‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 84 sur 192 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

le trône pontifical. H mourut douze jours après, en rendant grâces à Dieu d^être ainsi dispensé de rendre compte d'un pouvoir, qu'il n'avait pas exercé*

i 4* PoatfAeat de «régolre UV (5 décembre 1590-15 octobre 1591).

1 5. Le cardinal Nicolas Sfondrati , élu Pape le 5 décembre 1 590, prit le nom de Grégoire XIY. En entendant son nom sortir de Tume du scrutin, il dit à ses collègues qui le saluaient du nom de Santo Padre : « Dieu vous le pardonne ! Mais qu'avez-vous fait? » Une humilité si vraie annonçait un Pontife vertueux. Grégoire XIY, dans un règne qui ne dura pas même une année , justifia les espérances légitimes du monde. Henri IV, dont les succès étaient chaque jour plus éclatants, ne se hâtait point de tenir la promesse qu'il avait faite à Sixte-Quint. Plus que jamais on pouvait craindre que le calvinisme triomphant ne prit possession de la France avec le plus populaire des rois. Car il était évident que le génie du Béarnais finirait par vaincre tous les obstacles. Le Pape n'hésita point à intervenir contre un prince victorieux. Il renoua des négociations avec les Seize. « Vous Y) avez commencé d'ime manière digne d'éloges, leur dit-il. Pern sévérez donc et ne vous arrêtez pas avant d'être parvenus au » terme de votre course. Avec l'aide de Dieu, nous avons résolu » de venir à votre secours. Nous vous adressons d'abord un sub- D side d'argent : nous députons près de vous notre nonce Lan- X» driano, chargé de ramener dans l'imion de la sainte Eglise tous » ceux qui ont pu s'en séparer : enfin nous vous envoyons notre » neveu. Hercule Sfondrati , duc de Monte-Marciano, avec de la » cavalerie et de l'infanterie, dans le but d'employer ses armes à » votre défense. Nous sommes prêt à de plus grands sacrifices en- » core, si ces secours étaient impuissants. » Grégoire XTV ne se borna pas à ces mesures, il renouvela l'excommunication contre Henri IV, et sous les peines les plus sévères, somma les membres du clergé, de la noblesse et du tiers-état, de se séparer de lui. Ces décisions produisirent en France une impression profonde. Dès ce moment, il se forma autour de Henri IV im parti de catholiques royalistes qui le pressaient d'abjurer. Le Pape, de son

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c6té, traraillait avec ardeur à atteindre ce but. Les sommes énormes laissées par Sixfe-Quint furent employées à cette œuvre, dont l'importance était incontestable. Grégcnre XTV avait sans cesse devant les yeux le sort de l'ÂUemagne protestante. Il voulait à tout prix, préserver la France d'un semblable malheor. La mort vint arrêter ce développement énergique (15 octobre 1591). Grégoire XTV laissait à d'autres la gloire de recueillir le fruit de tant de travaux.

S s. PontilIcM d'iBBoeeiit IX (30 octobre 1591-51 décembrd 1591).

16. Jean-Antoine Fachinetti, élu le 30 octobre 1591, prit le nom d'Innocent IX. Les Romains s'accordaient à reconnaître dans ce Pontife une sage maturité, ime vie pure, de la libéralité, de la magnificence et Texpàîence des affables. On venait un jour solliciter de lui une gr&ce, en lui offrant une somme considérable pour subvenir aux frais que le trésor pontifical était obligé de faire pendant une disette qui afiligeait les Etats romains. Le Pape indigné répondit : a Nous ne voulons pas de l'argent, mais de Fo- » béissance. d Ces belles qualités promettaient un glorieux règne, lorsqu'Innocent mourut, deux mois après son élection, 31 décembre 1591.

S e. Pmitilleat dk> Clénent VIII (29 janvier 1892-5 mars 1605).

18. Le conclave se rouvrit pour la quatrième fois dans l'espace de quatorze mois. Le cardinal HippolyteAldobrandini, d'une fanulle illustre de Florence, fut élu et prit le nom de Clément Vin. «Le nouveau Pape, dit Ranke, apporta dans l'exercice de sa » dignité l'activité la plus exemplaire. Il ne consacrait pas moins » d'attention aux détsdls de l'administration de F£tat, aux relaie ticms personnelles, qu'à la politique européenne, ou aux grands ' » intérêts du pouvoir spirituel. Tous les scnrs, le cardinal Baro- » nius entendait sa confession : tous les matins, il célébrait lui* n même la messe avec une dévotion qui se traduisait par des 3» larmes abondantes. La renommée de vertu, de piété, de morti- » fication, dont il avait joui jusqu'à ce jour, s'accrut extraordi* » nairement par la pratique des austérités dont il conserva l'habi- » tude, même sous la tiare. »

