CHAPITRE YI
cet avertissement le 23 juin 1589. Le f août suivant, le fanatique Jacques Clément frappait Henri ni d'un poignard régicide. Ce crime changeait la face des affaires et en augmentait les comrplicalions. Le nonce apostolique avait quitté la France à la suite du meurtre du cardinal de Guise. Sixte-Quint se hâta d'envoyer à Paris le cardinal Gaëtano, pour s'éclairer sur l'état réel de la situation. Henri lY avait pris le titre de roi; à la tête d'une armée brave et fidèle, il songeait à conquérir son royaume. Le vieux cardinal de Bourbon avait été investi par les ligueurs du titre de roi, mais ce n'était là qu'un fantôme, dont nul ne songeait à prendre le rôle au sérieux. Les Seize^ toujours maîtres de Paris, accueillirent Gaêtano avec enthousiasme. Le duc de Mayenne, frère du dernier duc de Guise et du cardinal assassiné, avait pris le titre de lieutenant-général de la couronne de France, et faisait la guerre au Béarnais, qui remportait sur lui les éclatantes victoires d'Ârques et d'Ivry , où la valeur chevaleresque de Henri lY se signalait non moins que son coup d'œil de grand capitaine.
14. L'avènement de Henri IV augmenta encore les alarmes de Sixte-Quint. Le parti protestant menaçait de triompher en France. Pour conjurer le périls le Pape fit un instant cause commune avec la Ligue et Philippe H y roi d'Espagne. Sur ces entrefaites, la république de Venise, à la nouveUe de la bataille d'Arques, envoya un acte d'adhésion au gouvernement de Henri IV. Cette démarche affecta vivement le souverain Pontife. « Venise nous a D offensé , dit Sixte-Quint aux ambassadeurs. Le roi de Navarre » est un hérétique excommunié par le Saint-Siège : néanmoins 9 la République vient de le reconnaître, au mépris de tous nos B avertissements. La République est-elle un Etat tellement élevé 3» au-dessus de tous les princes de la terre, qu'il lui convienne de 9 donner l'exemple aux autres? H y a encore un roi d'Espagne , 9 il y a encore un empereur. La République craindrait-elle le roi 9 de Navarre? Nous la défendrons de tous nos efforts ^ si cela est 9 nécessmre : nous en avons le pouvoir. Ou bien la République D songerait-elle à l'emporter sur nous? En ce cas, Dieu luii> même nous assisterait. » Cette résolution inébranlable de s'opposer toujours à l'accession d'un prince hérétique au trône de
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France, fut bientôt connue de Henri IV. Déjà ébranlé dans ses convictions calvinistes , le roi comprit àès lors la nécessité de rentrer définitivement dans le sein de la religion catholique. On peut croire que l'énergie du Ps^ ne fut pas une des moindres raisons qui déterminèrent sa conversion. Henri IV se décida à envoyer à Rome, en qualité d'ambassadeur, le duc de Luxembourg, avec mission de s'ouvrir au souverain Pontife sur ce grave sujet. OUvarës, ambassadeur d'Espagne , en apprenant l'arrivée du n^ociateur français, courut au Vatican, et supplia Sixte-Quint de ne point admettre à l'honneur d'une audience le ministre d'un prince huguenot, a Si Votre Sainteté passait outre, ajouta-t-il, je me » verrais obligé, au nom du roi mon maître, de déposer ma jiro^ » testation. » — « Quelle protestation? reprit le P<q>e. Quelle pro- » testation voulez-vous faire? Vous offensez la majesté du roi y> votre maître , dont la sagesse m'est connue. Retirez-vous. » Luxembourg fiit introduit; il assura Sixte-Quint que le vainqueur d'Arqués et d'Ivry était prêt à se mettre aux pieds de Sa Sainteté, pour demander son absolution et rentrer dans le sein de l'Eglise : « Qu'il vienne! s'écria le Pape. Qu'il vienne I Je l'embrasserai ! Je le consolerai. » On voit que la politique était étrangère aux vues du souverain Pontife. Il apercevait la possibilité de convertir Henri IV; il n'avait plus dès lors d'objections à faire contre son avènement au trône. Aussi , quand les ambassadeurs de la Ligue vinrent se plaindre à Sixte-Quint de la faveur qu'il semblait accorder à l'envoyé du Béarnais : a Tant que nous r> avons cru , dit le Pape , que la Ligue travaillait pour la religion, D nous vous avons secourus ; mais maintenant nous sommes con- D vaincu qu'elle n'agit que par un motif d'ambition et sous un faux » prétexte. N'espérez de nous aucune protection, d L'immortel Pontife ne devait pas être témoin d'un événement que tout dès lors faisait entrevoir, n mourut, le 27 août 1590, après un règne de cinq ans. L'histoire le place au nombre des plus grands hommes qui aient jamais gouverné le monde.
{ s. PMCMcat dTJrbalB ¥11 (15 septembre 1590-27 septembre i 15. Elu le 15 septembre 1590, Urbain VH ne fit que passersur