de l'Eglise catholique, par sa fidélité héréditaire à Dieu et à la patrie. Suivant des traditions respectables, lem* origine remontée la fondation de la monarchie (1). Cette antiquité ne serait pour la maison de Montmorency qu'une gloire médiocre , si , depuis les temps les plus reculés , elle n'avait été rehaussée par un exercice

(1) Certains auteurs donnent pour ancêtre , i la famille de Montmorency, Liseius, un des plus puissants seigneurs francs, qui reçut le baptême avec Clovis. D'autres la font descendre de Lisbius ou Lisbeius, qui exerça rhospitalité envers saint Denys , fut converti par Tapôtre & la religion chrétienne, et partagea avec lui la palme du martyre

Page 1