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19. Toute TEurope avait les yeux tournés vers le successeur d'Innocent IX, pour conndtre la décision que prendrait ce Pontife dans la plus importante affaire de cette époque, Tavénement de Henri IV au trône de France. Il avait à opter entre deux résolutions : Clément YIII pouvait marcher sur les traces de ses prédécesseurs, s'associer à la Ligue et à la politique de Philippe 11^ contre le Béarnais ; ou bien il pouvait prendre le parti du monarque français. L'une ou l'autre de ces deux alternatives était subordonnée à la conduite de Henri lY. Jamais décision n'avait été attendue avec plus d'anxiété, et jamais aussi décision n'avait été plus délicate ni plus périlleuse. En montant sur le trône apostolique, Clément Ym s'était vu environné d'éléments qui compliquaient singulièrement la difficulté de sa position. Le Saint-Siège avait en France un légat attaché au parti espagnol, et une armée destinée à combattre Henri IV; de plus, les Etats généraux de France avaient embrassé la cause de la Ligue. Le Pape devait donc se conduire avec une extrême circonspection, au milieu de toutes ces circonstances qui paralysaient, jusqu'à un certain point, la liberté de son action. Il dut attendre, des événements euxmêmes, la solution de tant de difficultés. C'est ce qu'il fit.

20. Les Espagnols pressaient vivement le duc de Mayenne, lieutenant-général du royaume, de procéder à l'élection d'un roi caUiolique. Les Etats généraux se rassemblèrent, à cet effet, vers la fin de janvier 1593, sans rien conclure. Cependant, au milieu même du tumulte des armes et des embarras de la guerre, Henri IV pensait à rentrer dans le sein de l'Eglise, et s'il avait résisté jusqœ-là aux sollicitations des catholiques de son parti, c'est qu'il •ne voulait pas que son changement fût ou parût être le fruit de la faiblesse ou de la politique, mais d'une entière conviction. Enfin, au moment marqué par la Providence, il chercha la lumière qu'il avait toujours désirée, sans avoir pu la recevoir encore, et tandis que des conférences étaient ouvertes à Suresnes, il demanda à se faire instruire. Le célèbre Jacques Davy Duperron, depuis cardinal, entama l'instructiiHi du prince, d'abord par de simples conversations, puis par des conférences réglées, auxquelles prirent part les prélats et les docteurs réputés les plus habiles parmi les royalistes et les ligueurs. Henri IV y mettait cette bonne foi et

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cette loyauté qui furent Tun des traits les plus marqués de son grand caractère. Duperron ayant fait avouer à quelques docteurs de la Ligue que l'on pouvait se sauver dans l'Eglise romaine: « Quoi ! s'écria Henri, vous tombez d'accord que l'on peut faire j> son salut dans la religion des catholiques, et ceux-ci, au cons> traire, soutiennent qu'on se damnera infailliblement dans la » vôtre I Certes, il vaut bien ici la peine de prendre le parti le » plus sûr, et la prudence ne permet pas de balancer un seul ins- » tant. » Dès lors, la conversion du monarque fut résolue. On ne saurait croire combien cet événement fit tressaillir de joie le cœur des royalistes français. La Ligue seule, dont l'ambition avait fini par être le seul mobile, trahit, par sa conduite et ses emportements, son défaut de désintéressement et sa mauvaise foi. Elisabeth, la reine schismatique d'Angleterre, ressentit, selon ses propres expressions, une cuisante douleur et un accablement de tristesse y en apprenant la conversion du roi. Le 25 juillet 1593, Henri IV fit son abjuration dans la grande église de Saint-Denis, entre les mains de l'archevêque de Bourges, «c Je veux, avait-il » dit, jurer, sur le tombeau des rois mes aïeux, de vivre et de » mourir dans la religion catholique qu'ils ont professée. » Lorsqu'il se présenta : a Qui êtes-vous, lui dit le prélat, selon la for- » mule ordinaire; que demandez-vous? — Je suis le roi, répondit y> Henri : Je demande à être reçu au sein de l'Eglise catholique. » — Le voulez-vous? ajouta l'archevêque. — Oui, dit Henri, je » le veux et je le désire. » Puis s'étant mis à genoux, il fit, en ces termes, sa profession de foi : « Je proteste et je jure, devant la » face de Dieu tout-puissant, de vivre et de mourir en la religion » catholique, apostolique et romaine : de la protéger, de la dé- » fendre envers tous, au péril de mon sang et de ma vie, renonp çant à toutes les hérésies contraires. — Et moi, reprit le prélat, » sauf l'autorité du Saint-Siège, je vous absous du crime d'héré- D sie et d'apostasie, je vous rends à la sainte Eglise romaine, et je i> vous admets à ses sacrements , au nom du Père , du Fils et du D Saint-Esprit. » Une foule immense assistait à cette cérémonie. Les Parisiens, accourus à Saint-Denis, malgré les ordres et les satellites de la Ligue, bénissaient ce changement qui ne laissait Ipus de barrière entre le peuple et son roi.

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